L’air de rien, Barbey d’Aurevilly (1808-1889), comme Victor Hugo (1802-1883), ont eu des vies qui ont couvert tout leur siècle. Quand Hugo et Barbey naissent, la Révolution française et Napoléon sont encore des sujets d’actualité dans les conversations et ils meurent sous la IIIe République, dans un monde où la religion du Progrès et du suffrage universel laisse espérer des lendemains forcément radieux.
On peut penser que Victor Hugo est mort heureux. Il était la gloire nationale d’une France qui avait fait de lui le symbole d’une République enfin installée dans ses meubles après les vicissitudes de la Restauration, du Second Empire et de la Commune. Ils furent d’ailleurs des centaines de milliers de Parisiens à emmener Hugo directement au Panthéon, pour que les choses soient bien claires : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ! »
On peut penser, en revanche, que Barbey d’Aurevilly est mort furieux. L’admiration chaleureuse de quelques écrivains marginaux, symbolistes ou décadents, qui refusaient la tyrannie idéologique du positivisme et la façon dont Zola avait transformé la littérature en une branche des sciences sociales, n’a pas dû suffire à le consoler. Cette colère aurevillienne ne doit rien à la jalousie littéraire. Pour Barbey, une époque célèbre les écrivains qu’elle mérite. Zola, justement, dont il écrit, à propos du Ventre de Paris : « Nous devenons des charcutiers !

Jules Barbey d’Aurevilly, Romans, édition établie et présentée par Judith Lyon-Caen, Gallimard, « Quarto », 2013.

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Jérôme Leroy
Ecrivain et rédacteur en chef culture de Causeur.Dernier roman publié: Un peu tard dans la saison (La Table Ronde, 2017). Prix Rive Gauche
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