La fondatrice de l’ONG Bloom, Claire Nouvian, réalise un parcours exemplaire dans la gauche écolo-associative. Fruit d’une détermination sans failles, sa croisade contre la pêche industrielle bénéficie du soutien de puissants groupes d’intérêts.


Il y a l’histoire officielle, récitée d’interviews en interviews. Claire Nouvian, journaliste polyglotte, a un « choc esthétique » en visitant l’aquarium de Monterey (Californie) en 2001. Alors âgée de 27 ans, elle décide de dédier sa vie à la défense des océans. Trois ans plus tard, nouveau choc, nouvelle révélation. « Elle était sur l’île thaïlandaise de Kophiphi, elle a réussi à porter son neveu sur ses épaules pour échapper au tsunami, raconte Libération. Depuis, elle sait que l’épouvante est à nos portes et que la vie n’est rien. » (1)

Virginie Lagarde, biologiste: « La surpêche massive en Europe, c’est fini depuis les années 1980! »

Quelque mois plus tard, en avril 2005, elle fonde Bloom. La suite ressemble au long combat du David associatif contre le Goliath de la pêche industrielle. La minuscule équipe centrée sur la fondatrice – le trésorier est son père, Denis Berger – se bat avec acharnement pour obtenir l’interdiction de la pêche en eau profonde. Au delà de 800 mètres de fond, plaide Bloom, vivent des espèces qui se reproduisent si lentement que leur exploitation est une folie. Fin 2016, le Parlement européen lui donne gain de cause. Début 2019, nouvelle victoire. Bloom obtient l’interdiction au niveau de l’UE des engins de pêche à impulsion électrique, technique présumée destructrice pour la faune marine, employée par les hollandais en mer du Nord.

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Auréolée de ce succès, Claire Nouvian quitte la présidence de Bloom pour cofonder le mouvement Place Publique, avec Raphaël Glucksmann et Thomas Porcher. Aux européennes, elle se place délibérément en position inéligible, afin de conserver sa liberté. Impressionnée par sa force de conviction, Anne Hidalgo lui tend perche sur perche. « Elle pense à Claire comme tête de liste dans le 6e arrondissement pour les prochaines municipales », explique un membre de la direction de Place Publique, qui ajoute que « Claire n’acceptera pas forcément, car elle se projette déjà plus loin, vers la présidentielle 2022 ».

Pourquoi pas ? Jusqu’à présent, ses avancées ont été fulgurantes. Le secteur des associations de défense de l’environnement est très concurrentiel. Des dizaines d’ONG se battent pour capter des dons et l’attention des décideurs. Bloom les a toutes coiffées au poteau, en quelques années seulement. « C’est grâce à la rigueur que nous nous imposons, commente Sabine Rosset, directrice de l’association. Nous sommes soutenus par des citoyens qui croient en nous et nous permettent de gagner nos combats ».

Mise sur orbite par de généreux mécènes

Rigueur et soutien populaire ? À voir. Dans les informations que Bloom a déposées au registre de transparence de l’Union européenne, il apparaît que l’association comptait seulement 164 adhérents en 2017 ! Leurs cotisations représentaient 0,7% des 653.391 € de budget annuel… En 2018, le budget (719.118€) provient à 64% de petits dons de particuliers et de gros dons de généreux mécènes, en proportions non précisées, plus 28% de dons de fondations.

Au cours des années précédentes, pendant la phase de décollage, les dons des fondations ont parfois dépassé 50% des ressources. Les plus généreuses sont américaines. Elles ont littéralement propulsé Bloom en orbite et veillent encore sur Claire Nouvian. 75.000 dollars en 2010 du J.M. Kaplan Fund,

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Octobre 2019 - Causeur #72

Article extrait du Magazine Causeur

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