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L’habit défait-il le magistrat ?

Etats-Unis : le hijab entre au tribunal


L’habit défait-il le magistrat ?
RS

Dans l’Etat du Mississippi, Assma Ali est devenue la première juge américaine à siéger avec un hijab. Bien que ses détracteurs semblent concentrer leurs attaques sur son appartenance religieuse, ce n’est pas sa foi qui pose problème, mais le signe religieux qu’elle arbore dans l’exercice d’une fonction d’autorité.


“Un mauvais exemple est comme une tache d’huile qui va toujours s’étendant.” Sosthène de La Rochefoucauld-Doudeauville.

« My tailor is rich. » Introduction emblématique de la célèbre méthode linguistique Assimil.


La Constitution américaine est sans ambiguïté sur la laïcité, c’est-à-dire la séparation de la religion et de l’État. L’appartenance, ou la non-appartenance, à quelque mouvement (in)organisé n’a aucune pertinence quant à la capacité de tout citoyen américain d’assumer une charge publique ou judiciaire. Cela dit, il y a toujours loin du calice aux lèvres : dans une nation largement protestante, il n’a pas toujours été facile aux catholiques et aux Juifs de participer pleinement à la vie politique, en particulier dans les ex-États esclavagistes, où les rednecks pentecôtistes voyaient (et voient parfois encore) dans les papistes et les déicides des suppôts de Satan. 

Rappelons que, sans remonter au Moyen Âge, au dernier millénaire (en l’an de grâce 1960), John F. Kennedy avait dû fermement rappeler à ses compatriotes qu’il n’était pas le candidat catholique à la présidence, mais le candidat démocrate à la magistrature suprême qui se trouvait à être catholique et qu’il n’avait nulle intention d’être la « taupe » du Vatican à la Maison-Blanche. Il constatait que nul article de la loi suprême ne le disqualifiait à compter du jour où il fut baptisé.

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Pour autant, l’Amérique est quand même un creuset. Parmi les élus (sans jeu de mots), les Juifs ne sont pas des nouveaux-venus dans les assemblées fédérales et locales, et l’on y compte de plus en plus de musulmans. À noter que ceux-ci ne sont pas exclusivement issus de l’immigration. Depuis les années 1960 surtout, lors du combat pour les droits civiques, un certain nombre d’Afro-Américains de souche, dont les racines se trouvent dans les régions atlantiques de l’Afrique, ont troqué la Bible, jadis brandie par les puissances coloniales en guise de justification de l’esclavage, pour le Coran, prêchant un monothéisme plus rigoureux.

(Ces convertis, en écoutant le chant des sirènes « tiers-mondiste », sont tombés de Charybde en Scylla : la traite négrière pratiquée par les Arabes, notamment sur la côte orientale du continent, est bien antérieure au commerce triangulaire. De surcroît, ces trafiquants de chair humaine eurent parfois pour habitude de rendre leurs captifs masculins aptes à leur future fonction de gardien de harem par une intervention chirurgicale radicale, ce qui explique que, contrairement aux Amériques, dans la péninsule Arabique sont plus rares les personnes à la pigmentation révélant un fort taux de mélanine.)

La députée du Minnesota Ilhan Omar. DR.

Le Congrès américain a connu des législateurs revêtus du col romain, mais, sauf erreur, pas de kippas. De nos jours, il y a des législatrices affublées d’un hijab, symbole éminemment féministe comme chacun le sait. Dans les prétoires, on croise à l’occasion des juifs orthodoxes qui plaident avec leur kippa, et des avocates musulmanes portant le hijab. Une hérésie en France voltairienne. Mais quid de la magistrature ? Les Juifs y ont droit de cité depuis des décennies et ont officieusement joui d’un siège réservé à la Cour suprême sur les neuf. Mais aucune kippa. Pas de croix non plus.

