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Arnaud Montebourg en liberté surveillée

Il est attendu comme le messie. Le ministre du Redressement productif (et non pas progressif, bande de canailles) Arnaud Montebourg a fait sa première sortie de terrain aujourd’hui près de Marseille. Première visite ministérielle aux salariés de Fralib qui veulent reprendre leur activité (du thé en sachet) alors que l’actionnaire principal Unilever veut mettre la clé sous la porte.

Montebourg a annoncé qu’il viendrait avec des solutions. Tant qu’à faire, autant réussir un bon coup tout de suite, si c’est envisageable, quitte à ne sauver que la moitié des emplois. Parce que les temps promettent d’être durs, voire très durs.

Parce que démondialisateur en parole ça va, mais une fois installé à Bercy c’est une autre paire de manches (mais non, ce n’est pas une attaque déguisée contre les chemises du nouveau président, bande de malpensants). Le nouveau ministre l’a d’ailleurs rapidement signalé, dans une interview trois jours après sa nomination, qui fut la récompense de son ralliement à la Hollandie après les primaires socialistes : il y aura des échecs, sous-entendu je ne suis pas le magicien d’Oz qui va empêcher les licenciements, redresser les entreprises et relancer l’industrie à moi tout seul.

Une prudence bien étonnante chez celui qui parle fort, souvent, et pour ne rien dire, souvent aussi. C’est que Montebourg a peut-être compris que ce ministère était à la fois sa chance et sa prison. Les clous – made in France – sur sa croix à venir pour 2017.

Evidemment, le quinquennat s’annonce économique et social : chômage, budget, salaires des grands patrons, réindustrialisation, retraites, c’est sur ce terrain que la gauche et le gouvernement sont attendus par les Français. Il faut faire mieux que Christian Estrosi et Xavier Bertrand, au moins pour ce qui est de la rhétorique. Et il faut à tout prix faire mentir l’adage de Jospin 2002, expliquant aux salariés de Michelin, à qui on annonçait des réductions d’effectifs et un cours de bourse en hausse, que l’Etat ne peut pas tout. Jospin a fini par le payer au premier tour de la présidentielle de 2002, la gauche le sait. Alors il faut dire que l’Etat peut, que l’Etat peut un peu et qu’il vous le montre. Pour les miracles, on est prié de s’adresser au ciel, aux Allemands, aux Chinois, ou à la main invisible et à la croissance mondiale réunies.

Revenons à notre redressement productif : que peut faire ce ministre ? Des discours et des déplacements dans un premier temps. Puis bouger ses bras et essayer de trouver des solutions. Si ça ne tombe pas assez vite, au moins pour les dossiers emblématiques (Fralib, Petroplus ou Peugeot-Aulnay) ça coûtera cher politiquement. Et qui sera la victime idéale de cette impuissance politique ? Montebourg lui-même. Je parie que les syndicats vont se faire un plaisir d’en faire leur cible favorite, les « amis » du Front de gauche – dont il a un peu trop séduit les électeurs aux primaires – aussi. Et je mise aussi sur ses camarades du gouvernement pour le tacler en douce, et bientôt au grand jour. Car du redressement on passera vite au ministère des plans sociaux. Je lui souhaite bon courage pour tous les Air France à venir, par exemple les opérateurs de téléphonie ou les banques qui rêvent tout haut de dégraisser par milliers.

On a d’ailleurs du mal à imaginer que cette mission intrinsèquement impossible doive quoi que ce soit au hasard. Hollande se méfie de Montebourg, même s’il a fait une campagne efficace et loyale, oubliant sans moufter qu’on avait enterré ses thèmes favoris (le protectionnisme et la démondialisation) au nom d’une certaine centrisation des thèmes. On n’imagine pas qu’il ne vise pas 2017, tout bardé d’une légitimité gouvernementale dans un secteur crucial. Alors, il faut le mettre sous surveillance : quoi de mieux qu’un portefeuille où il ne peut pas réussir, sauf miracle (qu’on lui et nous souhaite) ?

Moscovici, ministre de l’Economie, vérifiera qu’on ne joue pas avec les frontières, même pour sauver nos aciéries. Sapin, en charge du social, expliquera qu’il est un peu brouillon et ne connaît rien à la mécanique subtile (pour ne pas dire sclérosée) de la négociation avec le patronat et les syndicats. Cahuzac au Budget dira qu’il n’y a pas d’argent public pour relancer quoi que ce soit. Et Ayrault dans tout ça ? Il laissera faire avant de recadrer sèchement Arnaud quand il dira des âneries qui énervent les éditorialistes de BFM Business ou des Echos.

Si ça s’arrange, le président Hollande engrangera les bénéfices. Si ça va mal, le grand ministre du machinchose productif sera prié de manger son chapeau ou de repartir au conseil général de Saône-et-Loire faire des ronds-points et des écomusées. Pas vraiment un redressement pour Arnaud, mais, au moins, une sorte de relocalisation, finalement…

 
*Photo : Des Idées et des Rêves


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