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La France et Wagner: une passion contrariée

Si Paris n’a jamais été un grand centre wagnérien, beaucoup moins que Bruxelles ou Genève pour n’évoquer que deux métropoles francophones, la capitale française tente timidement de se racheter. 


Elle se veut assez didactique, et c’est tant mieux, cette exposition qui n’évoque rien d’autre que la Tétralogie. Elle débute par un survol de ce que narrent les quatre ouvrages qui constituent l’Anneau du Nibelung, chose assurément précieuse auprès de ce public français si ignorant des mythes fabuleux réécrits et mis en musique par Richard Wagner.

De lui justement, on évoque d’emblée l’engagement politique, au moment où la révolution de 1848 qui en France renversa Louis Philippe, avait gagné les Allemagnes. On l’avait vu alors sur les barricades, à Dresde, royaume de Saxe, où il vivait, chose qui lui avait valu son exil en Suisse. C’était en 1849.

Les wagnériens héréditaires

En fait, intitulée les Révolutions du Ring, cette exposition Wagner à l’Opéra de Paris, est plutôt faite pour les non-initiés que pour les wagnériens héréditaires. Il faut s’y résigner puisqu’il vaut mieux sans doute amener de nouvelles âmes et des brebis égarées dans la maison du Père, plutôt que de prêcher des tenants du culte. En revanche, elle offre l’avantage de s’adresser pédagogiquement à un large public. Elle laisse entrevoir que l’époque préromantique et romantique avait préparé la voie : Chants d’Ossian, publiés dans la seconde moitié du XVIIIe siècle en Grande-Bretagne ; dessins sublimes et textes de Victor Hugo pour Le Rhin, ou illustrations de Gustave Doré dans le livre Les Mythologies du Rhin, côté français ; résurgence, côté allemand, des mythes germaniques païens et des légendes médiévales. Elle décline en particulier les mille façons qu’on a eu, au fil du temps, de présenter la Tétralogie sur les scènes occidentales.

Wagnérisme et migraines

Si la France, à l’exception de toute une troupe hardie et brillante de poètes (Stéphane Mallarmé, Charles Baudelaire), de grands artistes (Odilon Redon, Henri Fantin-Latour), de compositeurs (Gabriel Fauré, André Messager), d’intellectuels (Catulle Mendès, Judith Gautier), de (rares) figures du grand monde où l’on se déguise en walkyrie lors de bals costumés (Marguerite de Saint-Marceaux, Elisabeth de Caraman-Chimay, comtesse Greffuhle), ou de snobs invétérés (à l’image de la Verdurin de Marcel Proust, aussi sujette au wagnérisme qu’aux migraines) qui vont bientôt pourrir Bayreuth, si la France a été si souvent rétive devant les chefs d’œuvre wagnériens, ce fut souvent pour des raisons qui n’avaient aucun rapport avec la musique ou le chant. A l’instar du scandale de Tannhäuser organisé par les crétins titrés du Jockey Club sous Napoléon III. Ou des émeutes devant l’Opéra trente ans plus tard, quand des milliers de « patriotes » dénonçaient un Wagner fort déplaisant il est vrai, considéré comme un ennemi de la France. C’était au moment de la création française de Lohengrin, en 1891.

Henri Fantin-Latour, Scène finale de La Walkyrie, 1877, Huile sur toile. Musée Fabre, Montpellier Méditerranée Métropole

Crispé sur des concepts antédiluviens

Alors que le Suisse Adolphe Appia avait révolutionné la façon de mettre en scène la Tétralogie, de même que le théoricien britannique Edward Gordon Craig, et que bientôt, à Bayreuth même, Wieland Wagner allait bouleverser l’antre wagnérien avec des concepts résolument novateurs, on est étonné d’apprendre qu’à l’Opéra de Paris on se crispe, par avarice ou par inintelligence pure, et en français de surcroît, sur des conceptions antédiluviennes du monde wagnérien, celles du temps de Cosima, puis de son épouvantable bru pro-nazie. Il y aura cependant, pour sauver l’honneur, les décors d’Olivier Rabaud pour La Walkyrie en 1937, ceux de Maurice Brunet pour Le Crépuscule des dieux en 1962, et mieux encore, celui d’Ernest Klausz pour L’Or du Rhin en 1941, pendant l’Occupation, devant des parterres de SS ou d’officiers de la Wehrmacht.

A lire aussi, du même auteur: « Le Crépuscule des dieux » à l’Opéra de Paris: la musique à la rescousse d’une mise en scène en déroute

Trois Français de génie

Il faudra l’intelligence de Rolf Lieberman pour confier Le Ring en 1976 à des metteurs en scène de haut vol comme Peter Stein pour L’Or du Rhin et Klaus Michael Gruber pour La Walkyrie, ouvrages enfin chantés en allemand. Malheureusement pour l’Opéra de Paris, on manqua de moyens financiers pour monter Siegfried et Le Crépuscule des dieux.

Et surtout, surtout, la même année, trois Français de génie, Pierre Boulez, Patrice Chéreau et Richard Peduzzi, révolutionnent la scène mondiale avec une Tétralogie qui demeure aujourd’hui encore une référence absolue. Mais c’était lors du Festival de Bayreuth. Et non pas à Paris, hélas !

Jeune Wotan

Magnifiques réalisations de Harry Kupfer à Bayreuth et à la Staatsoper de Berlin ; de Götz Friedrich et Josef Svoboda à Londres ; de Roberto Castellucci à la Monnaie de Bruxelles ; mais aussi transposition par Maurice Béjart de l’ensemble de la Tétralogie en une épopée chorégraphique discutable, mais audacieuse, Ring um den Ring, à la Deutsche Oper de Berlin, avec Patrick de Ban fascinant en (jeune) Wotan ;  ou  encore ouvrages monumentaux d’Anselm Kieffer : l’exposition dévoile mille façons d’envisager la Tétralogie et les évolutions esthétiques ou idéologiques qui la servent, et le plus souvent la desservent. Quand on a quitté ces espaces du palais Garnier qui devaient être l’accès à l’Opéra réservé à l’empereur et à l’impératrice des Français, on regrette évidemment tout ce qu’on aurait pu ou voulu y voir et qui n’y est pas présenté. Mais l’exiguïté et la complexité des espaces dédiés aux expositions à l’Opéra de Paris a contraint assurément les commissaires de celle-ci à des choix douloureux.

Le culte wagnérien

Reste un beau catalogue, de ces catalogues dont on a le secret en France, aussi intéressants sur le plan iconographique que sur celui des textes. On ne saurait en citer les nombreux auteurs. Certains thèmes, oui : les rapports de Wagner à la tragédie antique ;  ses positions de révolutionnaire, voire d’anarchiste dans sa jeunesse où il côtoie Bakounine ; l’évolution de l’esthétique entourant le prologue et les trois épisodes du Ring ; le culte wagnérien en France, sujet remarquable et ô combien délicat, où la Tétralogie tient une place si particulière; l’origine de l’or volé, ou mieux, l’origine du mythe ; l’héritage du compositeur auprès de ses homologues d’aujourd’hui, un texte signé du compositeur Philippe Fénelon, par ailleurs détenteur d’une étonnante collection de photographies de tous les interprètes des personnages de la Tétralogie, telles qu’on les publiait alors pour entretenir les délires du culte wagnérien. L’ensemble de ces portraits de héros du chant est exposé à l’Opéra. Et dans les costumes de la création en 1876, s’il vous plaît ! Ces costumes qui font rire de bon cœur les wagnériens d’aujourd’hui et plus fort encore les non-wagnériens qui replongent derechef dans leur dédain farouche et leur anti-germanisme.

La malédiction du Nibelung

On n’oserait demander aux commissaires de l’exposition Les Révolutions du Ring ce qu’ils pensent des mises en scène de la Tétralogie commises par le funeste Calixto Bieto et dont le cycle complet va être repris début novembre. Il est effectivement bien fâcheux que cette exposition qui ne bouleverse rien, mais a des vertus pédagogiques certaines, surgisse au moment où la plus calamiteuse des mises en scène du Ring des Nibelungen pollue la scène de la Bastille. À croire que la malédiction d’Alberich ait frappé l’Opéra de Paris aussi bien que le porteur de l’Anneau. Ou que Wagner lui-même ait proféré un anathème sur l’Académie (alors impériale) de Musique et de Danse au temps de la cabale autour de Tannhäuser. Il faut remonter loin pour se souvenir des honorables réalisations de Parsifal ou du Vaisseau fantôme sur la scène de l’Opéra. Et c’est au Châtelet, malgré le néo-académisme de Robert Wilson, toujours plus attentif à mettre en valeur ses propres concepts esthétiques que l’essence même des œuvres qu’il était supposé servir, c’est au Châtelet qu’on aura vu, en France, la dernière Tétralogie digne d’être saluée. A l’Opéra, les réalisations récentes de Lohengrin, de Parsifal et de deux Ring des Nibelungen, aussi redoutables que destructrices, semblent prouver qu’un mauvais sort a été lancé sur l’institution. À moins qu’il ne faille incriminer rien d’autre que la fatuité de metteurs en scène qui détestent Wagner ou n’y comprennent rien. Ou celle de directeurs de l’Opéra de Paris s’affichant en experts de choix désastreux.


Exposition Les Révolutions du Ring.
Jusqu’au 20 février 2027. Pavillon de l’Empereur. Opéra de Paris-Garnier.

L’Anneau du Nibelung.
Cycle des quatre ouvrages de la Tétralogie.
Du 6 au 13 novembre et du 15 au 19 novembre
Opéra de Paris-Bastille.

Richard Wagner, les révolutions du Ring.
Catalogue de l’exposition. 192 pages.

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Immigration: Édouard Philippe promet de diviser les entrées par deux, mais ses calculs tiennent-ils vraiment?

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Édouard Philippe veut faire de l’immigration l’un des marqueurs de sa campagne présidentielle : diviser par deux les entrées, suspendre le regroupement familial pendant cinq ans, instaurer des quotas économiques, contrôler davantage les étudiants étrangers et revoir le droit d’asile. Le programme est spectaculaire. Mais une analyse chiffrée publiée par Marc Vanguard pointe une difficulté simple : avec 377 000 premiers titres de séjour délivrés en 2025, les catégories que Philippe veut préserver représentent déjà une grande partie de l’objectif qu’il prétend atteindre.


Édouard Philippe a choisi un chiffre facile à retenir : diviser l’immigration par deux. L’ancien Premier ministre, désormais candidat déclaré à l’Élysée, assume un virage beaucoup plus ferme sur un sujet qui structure déjà la campagne de 2027. Son site présente désormais la réduction de moitié de l’immigration comme un « objectif clair » et détaille plusieurs mesures : suspension du regroupement familial pendant tout le quinquennat, quotas pour l’immigration économique, contrôle accru des étudiants étrangers, liste élargie de pays sûrs pour l’asile, fin de « l’asile à vie » et dénonciation de l’accord franco-algérien de 1968.

Lors de L’Heure de vérité sur France 2, Philippe a expliqué vouloir revenir à un niveau de délivrance de titres largement inférieur à 200 000 par an, comparable selon lui à celui qui existait avant 2010. Il précise toutefois que la France continuera à avoir besoin de dizaines de milliers de travailleurs étrangers et ne propose pas de supprimer l’immigration étudiante.

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377 462 premiers titres en 2025

Les chiffres officiels permettent de mesurer l’ampleur de la promesse. Selon la Direction générale des étrangers en France, 377 462 premiers titres de séjour ont été délivrés en 2025 aux ressortissants de pays tiers. Les étudiants représentent 116 835 titres, soit 31 % du total. Les motifs familiaux en représentent 90 959, les motifs humanitaires 88 001, les motifs économiques 50 848 et les autres motifs 30 819.

Une division stricte par deux conduirait donc à environ 189 000 premiers titres annuels. C’est ici que commence la difficulté soulevée par Marc Vanguard dans une longue réponse publiée sur X. Son calcul n’est pas un document officiel ni une projection économétrique : c’est une critique politique du programme de Philippe. Mais il s’appuie pour l’essentiel sur les données publiques du ministère de l’Intérieur et met le doigt sur une vraie contrainte arithmétique.

Le calcul de Marc Vanguard

Vanguard part des 117 000 titres étudiants et des 51 000 titres économiques délivrés en 2025. Si Édouard Philippe veut maintenir globalement l’immigration étudiante et l’immigration de travail, ces deux catégories représentent à elles seules environ 168 000 titres. Il ne resterait donc qu’une vingtaine de milliers de places pour toutes les admissions familiales, humanitaires et diverses si l’objectif de 189 000 devait être respecté.

Deuxième point : suspendre le « regroupement familial » ne revient pas à supprimer les quelque 91 000 premiers titres accordés pour motif familial. Cette catégorie est beaucoup plus large. Elle comprend notamment les familles de Français, les liens personnels et familiaux et d’autres situations qui ne relèvent pas du regroupement familial au sens strict. Le ministère comptabilise par exemple plus de 40 000 premiers titres accordés en 2025 à des membres de familles de Français.

Troisième difficulté : l’humanitaire. Les premiers titres correspondants ont bondi à 88 001 en 2025, notamment en raison de la hausse des protections subsidiaires et des statuts de réfugiés. Philippe veut durcir l’instruction de l’asile et établir chaque année une liste de pays sûrs, mais il ne propose évidemment pas la suppression pure et simple du droit d’asile.

Même avec des hypothèses très sévères, Vanguard arrive à 270 000

Pour tester la promesse, Marc Vanguard construit volontairement un scénario très favorable à Philippe. Il maintient les étudiants et les travailleurs autour de 168 000 titres, suppose la disparition complète du regroupement familial et une baisse de 30 % du reste des titres familiaux, imagine une diminution extrêmement forte de 70 % des titres humanitaires et retranche encore 30 % aux motifs divers.

Même dans ce scénario, il aboutit à environ 270 000 premiers titres par an : 168 000 pour études et travail, 54 000 pour la famille, 26 000 pour l’humanitaire et 22 000 pour les autres motifs. Autrement dit, encore très loin des 189 000 correspondant à une division par deux du niveau de 2025.

Le raisonnement peut être discuté. Philippe ne s’est pas engagé à maintenir exactement au niveau actuel l’ensemble des étudiants étrangers ou tous les titres économiques. Son programme prévoit au contraire de renforcer les conditions financières imposées aux étudiants extra-européens et d’utiliser des quotas pour choisir davantage l’immigration de travail. De même, une réforme de l’asile peut modifier le nombre de protections accordées sans supprimer le droit d’asile. Le calcul de Vanguard n’est donc pas une démonstration mathématique de l’impossibilité du programme.

Le vrai problème : où couper ?

Il révèle néanmoins la question à laquelle Édouard Philippe devra répondre s’il veut transformer son slogan en politique publique. Pour atteindre 189 000 titres, il ne suffit probablement pas de suspendre le regroupement familial. Il faut décider quelles autres catégories diminueront et dans quelles proportions.

