(Photo : SIPA.00713499_000001)

Les Anglais, représentants de la plus vieille démocratie du monde, viennent de rebattre les cartes politiques en Europe et d’ouvrir le champ des possibles jusqu’ici circonscrit par les agendas et les feuilles de route de la bureaucratie dirigeante.

On comprend que, dans ces circonstances, chacun cherche à tirer la couverture à soi. Les souverainistes appellent à un référendum dans chacun des Etas constitutifs, les Européens militants mais surtout les dirigeants en place au sein de l’Union, parlent de refonder l’Europe. Comme il est exclu que l’on défère à la réclamation des souverainistes, il faut s’interroger sur ce que le terme de refondation pourrait signifier. Une chose et son contraire.

En premier lieu, on pourrait penser qu’on va faire ce qui était à la portée du président français élu en 2007, s’appuyer sur le rejet du traité constitutionnel le 29 mai 2005, pour demander la remise  à plat du système. L’espace Schengen était déjà une passoire, la doctrine de la concurrence défendue à Bruxelles mettait les fleurons de nos économies à la merci des raids extérieurs, l’euro créé pour homogénéiser l’espace économique européen avait facilité la divergence des économies constitutives, la politique industrielle était prohibée au sein d’un espace mondial hyper concurrentiel. Ajoutons la mise en place d’une directive qui autorise l’emploi de personnel à bas prix issu des contrées les moins chères telles que la Roumanie ou la Bulgarie (un quart du personnel du BTP en France provient de l’Europe centrale et orientale).

Avec l’aveuglement et la présomption intellectuelle qui le caractérisent, Nicolas Sarkozy a enjambé le vote du 29 mai 2005 pour rétablir le traité rejeté dans les urnes et poursuivre sur l’erre d’un système oublieux des intérêts des populations et des Etats historiques. Pire, il a orchestré le sauvetage particulièrement coûteux de l’euro et surtout livré, à cette occasion, le pouvoir décisif à Berlin dont la chancelière nous dicte ses volontés depuis lors. Le traité de stabilité budgétaire et la loi El Khomri sont les dernières manifestations de l’imperium berlinois  imposé par le truchement de Bruxelles. Ce vendredi, le même Sarkozy propose… un gouvernement économique de la zone euro avec un président européen (lui ?) !

La logique de la situation voudrait que l’actuel président français effectue un virage sur l’aile pour déconstruire et rebâtir d’une part, et, d’autre part, donner de l’oxygène aux économies, en desserrant les contraintes budgétaires, y compris par le financement monétaire des dépenses publiques productives. Elle voudrait que ses grands opposants républicains se mobilisent de leur côté. Mais peut-on y croire alors que les hollandais se sont mis la corde au cou avec la loi de réforme du travail et alors que les programmes des candidats à la primaire des Républicains mettent en perspective la liquidation de l’Etat ?

Va-t-on transférer les ministères des Finances à Bruxelles ?

L’autre logique de la situation consisterait à profiter de la sortie du Royaume-Uni pour accélérer le processus d’intégration. Aujourd’hui, ce sont les Pays-Bas, les pays scandinaves, la Hongrie qui se montrent les plus rebelles à l’intégration : ils viennent de perdre avec l’Angleterre un allié de poids. On ne peut donc exclure une opération opportuniste de renforcement de l’intégration, menée tambour battant avant les scrutins français et allemands de 2017. L’outil principal en serait le transfert des ministères des Finances à Bruxelles. Il ne s’agit pas là d’un fantasme. Le projet était déjà à l’agenda, fortement soutenu par des personnalités telles que le gouverneur de la Banque de France, Villeroy de Galhau. L’hypothèse est d’autant plus plausible que le vote anglais incite à rendre le processus irréversible au grand dam de populations qui n’entendent toujours rien aux beautés de la construction européenne.

Cela ne ferait cependant qu’aiguillonner les forces souverainistes à l’œuvre sur le Vieux Continent. Les Français, pour ne parler que d’eux, pourraient-ils accepter d’un cœur léger la disparition de leur Etat installé il y a huit siècles par Philippe Auguste ? Toute la propagande de la nomenklatura ne suffirait pas à les convaincre. Et l’on pourrait alors imaginer la victoire, aujourd’hui invraisemblable, de la candidate souverainiste française en 2017.

En fin de compte, incapables de dire si le Brexit est une chance pour la France, nous formons l’espoir qu’il pourrait l’être pour la démocratie française en recentrant le débat sur le fond alors qu’il est aujourd’hui polarisé à dessein sur les personnes qui incarnent notre bureaucratie politique.

>>> Retrouvez en cliquant ici l’ensemble de nos articles consacrés au Brexit.