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IA: la direction du futur

Dieu croit-il en l'IA ? Humains vs. machines, le match du siècle : Jean-Baptiste Roques présente notre grand dossier de l'été


IA: la direction du futur
Le robot Maria dans Metropolis de Fritz Lang, 1927. Un siècle plus tard, la dystopie imaginée par le cinéaste résonne avec les interrogations suscitées par l’IA. DR.

Le pape est à deux doigts d’excommunier ChatGPT, les bac +8 tremblent d’être remplacés par oncle Claude et Gabriel Attal propose de « prompter » dès le berceau… L’IA met partout un monstrueux bazar. L’algorithme nous fait maintenant la loi, la guerre et la morale, entre deux smileys. Priez pour nous, pauvres prompteurs ! Serions-nous tous caducs ?


L’action se passe dans une métropole futuriste. Tandis que les beaux quartiers abritent une population oisive et festive, qui profite à plein du progrès technique, la ville basse, elle, fourmille d’esclaves, trimant inlassablement dans des usines reliées à une impitoyable « machine cœur ». Chacun aura reconnu le chef-d’œuvre de Fritz Lang, Metropolis, et ceux qui ont la mémoire des dates se souviennent peut-être que cette dystopie, réalisée en 1926, est censée se passer un siècle plus tard, soit… en 2026.

L’autre grand remplacement

Visionnaire à bien des égards, le scénario n’a cependant pas anticipé une réalité de notre temps présent : à l’heure de l’IA, la modernité ne lamine pas seulement le monde ouvrier, mais aussi les médecins, les juristes, les ingénieurs, les enseignants, les chercheurs, les artistes, désormais menacés d’être remplacés, en partie du moins, par des machines « pensantes ». Quant à ceux qui s’imaginent que les programmes LLM (Large Language Model) sont de simples « perroquets stochastiques » inaptes à créer quoi que ce soit, nous les invitons à lire Raphaël Doan dans notre grand dossier, très lucide quant aux développements extraordinaires en cours.

Fritz Lang avait donc vu juste. 2026 est une année charnière dans l’histoire technologique. Pour la première fois, l’activité des « bots » (agents logiciels autonomes) a dépassé le seuil de 50 % du trafic web mondial. Et pour la première fois aussi, un homme, Elon Musk, est devenu billionnaire en dollars suite à l’introduction en bourse il y a quelques semaines de sa société Space X qui, ainsi que son nom ne l’indique pas, n’est pas seulement une entreprise de fusées et d’exploration spatiale, mais aussi un vaste projet d’IA, consistant à placer sur orbite autour de la Terre des serveurs informatiques – on parle de près d’un million de satellites.

Face à ces avancées vertigineuses, que faire ? S’adapter servilement aux géants du numérique américains, en « apprenant à prompter dès l’école », comme vient de le préconiser le candidat à la présidentielle Gabriel Attal ? Débrancher nos box internet et entrer en résistance, suivant le conseil du dernier livre d’Abel Quentin, Sanctuaires, qui compare notre civilisation techno-dépendante à un vieux catcheur botoxé et stéroïdé dont la fin est proche malgré les apparences ? À moins qu’une voie intermédiaire soit possible entre progressisme béat et archaïsme rêveur ?

Humains vs. machines, le combat du siècle

Les intellectuels que nous avons sollicités dans notre dossier – le directeur des Éditions du Cerf, Jean-François Colosimo, le président de l’Association pour la défense de la nation, Gaël Nofri et le président d’Arte Bruno Patino – pensent qu’un tel chemin existe. Sans être forcément des papistes chevronnés, tous donnent raison à leur manière à l’encyclique publiée en mai dernier par Léon XIV, qui appelle à encadrer l’IA et à brider les puissants patrons qui en détiennent les clés.

Il n’est pas étonnant que le souverain pontife se soit emparé de cette question. Bien davantage que la machine à vapeur, l’aviation ou la télévision, l’IA rivalise directement avec Dieu. Invention presque inarrêtable, peut-être même déjà capable d’imaginer sui generi les moyens de sa propre persévérance, elle connaît presque tout sur tout et sait procurer à ses utilisateurs l’écoute et le réconfort dont ils ont besoin dans les moments difficiles de l’existence.

À la fois éternelle, omnisciente et consolatrice des âmes : que demander de plus à l’IA ? Le droit de vie et de mort sur les humains peut-être. Des déclinaisons militaires de l’IA sont en train d’être mises au point sous le nom de « Maven » aux États-Unis ou de « Pendragon » en France. Dotés de budgets record, ces logiciels de défense sont employés pour analyser les données des satellites, des drones et des réseaux sociaux, identifier des cibles ennemies et suggérer à l’opérateur un tir, qu’ils n’ont toutefois pas vocation à engager eux-mêmes, en respect des préconisations de l’ONU, du Pentagone et de l’Union européenne.

Reste que la machine tueuse autosupervisée – et donc potentiellement incontrôlable – n’est plus un fantasme d’écrivain de science-fiction, comme le note le journaliste au Daily Telegraph Andrew Orlowski. L’IA s’apparente à ce titre au nucléaire. Source de grand confort, elle peut tout autant mener tout simplement à l’apocalypse, du moins si les nations ne prennent pas leurs responsabilités. Heureusement, une activité de l’esprit échappe encore à sa mainmise : la politique. Pour l’heure, ni ChatGPT, ni Grok, ni Claude n’arrivent à prédire ce que Donald Trump, Vladimir Poutine ou Xi Jinping décideront ou annonceront demain. La démonstration peut sembler absurde, mais le désordre géopolitique actuel, aussi atroce soit-il pour ceux qui en pâtissent, est bien la preuve que notre monde est loin d’être soumis aux algorithmes de la Silicon Valley. Le chaos est le propre de l’homme.

Été 2026 - #147

Article extrait du Magazine Causeur




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est journaliste.

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