Réduire fortement les étudiants étrangers aurait des conséquences pour les universités et grandes écoles, dont certaines cherchent au contraire à attirer davantage de talents internationaux. Réduire l’immigration économique suppose de concilier le discours de fermeté avec les besoins de secteurs en pénurie de main-d’œuvre. Réduire massivement l’asile se heurte à des obligations juridiques nationales, européennes et internationales. Quant à l’immigration familiale, elle comprend des droits liés aux citoyens français eux-mêmes et ne peut être traitée comme un bloc unique.

Philippe a le mérite d’avoir fixé un objectif quantifié, ce qui permet précisément de le confronter aux chiffres. Mais ce chiffre devient aussi une contrainte politique. Dire « moins 50 % » est simple ; expliquer où disparaîtront près de 190 000 admissions l’est beaucoup moins.

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Une ligne plus dure, mais encore incomplète

Le durcissement est en tout cas incontestable. Dénonciation de l’accord de 1968 avec l’Algérie, suspension du regroupement familial, quotas, contrôle des ressources des étudiants, expulsion des étrangers délinquants : le programme d’Édouard Philippe se situe très loin du discours migratoire du premier macronisme dont il fut pourtant le Premier ministre.

Reste à savoir si cette fermeté affichée est compatible avec la mécanique administrative qu’elle prétend transformer. Le post de Marc Vanguard a le mérite de ramener le débat à une question beaucoup moins spectaculaire que les slogans de campagne : si l’on conserve une immigration de travail importante, des étudiants étrangers, le droit d’asile et une partie substantielle de l’immigration familiale, comment passe-t-on réellement de 377 000 à moins de 190 000 premiers titres ?

Pour l’instant, le candidat a présenté les leviers. Il lui reste à montrer l’addition.

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« Quel cul ! » : Donald Trump, Nicki Minaj et l’étrange obsession présidentielle pour le physique des autres

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En campagne dans le Michigan, Donald Trump a interrompu un développement sur le physique d’un sénateur républicain pour saluer publiquement le « magnifique cul » de Nicki Minaj, présente dans la salle. La rappeuse ne s’en est pas formalisée. L’épisode pourrait rester une nouvelle provocation trumpienne s’il ne s’inscrivait dans une habitude devenue presque une signature: le président américain commente sans cesse les corps, les visages, les mains, les épaules ou l’allure de ses alliés comme de ses adversaires.


Donald Trump parlait du postérieur d’un homme lorsqu’il a pensé à celui de Nicki Minaj. La scène s’est déroulée dimanche à Port Huron, dans le Michigan, pendant un meeting organisé à quelques jours des élections de mi-mandat. Le président américain tentait d’expliquer pourquoi il avait déjà commenté à plusieurs reprises le physique du sénateur républicain de l’Ohio Jon Husted, ancien joueur de football universitaire.

« J’ai regardé son cul, et je n’avais jamais fait ça avec un homme auparavant », a lancé Trump devant la foule, avant d’ajouter, faussement confidentiel : « Off the record : les femmes, oui ; les hommes, non. » Puis le président a aperçu ou évoqué Nicki Minaj, qui avait voyagé avec lui à bord d’Air Force One et assistait au meeting. « J’ai regardé un sacré beau cul auparavant : Nicki Minaj. C’est difficile de le rater », a-t-il poursuivi en demandant à la rappeuse de se lever.

La foule a applaudi. Minaj s’est exécutée et n’a manifesté aucune indignation. Trump a immédiatement ajouté qu’il espérait ne pas l’avoir offensée et rappelé qu’il l’appréciait beaucoup. La chanteuse, devenue l’une de ses soutiens les plus visibles dans la culture populaire, avait quelques minutes plus tôt renouvelé publiquement son soutien.

Des fesses de Nicki Minaj à celles d’un sénateur

Ce qui rend la séquence particulièrement étrange n’est pas seulement la crudité du compliment adressé à une femme devant plusieurs milliers de personnes. C’est le chemin qui y conduit. Depuis plusieurs semaines, Trump revient régulièrement sur le physique de Jon Husted. Il a raconté avoir examiné son postérieur, ses épaules, ses pieds, ses mains et sa mâchoire après avoir appris qu’il avait été sportif.

Lors d’un précédent rassemblement, le président avait décrit les mains du sénateur comme des « griffes » et expliqué avoir palpé son épaule, « comme un morceau d’acier ». Dimanche, il tentait précisément de convaincre le public que les médias avaient sorti ces commentaires de leur contexte lorsqu’il a décidé d’illustrer la différence entre son regard sur les hommes et les femmes par Nicki Minaj.

Trump a récemment multiplié les compliments physiques à l’égard d’autres candidats républicains. Son langage politique conserve ainsi quelque chose du concours de beauté permanent : un candidat est grand, fort, beau, possède une mâchoire impressionnante ou des épaules de sportif ; un adversaire est petit, faible, gros, vieux ou peu séduisant. Le physique devient un raccourci pour décrire la force ou la faiblesse politique.

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Une vieille méthode Trump

Cette obsession n’est évidemment pas née pendant la campagne des midterms. Bien avant son entrée en politique, Donald Trump construisait une partie de son personnage public autour de l’apparence, des concours de beauté et de la télévision. Une fois candidat, il n’a jamais abandonné ce registre. Les surnoms qu’il distribue à ses adversaires fonctionnent souvent sur le même principe : réduire une personnalité politique à une caractéristique immédiatement visualisable.

Chez Trump, le commentaire physique peut être flatteur ou humiliant, parfois dans la même phrase. La beauté est volontiers assimilée à la réussite, la carrure à la puissance et l’apparence jugée disgracieuse à une forme d’incompétence. Ses alliés eux-mêmes ne sont pas à l’abri de ces évaluations publiques. Husted est ainsi encensé comme ancien athlète, mais après une description de son corps suffisamment détaillée pour provoquer plusieurs jours de commentaires médiatiques.

Le président ne semble d’ailleurs pas comprendre entièrement pourquoi ces remarques fascinent autant. Il les présente comme des plaisanteries, reproche aux journalistes de les prendre au sérieux, puis recommence quelques jours plus tard. Cette répétition est précisément ce qui transforme l’anecdote en trait politique.

Nicki Minaj, soutien inattendu du trumpisme

La présence de Nicki Minaj donne une autre dimension à la scène. Longtemps éloignée du conservatisme américain traditionnel, la rappeuse s’est progressivement rapprochée de Trump et de son entourage. Elle l’accompagne désormais dans certains déplacements et a déclaré qu’elle continuerait à le soutenir, allant jusqu’à évoquer l’hypothèse constitutionnellement impossible d’une nouvelle candidature présidentielle après son second mandat.

Le camp Trump joue de cette proximité. Des responsables de la communication de la Maison-Blanche ont même plaisanté sur l’idée de faire de Minaj une future porte-parole. Pour un Parti républicain qui cherche à élargir son influence culturelle, disposer du soutien public d’une star mondiale du rap est évidemment précieux.

Cela explique aussi pourquoi la remarque du président n’a provoqué aucune rupture entre eux. Minaj a souri et la séquence a été traitée comme une plaisanterie par le meeting. Mais vue de l’extérieur, elle résume assez bien l’étrangeté du style Trump : un président de 80 ans, au milieu d’une campagne décisive pour le contrôle du Congrès, interrompant son discours pour demander à une superstar de se lever afin que la salle puisse apprécier son postérieur.

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Provocation ou manière de voir le monde ?

On peut évidemment considérer qu’il ne s’agit que de Trump faisant du Trump. Ses partisans apprécient précisément son refus des codes, sa capacité à parler comme il parlerait en privé et son goût de la provocation. Dans cette lecture, les commentaires scandalisés deviennent eux-mêmes une partie du spectacle : le président choque, les médias s’indignent et son public rit de l’indignation.

Mais la fréquence de ses remarques sur l’apparence physique suggère quelque chose de plus profond qu’une simple technique de communication. Trump lit volontiers les individus par leur apparence. Il décrit la politique avec le vocabulaire de la télévision, du sport et du spectacle : les gagnants doivent en avoir l’air, les faibles portent leur faiblesse sur leur visage et la beauté constitue presque une preuve de valeur.

Nicki Minaj n’a donc été dimanche que la dernière personne à passer sous ce regard présidentiel. À ceci près que le compliment était cette fois impossible à déguiser en analyse sportive. Même Trump l’a compris quelques secondes plus tard, lorsqu’il a cru utile de préciser : « J’espère que Nicki n’a pas été insultée. »

Nicolas Sarkozy manœuvre-t-il pour une union des droites avec le RN ?

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Nicolas Sarkozy rêverait d’une victoire de Le Pen… et d’une grâce : l’union des droites qui embarrasse LR et le centre.


Selon Le Canard enchaîné, Nicolas Sarkozy travaille désormais en coulisses à une alliance entre la droite et le Rassemblement national après une victoire de Marine Le Pen qu’il jugerait probable, voire inéluctable. L’ancien président aurait reçu Bruno Retailleau et Michel Barnier pour les convaincre de préparer l’après-2027. Avec une arrière-pensée très personnelle : si sa condamnation dans l’affaire libyenne était confirmée en appel, il espérerait pouvoir bénéficier d’une amnistie ou d’une grâce présidentielle. Une perspective qui fait grincer des dents jusque dans son ancien camp, alors que M. Retailleau vient de rappeler que le projet du RN n’est, selon lui, « pas le bon pour la France ».

Nicolas Sarkozy n’a jamais vraiment quitté la politique. Mais à six mois de la présidentielle, l’ancien chef de l’État semble avoir franchi une nouvelle étape dans son rapprochement avec le Rassemblement national. Le Canard enchaîné affirme ce mercredi qu’il s’emploie désormais à convaincre plusieurs figures de la droite de préparer une coalition avec le RN après l’élection de Marine Le Pen à l’Élysée. Le scénario n’est plus celui d’un simple désistement ou d’un refus du front républicain : il s’agirait de réfléchir à une participation de la droite traditionnelle à une majorité dirigée par le RN.

Selon l’hebdomadaire satirique, Sarkozy aurait notamment reçu Bruno Retailleau et Michel Barnier dans ses bureaux de la rue de Miromesnil. Il leur aurait exposé sa conviction que Marine Le Pen va gagner et que la droite doit se préparer à gouverner avec elle plutôt que de se retrouver spectatrice du nouveau rapport de forces. Le Canard résume la démarche en présentant l’ancien président comme le « parrain de l’union des droites ».

Alliance Sarkozy-Le Pen : la grâce présidentielle en arrière-plan

Mais l’information la plus explosive est ailleurs. Le Canard prête à Nicolas Sarkozy une arrière-pensée judiciaire très concrète. Condamné en première instance à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs dans l’affaire du financement libyen de sa campagne de 2007, l’ancien président a fait appel et doit être rejugé du 16 mars au 3 juin 2027. Selon le journal, il « rêve d’une amnistie ou d’une grâce présidentielle » si la cour d’appel confirmait une peine de prison ferme.

Il faut être précis : il s’agit d’une information attribuée au Canard enchaîné, pas d’une intention publiquement reconnue par Nicolas Sarkozy. Une grâce présidentielle est par ailleurs une prérogative individuelle du chef de l’État ; elle dispense de l’exécution de tout ou partie d’une peine mais n’efface pas la condamnation elle-même. L’hypothèse donne néanmoins une lecture beaucoup plus personnelle à l’activisme politique de l’ancien président.

Elle n’est pas totalement déconnectée du contexte. Après sa condamnation de septembre 2025, plusieurs responsables de droite avaient dénoncé la sévérité de la décision. Le sénateur LR Stéphane Le Rudulier avait même publiquement demandé à Emmanuel Macron de gracier Nicolas Sarkozy. Marine Le Pen et des dirigeants du RN avaient également pris sa défense contre l’exécution provisoire.

Sarkozy a déjà rompu avec le front républicain

Le rapprochement avec le RN n’est en revanche pas nouveau. Dans Le Journal d’un prisonnier, Nicolas Sarkozy racontait avoir téléphoné à Marine Le Pen après sa condamnation pour la remercier de son soutien. La dirigeante du RN lui avait demandé s’il participerait à un futur « front républicain » destiné à empêcher son parti de gagner. Sarkozy affirmait lui avoir répondu non et promettait même de l’assumer publiquement le moment venu.

Il plaidait également pour un « rassemblement le plus large possible, sans exclusive et sans anathème ». La formule avait déjà provoqué de fortes tensions dans la droite traditionnelle. Xavier Bertrand avait expliqué préférer le Sarkozy de 2007, qui combattait le Front national, à celui de 2025. Valérie Pécresse avait de son côté averti qu’une alliance avec le RN reviendrait pour LR à devenir son supplétif.

Le déplacement du centre de gravité électoral explique aussi cette évolution. Le RN dépasse désormais largement LR dans les intentions de vote et une partie importante des électeurs de droite souhaite une forme d’union. Pour Sarkozy, continuer à traiter le RN comme un parti avec lequel aucune discussion n’est possible reviendrait à ignorer un électorat dont une part votait autrefois pour lui.

Alliance Sarkozy-Le Pen : Retailleau dit non au projet RN

Bruno Retailleau ne semble pourtant pas prêt à suivre son ancien mentor jusqu’au bout. Ce mercredi, le président des Républicains a exclu de participer à un gouvernement RN en cas de victoire de Marine Le Pen. Il reconnaît des convergences sur l’ordre public et plusieurs questions régaliennes, mais estime que le programme économique et social du parti reste incompatible avec le sien.

Son reproche vise en particulier ce qu’il appelle le « social-étatisme » du Rassemblement national. Retailleau défend des réformes des retraites et de l’assurance chômage, ainsi qu’une baisse du poids de la dépense publique. Il accuse au contraire le RN d’entretenir l’assistanat et de rester économiquement beaucoup plus étatiste que la droite classique. Sa conclusion est nette : « Je suis intimement convaincu que ce projet n’est pas le bon pour la France. Je n’apporterai jamais mon concours à un projet qui n’est pas le bon pour la France. »

Le contraste avec Sarkozy est donc devenu frontal. Les deux hommes peuvent partager une partie du diagnostic sur l’immigration, la sécurité ou la nécessité de reconquérir les électeurs partis au RN. Mais Retailleau veut que cette reconquête se fasse dans les urnes, au bénéfice de LR, et non par une négociation d’appareils après la victoire de Marine Le Pen…

Le centre regarde la droite s’éloigner

Cette évolution inquiète aussi le centre, qui tente au contraire de reconstituer un espace commun autour d’Édouard Philippe, Gabriel Attal et de plusieurs responsables de la droite modérée. Philippe a proposé une rencontre des dirigeants de la droite et du centre pour préparer le prochain quinquennat. Retailleau lui a répondu en proposant plutôt un débat public, preuve que même le rassemblement du bloc non-RN reste difficile.

Une alliance post-présidentielle entre LR et le RN bouleverserait définitivement cette architecture. Elle placerait les élus de droite devant un choix que beaucoup cherchent encore à repousser : participer à une majorité Le Pen, rejoindre un bloc central recomposé ou tenter de maintenir une droite autonome devenue électoralement beaucoup plus étroite.

