Causeur y a pensé avant moi. « Je suis casher », affiche le site, dans les mêmes caractères que ceux que l’on voit partout pour « Charlie ».

Car hier vendredi, à Paris, un homme est entré dans un  magasin casher et a fait feu sur des gens qui s’y trouvaient. Pour quelle raison selon vous ? Qu’est-ce qui désignait ces personnes à sa vindicte ?

Rien d’autre, évidemment, que le fait qu’elles étaient juives, comme leur présence dans ce magasin pouvait autoriser à le présumer.

Si vos consultez les médias, ce samedi matin, vous n’en saurez rien. Il n’est question que de « Charlie », ou plus récemment d’Ahmed Merabet, le policier achevé mercredi sur un trottoir par ceux qui venaient d’assassiner les collaborateurs de l’hebdomadaire.

On a tué des juifs au hasard dans une rue de Paris le vendredi 9 janvier 2015 ? Silence quasi-général. Le « live » du Monde parle d’ « otages » qui ont été tués. Quels otages ? Des « otages » pour quoi faire, pour négocier ou obtenir quoi ?

Il n’y a eu aucune prise d’otage par Amedy Coulibaly, mais une tuerie de juifs, d’emblée, dès son entrée dans le magasin. Le Monde ne vous dit pas qu’il s’agissait de juifs.

Tuer des juifs dans Paris en 2015,  ça ne fait pas un titre dans les médias. C’est banal comme de tuer des enfants juifs dans une école à Toulouse en 2012, ou des gens dans un musée juif à Bruxelles l’an dernier, ou de crier « mort aux juifs » dans les rues de Paris, ou d’agresser une famille juive dans un immeuble à Créteil.

Il va peut-être se trouver un journaliste pour dire que si Coulibaly s’est attaqué à un magasin casher, c’est juste parce que les juifs sont riches, comme chacun sait, et qu’il voulait piquer la caisse.

Il y aurait à dire sur la dégoulinade larmoyante que l’on subit depuis trois jours « en hommage » aux collaborateurs de Charlie Hebdo, présentés comme incarnant l’âme de la France. Or on peut être révolté par l’assassinat de ces hommes et femmes, on peut être déterminé à combattre ceux qui les ont tués, sans se reconnaître pour autant dans les idées et le style de ce journal, ni même dans sa décision de publier des « caricatures » désignant les musulmans  comme adeptes d’une foi intrinsèquement meurtrière.

Plutôt que de répéter jusqu’à plus soif « je suis Charlie », sur le modèle des campagnes « contre le sida » ou « pour le Téléthon », ne faudrait-il pas plutôt prendre conscience de la situation dans laquelle nous sommes et des dangers qui nous menacent ? N’est-il pas temps de se mobiliser contre l’ennemi qui harcèle nos sociétés depuis les années 1990 ? Le moment n’est-il pas venu de choisir son camp au lieu de se réfugier dans une sorte de « pas nous ! pas nous ! » Pathétique ?

L’histoire a montré la tendance d’un grand nombre de Français à se planquer en attendant que ça se passe. Cela leur a plutôt bien réussi. La plupart sont ainsi passés entre les gouttes au prix, pour quelques-uns,  de séjours imprévus mais pas mortels dans les usines et les fermes allemandes et, pour le plus grand nombre, de substitutions alimentaires regrettables (mais le rutabaga est aujourd’hui à  la mode).

« Je suis Charlie » traduit aujourd’hui une attitude de repli, quasi-victimaire, avec laquelle on croit se donner bonne conscience en évitant les questions qui fâchent. Ce n’est pas cela qui fera peur aux djihadistes.

 

Retrouvez la version initiale de cet article sur le blog autojournalisme.fr

*Photo : Peter Dejong/AP/SIPA. AP21676391_000008.

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