Quand le juge arbore sa foi

Signalons que, souvent, les juges sont nommés par le pouvoir exécutif chez les avocats de carrière. Dans l’État du Mississippi, une nomination historique a eu lieu le 5 août dernier. Assma Ali, fille d’immigrants yéménites et 100 % Américaine puisque née et éduquée aux États-Unis, occupe désormais la charge de juge municipale de la ville de Benoit. Elle compte dix ans d’expérience comme avocate et d’impressionnants stages professionnels lorsqu’elle était étudiante à la fac de droit et elle est appelée à statuer seule (sans jury populaire) sur des infractions au code de la route et des délits mineurs. Un CV irréprochable.

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Mais là où le bât (si l’on ose dire) blesse : elle porte le hijab. Une première dans l’histoire judiciaire américaine. L’on ne saurait nier qu’elle a fait l’objet d’attaques hystériques, apparemment fondées sur son affiliation religieuse : un sénateur d’État réclame sa destitution vu que l’Amérique croit en Dieu et non pas en Mahomet ; un politicard aspirant au poste de gouverneur promet d’interdire l’application de la charia dans l’État… Elle a même fait l’objet de menaces de mort.

Le problème est que ces rednecks ont attaqué la juge Ali pour les mauvaises raisons. Sa foi n’est pas le problème, mais sa tenue vestimentaire. Vérité sémiotique incontournable : un vêtement n’est pas toujours neutre et synthétise un message.

La justice a aussi son uniforme 

La toge symbolise les fonctions du porteur : impartialité, respect des droits de la défense, tandis que le hijab constitue un étendard proclamant haut et fort une croyance. Il est déjà troublant de voir un avocat en fonction afficher des signes religieux distinctifs, qui constituent des instruments de propagande, mais l’on peut se résigner en se rappelant qu’il ne représente que son seul client. Il en va tout autrement d’un magistrat qui, lui, incarne l’État. Le Mississippi est l’État américain le plus bouseux qui soit, mais, sauf erreur, nul magistrat fréquentant le dimanche son église pentecôtiste n’y a arboré de croix en siégeant, même s’il conserve, en dehors des heures de service, l’intime conviction que Jésus a marché sur les eaux.

Incidemment, la France compte dans ses effectifs judiciaires des citoyens aux origines et (non-)croyances diverses. Il est permis de supposer que certains d’entre eux adhèrent à l’idée que Mohammed, après s’être rendu de La Mecque à Al-Qods par la voie des airs en chevauchant son bouraq, est monté au ciel à partir de l’esplanade du Temple, mais seuls les télépathes aguerris peuvent les débusquer. L’esprit corporatiste du système judiciaire français donne trop souvent lieu à des controverses et à des dérapages, mais d’un autre ordre.

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Il n’est pas question ici de mettre en doute la sincérité de la juge Ali, qui s’engage à s’en tenir uniquement aux lois, à la Constitution mississippienne et à la Constitution fédérale, mais quid de l’obligation de tout magistrat d’éviter toute apparence de conflit d’intérêt et de partialité ? Qu’en est-il de son devoir de réserve? Il est vain de sonder les gyrus de la juge, seule compte la perception du justiciable lambda dans son box. L’on peut conjecturer que si elle eût suivi les réformes libératrices de Kemal Atatürk, elle eût fait l’économie de virulentes polémiques.

Voilà une évolution qui pourrait déborder sur le Canada, ce qui ne pourra que réjouir l’éminent philosophe Charles Taylor, récipiendaire du juteux prix Templeton. Alors qu’au Québec, la commission Bouchard-Taylor avait, en 2008, préconisé d’interdire le port de signes religieux aux fonctionnaires « en position d’autorité », notamment aux procureurs, policiers et juges, Chuckie Taylor affirme depuis que même ces timides restrictions lui « font honte ». Multiculturalisme canadien oblige. Tous les accommodements sont raisonnables, sauf peut-être les sacrifices humains.

Le Génie est sorti de sa lampe au Mississippi. Était-ce écrit ?



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