Dans cette bataille, Nicolas Sarkozy ne joue donc plus seulement le rôle de l’ancien président donnant des conseils à sa famille politique. S’il faut en croire Le Canard, il prépare déjà le lendemain d’une victoire de Marine Le Pen. Avec une conviction politique, celle de l’union des droites, et peut-être un intérêt judiciaire beaucoup plus personnel. C’est précisément ce mélange qui rend son activisme si explosif.

Présomptions obligatoires et désespérées

Le nombre inédit de candidatures à l’élection présidentielle témoigne de la crise profonde traversée par la démocratie française, note notre chroniqueur


La prochaine élection présidentielle ne sera pas comme les précédentes. Il ne s’agit pas seulement de relever le grand nombre de candidats qui nourrissent tous des espoirs, mais verront bientôt leurs rangs s’éclaircir. Il s’agit surtout de montrer combien ceux qui demeureront en lice seront confrontés à des défis nationaux et internationaux que notre pays n’a jamais connus à un tel degré d’intensité.

François Hollande dans les starting blocks ?

Avant que la décantation ne s’opère, vers le mois de février 2027, si l’on suit le pronostic crédible de François Hollande, la multitude des prétendants actuels est condamnée à des attitudes qui poussent jusqu’à la caricature des comportements certes jamais absents des précédentes élections présidentielles, mais jamais portés à une telle outrance.

En effet, qui, hier, aurait pu se présenter sans tenter de s’afficher comme le meilleur, le seul capable de maîtriser et de résoudre les problèmes et les difficultés de notre pays ? Il a toujours fallu une certaine dose de narcissisme pour oser se lancer dans l’aventure politique la plus importante de notre démocratie. Il y a donc toujours eu, naturellement, une forme de présomption obligatoire pour se rendre crédible auprès de la communauté nationale.

A lire aussi: E. Bastié / N. Polony: désaccords souverains

Ce qui s’est radicalement modifié, c’est le caractère désespéré de cette présomption. L’exemple de Natacha Polony, une femme intelligente et engagée, est particulièrement éclairant. Mais il pourrait être généralisé sans abus tant aux candidats de témoignage qu’aux compétiteurs classiques et habituels de la classe politique.

Quand, pour justifier sa participation à la campagne présidentielle, Natacha Polony annonce que « la situation l’oblige », elle sait que ce propos, cette apparente assurance, cette obligation de s’engager, pourraient être partagés par tous ses adversaires. Avec, dès lors, un risque de banalisation de ce que chacun aurait aimé être seul à exprimer.

Polony : faites l’amour pas la guerre

Dans le même registre, elle a étonné par sa certitude en affirmant vouloir « négocier avec Poutine » et en ajoutant qu’« il va falloir se mettre autour d’une table et lui dire que ça suffit ». On mesure pourtant à quel point, même si Poutine acceptait de « négocier », une telle injonction aurait peu de chance d’être suivie d’effet.

Cette présomption est à la fois nécessaire et désespérée. La singularité du climat actuel tient à ce que ce double constat peut s’appliquer à tous les candidats. Mais aucun ne pourra aisément faire passer son projet du registre des vœux pieux à celui d’une espérance concrète dans l’esprit des citoyens, d’une possibilité sérieuse de mise en œuvre, avec une crédibilité qui tiendrait aussi bien à la qualité du programme qu’aux qualités du candidat lui-même.

La communauté nationale, même si elle était débarrassée des haines et des colères qui la déshonorent, s’est vue si souvent trahie que les promesses, non seulement ne sont plus écoutées, mais, pire encore, apparaissent comme le signe désolant et pervers d’une politique « à l’ancienne ».

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Hier, dans les campagnes plus ou moins bien menées, un lien de conviction et de vraisemblance subsistait entre le citoyen et son favori. Celui-ci n’était pas voué à prendre des engagements dans une sorte de désert démocratique.

Aujourd’hui, c’est comme si l’on avait fait table rase de cette République qui laissait au moins aux candidats une chance d’être crus. Et eux-mêmes n’ignorent pas, même les plus assurés et les plus énergiques, que ce qui les attend est un Himalaya à gravir : il leur faudra tout changer, l’esprit et la lettre du pays, la substance et le cœur de la France.

Face à un tel avenir, comment ne pas comprendre que ces présomptions soient devenues obligatoires, comme une condition de survie, et, en même temps, tragiquement désespérées ?

Ces minorités menaçantes qui terrorisent l’État

Séparatisme. Les sociologues savants avancent la crise de l’autorité et la frustration devenue intolérable dans les nouvelles générations pour expliquer les violences du 17 octobre. Notre chroniqueur les interprète plutôt comme le signe d’une macronie affaiblie et terrorisée, qui cède aux pressions de l’extrême gauche et des quartiers issus de l’immigration. Il y voit aussi une forme de conquête territoriale et communautariste, dont le gouvernement favorise la progression par ses volontés de censure renouvelées.


Faudrait-il, chaque semaine désormais, supporter les insurrections urbaines ? « Plus jamais de 17 octobre ! », a promis Emmanuel Macron, lundi à Marseille. De fait, l’État a pu, samedi, maîtriser les foules. Mais le confinement sécuritaire déployé, qui a vidé les rues et les commerces partout en France, ne pourra pas se renouveler chaque week-end, jusqu’à l’élection présidentielle d’avril. Au risque, sinon, d’un étouffement de la société. Certes, le pouvoir se flatte d’avoir repris la main. En réalité, il est peu probable qu’il sorte vainqueur du rapport de force engagé avec l’extrême gauche et les quartiers « racisés ». Dans Le Figaro, l’ancien patron de la DGSI, Pierre Brochand, estime que les pillages ont franchi « une énorme ligne rouge ». Cet expert explique : « Les dévaliseurs de magasins ont découvert ce qu’ils n’avaient pas encore pleinement mesuré, à savoir que la voie d’une curée leur était grande ouverte. Ils ne l’oublieront pas[1] ».

Les mots du chef de l’État ne valent rien. Son autoritarisme de façade n’impressionne personne. Pour cause : le pouvoir ne cesse d’étaler sa faiblesse. Pour tenter d’acheter la colère lycéenne, le gouvernement a accepté, mardi, une large partie des revendications des bloqueurs. Ceux-ci se sont empressés de surenchérir en menaçant de relancer la révolte. C’est sous la terreur d’une réaction des cités, après le meurtre raciste de Trappes, que le président de la République a, dès vendredi, repris le récit du maire, Ali Rabeh, en parlant de « tournant » mais en oubliant les innombrables meurtres islamistes contre des juifs et des chrétiens ou le racisme antiblanc. Hier, le Premier ministre, à son tour, a réutilisé l’argument de Rabeh en fustigeant les « gens qui portent des discours et des mots qui finissent par armer d’autres qui, eux, passent à l’acte ».

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Ce qui apparaît, à travers la soumission du gouvernement aux minorités menaçantes, est un État terrorisé. Il est prêt à toutes les concessions terrorisantes pour survivre. Le pouvoir flageolant est ainsi en train d’accéder aux demandes de censure portées par l’extrême gauche et l’islamosphère. Ces deux alliés veulent occulter la conflictualité civilisationnelle que porte la « nouvelle France » issue majoritairement d’une immigration islamique. Le lent processus de remplacement des autochtones par un autre peuple est une observation clinique assimilée à du complotisme par les négationnistes et les médias labellisés. Il est risqué de relater les razzias et les origines ethniques visibles de ceux qui perpétuent ce rite de la conquête. Qui veut préserver sa sécurité personnelle est invité à garder le silence sur le réel qui dérange.

S’installe, dans l’indifférence, un système intolérant, totalitaire. Le prétexte officiel de l’apaisement dissimule une capitulation. La guerre que veulent mener l’extrême gauche et le bloc central contre une extrême droite fantasmée livre la France à ses destructeurs. Ceux-ci sont prêts à tout, au prétexte de « faire le ménage ». Ces tensions pourraient cesser si Macron acceptait de partir avant le terme de son mandat, en laissant les Français s’exprimer sur leur sort. Mais c’est précisément leur voix que l’islamo-gauchisme et la macronie ne veulent pas entendre.

La révolution des oubliés

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[1] https://www.lefigaro.fr/vox/societe/des-eruptions-de-violence-devraient-se-reproduire-avec-une-frequence-et-une-intensite-accrue-l-analyse-exclusive-de-pierre-brochand-ancien-patron-de-la-dgse-20261026

Les visions du Monde

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Dans un article publié lundi, le journal Le Monde a affirmé que des tracts du Rassemblement national avaient été retrouvés dans la voiture de Kévin T., le suspect de l’attaque terroriste de Trappes. Une fake news.


Il faut une singulière assurance pour s’ériger quotidiennement en arbitre de la vérité et des élégances et se montrer si peu regardant lorsqu’une information mensongère permet de jeter l’opprobre sur ses adversaires politiques. C’est pourtant le triste spectacle auquel vient de se livrer Le Monde, ce quotidien qui prétend faire la leçon à la terre entière en matière de désinformation.

Le 26 octobre, le journal annonçait, dans une notification « push » adressée à ses lecteurs, la découverte de tracts du Rassemblement national dans le véhicule du suspect de l’attaque de Trappes. Une révélation aussi grave que fausse, puisque rapidement démentie par le procureur national antiterroriste.

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Il n’en fallait pourtant pas davantage pour que la gauche et l’extrême gauche, telles des vautours se précipitant sur le corps encore chaud du défunt, se livrent à leur exercice favori : la récupération politique. Olivier Faure, Thomas Portes et leurs semblables n’ont pas attendu que les faits soient établis pour désigner leurs coupables idéaux. Quand l’occasion se présente de salir le camp national, la prudence devient superflue et la décence facultative.

Cette affaire révèle surtout une mécanique préoccupante : une fake news, revêtue du prestige d’un grand journal, est une arme de destruction massive. Le démenti arrive quand le poison circule déjà.

À quelques mois d’une échéance présidentielle décisive, cette légèreté interroge d’autant plus que Le Monde bénéficie, comme d’autres titres, d’aides publiques financées par les Français. Ces subventions ne sauraient acheter l’indulgence à l’égard de manquements aussi graves aux exigences élémentaires du métier de journaliste.

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Que Le Monde se trompe est une chose ; qu’il contribue, par son imprudence, à nourrir une campagne de mise en accusation politique en est une autre. Quant à cette gauche si prompte à invoquer la morale républicaine, elle gagnerait à se souvenir que le respect des morts devrait prévaloir sur ses petites manœuvres partisanes.

Rappelons-le, la désinformation n’est pas moins dangereuse lorsqu’elle émane de ceux qui prétendent la combattre. Elle est plus insidieuse, parce qu’elle avance sous le masque de la vertu. 

Netanyahou, l’homme qui empêche la droite de gouverner

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Au lendemain des élections, Israël semble condamné à retrouver ses blocages. Pourtant, une autre majorité apparaît dès que l’on retire Benyamin Netanyahou de l’équation. Le Likoud, Gadi Eisenkot, Naftali Bennett et Avigdor Lieberman représentent ensemble près de 70 députés et une grande partie de l’ancienne droite israélienne. Reste à savoir qui, au Likoud, osera en tirer les conséquences.


Moins de vingt-quatre heures après la fermeture des bureaux de vote, Israël se retrouve dans une situation familière. Les résultats définitifs ne sont pas encore connus, mais les premières projections ne donnent de majorité claire à aucun des deux blocs. Celui de Benyamin Netanyahou demeure sous le seuil des 61 députés nécessaires pour gouverner. L’opposition n’atteint pas davantage ce chiffre sans le concours des partis arabes, que ses principales composantes refusent d’intégrer à leur coalition. La formation d’un gouvernement s’annonce donc compliquée et la perspective de nouvelles élections ne peut être écartée. Et pourtant, il suffit de changer une seule donnée pour que le paysage politique apparaisse sous un jour entièrement différent. Cette donnée s’appelle Benyamin Netanyahou.

Comment prendrez-vous votre Likoud ?

Si l’on additionne les sièges du Likoud, de la liste Yashar de Gadi Eisenkot, de l’alliance conduite par Naftali Bennett et d’Israël Beiteinou d’Avigdor Lieberman, on obtient, selon les résultats partiels, environ 66 à 68 députés sur 120. Une majorité confortable, qui n’aurait besoin ni des partis arabes, ni des formations ultraorthodoxes, ni de l’extrême droite religieuse ni même de Yair Golan. Une majorité dont les principales composantes partagent une culture politique, des idées et souvent une histoire commune.

Il ne s’agirait pas d’une coalition de gauche et de droite réunies par nécessité. On pourrait presque parler de quatre Likoud réunis pour en former un seul et grand parti de droite.

Le premier est celui de Netanyahou, qui a conservé le nom et une grande partie des électeurs du parti historique. Le deuxième est celui de Bennett, ancien chef de cabinet de Netanyahou, ancien dirigeant du Foyer juif puis Premier ministre. Le troisième est celui de Lieberman, longtemps considéré comme un pilier de la droite nationaliste et ancien directeur général du Likoud. Le quatrième est celui d’Eisenkot, qui n’a jamais appartenu au Likoud mais incarne une tradition sécuritaire, pragmatique et nationale, dans la lignée d’anciens chefs d’état-major comme Moshe Ya’alon et Yitzhak Mordechai, tous deux passés par le Likoud canal historique, et dans laquelle une partie de son électorat historique pourrait se reconnaître.

Le rapprochement ne signifie pas que ces hommes pensent la même chose. Lieberman est farouchement laïque, Bennett est issu du sionisme religieux et Eisenkot se présente comme un homme de rassemblement. Leurs positions divergent sur les rapports entre religion et État, la question palestinienne ou l’organisation des institutions. Mais ces différences ne sont pas nécessairement plus profondes que celles qui ont longtemps coexisté au sein de la droite israélienne. Car le Likoud n’a pas toujours été le parti que nous connaissons aujourd’hui.

Sous Menahem Begin, puis sous Yitzhak Shamir, il réunissait des nationalistes, des libéraux, des conservateurs religieux et des personnalités plus modérées. Les rivalités y étaient parfois violentes. Begin devait composer avec des figures qui possédaient leur propre légitimité politique, leur courant et leurs soutiens. Shamir lui-même dut affronter des adversaires puissants comme Ariel Sharon et David Levy. Le Likoud était un parti, pas seulement l’instrument d’un homme. Netanyahou en a progressivement changé la nature.

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Son extraordinaire talent et sa longévité politique lui a permis de construire un système dans lequel la fidélité au chef est devenue l’un des principaux critères de promotion. Ceux qui pouvaient lui faire de l’ombre ont été marginalisés, écartés ou poussés vers la sortie. Certains, comme Gideon Saar, ont quitté le parti avant d’y revenir. D’autres, comme MM. Bennett ou Lieberman, ont fini par construire leur propre avenir politique en dehors de son autorité. Tous ne sont pas d’anciens membres du Likoud, mais ils ont participé, à des titres divers, au même univers politique que Netanyahou. Tous rêvent de prendre sa place. 

