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Ockrent/Kouchner : le couple des années 80 revient

Ockrent/Kouchner : le couple des années 80 revient

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Christine Ockrent, modératrice pour colloques internationaux, en proie à une terrible adversité, se trouvait dans le plus grand désespoir. Un sort funeste s’acharnait sur cette femme, que la fortune avait commencé par combler. La gloire était sur elle, depuis ce jour où elle avait soumis Amir Abbas Oveyda, ultime premier ministre du Shah d’Iran, au feu roulant de rudes questions, non pas quand il était puissant, mais alors qu’il se trouvait dans une geôle obscure, attendant avec courage et dignité l’issue du procès que lui faisait un tribunal révolutionnaire inspiré par le bienveillant Imam Khomeyni. On connaît la suite, sa consécration, son sacre : la reine Christine régna sans partage dans l’univers médiatique.

Avec son compagnon, M. Kouchner, elle forma le couple de la décennie quatre-vingt. Il organisait le sauvetage de la planète, elle ne s’entretenait qu’avec les grands de ce monde. Mais la belle mécanique se dérégla progressivement. Elle cessa de plaire, à ses patrons d’abord, à certains de ses collègues, puis au public. On la croyait perdue, mais, toujours, elle rebondissait. Elle retrouvait des postes prestigieux autant qu’elle en perdait, jusqu’à l’audiovisuel extérieur de la France, dont elle fut nommée directrice générale déléguée. Elle connut l’enfer dans cet emploi : « Après neuf mois de manoeuvres qui ont sali mon honneur et ma réputation, je prends acte de ma révocation déguisée et sans motif » (mai 2011). C’est alors qu’Olivier Poivre d’Arvor, directeur de la radio culturelle d’État, la voyant mélancolique, lui offrit l’hospitalité de son antenne… La France (culture) pouvait-elle se passer des mérites de cette femme, qui démontre avec tant d’éclat qu’elle est indispensable ?

Jack Lang, intermittent du spectacle, a été nommé à la tête de l’Institut du monde arabe, fonction à laquelle ses travaux antérieurs, l’ensemble de sa carrière même, le destinaient. Il a dans ses cartons des projets mirifiques, n’en doutons pas, et nous ne serions pas étonnés qu’il nous annonçât une Islamic pride. Le verra-t-on quelque jour à la tête d’une joyeuse parade, assis sur un tapis volant, suivi, juchées sur des chars, de délicieuses créatures d’Allah, aux yeux charbonneux, le visage à peine voilé d’une gaze légère, ondulant adorablement sous les rayons d’un beau soleil d’avril, et découvertes de plus d’un fil… M. Lang, demeuré trop longtemps sans emploi dans la république, et, par surcroît, éloigné de l’Assemblée nationale par les électeurs ingrats d’une province reculée, semblait plus souffrir des atteintes du chagrin que de celles de l’âge. La France pouvait-elle se priver plus longtemps des multiples talents de cet homme, qui ne se lasse pas de se trouver fameux ?

Et voici M. Kouchner, bienfaiteur de l’humanité à temps plein, conseiller en système de santé pour pays africains à temps partiel : il n’a rien, ne demande rien, mais, si le prince l’appelle, il fera son devoir. L’autre matin, à France Inter, lui qui, d’ordinaire, se montre si sourcilleux et plutôt soupe-au-lait, il reçut avec bonhomie le moment d’ironie, au fond très bienveillant, de Sophia Aram. Il s’en servit même pour présenter à nouveau son départ du gouvernement Fillon comme une preuve de sa défiance envers le conseiller Buisson, mauvais génie droitier du président Sarkozy. Interrogé par Le Parisien, le 19 janvier, il rend hommage au « chef de guerre » François Hollande :« J’ai aimé qu’il se décide si rapidement. Cela m’a agréablement surpris. Il ne faut pas le mésestimer. Lui qui n’était pas réputé pour connaître le monde international, là, il l’apprend. Très vite. ». Il dit également qu’il se tient prêt à jouer un rôle, si on le sollicite…

La France saurait-t-elle ignorer plus longtemps les qualités d’un homme pourvu de tant de dons, qui ne refuse jamais de se déclarer disponible  et qui sait si bien chanter le chant des courtisans ? 

– Me voici devant vous, timide et sans emploi,

Je me nomme Bernard, et le genou je ploie.

–  Je te connais fort bien, et je sais tes mérites,

Tu ne me déplais point, si parfois tu m’irrites.

 

Tu sauras me servir, à la cour, à la ville,

Pour les uns serviteur, pour les autres servile.

–  N’est-ce point là mon lot de l’être, assurément ?

De l’être avec aplomb, de l’être effrontément !

–  On ne te voyait plus, où étais-tu passé ?

–  Je viens des Pays-Bas.

–  Es-tu néerlandais ?

–  Que nenni par ma foi, mais je suis hollandais !

Je ne me renie pas, j’assume mon passé.

De votre cause enfin, je suis le partisan.

–  C’est ainsi que l’on va, quand on est courtisan.

 

*Photo : On n’est pas couché.


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Né à Paris, il n’est pas pressé d’y mourir, mais se livre tout de même à des repérages dans les cimetières (sa préférence va à Charonne). Feint souvent de comprendre, mais n’en tire aucune conclusion. Par ailleurs éditeur-paquageur, traducteur, auteur, amateur, élémenteur.

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