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Mon 13 novembre

Mon 13 novembre
Drapeaux, fleurs et bougies en hommage aux victimes le 31 décembre 2016 devant le Bataclan à Paris © AFP/Archives MATTHIEU ALEXANDRE
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Drapeaux, fleurs et bougies en hommage aux victimes le 31 décembre 2016 devant le Bataclan à Paris © AFP/Archives MATTHIEU ALEXANDRE

L’angoisse est revenue. L’heure d’hiver. Les fleurs qui ont été à nouveau déposées, le matin de la Toussaint, aux pieds des barrières métalliques qui barrent encore l’entrée du Bataclan – ce lieu où autrefois je retrouvais des amis car, disions-nous, il était à équidistance de nos appartements respectifs – c’est-à-dire : à côté, tout proche. Un gyrophare, une sirène, quelqu’un qui court, ou encore un couple enlacé sur le trottoir, et voilà, ça recommence. Novembre. Un rappel, de cette nuit, de ces nuits-là. Désormais, je le sais : ici, toutes mes fins d’automne auront ce goût de catastrophe, d’effondrement, de désolation silencieuse.

Car nous avons appris à nous taire, nous les riverains. À ne pas trop emmerder les cousins, les amis, les parents, les collègues avec ça, « ça » dont ils ont partagé quelque chose pour avoir passé une partie de la nuit du 13 au 14 novembre 2015 devant la télévision, pour avoir lu les articles, pour s’être sentis concernés, indignés, informés. Nous, il ne faudrait pas trop la ramener, ne pas se prendre pour des victimes. « Tu étais bien au chaud », m’a-t-on même sorti une fois que j’insistais. Oui, et j’en ai encore froid.

Mais c’est vrai qu’il faisait bon, qu’il faisait doux ce soir-là. Juste avant. L’été indien n’en finissait pas, miraculeux. Un éditeur m’avait demandé d’intervenir en début de soirée, lors d’un débat qu’il organisait pour la sortie d’un livre : Les Norvégiens pacifistes. Devant un parterre d’étudiants scandinaves nous avions évoqué ce doux pays du Nord. Lors de la petite réception qui suivit, j’avais encouragé ces étudiants si sages, si timides, à embrasser la ville. À s’amuser, loin des rigueurs d’Oslo.

De la rue de Trévise où s’était tenu le débat, à Oberkampf où j’habite, j’ai remonté à pied les grands boulevards. Les terrasses étaient pleines, comme si tout ce que la ville comptait de jeunesse s’était donné rendez-vous dehors. Comme d’habitude, je me suis amusé à compter les Spritz dont l’orangé colore les tables. Je me souviens très bien d’avoir pensé au titre d’Hemingway, si juste : Paris est une fête. Les jours qui suivront, la référence fera florès.

Lisez la suite sur le blog d’Olivier Prévôt.


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