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L’âge ingrat a encore frappé

#14septembre

L’âge ingrat a encore frappé
Top Crop. Image: Ben Weber / unsplash.

Avec le mouvement #14septembre, de nombreuses jeunes femmes exigent de pouvoir se vêtir comme bon leur semble au lycée. Tristement, elles ne voient plus le monde que sous l’angle du conflit entre les sexes. Analyse.


Pour le mouvement néo-féministe, nul doute que la relève est assurée. De surcroît, le mouvement #14septembre, qui a envahi ces derniers jours les réseaux sociaux, a reçu l’assentiment de ces nouvelles intellectuelles-militantes ! C’est notamment le cas de Camille Froideveaux-Metterie qui, dans une tribune publiée dans Libération, a fait état d’une « conception instrumentale du corps des femmes synonyme de dépossession ». 

Ce crop top que le “patriarcat” ne veut pas voir

En cause : des collégiennes et lycéennes se sont insurgées des sanctions et remarques qu’elles ont reçues du fait de leurs tenues, jugées inadaptées dans le cadre d’un établissement scolaire. Elles estiment, en effet, avoir le droit de porter les tenues qu’elles veulent au motif que leur corps n’est pas un objet (et a fortiori, un objet de désir). 

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Elles pourfendent les injonctions, prétendument arbitraires, d’une société qu’elles considèrent volontiers comme « patriarcale ». Pour le camp du Bien, le mâle a toujours tort. Il faut donc renverser la table. Et puisque leur corps – cette chose si intime – leur appartient… Elles veulent l’exhiber, et exigent désormais de pouvoir se montrer sans être vues.

Pseudo rébellion et fin de l’altérité

Les (grandes) idées sont devenues plus nobles que les faits, et ses idéologues complètement aveugles. Le mouvement #14septembre, vent debout contre ce mâle blanc dominant qui semble avoir imposé toutes ses règles, ignore que la bienséance est avant tout une bienveillance. Certes, on peut feindre de croire que le rapport d’une jeune fille à son corps est innocent. Mais les évidences ont parfois raison. Et la victime aussi. Ce sont donc les garçons qu’il s’agit de rééduquer. 

Cette pseudo rébellion est également emblématique d’une société qui s’efforce de ne plus opérer de distinctions du tout. Venir au collège ou au lycée en brassière et en short devrait relever du choix souverain. Seulement voilà, y a-t-il un choix qui soit vraiment souverain lorsqu’on a entre 11 et 16 ans ? Et puisqu’il est maintenant malvenu de différencier, on permet à des jeunes filles de se comporter comme des femmes en raison de leur droit à être libre et l’on feint de croire que leur « choix » est délibéré. Mais la liberté encore s’apprend…

C’est les féministes qui deviennent oppressantes!

Tout comme s’apprennent les codes et les différentes règles qui régissent la vie en société. Là où il est coutume désormais de voir la totalité des problématiques sous l’angle du conflit entre les sexes, ce mouvement apparaît plutôt comme une rébellion contre une hiérarchie devenue intolérable. La hiérarchie étant désormais considérée comme nécessairement oppressive. Donc violente. À ce titre, #14septembre s’apparente davantage à un caprice d’enfant-roi, caractéristique d’une génération qui a définitivement assimilé qu’elle a des droits. Ou plutôt, qu’elle n’a que des droits. Mais la jeunesse est ingrate et assène maintenant : « votre époque est révolue ! ». 

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Sauf que, derrière tout cela se cache une belle hypocrisie teintée d’instrumentalisation. Faire croire, comme Camille Froideveaux-Metterie, qu’un mouvement comme #14septembre permet la « déconstruction des représentations sexistes », sans doute est-ce là la vraie violence. Ne donner à des jeunes gens que la seule possibilité de voir la complexité des choses à travers les catégories manichéennes de bien et de mal, c’est refuser de les élever. C’est aussi considérer que la liberté (en l’occurrence, le laxisme) est toujours préférable à l’autorité (forcément violente). Plus grave encore, c’est créer un antagonisme insoluble là où il n’y en n’a pas nécessairement. 

Notre époque souffre, en réalité, de son humilité (factice). Les aînés n’ont plus désormais de légitimité à « montrer le chemin », à apprendre, et plus encore, d’apprendre à apprendre. Après tout, qui sont-ils, eux, pour dire à leurs enfants comment faire ? Puisque, de toute façon, il s’agit de faire tabula rasa. C’est pourtant au nom de cette humilité, que beaucoup s’arrogent une supériorité morale. Comme l’écrivait Vladimir Jankélévitch, celui qui se sait humble ne l’est déjà plus. Il ne s’agit plus aujourd’hui de bien faire, mais de faire le Bien. Autrement dit, de prétendre combattre l’arbitraire par l’arbitraire.


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est étudiante

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