La transformation touche également les institutions du parti. Le comité central du Likoud, autrefois lieu de confrontation entre courants, est devenu un terrain de compétition entre groupes d’intérêts et organisations capables de mobiliser des adhérents. Le système des primaires permet même à des militants de peser sur la sélection des candidats sans que leur engagement interne garantisse leur vote pour le Likoud aux élections nationales. Pour un groupe organisé, contrôler quelques milliers de voix dans une primaire peut offrir une influence considérable sur un parti appelé à gouverner le pays.

Le résultat est paradoxal. Netanyahou contrôle le Likoud plus étroitement que ne le faisaient ses prédécesseurs, mais il a perdu une partie de la droite qui constituait autrefois son espace politique naturel. Sa force à l’intérieur du parti s’est accompagnée d’un rétrécissement de sa capacité à rassembler à l’extérieur.

Le premier à en tirer les conséquences fut Avigdor Lieberman. En novembre 2018, alors ministre de la Défense, il démissionne pour protester contre la politique de Netanyahou à Gaza. Quelques mois plus tard, après les élections d’avril 2019, il refuse de rejoindre le gouvernement que Netanyahou tente de former, notamment en raison du désaccord sur la conscription des ultraorthodoxes. La Knesset est dissoute et de nouvelles élections sont organisées en septembre. Ce refus marque le début d’une crise politique qui conduira les Israéliens aux urnes cinq fois entre avril 2019 et novembre 2022.

Bibi or not Bibi ?

Lieberman avait compris quelque chose que d’autres dirigeants de droite mettraient davantage de temps à admettre. Netanyahou était devenu à la fois le principal atout électoral du Likoud et le principal obstacle à la constitution d’une majorité de droite élargie. Tant qu’il restait à sa tête, la politique israélienne s’organisait moins autour de programmes concurrents qu’autour d’une question personnelle. Pour ou contre Bibi ?

Bennett en fera l’expérience en 2021. Pour sortir de l’impasse, il accepte de former un gouvernement avec Yaïr Lapid, des partis de gauche et Ra’am, formation arabe islamiste. Cette coalition improbable réussit ce que quatre élections n’avaient pas permis, écarter Netanyahou du pouvoir. Mais elle repose sur des contradictions trop nombreuses pour durer. En juin 2022, elle s’effondre. En novembre, Netanyahou revient au pouvoir avec une majorité de 64 députés, constituée du Likoud, des partis ultraorthodoxes et de la droite religieuse messianique.

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Depuis, Israël a traversé des événements qui auraient pu bouleverser durablement son système politique. La réforme judiciaire a provoqué une mobilisation sans précédent et profondément divisé la société. Le massacre du 7 octobre 2023 a révélé un échec catastrophique de l’appareil sécuritaire. Les guerres à Gaza, au Liban et avec l’Iran ont transformé l’environnement stratégique du pays. La position internationale d’Israël s’est détériorée, notamment auprès d’une partie de l’opinion américaine, alors même que sa dépendance envers Washington demeure considérable. Et pourtant, au lendemain des élections du 27 octobre 2026, la question centrale reste la même qu’en 2019. Que faire de Netanyahou ?

Soldats israéliens, frontière avec la bande de Gaza, Israël, 20 octobre 2023 © UPI/Newscom/SIPA

Car, et c’est peut-être le plus étonnant, malgré tout ce qui s’est passé, M. Netanyahou continue à façonner le champ et l’imaginaire politiques. Ses adversaires ne parviennent pas à constituer une majorité sans les partis arabes, qu’il a réussi à rendre infréquentables après avoir lui-même envisagé une alliance avec l’un d’entre eux, tandis que ses alliés ne disposent pas des sièges nécessaires pour gouverner seuls. Les formations arabes, qui représentent une part importante de l’électorat israélien, se retrouvent ainsi en position de peser sur la vie parlementaire, mais demeurent exclues des combinaisons gouvernementales envisagées par les principales forces de droite et du centre.

Cette situation ne résulte pas seulement des désaccords idéologiques. Elle découle surtout de la personnalisation du système politique autour de Netanyahou. Un Likoud débarrassé de son chef pourrait retrouver une liberté de manœuvre considérable. Il lui serait possible de négocier avec Bennett, Eisenkot et Lieberman sur des questions qui divisent aujourd’hui le pays : la conscription des ultraorthodoxes, les rapports entre les pouvoirs, la place de la religion dans l’État ou la réorganisation de la sécurité nationale.

Une telle coalition ne serait évidemment pas exempte de conflits. Mais elle disposerait d’une base parlementaire suffisante pour les arbitrer sans dépendre constamment d’une petite formation capable de faire tomber le gouvernement. Elle pourrait aussi renouer avec une tradition de la droite israélienne antérieure à la domination personnelle de Netanyahou, celle d’un grand parti national capable de rassembler au-delà de son noyau militant.

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Au fond, ce que dessinent les résultats du 27 octobre, c’est peut-être l’existence d’une majorité politique qui ne parvient pas à devenir une majorité gouvernementale. Les électeurs du Likoud, de Bennett, d’Eisenkot et de Lieberman ne sont pas identiques, mais ils appartiennent pour une large part à un espace national et sécuritaire commun. Il est tentant d’y voir une aspiration majoritaire à une droite moins dépendante des partis religieux, plus pragmatique et moins conflictuelle.

Reste le problème principal. Pour que cette majorité potentielle existe, il faudrait que le Likoud accepte de se séparer de l’homme qui le dirige depuis plus de trente ans, avec une interruption entre 1999 et 2005. Or Netanyahou a précisément construit son pouvoir pour rendre cette succession difficile. Il a marginalisé ses rivaux et installé une génération de responsables dont la carrière dépend largement de leur loyauté envers lui.

Les dirigeants des formations de MM. Bennett, d’Eisenkot et de Lieberman peuvent aujourd’hui proposer au Likoud une sortie de l’impasse. Mais ils ne peuvent pas décider à sa place. Seuls ses députés et ses institutions peuvent provoquer le changement. Il faudrait qu’un responsable du parti estime que son avenir politique, et celui du Likoud, passe désormais par une rupture avec M. Netanyahou. Une majorité de près de 70 députés pourrait alors devenir possible, sans nouvelles élections et sans bouleversement idéologique majeur. Un autre gouvernement, une autre politique et surtout une autre culture politique. Reste à savoir qui sera le premier à sortir le couteau.

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Édouard Louis, alias Eddy Bellegueule ou Eddy Grandegueule, c’est selon…

… qu’il écrit dans Libé ou parle sur Radio Canada


Dans le quotidien Libération du 22 octobre, une longue chronique s’intéresse à la journée tragique que la France a connue le 17 octobre. Elle est signée Édouard Louis, l’ami du souffreteux (intellectuellement parlant, s’entend) Didier Eribon – dont les récents et lamentables exploits ont été relatés dans ces colonnes – et de l’avatar malingre de Saint-Just, l’inénarrable Geoffroy de Lagasnerie. Sans surprise, l’écrivaillon tient d’abord à montrer du doigt « les vautours de l’extrême droite [qui] n’attendent que les cadavres de boutiques incendiées et les restes d’abris-bus calcinés pour nourrir leur discours abject ». Il explique ensuite les motivations des casseurs et des pilleurs, victimes, bien entendu, d’un « conditionnement social [les] poussant à agir de telle ou telle manière ». Il exploite au passage un détournement sémantique courant dans les rangs de l’extrême gauche. Ainsi, écrit-il, « ceux qui cassaient et pillaient semblaient tous ou très majoritairement provenir de milieux populaires» et« ils parlaient avec des accents et des expressions populaires ». Comme Jean-Luc Mélenchon, M. Louis utilise à dessein, pour tromper le monde, un vocabulaire historique sans rapport avec la réalité contemporaine – on est loin des milieux populaires qui combattirent pour acquérir de meilleures conditions de vie tout au long des XIXe et XXe siècles. S’il fallait à toute force faire une analogie, les hordes de voyous qui ont mis la France à feu et à sang seraient plus proches du lumpenprolétariat décrit par Marx comme la couche la plus basse, la plus corruptible, la plus instrumentalisable – en particulier par les classes dominantes contre les mouvements ouvriers – et la plus criminogène de la société, que du prolétariat auquel semble vouloir fait référence M. Louis. La majorité des classes populaires – ouvriers, employés, artisans, petits commerçants et petits paysans indépendants – sont désormais concentrées dans la France périphérique. Elles ne saccagent rien, ne volent pas dans les magasins détruits, n’agressent pas, pour les dépouiller, les personnes âgées, ne se livrent pas au trafic de drogue. Les accents et les expressions entendus lors des pillages de nos villes n’ont strictement rien à voir avec ces classes populaires qui furent à l’origine du mouvement des gilets jaunes. Une langue barbarisée, des intonations et des expressions nouvelles ont remplacé, en de nombreux endroits, la langue française, les accents régionaux et des expressions populaires enracinées dans la culture de notre pays. Wallah, seum, hess, babtou, kouffar, wesh, moula, etc. ne sont pas des expressions populaires mais les symboles d’une colonisation linguistique corrélée à la conquête territoriale en cours dans certaines de nos villes et de nos banlieues.

Créolisation de la langue et de la lutte des classes

De plus en plus de lycéens et d’étudiants, de militants immigrationnistes, de gauchistes, de députés insoumis et, plus simplement et plus tristement, de jeunes Français vivant dans la promiscuité de la « nouvelle France », parsèment leurs propos de ces mots issus d’idiomes arabes ou africains. Certains revendiquent cette « créolisation » de la langue, reflet d’un « métissage » espéré de la société. Ils n’imaginent pas un seul instant que cela est surtout perçu par ceux qu’ils imitent comme un symbole d’allégeance s’ajoutant aux signes attestant leur soumission à de nouveaux comportements culturels et à de nouvelles mœurs. Non seulement il n’y a pas d’assimilation des populations immigrées mais il se produit un phénomène inverse, visible à travers le fait que ce sont désormais les jeunes Français qui s’assimilent aux façons de parler et aux mœurs des nouveaux arrivants. La « nouvelle France » que M. Mélenchon chérit est bien décidée à faire régner sa loi, y compris lorsqu’il s’agit de l’usage de cette nouvelle langue. Elle y parvient déjà en de nombreux lieux, sous les yeux attendris de gauchistes qui ne savent pas ce qui les attend – mais qui en ont eu toutefois un avant-goût lorsque, dans les manifestations, ils ont brandi des pancartes sur lesquelles était inscrit un slogan énigmatique apparu au début des mouvements lycéens et n’ayant rien de populaire : « Bismillah, c’est les ténèbres ». Mal leur en a pris. Sur les réseaux sociaux, de jeunes musulmans ont menacé des pires sévices les « mécréants » osant utiliser le mot bismillah qui veut dire « au nom d’Allah ». Dans les défilés, des frères ont déchiré les pancartes incriminées après les avoir violemment arrachées des mains des « blasphémateurs » désemparés et transis de peur. Croyant bien faire, l’eurodéputée islamo-gauchiste Emma Fourreau (LFI) a posté sur son compte Instagram le slogan en question et s’est vu immédiatement accuser d’islamophobie. Idem pour l’impayable rebelle d’opérette Greta Thunberg. En reprenant cette expression, les gauchistes comptaient afficher leur proximité, voire leur solidarité avec les voyous et les pilleurs dont ils ont, semble-t-il, et malgré leurs dérobades dans les médias, reconnu les origines ethno-religieuses. Dans Libé, Eddy Bellegueule est lui aussi obligé de le reconnaître : « Comment ne pas voir qu’ils [les casseurs] étaient, en grande partie, des hommes racisés, noirs et arabes […] venus des quartiers populaires », écrit-il avant, bien entendu, de leur trouver toutes les excuses possibles. Les « quartiers populaires » dont il parle sont en réalité les territoires perdus de la République décrits il y a vingt-cinq ans par un collectif d’enseignants auxquels se sont ajoutés des pans entiers de nos villes gangrénées par le communautarisme, l’islamisme, la délinquance et le trafic de drogue.

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Édouard Louis prétend vouloir aborder les événements du 17 octobre en les analysant d’un point de vue sociologique. On sait ce que cela veut dire. Nul n’ignore d’où lui vient cette manière de tourner autour du pot, de relativiser, voire de distordre la réalité en la réduisant à une « violence sociale » dont ne seraient victimes que « certaines couches de la population ». Les ingrédients les plus grossiers et les plus indigents de la tambouille sociologique composent le brouet qu’il nous sert dans Libé et dans lequel barbotent les lubies théoriques de ses deux compères, une sociologie de bazar reposant sur les affligeants radotages sous-foucaldiens d’Eribon et les non moins affligeants délires totalitaires de Lagasnerie, que notre petit bourgeois agrémente de discours violents et insurrectionnels calqués sur ceux des députés et militants LFI. Encore freine-t-il ses ardeurs dans Libé. Il en sera tout autrement dans les studios de Radio-Canada.

Sur les antennes radio de la Nouvelle France

Interrogé par une journaliste qui semble aux anges, l’écrivain mélenchoniste y décrète en effet que « l’extrême droite ne devrait pas avoir le droit d’exister dans l’espace public ». Notons que la fine fleur des milieux syndicaux, politiques et médiatiques semble partager ce point de vue : pour empêcher que l’événement ne se déroule normalement, les « démocrates » Sophie Binet, Olivier Faure, Clémentine Autain et Bally Bagayoko ont défilé contre la tenue du congrès annuel du RN à Orléans. Rares ont été les médias s’étonnant, pour le moins, de voir les « libertés publiques », les « principes démocratiques » et les « valeurs républicaines » foulées au pied par ceux qui les invoquent si souvent avec force trémolos dans la voix.

Mais revenons à cet entretien radiophonique hallucinant. Loin de la France, la mascotte du petit monde littéraire et bourgeois parisien n’a pas fait dans la demi-mesure : « Il y a en France,a-t-il osé affirmer, en moyenne, un jeune garçon noir ou arabe tué par la Police par mois. […] Adama Traoré, qui est un jeune garçon noir, a été tué par la Police, pour la seule et bonne raison qu’il était noir. » Ces allégations mensongères sont passibles de poursuites judiciaires pour diffamation envers une administration publique. Les propos qui suivent sont, eux, passibles de poursuites judiciaires pour incitation à la violence : « Mettre le feu à la rue c’est une continuité normale d’expression par rapport à la violence qui vous détruit tous les jours. […] Je suis pour qu’on mette le feu dans Paris, je suis pour qu’on aille casser des choses. […] Faire de la politique, c’est avoir ou non du sang sur les mains. Il n’y a pas de grande révolution sans débordements. » Je sais pertinemment qu’aucune action judiciaire ne sera déclenchée à l’encontre d’Eddy Grandegueule. Mais j’espère vivre assez vieux pour voir de quelle manière, lui, ses deux congénères révolutionnaires de salon et toute la mélenchonie seront traités par les plus virulents représentants de la « nouvelle France » si ces derniers parviennent à s’imposer dans la sphère politique après avoir, comme le prévoit Rima Hassan, rejeté le « porte-parolat » gauchiste et renié des alliés se qualifiant eux-mêmes de « trop moches, trop blancs ». Perçus comme un frein à la transformation radicale, religieuse et culturelle de la société française, il n’est pas difficile de deviner le sort qui sera réservé à ces idiots devenus inutiles à l’avènement d’une « grande révolution » qui les dépassera totalement. Il y aura peut-être alors, effectivement, quelques débordements et un peu de sang sur les mains… 

La razzia ou le commerce de l’Autre

Les nombreuses scènes de pillage qui accompagnent le mouvement social depuis un mois en France ont été qualifiées par certains observateurs taquins de razzias. Mais au fait quezaco une razzia ?


