Même confusément, chacun se rappelle le reportage télévisé où il a vu, où on lui a donné à voir, un enfant tué par des balles « provenant de la position israélienne », dans les bras de son père, lui-même blessé. C’était à Gaza, au 20 heures de France 2, le 30 septembre 2000, au début de la seconde Intifada. Ces images, qui ont fait le tour du monde, ont alimenté la haine contre Israël, contre les Juifs et contre ceux qui soutenaient un Etat dont les soldats tuent un enfant pour le plaisir. Ces images ont tué.
Toutes les expertises balistiques ont prouvé qu’aucune balle israélienne ne pouvait avoir été tirée en direction du père et de l’enfant. De nombreux indices suggèrent que la scène montrée n’était pas authentique. Pendant de longues années, ceux qui contestaient la version des faits présentée par France 2 se voyaient opposer le silence des autorités israéliennes. Depuis le 19 mai 2013, cet argument ne tient plus puisque le bureau du Premier Ministre israélien a rendu public un rapport officiel qui remet totalement en cause le reportage.
Il faut tirer les conséquences de ce rapport et accepter de rouvrir ce dossier pour enfin pouvoir le refermer. Il faudra expliquer comment le père et l’enfant, qui auraient reçu à eux deux 15 balles d’armes de guerre, n’ont aucune trace de sang sur leur corps, sur leurs vêtements ou sur le mur auquel ils étaient adossés. Il faudra expliquer pourquoi, après sa mort annoncée en direct, l’enfant lève le coude et tourne sa tête en direction du caméraman. Des incohérences comme celles-ci, le reportage en comporte beaucoup.
Il y a une affaire Al-Dura, controverse sur l’authenticité des images présentées le 30 septembre 2000.
Il y a un silence Al-Dura, une sorte d’omerta condamnant à l’ostracisme médiatique ceux qui pensaient mal et mettaient en doute la version officielle de France 2, tout en les attaquant ad hominem et les qualifiant de conspirationnistes extrémistes ultra sionistes. Philippe Karsenty a connu cela pendant de longues années. Moi aussi, dans une moindre mesure. Les conséquences pouvaient en être professionnellement ou personnellement destructrices. Certains ont ainsi renoncé à s’exprimer. En France, le débat est ainsi verrouillé. Mais dans la presse américaine, le terme de « hoax » (montage) est communément utilisé.
Il y a aussi une mythologie Al-Dura, génératrice de haine. à Bamako, au Mali où la France se bat contre les djihadistes de l’islam radical, la place principale est dédiée à la mémoire de « l’enfant martyr de Palestine, Mohamed Al-Dura ». Mohamed Merah, l’assassin de Toulouse et de Montauban, en prétendant « venger les enfants de Gaza », se référait à Mohamed Al-Dura. Alors qu’on ne nous dise pas que cette histoire est ancienne et qu’elle ne concerne qu’Israël.
Plusieurs contre-enquêtes ont déjà été effectuées. D’autres sont encore possibles grâce aux images détenues, aux experts mobilisables en balistique, chirurgie de guerre et analyse des images. Que ces enquêtes techniques soient neutres et internationales pour leur donner plus de poids. Si elles montrent que je me suis trompé, je saurai le reconnaître.
Au rapport qui la met en cause, France Télévisions devrait réagir constructivement. Pourquoi la télévision publique française recourt-elle au silence depuis tant d’années ? N’a-t-elle pas été elle aussi la victime d’un cameraman militant qui affirmait avoir« choisi le journalisme pour défendre la cause palestinienne », dans une région où la manipulation des images est de longue date une arme comme une autre ?
Compte tenu de son impact mondial et persistant, le dossier Al-Dura doit être rouvert et traité de façon transparente. Si France 2 ne s’y résignait pas, ce serait alors à l’échelon politique, à l’Etat français, de prendre ses responsabilités : on ne peut affirmer vouloir lutter contre l’antisémitisme en France et contre l’islam radical dans le monde si on ne l’attaque pas à la racine, la propagande de haine nourrie par des images meurtrières, probablement mensongères.