Enfant, je ne comprenais pas pourquoi mon grand-père Alfred ne voulait jamais manger de cheval. De la guerre, il parlait peu. Je savais qu’il avait combattu dans la Somme, du côté de Péronne et de Bouchavesnes ; il avait rapporté de la grande boucherie un quart en fer blanc dans lequel il trempait son blaireau pour se raser et un éclat d’obus, cadeau de l’attaque du bois de Maurepas, fiché au sommet de son crâne. Lorsqu’il est mort, au milieu des années 1970, mon père a hérité du quart, et il est fort probable que j’en hériterai à mon tour un de ces jours.

Un dimanche après-midi, alors que nous regardions en famille Raymond Marcillac et son inoubliable « Sports dimanche », et que la liqueur d’angélique avait eu pour effet de délier les langues, il revint, je ne sais plus pourquoi, sur le sujet des équidés : « Du cheval, je n’en mangerai jamais ! Ils ont rendu trop de services dans la bataille de la Somme.»

*Photo: E.R.L./SIPA. 00349406_000003.

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Philippe Lacoche
Il a publié une vingtaine de livres dont "Des Petits bals sans importance, HLM (Prix Populiste 2000) et Tendre Rock chez Mille et Une Nuits. Ses deux derniers livres sont : Au Fil de Creil (Castor astral) et Les matins translucides (Ecriture). Journaliste au Courrier Picard et critique à Service littéraire, il vit et écrit à Amiens, en Picardie. En 2018, il est récompensé du prix des Hussards pour "Le Chemin des fugues".
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