La Méditerranée : six alphabets différents, des centaines de ports, une excellente réputation scolaire. Le lycéen de seconde apprend qu’elle fut « un espace d’échanges et de conflits à la croisée de trois civilisations ». On appelle cela la circulation des hommes. C’est très exact. Certains circulaient même en chiourme, les chaînes aux pieds. Cette pratique avait un nom, la razzia. Le mot vient de l’arabe ghazwa, expédition guerrière ou un raid. La chose ne nait pas avec l’islam ; déjà les Anciens volaient les troupeaux et vendaient le voisinage au marché. Elle s’est cependant répandue après la prédication de Mahomet. Dès le VIIe s., la conquête musulmane suit parfois plusieurs vagues d’incursions et d’intimidation. On razzie pour vendre, on vend pour s’enrichir, on s’enrichit pour accumuler et on accumule pour conquérir. Et dans le même temps, on soumet au tribut pour affaiblir. Pillage et conquête : un excellent ménage dans l’histoire de l’expansion pionnière de l’islam.

Charles Martel : super flic des Francs

On peut regarder Poitiers sous cet angle. L’évènement a longtemps été dramatisé dans les manuels : en gros, Charles Martel arrête les Arabes à Poitiers et sauve l’Europe de l’islam. Les historiens en ont depuis un peu rabattu. Ferdinand Lot (1866-1952) a vu dans cette campagne moins un projet d’occupation immédiate jusqu’à la Loire qu’une « razzia mal réussie ». En 732, l’armée d’Abd al-Rahman essentiellement composée de berbères islamisés, venus de l’Espagne conquise depuis 711, ravage l’Aquitaine. La faiblesse du comte local Eudes invite l’émir à pousser son avantage jusqu’à la Loire et l’abbaye de Saint Martin de Tours avant d’être surpris et arrêté par un Charles Martel qui cherchait autant à établir un protectorat dans l’Aquitaine affaiblie que sauver l’Europe d’un grand péril. La bataille n’a pas mis fin à la présence musulmane en Gaule franque. Narbonne n’est reprise aux sarrasins par Pépin le Bref qu’en 759. Poitiers ne fut ni un fait divers ni un tournant militaire majeur, mais plutôt une opération de police qui arrêta une expédition de grande ampleur.

Les razzias ne s’arrêtent pas là. Fin du IXe siècle, des guerriers musulmans venus d’Al-Andalus s’installent au Fraxinet, pas loin de Saint-Tropez, dans le massif bien nommé des Maures, une base d’où partaient des expéditions sur les routes alpines. En juillet 972, ces ravisseurs professionnels commettent une erreur de clientèle : ils enlèvent Maïeul, abbé de Cluny, revenant de Rome. Un otage de prix mais un choix politique terrible. Cluny paie la note mais les seigneurs chrétiens s’unissent et détruisent la place forte de Fraxinet.

A partir de l’An Mil, la Méditerranée connaît une furieuse poussée chrétienne. Après les croisades, Génois, Vénitiens et Catalans dominent les routes commerciales. Puis les Ottomans rebattent les cartes : Constantinople, Rhodes, Tripoli, Chypre sont conquises. Mare Nostrum redevient, du moins dans sa partie orientale « une mer musulmane ». Deux frères turcs, Arudj et Khayr ad-Dîn, dits Barberousse, prennent Alger et y installent une base de corsaires qui reconnaît l’autorité nominale du Palais de Topkapi. Les corsaires de Barberousse procèdent avec méthode : navires légers, rapides, équipages qui connaissent les anses, les vents, les routes marchandes et mouillages où surprendre les proies. On guette et on prend par surprise plutôt qu’on ne poursuit. Liparie est ravagée en 1544. A Gozo en 1551, cinq milles habitants sont capturés. Quatre cents cinquante à Sartène, en Corse en 1583. En 1627, des corsaires poussent jusqu’en Islande et y enlèvent plusieurs centaines de personnes ! Une règle, le moindre risque : « les Algériens sont de très mauvais marins. Ils n’ont que des connaissances nulles ou imparfaites de navigation. Leur grand art est l’abordage, ils y sont redoutables ainsi qu’à l’arme blanche » raillera en 1781 Césaire-Philippe Vallière, consul français à Alger.

La razzia : une guerre par proxys ?

Les captifs ont leur marché, leurs tarifs, leurs intermédiaires. On les dépouille, on les identifie et on les classe par ordre d’âge et de fortune. Le noble avisé cache sa particule : cela évite d’augmenter la rançon. Beaucoup travaillent aux galères, dans les ateliers ou comme domestiques en attendant d’être rachetés. Côtés chrétiens, les Trinitaires et les Mercédaires collectent des fonds pour les libérer. Certains désespèrent d’être rachetés (financièrement) et choisissent l’apostasie. Quelques prisonniers se convertissent à l’islam et font carrière chez leurs anciens maîtres. Ainsi Mourad Bey, né Giacomo Santi, d’origine corse, capturé enfant, gravit les échelons du pouvoir tunisien jusqu’au titre de pacha en 1631. La razzia fournissait à la fois main-d’œuvre, argent et parfois futurs gouvernants.

Au XIXe siècle, les Etats européens se renforcent. L’idée d’abolir la course en même temps que l’esclavage fait son chemin. À Vienne en 1815 l’amiral britannique Sidney Smith dénonce la contradiction d’une Europe qui prétend abolir la traite atlantique tout en tolérant les bagnes et bourses d’esclaves en Méditerranée. L’année suivante, 1816, Chateaubriand monte à la tribune de la Chambre des pairs et lance : « Faisons cesser l’esclavage des Blancs. Cet esclavage existe depuis trop longtemps sur les côtes de la Barbarie. »La même année une flotte anglo-néerlandaise bombarde Alger et obtient la libération des captifs. En 1830, la prise d’Alger par les Français marque une rupture décisive ; la conquête qui s’ensuivra répondra à une ambition assez différente. Reste que la piraterie disparaît en Méditerranée.

La piraterie ne résume pas les rapports entre les deux rives. Les échanges furent considérables, y compris entre ennemis. La razzia n’en demeure pas moins un phénomène crucial. Elle a permis pendant des siècles à des puissances du Sud d’avoir une emprise considérable au nord sans y déployer d’immenses garnisons ni pénétrer dans les terres. Du Fraxinet aux régences barbaresques, la prédation devient parfois un mode de gouvernement pour ne pas dire de soumission.

La France et Wagner: une passion contrariée

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Victor Hugo, Paysage imaginaire avec burg et rocher dans la brume, vers 1858. Dessin et pochoir : plume et encre brune, lavis, frottis de fusain et gouache blanche BnF, département des Manuscrits.

Si Paris n’a jamais été un grand centre wagnérien, beaucoup moins que Bruxelles ou Genève pour n’évoquer que deux métropoles francophones, la capitale française tente timidement de se racheter. 


Elle se veut assez didactique, et c’est tant mieux, cette exposition qui n’évoque rien d’autre que la Tétralogie. Elle débute par un survol de ce que narrent les quatre ouvrages qui constituent l’Anneau du Nibelung, chose assurément précieuse auprès de ce public français si ignorant des mythes fabuleux réécrits et mis en musique par Richard Wagner.

De lui justement, on évoque d’emblée l’engagement politique, au moment où la révolution de 1848 qui en France renversa Louis Philippe, avait gagné les Allemagnes. On l’avait vu alors sur les barricades, à Dresde, royaume de Saxe, où il vivait, chose qui lui avait valu son exil en Suisse. C’était en 1849.

Les wagnériens héréditaires

En fait, intitulée les Révolutions du Ring, cette exposition Wagner à l’Opéra de Paris, est plutôt faite pour les non-initiés que pour les wagnériens héréditaires. Il faut s’y résigner puisqu’il vaut mieux sans doute amener de nouvelles âmes et des brebis égarées dans la maison du Père, plutôt que de prêcher des tenants du culte. En revanche, elle offre l’avantage de s’adresser pédagogiquement à un large public. Elle laisse entrevoir que l’époque préromantique et romantique avait préparé la voie : Chants d’Ossian, publiés dans la seconde moitié du XVIIIe siècle en Grande-Bretagne ; dessins sublimes et textes de Victor Hugo pour Le Rhin, ou illustrations de Gustave Doré dans le livre Les Mythologies du Rhin, côté français ; résurgence, côté allemand, des mythes germaniques païens et des légendes médiévales. Elle décline en particulier les mille façons qu’on a eu, au fil du temps, de présenter la Tétralogie sur les scènes occidentales.

Wagnérisme et migraines

Si la France, à l’exception de toute une troupe hardie et brillante de poètes (Stéphane Mallarmé, Charles Baudelaire), de grands artistes (Odilon Redon, Henri Fantin-Latour), de compositeurs (Gabriel Fauré, André Messager), d’intellectuels (Catulle Mendès, Judith Gautier), de (rares) figures du grand monde où l’on se déguise en walkyrie lors de bals costumés (Marguerite de Saint-Marceaux, Elisabeth de Caraman-Chimay, comtesse Greffuhle), ou de snobs invétérés (à l’image de la Verdurin de Marcel Proust, aussi sujette au wagnérisme qu’aux migraines) qui vont bientôt pourrir Bayreuth, si la France a été si souvent rétive devant les chefs d’œuvre wagnériens, ce fut souvent pour des raisons qui n’avaient aucun rapport avec la musique ou le chant. A l’instar du scandale de Tannhäuser organisé par les crétins titrés du Jockey Club sous Napoléon III. Ou des émeutes devant l’Opéra trente ans plus tard, quand des milliers de « patriotes » dénonçaient un Wagner fort déplaisant il est vrai, considéré comme un ennemi de la France. C’était au moment de la création française de Lohengrin, en 1891.

Henri Fantin-Latour, Scène finale de La Walkyrie, 1877, Huile sur toile. Musée Fabre, Montpellier Méditerranée Métropole

Crispé sur des concepts antédiluviens

Alors que le Suisse Adolphe Appia avait révolutionné la façon de mettre en scène la Tétralogie, de même que le théoricien britannique Edward Gordon Craig, et que bientôt, à Bayreuth même, Wieland Wagner allait bouleverser l’antre wagnérien avec des concepts résolument novateurs, on est étonné d’apprendre qu’à l’Opéra de Paris on se crispe, par avarice ou par inintelligence pure, et en français de surcroît, sur des conceptions antédiluviennes du monde wagnérien, celles du temps de Cosima, puis de son épouvantable bru pro-nazie. Il y aura cependant, pour sauver l’honneur, les décors d’Olivier Rabaud pour La Walkyrie en 1937, ceux de Maurice Brunet pour Le Crépuscule des dieux en 1962, et mieux encore, celui d’Ernest Klausz pour L’Or du Rhin en 1941, pendant l’Occupation, devant des parterres de SS ou d’officiers de la Wehrmacht.

A lire aussi, du même auteur: « Le Crépuscule des dieux » à l’Opéra de Paris: la musique à la rescousse d’une mise en scène en déroute

Trois Français de génie

Il faudra l’intelligence de Rolf Lieberman pour confier Le Ring en 1976 à des metteurs en scène de haut vol comme Peter Stein pour L’Or du Rhin et Klaus Michael Gruber pour La Walkyrie, ouvrages enfin chantés en allemand. Malheureusement pour l’Opéra de Paris, on manqua de moyens financiers pour monter Siegfried et Le Crépuscule des dieux.

Et surtout, surtout, la même année, trois Français de génie, Pierre Boulez, Patrice Chéreau et Richard Peduzzi, révolutionnent la scène mondiale avec une Tétralogie qui demeure aujourd’hui encore une référence absolue. Mais c’était lors du Festival de Bayreuth. Et non pas à Paris, hélas !

Jeune Wotan

Magnifiques réalisations de Harry Kupfer à Bayreuth et à la Staatsoper de Berlin ; de Götz Friedrich et Josef Svoboda à Londres ; de Roberto Castellucci à la Monnaie de Bruxelles ; mais aussi transposition par Maurice Béjart de l’ensemble de la Tétralogie en une épopée chorégraphique discutable, mais audacieuse, Ring um den Ring, à la Deutsche Oper de Berlin, avec Patrick de Ban fascinant en (jeune) Wotan ;  ou  encore ouvrages monumentaux d’Anselm Kieffer : l’exposition dévoile mille façons d’envisager la Tétralogie et les évolutions esthétiques ou idéologiques qui la servent, et le plus souvent la desservent. Quand on a quitté ces espaces du palais Garnier qui devaient être l’accès à l’Opéra réservé à l’empereur et à l’impératrice des Français, on regrette évidemment tout ce qu’on aurait pu ou voulu y voir et qui n’y est pas présenté. Mais l’exiguïté et la complexité des espaces dédiés aux expositions à l’Opéra de Paris a contraint assurément les commissaires de celle-ci à des choix douloureux.

Le culte wagnérien

Reste un beau catalogue, de ces catalogues dont on a le secret en France, aussi intéressants sur le plan iconographique que sur celui des textes. On ne saurait en citer les nombreux auteurs. Certains thèmes, oui : les rapports de Wagner à la tragédie antique ;  ses positions de révolutionnaire, voire d’anarchiste dans sa jeunesse où il côtoie Bakounine ; l’évolution de l’esthétique entourant le prologue et les trois épisodes du Ring ; le culte wagnérien en France, sujet remarquable et ô combien délicat, où la Tétralogie tient une place si particulière; l’origine de l’or volé, ou mieux, l’origine du mythe ; l’héritage du compositeur auprès de ses homologues d’aujourd’hui, un texte signé du compositeur Philippe Fénelon, par ailleurs détenteur d’une étonnante collection de photographies de tous les interprètes des personnages de la Tétralogie, telles qu’on les publiait alors pour entretenir les délires du culte wagnérien. L’ensemble de ces portraits de héros du chant est exposé à l’Opéra. Et dans les costumes de la création en 1876, s’il vous plaît ! Ces costumes qui font rire de bon cœur les wagnériens d’aujourd’hui et plus fort encore les non-wagnériens qui replongent derechef dans leur dédain farouche et leur anti-germanisme.

