La prochaine présidentielle sera une bataille des imaginaires. Mais sur ce front, ceux qui ont participé au macronisme souffrent d’un terrible handicap : comment incarner l’espérance après avoir servi un pouvoir détesté ?

Aujourd’hui, à Paris, la veille d’une manifestation, des stations de métro sont fermées. Ligne 5, un vendredi soir, me voilà boulevard Richard-Lenoir. Alors que ma compagne croit que je pianote sur mon portable pour commander un chauffeur Uber, je suis sur Safari pour vérifier l’adresse du commissaire Maigret. « Maigret, c’est au 132 ! » Elle sourit tout en se disant, je le sais, que mon cas est irrécupérable. Mais un taxi est là, je ne serai pas interrogé quai des Orfèvres pour divagation romanesque en temps de crise.
On file vers l’Ouest parisien. Tendant l’oreille alors que j’exprime une réflexion sur la liberté de circuler (et de manifester) tout en garantissant la sécurité, le chauffeur réagit. Je retranscris ici son propos. Sans rien ajouter, sans rien supprimer. C’est du brut.
« Rien ne va depuis l’affaire Epstein, je n’ai plus confiance en personne. La période du Covid, on ne sait pas tout. Je bosse à fond pour ma famille et je ne fais rien d’autre. »
Je l’interroge sur sa famille.
« Ma femme a un temps partiel dans le commerce, elle voudrait faire plus d’heures, mais ce n’est pas possible… J’ai deux enfants, une fille en terminale et un fils en troisième. La fille, ça va. Le fils, je ne sais pas, il est toujours sur son portable à regarder des trucs à la con… Remarque, moi, je fais pareil… Vous savez, monsieur, je trouve que tout est devenu laid. »
Cette dernière parole est lancée comme ça, alors que nous traversons le boulevard de Grenelle.
Oui, c’est exact. En réponse aux premières revendications lycéennes, le pouvoir a joué la carte du pourrissement. Face à la colère, mais aussi à une haine qui s’installe, le gouvernement a un temps pensé que tout cela n’allait rien produire de bien méchant. Pariant sur une France fatiguée qui attendrait sagement la prochaine élection présidentielle.
Alors que les manifestants pacifiques demandent la dignité, à l’école et au travail, la considération et de meilleures conditions d’existence, les casseurs, émeutiers et pilleurs ont installé le désordre jusqu’à nous faire douter de la capacité de l’État à reprendre le contrôle de la situation. Puis, à Trappes, un jeune homme de 26 ans, Pengo Bossio Wangi, a été tué lors d’un attentat raciste.
En 2017, Emmanuel Macron avait pris un engagement : « Je ferai tout pour qu’ils n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes. […] Je rassemblerai et réconcilierai parce que je veux l’unité de notre peuple et de notre pays. » Près de dix ans après, tout est devenu si laid.
Qu’est-il possible de faire espérer aux enfants du taxi ? Quel avenir désirable ?
J’en suis convaincu. La prochaine présidentielle se jouera sur une bataille d’imaginaires. Celui de ceux qui ont participé au macronisme est aujourd’hui frappé d’un mal incurable. Comment incarner une espérance pour demain après avoir participé à un pouvoir si rejeté ?
Le macronisme a été une opération massive pour essayer d’en finir avec le débat politique. Ce camp autoproclamé de la raison ne s’est pas contenté de très mal se comporter vis-à-vis du peuple, il a aussi essayé de lui faire croire que les alternatives à sa politique n’existaient pas.
Des pancartes de lycéens disent que l’esprit français, que la passion insatiable pour la Liberté, l’Égalité et la Fraternité sont toujours d’actualité. J’ai bien aimé « Un violent désir de bonheur ».
« Tout est devenu laid » ?
Et si on retrouvait la beauté.




