L’insécurité à Rio ? Quelle insécurité ? Un an avant la Coupe du Monde, les rues n’ont jamais été aussi tranquilles et les policiers aussi diligents. La seule question qui se pose est la suivante : que va-t-on faire de tous les va-nu-pieds que l’on s’est empressé de mettre en prison afin que des idiots dans mon genre puissent se réjouir lorsque la France marquera un but ?
Selon Zé Carlos, un comptable à la retraite qui me sert de maître à penser ici, les jean-foutres en guenilles et autres drogués à la colle rejailliront dans la ville aussi sûrement que 2 et 2 font 4, mais selon son épouse, dona Lindinha, les propriétaires ont trop à gagner à ce que les appartements (dont les loyers ont été multipliés par trois) ne se dévaluent pas, de sorte qu’ils ne laisseront jamais les vagabonds reprendre du terrain. En somme, les paris sont ouverts.
Le lien entre détention arbitraire et festivités sportives est aujourd’hui solidement établi. Les sans domicile fixe qui ne savent pas où poser leurs bicoques en carton sont emmenés dans un endroit beaucoup plus adéquat : le pénitencier de la ville. Voilà qui donne un nouveau cachet à la ville et une nouvelle vie aux lettres de cachet. Alors que l’ONU déplore ces arrestations extra-judiciaires, le journal O Globo remarque pour sa part le caractère extraordinairement confus des prisons brésiliennes. Les criminels de droit commun sont regroupés avec les vagabonds et les simples d’esprit dans une indistinction juridique bien faite pour simplifier le travail de tout le monde. Le rapport fait état d’une surpopulation proprement inhumaine, mais ce dernier détail ne surprendra personne, et surtout pas la France.
Lire la suite