La malédiction du Nibelung

On n’oserait demander aux commissaires de l’exposition Les Révolutions du Ring ce qu’ils pensent des mises en scène de la Tétralogie commises par le funeste Calixto Bieto et dont le cycle complet va être repris début novembre. Il est effectivement bien fâcheux que cette exposition qui ne bouleverse rien, mais a des vertus pédagogiques certaines, surgisse au moment où la plus calamiteuse des mises en scène du Ring des Nibelungen pollue la scène de la Bastille. À croire que la malédiction d’Alberich ait frappé l’Opéra de Paris aussi bien que le porteur de l’Anneau. Ou que Wagner lui-même ait proféré un anathème sur l’Académie (alors impériale) de Musique et de Danse au temps de la cabale autour de Tannhäuser. Il faut remonter loin pour se souvenir des honorables réalisations de Parsifal ou du Vaisseau fantôme sur la scène de l’Opéra. Et c’est au Châtelet, malgré le néo-académisme de Robert Wilson, toujours plus attentif à mettre en valeur ses propres concepts esthétiques que l’essence même des œuvres qu’il était supposé servir, c’est au Châtelet qu’on aura vu, en France, la dernière Tétralogie digne d’être saluée. A l’Opéra, les réalisations récentes de Lohengrin, de Parsifal et de deux Ring des Nibelungen, aussi redoutables que destructrices, semblent prouver qu’un mauvais sort a été lancé sur l’institution. À moins qu’il ne faille incriminer rien d’autre que la fatuité de metteurs en scène qui détestent Wagner ou n’y comprennent rien. Ou celle de directeurs de l’Opéra de Paris s’affichant en experts de choix désastreux.


Exposition Les Révolutions du Ring.
Jusqu’au 20 février 2027. Pavillon de l’Empereur. Opéra de Paris-Garnier.

L’Anneau du Nibelung.
Cycle des quatre ouvrages de la Tétralogie.
Du 6 au 13 novembre et du 15 au 19 novembre
Opéra de Paris-Bastille.

Richard Wagner, les révolutions du Ring.
Catalogue de l’exposition. 192 pages.

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Immigration: Édouard Philippe promet de diviser les entrées par deux, mais ses calculs tiennent-ils vraiment?

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Edouard Philippe s'attaque à l'immigration et promet de diviser par deux les entrées
Edouard Philippe, leader of the right-wing Horizons party and a candidate in France’s 2027 presidential election, attends the Paris Motor Show in Parc des expositions porte de Versailles , Paris, France, on October 14, 2026.//ACCORSINIJEANNE_EPAUTO.0075/Credit:Jeanne Accorsini/SIPA/2610141658

Édouard Philippe veut faire de l’immigration l’un des marqueurs de sa campagne présidentielle : diviser par deux les entrées, suspendre le regroupement familial pendant cinq ans, instaurer des quotas économiques, contrôler davantage les étudiants étrangers et revoir le droit d’asile. Le programme est spectaculaire. Mais une analyse chiffrée publiée par Marc Vanguard pointe une difficulté simple : avec 377 000 premiers titres de séjour délivrés en 2025, les catégories que Philippe veut préserver représentent déjà une grande partie de l’objectif qu’il prétend atteindre.


Édouard Philippe a choisi un chiffre facile à retenir : diviser l’immigration par deux. L’ancien Premier ministre, désormais candidat déclaré à l’Élysée, assume un virage beaucoup plus ferme sur un sujet qui structure déjà la campagne de 2027. Son site présente désormais la réduction de moitié de l’immigration comme un « objectif clair » et détaille plusieurs mesures : suspension du regroupement familial pendant tout le quinquennat, quotas pour l’immigration économique, contrôle accru des étudiants étrangers, liste élargie de pays sûrs pour l’asile, fin de « l’asile à vie » et dénonciation de l’accord franco-algérien de 1968.

Lors de L’Heure de vérité sur France 2, Philippe a expliqué vouloir revenir à un niveau de délivrance de titres largement inférieur à 200 000 par an, comparable selon lui à celui qui existait avant 2010. Il précise toutefois que la France continuera à avoir besoin de dizaines de milliers de travailleurs étrangers et ne propose pas de supprimer l’immigration étudiante.

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377 462 premiers titres en 2025

Les chiffres officiels permettent de mesurer l’ampleur de la promesse. Selon la Direction générale des étrangers en France, 377 462 premiers titres de séjour ont été délivrés en 2025 aux ressortissants de pays tiers. Les étudiants représentent 116 835 titres, soit 31 % du total. Les motifs familiaux en représentent 90 959, les motifs humanitaires 88 001, les motifs économiques 50 848 et les autres motifs 30 819.

Une division stricte par deux conduirait donc à environ 189 000 premiers titres annuels. C’est ici que commence la difficulté soulevée par Marc Vanguard dans une longue réponse publiée sur X. Son calcul n’est pas un document officiel ni une projection économétrique : c’est une critique politique du programme de Philippe. Mais il s’appuie pour l’essentiel sur les données publiques du ministère de l’Intérieur et met le doigt sur une vraie contrainte arithmétique.

Le calcul de Marc Vanguard

Vanguard part des 117 000 titres étudiants et des 51 000 titres économiques délivrés en 2025. Si Édouard Philippe veut maintenir globalement l’immigration étudiante et l’immigration de travail, ces deux catégories représentent à elles seules environ 168 000 titres. Il ne resterait donc qu’une vingtaine de milliers de places pour toutes les admissions familiales, humanitaires et diverses si l’objectif de 189 000 devait être respecté.

Deuxième point : suspendre le « regroupement familial » ne revient pas à supprimer les quelque 91 000 premiers titres accordés pour motif familial. Cette catégorie est beaucoup plus large. Elle comprend notamment les familles de Français, les liens personnels et familiaux et d’autres situations qui ne relèvent pas du regroupement familial au sens strict. Le ministère comptabilise par exemple plus de 40 000 premiers titres accordés en 2025 à des membres de familles de Français.

Troisième difficulté : l’humanitaire. Les premiers titres correspondants ont bondi à 88 001 en 2025, notamment en raison de la hausse des protections subsidiaires et des statuts de réfugiés. Philippe veut durcir l’instruction de l’asile et établir chaque année une liste de pays sûrs, mais il ne propose évidemment pas la suppression pure et simple du droit d’asile.

Même avec des hypothèses très sévères, Vanguard arrive à 270 000

Pour tester la promesse, Marc Vanguard construit volontairement un scénario très favorable à Philippe. Il maintient les étudiants et les travailleurs autour de 168 000 titres, suppose la disparition complète du regroupement familial et une baisse de 30 % du reste des titres familiaux, imagine une diminution extrêmement forte de 70 % des titres humanitaires et retranche encore 30 % aux motifs divers.

Même dans ce scénario, il aboutit à environ 270 000 premiers titres par an : 168 000 pour études et travail, 54 000 pour la famille, 26 000 pour l’humanitaire et 22 000 pour les autres motifs. Autrement dit, encore très loin des 189 000 correspondant à une division par deux du niveau de 2025.

Le raisonnement peut être discuté. Philippe ne s’est pas engagé à maintenir exactement au niveau actuel l’ensemble des étudiants étrangers ou tous les titres économiques. Son programme prévoit au contraire de renforcer les conditions financières imposées aux étudiants extra-européens et d’utiliser des quotas pour choisir davantage l’immigration de travail. De même, une réforme de l’asile peut modifier le nombre de protections accordées sans supprimer le droit d’asile. Le calcul de Vanguard n’est donc pas une démonstration mathématique de l’impossibilité du programme.

Le vrai problème : où couper ?

Il révèle néanmoins la question à laquelle Édouard Philippe devra répondre s’il veut transformer son slogan en politique publique. Pour atteindre 189 000 titres, il ne suffit probablement pas de suspendre le regroupement familial. Il faut décider quelles autres catégories diminueront et dans quelles proportions.

Réduire fortement les étudiants étrangers aurait des conséquences pour les universités et grandes écoles, dont certaines cherchent au contraire à attirer davantage de talents internationaux. Réduire l’immigration économique suppose de concilier le discours de fermeté avec les besoins de secteurs en pénurie de main-d’œuvre. Réduire massivement l’asile se heurte à des obligations juridiques nationales, européennes et internationales. Quant à l’immigration familiale, elle comprend des droits liés aux citoyens français eux-mêmes et ne peut être traitée comme un bloc unique.

Philippe a le mérite d’avoir fixé un objectif quantifié, ce qui permet précisément de le confronter aux chiffres. Mais ce chiffre devient aussi une contrainte politique. Dire « moins 50 % » est simple ; expliquer où disparaîtront près de 190 000 admissions l’est beaucoup moins.

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Une ligne plus dure, mais encore incomplète

Le durcissement est en tout cas incontestable. Dénonciation de l’accord de 1968 avec l’Algérie, suspension du regroupement familial, quotas, contrôle des ressources des étudiants, expulsion des étrangers délinquants : le programme d’Édouard Philippe se situe très loin du discours migratoire du premier macronisme dont il fut pourtant le Premier ministre.

Reste à savoir si cette fermeté affichée est compatible avec la mécanique administrative qu’elle prétend transformer. Le post de Marc Vanguard a le mérite de ramener le débat à une question beaucoup moins spectaculaire que les slogans de campagne : si l’on conserve une immigration de travail importante, des étudiants étrangers, le droit d’asile et une partie substantielle de l’immigration familiale, comment passe-t-on réellement de 377 000 à moins de 190 000 premiers titres ?

Pour l’instant, le candidat a présenté les leviers. Il lui reste à montrer l’addition.

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« Quel cul ! » : Donald Trump, Nicki Minaj et l’étrange obsession présidentielle pour le physique des autres

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Donald Trump et Nicki Minaj durant un meeting électoral au McMorran Place Sports and Entertainment Center (Port Huron, Michigan), ce dimanche 25 octobre 2026.
President Donald Trump listens as Nicki Minaj speaks during a campaign rally at McMorran Place Sports and Entertainment Center, Sunday, Oct. 25, 2026, in Port Huron, Mich. (AP Photo/Julia Demaree Nikhinson)/MIJN147/26299152135922//2610260525

En campagne dans le Michigan, Donald Trump a interrompu un développement sur le physique d’un sénateur républicain pour saluer publiquement le « magnifique cul » de Nicki Minaj, présente dans la salle. La rappeuse ne s’en est pas formalisée. L’épisode pourrait rester une nouvelle provocation trumpienne s’il ne s’inscrivait dans une habitude devenue presque une signature: le président américain commente sans cesse les corps, les visages, les mains, les épaules ou l’allure de ses alliés comme de ses adversaires.


Donald Trump parlait du postérieur d’un homme lorsqu’il a pensé à celui de Nicki Minaj. La scène s’est déroulée dimanche à Port Huron, dans le Michigan, pendant un meeting organisé à quelques jours des élections de mi-mandat. Le président américain tentait d’expliquer pourquoi il avait déjà commenté à plusieurs reprises le physique du sénateur républicain de l’Ohio Jon Husted, ancien joueur de football universitaire.

« J’ai regardé son cul, et je n’avais jamais fait ça avec un homme auparavant », a lancé Trump devant la foule, avant d’ajouter, faussement confidentiel : « Off the record : les femmes, oui ; les hommes, non. » Puis le président a aperçu ou évoqué Nicki Minaj, qui avait voyagé avec lui à bord d’Air Force One et assistait au meeting. « J’ai regardé un sacré beau cul auparavant : Nicki Minaj. C’est difficile de le rater », a-t-il poursuivi en demandant à la rappeuse de se lever.

La foule a applaudi. Minaj s’est exécutée et n’a manifesté aucune indignation. Trump a immédiatement ajouté qu’il espérait ne pas l’avoir offensée et rappelé qu’il l’appréciait beaucoup. La chanteuse, devenue l’une de ses soutiens les plus visibles dans la culture populaire, avait quelques minutes plus tôt renouvelé publiquement son soutien.

Des fesses de Nicki Minaj à celles d’un sénateur

Ce qui rend la séquence particulièrement étrange n’est pas seulement la crudité du compliment adressé à une femme devant plusieurs milliers de personnes. C’est le chemin qui y conduit. Depuis plusieurs semaines, Trump revient régulièrement sur le physique de Jon Husted. Il a raconté avoir examiné son postérieur, ses épaules, ses pieds, ses mains et sa mâchoire après avoir appris qu’il avait été sportif.

Lors d’un précédent rassemblement, le président avait décrit les mains du sénateur comme des « griffes » et expliqué avoir palpé son épaule, « comme un morceau d’acier ». Dimanche, il tentait précisément de convaincre le public que les médias avaient sorti ces commentaires de leur contexte lorsqu’il a décidé d’illustrer la différence entre son regard sur les hommes et les femmes par Nicki Minaj.

Trump a récemment multiplié les compliments physiques à l’égard d’autres candidats républicains. Son langage politique conserve ainsi quelque chose du concours de beauté permanent : un candidat est grand, fort, beau, possède une mâchoire impressionnante ou des épaules de sportif ; un adversaire est petit, faible, gros, vieux ou peu séduisant. Le physique devient un raccourci pour décrire la force ou la faiblesse politique.

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Une vieille méthode Trump

Cette obsession n’est évidemment pas née pendant la campagne des midterms. Bien avant son entrée en politique, Donald Trump construisait une partie de son personnage public autour de l’apparence, des concours de beauté et de la télévision. Une fois candidat, il n’a jamais abandonné ce registre. Les surnoms qu’il distribue à ses adversaires fonctionnent souvent sur le même principe : réduire une personnalité politique à une caractéristique immédiatement visualisable.

Chez Trump, le commentaire physique peut être flatteur ou humiliant, parfois dans la même phrase. La beauté est volontiers assimilée à la réussite, la carrure à la puissance et l’apparence jugée disgracieuse à une forme d’incompétence. Ses alliés eux-mêmes ne sont pas à l’abri de ces évaluations publiques. Husted est ainsi encensé comme ancien athlète, mais après une description de son corps suffisamment détaillée pour provoquer plusieurs jours de commentaires médiatiques.

Le président ne semble d’ailleurs pas comprendre entièrement pourquoi ces remarques fascinent autant. Il les présente comme des plaisanteries, reproche aux journalistes de les prendre au sérieux, puis recommence quelques jours plus tard. Cette répétition est précisément ce qui transforme l’anecdote en trait politique.

Nicki Minaj, soutien inattendu du trumpisme

La présence de Nicki Minaj donne une autre dimension à la scène. Longtemps éloignée du conservatisme américain traditionnel, la rappeuse s’est progressivement rapprochée de Trump et de son entourage. Elle l’accompagne désormais dans certains déplacements et a déclaré qu’elle continuerait à le soutenir, allant jusqu’à évoquer l’hypothèse constitutionnellement impossible d’une nouvelle candidature présidentielle après son second mandat.

Le camp Trump joue de cette proximité. Des responsables de la communication de la Maison-Blanche ont même plaisanté sur l’idée de faire de Minaj une future porte-parole. Pour un Parti républicain qui cherche à élargir son influence culturelle, disposer du soutien public d’une star mondiale du rap est évidemment précieux.

Cela explique aussi pourquoi la remarque du président n’a provoqué aucune rupture entre eux. Minaj a souri et la séquence a été traitée comme une plaisanterie par le meeting. Mais vue de l’extérieur, elle résume assez bien l’étrangeté du style Trump : un président de 80 ans, au milieu d’une campagne décisive pour le contrôle du Congrès, interrompant son discours pour demander à une superstar de se lever afin que la salle puisse apprécier son postérieur.

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Provocation ou manière de voir le monde ?

