Accueil Culture Astrig Siranossian: les sanglots longs du violoncelle de l’automne…

Astrig Siranossian: les sanglots longs du violoncelle de l’automne…

Sir Elgar et dame Astrig


Astrig Siranossian: les sanglots longs du violoncelle de l’automne…
Astrig Siranossian, salle Gaveau, Paris © Melkon Ajamian

Tous les dimanches ne se ressemblent pas. En grand uniforme au couchant dominical du 11 octobre, l’Orchestre de la Garde républicaine resplendissait dans la blancheur chantournée de la salle Gaveau – le chef Bastien Stil en gilet blanc et queue de pie à épaulettes d’or : la Première symphonie de Beethoven exige de la tenue ; elle en avait.

Achevé en 1800 par un compositeur alors âgé de 30 ans, dans une écriture encore marquée par Haydn et Mozart, cet op.21 traversé d’une énergique fraîcheur juvénile se prolongeait par deux morceaux d’un tempérament tout différent : d’abord le célébrissime Concerto pour violoncelle en mi mineur d’Edward Elgar (1857-1934), chef d’œuvre composé en 1919, soit dans la pleine maturité du pontife musical de la couronne de sa Majesté britannique – quatre mouvements conjuguant emphase et recueillement. Ensuite le très court, inoubliable et fameux Kol Nidrei du grand romantique allemand Max Bruch (1838-1920), courte partition qui, inspirée de mélodies hébraïques, et quoique Bruch fût protestant (cette prière étant récitée durant le service du soir de Yom Kippour), fut écrite en 1880-81.

A lire aussi: Lyrique: une Manon déchirante et funèbre, au Théâtre des Champs-Elysées

Au cœur de ce programme, la jeune violoncelliste Astrig Siranossian, 37 ans, d’origine arménienne. Son instrument ? Un violoncelle fabriqué en 1756 par le luthier Gennaro Gagliano, et sur lequel jouait feu le célèbre chef d’orchestre et violoncelliste John Barbirolli (1899-1970)… A celle qui fut en résidence, trois années durant, à la Fondation Singer Polignac, on doit déjà une discographie plus que consistante. De toute beauté, ce concert automnal reprenait, pour une part, le contenu de ce nouvel album dont le titre, Sir !, rend hommage à son inspirateur au prisme de la musique anglaise. Composé par Elgar au sortir de la Première Guerre mondiale (pendant laquelle il s’est pratiquement tu), ce concerto déchirant est ici magnifié par l’interprétation du mythique London Symphony Orchestra, dont le chef français François-Xavier Roth dirige excellemment les quatre mouvements sublimes. On se souvient que le fondateur de l’orchestre Les Siècles en avait été brutalement écarté il y a deux ans sur des accusations de harcèlement sexuel… lesquelles n’ont donné lieu à aucune poursuite pénale, bouleversant néanmoins une carrière que, fort heureusement réchappé de cet incident de parcours, il poursuit comme directeur artistique du SWR Symphonieorchester, basé à Stuttgart. Le morceau de bravoure du CD reste sans conteste la sonate pour violoncelle de Benjamin Britten millésimée 1961, œuvre exigeante, insolite, délicieusement inventive, qu’Astrig Siranossian interprète merveilleusement, en duo avec le jeune pianiste Nathanaël Gouin, déjà son partenaire sur des enregistrements antérieurs. Évoqué plus haut, le Kol Nidrei de Bruch sanctionne le caractère éclectique ces rapprochements, que vient conclure, dans un ultime retour « fin de siècle », le Salut d’amour op.12 de lord Eward…

Sous l’archet d’Astrig, Paris n’a pas fini de vibrer: au Châtelet le 22 novembre, en ouverture de la saison des Concerts du Dimanche matin, en compagnie de Fanny Ardant. Puis en avril prochain à la Philharmonie de Paris, où sera donnée la magistrale Symphonie pour violoncelle, que Britten dédia à Mstislav Rostropovich, lequel en fut l’interprète à Moscou lors de la première, en 1964…


« Sir ! » : Elgar, concerto pour violoncelle + salut d’amour. Bruch, Kil Nidrei, Britten, sonate pour violoncelle. Astrig Siranossian, violoncelle. Nathalie Gouen, piano. London Symphony Orchestra. Direction, François-Xavier Roth. 1CD Alpha Classics. Durée : 1h.

——————————

Mozart : « Je cherche les notes qui s’aiment ». Trio avec piano en si bémol majeur, KV 502, Quatuor avec piano en sol mineur, KV 478
Astrig Siranossian, violoncelle. Raphaëlle Moreau, violon. Lyda Chen Argerich, alto. Shani Diluka, piano.
Introduction et lecture de poèmes, par Fanny Ardent.
Concerts du Dimanche matin, Théâtre du Châtelet. Dimanche 22 novembre, 11h. Durée : 1h.

—————————–

Et aussi : Symphonie pour violoncelle, de Benjamin Britten. Œuvre composée pour Rostropovitch. Elle sera interprétée le 27 avril 2027 par Astrid Siranossian à la Philharmonie de Paris.




Article précédent Poutine veut-il interdire la pizza ? En Russie, la mozzarella devient une menace pour la patrie

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération