L’idée se répand selon laquelle le Brexit serait la victoire de catégories populaires, qu’on imagine volontiers incultes et xénophobes, réticentes à consentir aux grands vents de l’histoire et du progrès. La même lecture de l’événement avait fait florès après la victoire du « non » au référendum français de 2005. La part de vérité de cette herméneutique, c’est qu’il s’agit bien du refus d’une Europe construite par et pour les élites du continent, dont le 1 % le plus favorisé s’est considérablement enrichi depuis quarante ans. L’erreur est de croire que ce refus serait motivé uniquement par un nationalisme de bas étage, et non par le constat amer que l’Union européenne n’est, à ce jour, une success story que pour ces mêmes élites.

En outre, l’apocalypse promise aux citoyens britanniques qui oseraient se prononcer en faveur du “leave” n’aura sans doute pas lieu. Les quelques points de pourcentage que la livre sterling vient de perdre vis-à-vis de l’euro sont faibles par comparaison avec la volatilité que la devise britannique affiche depuis plus d’un an et, en particulier, les 30% qu’elle a perdus depuis 2007 face à l’euro. Une dévaluation qui a du reste contribué à la croissance de la Grande Bretagne depuis le krach des subprimes. La volatilité des changes, quant à elle, est en partie due au désarroi des capitaux surabondants dans un contexte où ce qui, il y a cinq ans, eût paru extravagant devient le « New Normal », comme des taux d’intérêt longs durablement négatifs. Ou encore la contraction violente de l’économie mondiale : en 2015, le PIB nominal mondial s’est réduit de – 6 %. Un peu comme si nous avions effacé l’économie japonaise du planisphère.

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est économiste en chef de l'Agence française de développement.est économiste en chef de l'Agence française de développement.