On peut évidemment considérer qu’il ne s’agit que de Trump faisant du Trump. Ses partisans apprécient précisément son refus des codes, sa capacité à parler comme il parlerait en privé et son goût de la provocation. Dans cette lecture, les commentaires scandalisés deviennent eux-mêmes une partie du spectacle : le président choque, les médias s’indignent et son public rit de l’indignation.

Mais la fréquence de ses remarques sur l’apparence physique suggère quelque chose de plus profond qu’une simple technique de communication. Trump lit volontiers les individus par leur apparence. Il décrit la politique avec le vocabulaire de la télévision, du sport et du spectacle : les gagnants doivent en avoir l’air, les faibles portent leur faiblesse sur leur visage et la beauté constitue presque une preuve de valeur.

Nicki Minaj n’a donc été dimanche que la dernière personne à passer sous ce regard présidentiel. À ceci près que le compliment était cette fois impossible à déguiser en analyse sportive. Même Trump l’a compris quelques secondes plus tard, lorsqu’il a cru utile de préciser : « J’espère que Nicki n’a pas été insultée. »

Nicolas Sarkozy manœuvre-t-il pour une union des droites avec le RN ?

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Nicolas Sarkozy semble manoeuvrer en faveur d'une alliance avec Marine Le Pen pour l'élection présidentielle de 2027.
France's former President Nicolas Sarkozy arrives for the inauguration ceremony of French President Emmanuel Macron, at the Elysee palace in Paris, France, Saturday, May 7, 2022. Macron was reelected for five years on April 24 in an election runoff that saw him won over far-right rival Marine Le Pen. (Gonzalo Fuentes/Pool via AP)/ENA106/22127326199898/13756592/2205071107

Nicolas Sarkozy rêverait d’une victoire de Le Pen… et d’une grâce : l’union des droites qui embarrasse LR et le centre.


Selon Le Canard enchaîné, Nicolas Sarkozy travaille désormais en coulisses à une alliance entre la droite et le Rassemblement national après une victoire de Marine Le Pen qu’il jugerait probable, voire inéluctable. L’ancien président aurait reçu Bruno Retailleau et Michel Barnier pour les convaincre de préparer l’après-2027. Avec une arrière-pensée très personnelle : si sa condamnation dans l’affaire libyenne était confirmée en appel, il espérerait pouvoir bénéficier d’une amnistie ou d’une grâce présidentielle. Une perspective qui fait grincer des dents jusque dans son ancien camp, alors que M. Retailleau vient de rappeler que le projet du RN n’est, selon lui, « pas le bon pour la France ».

Nicolas Sarkozy n’a jamais vraiment quitté la politique. Mais à six mois de la présidentielle, l’ancien chef de l’État semble avoir franchi une nouvelle étape dans son rapprochement avec le Rassemblement national. Le Canard enchaîné affirme ce mercredi qu’il s’emploie désormais à convaincre plusieurs figures de la droite de préparer une coalition avec le RN après l’élection de Marine Le Pen à l’Élysée. Le scénario n’est plus celui d’un simple désistement ou d’un refus du front républicain : il s’agirait de réfléchir à une participation de la droite traditionnelle à une majorité dirigée par le RN.

Selon l’hebdomadaire satirique, Sarkozy aurait notamment reçu Bruno Retailleau et Michel Barnier dans ses bureaux de la rue de Miromesnil. Il leur aurait exposé sa conviction que Marine Le Pen va gagner et que la droite doit se préparer à gouverner avec elle plutôt que de se retrouver spectatrice du nouveau rapport de forces. Le Canard résume la démarche en présentant l’ancien président comme le « parrain de l’union des droites ».

Alliance Sarkozy-Le Pen : la grâce présidentielle en arrière-plan

Mais l’information la plus explosive est ailleurs. Le Canard prête à Nicolas Sarkozy une arrière-pensée judiciaire très concrète. Condamné en première instance à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs dans l’affaire du financement libyen de sa campagne de 2007, l’ancien président a fait appel et doit être rejugé du 16 mars au 3 juin 2027. Selon le journal, il « rêve d’une amnistie ou d’une grâce présidentielle » si la cour d’appel confirmait une peine de prison ferme.

Il faut être précis : il s’agit d’une information attribuée au Canard enchaîné, pas d’une intention publiquement reconnue par Nicolas Sarkozy. Une grâce présidentielle est par ailleurs une prérogative individuelle du chef de l’État ; elle dispense de l’exécution de tout ou partie d’une peine mais n’efface pas la condamnation elle-même. L’hypothèse donne néanmoins une lecture beaucoup plus personnelle à l’activisme politique de l’ancien président.

Elle n’est pas totalement déconnectée du contexte. Après sa condamnation de septembre 2025, plusieurs responsables de droite avaient dénoncé la sévérité de la décision. Le sénateur LR Stéphane Le Rudulier avait même publiquement demandé à Emmanuel Macron de gracier Nicolas Sarkozy. Marine Le Pen et des dirigeants du RN avaient également pris sa défense contre l’exécution provisoire.

Sarkozy a déjà rompu avec le front républicain

Le rapprochement avec le RN n’est en revanche pas nouveau. Dans Le Journal d’un prisonnier, Nicolas Sarkozy racontait avoir téléphoné à Marine Le Pen après sa condamnation pour la remercier de son soutien. La dirigeante du RN lui avait demandé s’il participerait à un futur « front républicain » destiné à empêcher son parti de gagner. Sarkozy affirmait lui avoir répondu non et promettait même de l’assumer publiquement le moment venu.

Il plaidait également pour un « rassemblement le plus large possible, sans exclusive et sans anathème ». La formule avait déjà provoqué de fortes tensions dans la droite traditionnelle. Xavier Bertrand avait expliqué préférer le Sarkozy de 2007, qui combattait le Front national, à celui de 2025. Valérie Pécresse avait de son côté averti qu’une alliance avec le RN reviendrait pour LR à devenir son supplétif.

Le déplacement du centre de gravité électoral explique aussi cette évolution. Le RN dépasse désormais largement LR dans les intentions de vote et une partie importante des électeurs de droite souhaite une forme d’union. Pour Sarkozy, continuer à traiter le RN comme un parti avec lequel aucune discussion n’est possible reviendrait à ignorer un électorat dont une part votait autrefois pour lui.

Alliance Sarkozy-Le Pen : Retailleau dit non au projet RN

Bruno Retailleau ne semble pourtant pas prêt à suivre son ancien mentor jusqu’au bout. Ce mercredi, le président des Républicains a exclu de participer à un gouvernement RN en cas de victoire de Marine Le Pen. Il reconnaît des convergences sur l’ordre public et plusieurs questions régaliennes, mais estime que le programme économique et social du parti reste incompatible avec le sien.

Son reproche vise en particulier ce qu’il appelle le « social-étatisme » du Rassemblement national. Retailleau défend des réformes des retraites et de l’assurance chômage, ainsi qu’une baisse du poids de la dépense publique. Il accuse au contraire le RN d’entretenir l’assistanat et de rester économiquement beaucoup plus étatiste que la droite classique. Sa conclusion est nette : « Je suis intimement convaincu que ce projet n’est pas le bon pour la France. Je n’apporterai jamais mon concours à un projet qui n’est pas le bon pour la France. »

Le contraste avec Sarkozy est donc devenu frontal. Les deux hommes peuvent partager une partie du diagnostic sur l’immigration, la sécurité ou la nécessité de reconquérir les électeurs partis au RN. Mais Retailleau veut que cette reconquête se fasse dans les urnes, au bénéfice de LR, et non par une négociation d’appareils après la victoire de Marine Le Pen…

Le centre regarde la droite s’éloigner

Cette évolution inquiète aussi le centre, qui tente au contraire de reconstituer un espace commun autour d’Édouard Philippe, Gabriel Attal et de plusieurs responsables de la droite modérée. Philippe a proposé une rencontre des dirigeants de la droite et du centre pour préparer le prochain quinquennat. Retailleau lui a répondu en proposant plutôt un débat public, preuve que même le rassemblement du bloc non-RN reste difficile.

Une alliance post-présidentielle entre LR et le RN bouleverserait définitivement cette architecture. Elle placerait les élus de droite devant un choix que beaucoup cherchent encore à repousser : participer à une majorité Le Pen, rejoindre un bloc central recomposé ou tenter de maintenir une droite autonome devenue électoralement beaucoup plus étroite.

Dans cette bataille, Nicolas Sarkozy ne joue donc plus seulement le rôle de l’ancien président donnant des conseils à sa famille politique. S’il faut en croire Le Canard, il prépare déjà le lendemain d’une victoire de Marine Le Pen. Avec une conviction politique, celle de l’union des droites, et peut-être un intérêt judiciaire beaucoup plus personnel. C’est précisément ce mélange qui rend son activisme si explosif.

Présomptions obligatoires et désespérées

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Natacha Polony, candidate à l'élection présidentielle, au Salon de l'Automobile, Paris, 15 octobre 2026 © Jeanne Accorsini /SIPA

Le nombre inédit de candidatures à l’élection présidentielle témoigne de la crise profonde traversée par la démocratie française, note notre chroniqueur


La prochaine élection présidentielle ne sera pas comme les précédentes. Il ne s’agit pas seulement de relever le grand nombre de candidats qui nourrissent tous des espoirs, mais verront bientôt leurs rangs s’éclaircir. Il s’agit surtout de montrer combien ceux qui demeureront en lice seront confrontés à des défis nationaux et internationaux que notre pays n’a jamais connus à un tel degré d’intensité.

François Hollande dans les starting blocks ?

Avant que la décantation ne s’opère, vers le mois de février 2027, si l’on suit le pronostic crédible de François Hollande, la multitude des prétendants actuels est condamnée à des attitudes qui poussent jusqu’à la caricature des comportements certes jamais absents des précédentes élections présidentielles, mais jamais portés à une telle outrance.

En effet, qui, hier, aurait pu se présenter sans tenter de s’afficher comme le meilleur, le seul capable de maîtriser et de résoudre les problèmes et les difficultés de notre pays ? Il a toujours fallu une certaine dose de narcissisme pour oser se lancer dans l’aventure politique la plus importante de notre démocratie. Il y a donc toujours eu, naturellement, une forme de présomption obligatoire pour se rendre crédible auprès de la communauté nationale.

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Ce qui s’est radicalement modifié, c’est le caractère désespéré de cette présomption. L’exemple de Natacha Polony, une femme intelligente et engagée, est particulièrement éclairant. Mais il pourrait être généralisé sans abus tant aux candidats de témoignage qu’aux compétiteurs classiques et habituels de la classe politique.

Quand, pour justifier sa participation à la campagne présidentielle, Natacha Polony annonce que « la situation l’oblige », elle sait que ce propos, cette apparente assurance, cette obligation de s’engager, pourraient être partagés par tous ses adversaires. Avec, dès lors, un risque de banalisation de ce que chacun aurait aimé être seul à exprimer.

Polony : faites l’amour pas la guerre

Dans le même registre, elle a étonné par sa certitude en affirmant vouloir « négocier avec Poutine » et en ajoutant qu’« il va falloir se mettre autour d’une table et lui dire que ça suffit ». On mesure pourtant à quel point, même si Poutine acceptait de « négocier », une telle injonction aurait peu de chance d’être suivie d’effet.

Cette présomption est à la fois nécessaire et désespérée. La singularité du climat actuel tient à ce que ce double constat peut s’appliquer à tous les candidats. Mais aucun ne pourra aisément faire passer son projet du registre des vœux pieux à celui d’une espérance concrète dans l’esprit des citoyens, d’une possibilité sérieuse de mise en œuvre, avec une crédibilité qui tiendrait aussi bien à la qualité du programme qu’aux qualités du candidat lui-même.

La communauté nationale, même si elle était débarrassée des haines et des colères qui la déshonorent, s’est vue si souvent trahie que les promesses, non seulement ne sont plus écoutées, mais, pire encore, apparaissent comme le signe désolant et pervers d’une politique « à l’ancienne ».

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Hier, dans les campagnes plus ou moins bien menées, un lien de conviction et de vraisemblance subsistait entre le citoyen et son favori. Celui-ci n’était pas voué à prendre des engagements dans une sorte de désert démocratique.

Aujourd’hui, c’est comme si l’on avait fait table rase de cette République qui laissait au moins aux candidats une chance d’être crus. Et eux-mêmes n’ignorent pas, même les plus assurés et les plus énergiques, que ce qui les attend est un Himalaya à gravir : il leur faudra tout changer, l’esprit et la lettre du pays, la substance et le cœur de la France.

Face à un tel avenir, comment ne pas comprendre que ces présomptions soient devenues obligatoires, comme une condition de survie, et, en même temps, tragiquement désespérées ?

Ces minorités menaçantes qui terrorisent l’État

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Le président Macron en visite à Marseille, à côté de Bruno Payan, le maire qui réclame des comptes à l'Etat après le chaos du 17 octobre 2026 dans sa ville © Aurelien Morissard/AP/SIPA

Séparatisme. Les sociologues savants avancent la crise de l’autorité et la frustration devenue intolérable dans les nouvelles générations pour expliquer les violences du 17 octobre. Notre chroniqueur les interprète plutôt comme le signe d’une macronie affaiblie et terrorisée, qui cède aux pressions de l’extrême gauche et des quartiers issus de l’immigration. Il y voit aussi une forme de conquête territoriale et communautariste, dont le gouvernement favorise la progression par ses volontés de censure renouvelées.


Faudrait-il, chaque semaine désormais, supporter les insurrections urbaines ? « Plus jamais de 17 octobre ! », a promis Emmanuel Macron, lundi à Marseille. De fait, l’État a pu, samedi, maîtriser les foules. Mais le confinement sécuritaire déployé, qui a vidé les rues et les commerces partout en France, ne pourra pas se renouveler chaque week-end, jusqu’à l’élection présidentielle d’avril. Au risque, sinon, d’un étouffement de la société. Certes, le pouvoir se flatte d’avoir repris la main. En réalité, il est peu probable qu’il sorte vainqueur du rapport de force engagé avec l’extrême gauche et les quartiers « racisés ». Dans Le Figaro, l’ancien patron de la DGSI, Pierre Brochand, estime que les pillages ont franchi « une énorme ligne rouge ». Cet expert explique : « Les dévaliseurs de magasins ont découvert ce qu’ils n’avaient pas encore pleinement mesuré, à savoir que la voie d’une curée leur était grande ouverte. Ils ne l’oublieront pas[1] ».

Les mots du chef de l’État ne valent rien. Son autoritarisme de façade n’impressionne personne. Pour cause : le pouvoir ne cesse d’étaler sa faiblesse. Pour tenter d’acheter la colère lycéenne, le gouvernement a accepté, mardi, une large partie des revendications des bloqueurs. Ceux-ci se sont empressés de surenchérir en menaçant de relancer la révolte. C’est sous la terreur d’une réaction des cités, après le meurtre raciste de Trappes, que le président de la République a, dès vendredi, repris le récit du maire, Ali Rabeh, en parlant de « tournant » mais en oubliant les innombrables meurtres islamistes contre des juifs et des chrétiens ou le racisme antiblanc. Hier, le Premier ministre, à son tour, a réutilisé l’argument de Rabeh en fustigeant les « gens qui portent des discours et des mots qui finissent par armer d’autres qui, eux, passent à l’acte ».

