Trop trognon l’accordeur, avec ses tatouages de petite frappe sur les avant-bras et jusque sur les phalanges : pas franchement la tête de l’emploi, disons. Dans le rôle de Niki, le joli Leo Woodall (que je vous invite à découvrir par ailleurs sur Netflix, aux côtés de Rachel Weis, dans une série au comique poussif, titrée Vladimir – rien à voir avec Poutine).
Souffrant d’hyperacousie, mais doué de ce qu’il est convenu d’appeler « l’oreille absolue », l’ancien pianiste virtuose (d’où le titre du film, dans sa version pour la France) doit désormais se contenter d’être l’impécunieux accordeur des nantis, payé au lance-pierre en employé de la firme Horowitz, dont le patron adoré, le tonton Harry (Dustin Hoffman), très très malade, manque cruellement de ressources pour se soigner – on est aux US, donc pas de Sécu !
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Il advient que Niki s’accorde, à tous les sens du terme, avec une jeune pianiste-compositrice (Havana Rose Liu) rencontrée dans le cadre de son taf, laquelle est en lice pour intégrer la classe du Maître (Jean Reno, en caméo surprise au deuxième tiers du scénar). En parallèle, Niki se voit embringué dans des équipées nocturnes d’ouvertures de coffres-forts perpétrées par une bande de monte-en-l’air, son ouïe superlative livrant leurs codes secrets en quelques secondes de manip : certes la combine lui sort la tête de l’eau, en outre pour subvenir aux frais de santé du vieil Horowitz. Mais une fois recruté par les malfrats, on ne décide pas de rendre son tablier au premier scrupule venu: et c’est désormais sous la menace que Niki doit exercer ses talents d’horloger de la cambriole. En plus, assez connement, pour preuve d’amour, il a offert à sa dulcinée un bijou ancien, recel parmi les larcins qui lui remplissent les poches. Mais alors même que le succès de son concert ouvre à sa chérie l’enseignement convoité du Maître, notre Reno national reconnaît soudain, sur la demoiselle, un bijou disparu : celui que portait sa propre aïeule… morte jadis à Auschwitz !
Le parfait mauvais goût de ce final ajoute à l’invraisemblance appuyée du scénario – comme du casting, d’ailleurs. On se serait également passé, par exemple, de ce genre de lourdeur publicitaire qui, à Leo Woodall, fait ostensiblement porter un teeshirt griffé Yamaha, et fait dire à Havana Rose Liu, quelque part, cette sentence improbable : « le Steinway sonne fantasque, je suis passé à Yamaha ». Non mais vraiment ! Pas d’accord.
Le Virtuose (Tuner). Durée: 1h49
En salles le 27 mai.

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