Du vendredi 5 au dimanche 7 juin, la marque de prêt-à-porter musulman Jennah a ouvert une boutique éphémère dans le centre-ville de Lyon. Se présentant comme spécialisée dans le « prêt-à-porter modeste », cette enseigne témoigne de l’essor d’un marché confessionnel et radical qui ravive les débats sur le communautarisme et la place de l’islam dans notre espace public.
En juin, le retour d’une boutique Jennah au cœur de la presqu’île lyonnaise n’est pas passé inaperçu.
Après avoir attiré plusieurs milliers de clientes lors de son premier pop-up store en 2025, la marque spécialisée dans la « mode pudique » a de nouveau investi le centre-ville de Lyon. Ce succès commercial soulève des interrogations dépassant largement le simple secteur de l’habillement. Avec ses abayas, hidjabs, tuniques longues et robes couvrantes, Jennah s’inscrit pleinement dans le phénomène mondial de la « modest fashion ». Portée par les réseaux sociaux – la marque revendique près de 450 000 abonnés sur Instagram – cette tendance connaît une croissance rapide auprès d’une clientèle recherchant des vêtements conformes à des convictions religieuses ou culturelles. Pour les fondateurs de cette enseigne créée en 2014, il s’agit simplement de répondre à une demande croissante et légitime. Mais pour ses détracteurs, le phénomène dépasse largement le cadre économique.
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Car derrière cette réussite commerciale se pose la question de la place de la religion dans l’espace public. Le concept même d’une enseigne qui ne viserait principalement que les femmes musulmanes est perçu par certains observateurs comme le symptôme d’une segmentation croissante de la société française selon des critères confessionnels, parfaitement contraire au modèle républicain.
Les critiques déplorent la banalisation de codes vestimentaires identitaires et s’inquiètent de la pression sociale qui peut s’exercer sur les jeunes femmes dans des environnements où ces tenues tendent à devenir la norme. À l’inverse, les défenseurs de cette mode rappellent qu’il s’agit d’un choix personnel relevant de la liberté individuelle et de la liberté d’entreprendre. La marque rappelle d’ailleurs sur ses réseaux sociaux que « toutes les femmes sont les bienvenues, voilées ou non », peu importe leur confession. Le succès de Jennah révèle ainsi une réalité plus profonde : l’émergence de marchés toujours plus ciblés sur des identités culturelles ou religieuses. Un phénomène économique en expansion qui nourrit également le débat sur le communautarisme et les défis auxquels est confronté le modèle républicain français.




