Quand la brise de printemps hollandiste fut venue, la droite se trouva fort dépourvue. Privée de tous les pouvoirs après la défaite de Sarkozy, la grande inconnue du spectre politique français revient par la porte dérobée : spéculations sur l’élection du chef de l’UMP, débats sur la droitisation de la société…

Inconnue, disais-je ? Même muni d’un microscope idéologique, l’électeur peine à discerner les nuances entre le traité Merkozy, la TVA sociale et la rigueur concoctés par l’exécutif précédent puis réchauffés par le tandem Hollande-Ayrault. Alors que la gauche se rassemblait jadis autour d’un idéal social, les contours de la droite demeurent désespérément flous et incertains. Ce qui fait dire à notre rédactrice en chef et éditorialiste Elisabeth Lévy que « la droite, c’est ce qui n’est pas de gauche » et réunit tous les réfractaires au prêchi-prêcha moral. Une lapalissade moins triviale qu’il n’y paraît tant les clivages internes à la droite sont légion : tantôt étatiste, libérale, autoritaire, libertaire, souverainiste ou européenne, la boussole dextriste affiche toutes les directions possibles.

« Je ne me serais pas engagé dans la vie politique si le gaullisme n’avait pas existé car je ne me serais reconnu ni dans la gauche ni dans la droite » confesse ainsi l’ancien ministre et député UMP Hervé Gaymard dans son entretien avec Elisabeth Lévy et Gil Mihaely, en soulignant la diversité idéologique de la droite et son adhésion personnelle au « travaillisme à la française » naguère professé par Jacques Chirac. Un credo que ne renierait pas notre second invité puisque Florian Philippot, aujourd’hui vice-président du Front National, s’acharne à penser « Chevènement (…) plus proche de Marine Le Pen que de François Hollande » en arguant que la mondialisation de l’économie a fait exploser toutes les frontières idéologiques. Histoire de brouiller un peu plus les pistes, il vient de déposer une gerbe sur la tombe du général De Gaulle, du jamais vu de mémoire de frontiste !
C’est à désespérer de la politique. D’ailleurs, Jérôme Leroy dresse un portrait détonnant de la droite française de De Gaulle à Jacques Chirac, si scrupuleuse de ne pas trop ébrécher les conquêtes sociales de la Libération qu’un républicain américain y verrait l’aile conservatrice du bolchévisme français ! Que ma droite fut belle, semble confesser l’ami Jérôme avec un brin de nostalgie, comme si le quinquennat sarkozyste avait engagé un virage à tribord toute dont l’UMP ne se remettrait toujours pas.

La « droitisation », voilà la cible de Nathalie Krikorian-Duronsoy, récusatrice de ce concept-valise dans lequel elle reconnaît l’empreinte de la gauche, qui saisit là l’occasion de masquer son abandon de l’universalisme républicain au profit du multiculturalisme, en diabolisant au passage tout ce qui dépasse de ses nouveaux clous différentialistes. On est toujours à la droite de quelqu’un, quand bien même on ne voudrait pas se dire « de droite », nous rappelle Frédéric Rouvillois en décrivant les deux étendards, le relatif et l’absolu, qui recoupent le même mot.
Au vu des trajectoires idéologiques exposées dans ce nouveau numéro de Causeur, on serait décidément bien en peine d’attribuer un quelconque dénominateur commun à tous ceux qui ne sont pas de gauche. Sophie Flamand et le philosophe Jean-François Mattéi s’essaient néanmoins à ce périlleux exercice, la première en prenant le parti de la responsabilité individuelle contre l’assistanat, le second à travers un éloge revigorant de la transmission, en ces temps où un même prurit anticonservateur attaque la peau carnée de nos politiques.

Mais sortons des frontières de l’hexagone. Au lendemain de la réélection de Barack Obama, Gil Mihaely et Luc Rosenzweig prennent le large en analysant ce que la campagne et son résultat révèlent de la politique américaine, comme du rapport d’Israël aux Etats-Unis. Attention, optimistes s’abstenir. Justement, du côté de l’Etat hébreu, où des élections cruciales se tiendront début 2013, la polémique enfle quant à l’éventuelle récupération politique du drame de Toulouse par Benyamin Netanyahou. Patrick Mandon décrypte sans concessions les arrière-pensées politiciennes du Premier ministre israélien, dont s’est dernièrement ému François Hollande en « off ». « Quo vadis Germania ? » s’interrogent Luc Rosenzweig et Jean-Luc Gréau dans leurs interprétations respectives de la puissance économique allemande. Revenons à nos moutons tricolores. La droite n’a pas le monopole de l’ambiguïté : Marc Cohen prend les habits du parfait sociétaliste terranovien en imaginant les emplois post-industriels de demain, tandis qu’Antoine Menusier remet en question l’actualité du droit de vote des étrangers, une promesse de 1981 à l’époque destinée aux Anciens combattants de l’armée française.

On pourrait enfin enfiler les grands noms de notre volet culture comme les perles sur un collier : Basile de Koch déclarant sa flamme au groupe punk des Ramones, Renaud Camus s’en prenant au « folklore pédérastique » du mariage homo, Philippe Raynaud chroniquant le dernier essai de Jean-Pierre Le Goff, Jean-François Mattéi faisant un sort aux théories du genre, Roland Jaccard et François Taillandier fidèles à leurs chroniques mensuelles, etc. Cela ne doit pas nous faire oublier les pépites trentenaires Falk van Gaver et Arnaud Le Guern, qui nous plongent dans l’anarchisme patriote de Kropotkine et le mythe écorné de Lance Armstrong.

Alors que les premier frimas de l’hiver toquent déjà à la porte du mois de novembre, un seul conseil : enfermez-vous et lisez-nous !

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