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Ce qui apparaît, à travers la soumission du gouvernement aux minorités menaçantes, est un État terrorisé. Il est prêt à toutes les concessions terrorisantes pour survivre. Le pouvoir flageolant est ainsi en train d’accéder aux demandes de censure portées par l’extrême gauche et l’islamosphère. Ces deux alliés veulent occulter la conflictualité civilisationnelle que porte la « nouvelle France » issue majoritairement d’une immigration islamique. Le lent processus de remplacement des autochtones par un autre peuple est une observation clinique assimilée à du complotisme par les négationnistes et les médias labellisés. Il est risqué de relater les razzias et les origines ethniques visibles de ceux qui perpétuent ce rite de la conquête. Qui veut préserver sa sécurité personnelle est invité à garder le silence sur le réel qui dérange.

S’installe, dans l’indifférence, un système intolérant, totalitaire. Le prétexte officiel de l’apaisement dissimule une capitulation. La guerre que veulent mener l’extrême gauche et le bloc central contre une extrême droite fantasmée livre la France à ses destructeurs. Ceux-ci sont prêts à tout, au prétexte de « faire le ménage ». Ces tensions pourraient cesser si Macron acceptait de partir avant le terme de son mandat, en laissant les Français s’exprimer sur leur sort. Mais c’est précisément leur voix que l’islamo-gauchisme et la macronie ne veulent pas entendre.

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[1] https://www.lefigaro.fr/vox/societe/des-eruptions-de-violence-devraient-se-reproduire-avec-une-frequence-et-une-intensite-accrue-l-analyse-exclusive-de-pierre-brochand-ancien-patron-de-la-dgse-20261026

Les visions du Monde

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L'immeuble du journal le Monde à Paris © RICCARDO MILANI / HANS LUCAS

Dans un article publié lundi, le journal Le Monde a affirmé que des tracts du Rassemblement national avaient été retrouvés dans la voiture de Kévin T., le suspect de l’attaque terroriste de Trappes. Une fake news.


Il faut une singulière assurance pour s’ériger quotidiennement en arbitre de la vérité et des élégances et se montrer si peu regardant lorsqu’une information mensongère permet de jeter l’opprobre sur ses adversaires politiques. C’est pourtant le triste spectacle auquel vient de se livrer Le Monde, ce quotidien qui prétend faire la leçon à la terre entière en matière de désinformation.

Le 26 octobre, le journal annonçait, dans une notification « push » adressée à ses lecteurs, la découverte de tracts du Rassemblement national dans le véhicule du suspect de l’attaque de Trappes. Une révélation aussi grave que fausse, puisque rapidement démentie par le procureur national antiterroriste.

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Il n’en fallait pourtant pas davantage pour que la gauche et l’extrême gauche, telles des vautours se précipitant sur le corps encore chaud du défunt, se livrent à leur exercice favori : la récupération politique. Olivier Faure, Thomas Portes et leurs semblables n’ont pas attendu que les faits soient établis pour désigner leurs coupables idéaux. Quand l’occasion se présente de salir le camp national, la prudence devient superflue et la décence facultative.

Cette affaire révèle surtout une mécanique préoccupante : une fake news, revêtue du prestige d’un grand journal, est une arme de destruction massive. Le démenti arrive quand le poison circule déjà.

À quelques mois d’une échéance présidentielle décisive, cette légèreté interroge d’autant plus que Le Monde bénéficie, comme d’autres titres, d’aides publiques financées par les Français. Ces subventions ne sauraient acheter l’indulgence à l’égard de manquements aussi graves aux exigences élémentaires du métier de journaliste.

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Que Le Monde se trompe est une chose ; qu’il contribue, par son imprudence, à nourrir une campagne de mise en accusation politique en est une autre. Quant à cette gauche si prompte à invoquer la morale républicaine, elle gagnerait à se souvenir que le respect des morts devrait prévaloir sur ses petites manœuvres partisanes.

Rappelons-le, la désinformation n’est pas moins dangereuse lorsqu’elle émane de ceux qui prétendent la combattre. Elle est plus insidieuse, parce qu’elle avance sous le masque de la vertu. 

Netanyahou, l’homme qui empêche la droite de gouverner

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M. Netanyahou et son épouse au bureau de vote, Jerusalem, hier © Yonatan Sindel/AP/SIPA

Au lendemain des élections, Israël semble condamné à retrouver ses blocages. Pourtant, une autre majorité apparaît dès que l’on retire Benyamin Netanyahou de l’équation. Le Likoud, Gadi Eisenkot, Naftali Bennett et Avigdor Lieberman représentent ensemble près de 70 députés et une grande partie de l’ancienne droite israélienne. Reste à savoir qui, au Likoud, osera en tirer les conséquences.


Moins de vingt-quatre heures après la fermeture des bureaux de vote, Israël se retrouve dans une situation familière. Les résultats définitifs ne sont pas encore connus, mais les premières projections ne donnent de majorité claire à aucun des deux blocs. Celui de Benyamin Netanyahou demeure sous le seuil des 61 députés nécessaires pour gouverner. L’opposition n’atteint pas davantage ce chiffre sans le concours des partis arabes, que ses principales composantes refusent d’intégrer à leur coalition. La formation d’un gouvernement s’annonce donc compliquée et la perspective de nouvelles élections ne peut être écartée. Et pourtant, il suffit de changer une seule donnée pour que le paysage politique apparaisse sous un jour entièrement différent. Cette donnée s’appelle Benyamin Netanyahou.

Comment prendrez-vous votre Likoud ?

Si l’on additionne les sièges du Likoud, de la liste Yashar de Gadi Eisenkot, de l’alliance conduite par Naftali Bennett et d’Israël Beiteinou d’Avigdor Lieberman, on obtient, selon les résultats partiels, environ 66 à 68 députés sur 120. Une majorité confortable, qui n’aurait besoin ni des partis arabes, ni des formations ultraorthodoxes, ni de l’extrême droite religieuse ni même de Yair Golan. Une majorité dont les principales composantes partagent une culture politique, des idées et souvent une histoire commune.

Il ne s’agirait pas d’une coalition de gauche et de droite réunies par nécessité. On pourrait presque parler de quatre Likoud réunis pour en former un seul et grand parti de droite.

Le premier est celui de Netanyahou, qui a conservé le nom et une grande partie des électeurs du parti historique. Le deuxième est celui de Bennett, ancien chef de cabinet de Netanyahou, ancien dirigeant du Foyer juif puis Premier ministre. Le troisième est celui de Lieberman, longtemps considéré comme un pilier de la droite nationaliste et ancien directeur général du Likoud. Le quatrième est celui d’Eisenkot, qui n’a jamais appartenu au Likoud mais incarne une tradition sécuritaire, pragmatique et nationale, dans la lignée d’anciens chefs d’état-major comme Moshe Ya’alon et Yitzhak Mordechai, tous deux passés par le Likoud canal historique, et dans laquelle une partie de son électorat historique pourrait se reconnaître.

Le rapprochement ne signifie pas que ces hommes pensent la même chose. Lieberman est farouchement laïque, Bennett est issu du sionisme religieux et Eisenkot se présente comme un homme de rassemblement. Leurs positions divergent sur les rapports entre religion et État, la question palestinienne ou l’organisation des institutions. Mais ces différences ne sont pas nécessairement plus profondes que celles qui ont longtemps coexisté au sein de la droite israélienne. Car le Likoud n’a pas toujours été le parti que nous connaissons aujourd’hui.

Sous Menahem Begin, puis sous Yitzhak Shamir, il réunissait des nationalistes, des libéraux, des conservateurs religieux et des personnalités plus modérées. Les rivalités y étaient parfois violentes. Begin devait composer avec des figures qui possédaient leur propre légitimité politique, leur courant et leurs soutiens. Shamir lui-même dut affronter des adversaires puissants comme Ariel Sharon et David Levy. Le Likoud était un parti, pas seulement l’instrument d’un homme. Netanyahou en a progressivement changé la nature.

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Son extraordinaire talent et sa longévité politique lui a permis de construire un système dans lequel la fidélité au chef est devenue l’un des principaux critères de promotion. Ceux qui pouvaient lui faire de l’ombre ont été marginalisés, écartés ou poussés vers la sortie. Certains, comme Gideon Saar, ont quitté le parti avant d’y revenir. D’autres, comme MM. Bennett ou Lieberman, ont fini par construire leur propre avenir politique en dehors de son autorité. Tous ne sont pas d’anciens membres du Likoud, mais ils ont participé, à des titres divers, au même univers politique que Netanyahou. Tous rêvent de prendre sa place. 

La transformation touche également les institutions du parti. Le comité central du Likoud, autrefois lieu de confrontation entre courants, est devenu un terrain de compétition entre groupes d’intérêts et organisations capables de mobiliser des adhérents. Le système des primaires permet même à des militants de peser sur la sélection des candidats sans que leur engagement interne garantisse leur vote pour le Likoud aux élections nationales. Pour un groupe organisé, contrôler quelques milliers de voix dans une primaire peut offrir une influence considérable sur un parti appelé à gouverner le pays.

Le résultat est paradoxal. Netanyahou contrôle le Likoud plus étroitement que ne le faisaient ses prédécesseurs, mais il a perdu une partie de la droite qui constituait autrefois son espace politique naturel. Sa force à l’intérieur du parti s’est accompagnée d’un rétrécissement de sa capacité à rassembler à l’extérieur.

Le premier à en tirer les conséquences fut Avigdor Lieberman. En novembre 2018, alors ministre de la Défense, il démissionne pour protester contre la politique de Netanyahou à Gaza. Quelques mois plus tard, après les élections d’avril 2019, il refuse de rejoindre le gouvernement que Netanyahou tente de former, notamment en raison du désaccord sur la conscription des ultraorthodoxes. La Knesset est dissoute et de nouvelles élections sont organisées en septembre. Ce refus marque le début d’une crise politique qui conduira les Israéliens aux urnes cinq fois entre avril 2019 et novembre 2022.

Bibi or not Bibi ?

Lieberman avait compris quelque chose que d’autres dirigeants de droite mettraient davantage de temps à admettre. Netanyahou était devenu à la fois le principal atout électoral du Likoud et le principal obstacle à la constitution d’une majorité de droite élargie. Tant qu’il restait à sa tête, la politique israélienne s’organisait moins autour de programmes concurrents qu’autour d’une question personnelle. Pour ou contre Bibi ?

Bennett en fera l’expérience en 2021. Pour sortir de l’impasse, il accepte de former un gouvernement avec Yaïr Lapid, des partis de gauche et Ra’am, formation arabe islamiste. Cette coalition improbable réussit ce que quatre élections n’avaient pas permis, écarter Netanyahou du pouvoir. Mais elle repose sur des contradictions trop nombreuses pour durer. En juin 2022, elle s’effondre. En novembre, Netanyahou revient au pouvoir avec une majorité de 64 députés, constituée du Likoud, des partis ultraorthodoxes et de la droite religieuse messianique.

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Depuis, Israël a traversé des événements qui auraient pu bouleverser durablement son système politique. La réforme judiciaire a provoqué une mobilisation sans précédent et profondément divisé la société. Le massacre du 7 octobre 2023 a révélé un échec catastrophique de l’appareil sécuritaire. Les guerres à Gaza, au Liban et avec l’Iran ont transformé l’environnement stratégique du pays. La position internationale d’Israël s’est détériorée, notamment auprès d’une partie de l’opinion américaine, alors même que sa dépendance envers Washington demeure considérable. Et pourtant, au lendemain des élections du 27 octobre 2026, la question centrale reste la même qu’en 2019. Que faire de Netanyahou ?

Soldats israéliens, frontière avec la bande de Gaza, Israël, 20 octobre 2023 © UPI/Newscom/SIPA

Car, et c’est peut-être le plus étonnant, malgré tout ce qui s’est passé, M. Netanyahou continue à façonner le champ et l’imaginaire politiques. Ses adversaires ne parviennent pas à constituer une majorité sans les partis arabes, qu’il a réussi à rendre infréquentables après avoir lui-même envisagé une alliance avec l’un d’entre eux, tandis que ses alliés ne disposent pas des sièges nécessaires pour gouverner seuls. Les formations arabes, qui représentent une part importante de l’électorat israélien, se retrouvent ainsi en position de peser sur la vie parlementaire, mais demeurent exclues des combinaisons gouvernementales envisagées par les principales forces de droite et du centre.

Cette situation ne résulte pas seulement des désaccords idéologiques. Elle découle surtout de la personnalisation du système politique autour de Netanyahou. Un Likoud débarrassé de son chef pourrait retrouver une liberté de manœuvre considérable. Il lui serait possible de négocier avec Bennett, Eisenkot et Lieberman sur des questions qui divisent aujourd’hui le pays : la conscription des ultraorthodoxes, les rapports entre les pouvoirs, la place de la religion dans l’État ou la réorganisation de la sécurité nationale.

Une telle coalition ne serait évidemment pas exempte de conflits. Mais elle disposerait d’une base parlementaire suffisante pour les arbitrer sans dépendre constamment d’une petite formation capable de faire tomber le gouvernement. Elle pourrait aussi renouer avec une tradition de la droite israélienne antérieure à la domination personnelle de Netanyahou, celle d’un grand parti national capable de rassembler au-delà de son noyau militant.

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Au fond, ce que dessinent les résultats du 27 octobre, c’est peut-être l’existence d’une majorité politique qui ne parvient pas à devenir une majorité gouvernementale. Les électeurs du Likoud, de Bennett, d’Eisenkot et de Lieberman ne sont pas identiques, mais ils appartiennent pour une large part à un espace national et sécuritaire commun. Il est tentant d’y voir une aspiration majoritaire à une droite moins dépendante des partis religieux, plus pragmatique et moins conflictuelle.

Reste le problème principal. Pour que cette majorité potentielle existe, il faudrait que le Likoud accepte de se séparer de l’homme qui le dirige depuis plus de trente ans, avec une interruption entre 1999 et 2005. Or Netanyahou a précisément construit son pouvoir pour rendre cette succession difficile. Il a marginalisé ses rivaux et installé une génération de responsables dont la carrière dépend largement de leur loyauté envers lui.

Les dirigeants des formations de MM. Bennett, d’Eisenkot et de Lieberman peuvent aujourd’hui proposer au Likoud une sortie de l’impasse. Mais ils ne peuvent pas décider à sa place. Seuls ses députés et ses institutions peuvent provoquer le changement. Il faudrait qu’un responsable du parti estime que son avenir politique, et celui du Likoud, passe désormais par une rupture avec M. Netanyahou. Une majorité de près de 70 députés pourrait alors devenir possible, sans nouvelles élections et sans bouleversement idéologique majeur. Un autre gouvernement, une autre politique et surtout une autre culture politique. Reste à savoir qui sera le premier à sortir le couteau.

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Édouard Louis, alias Eddy Bellegueule ou Eddy Grandegueule, c’est selon…

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« Je suis pour qu’on mette le feu aux rues dans Paris » a déclaré l'écrivain proche de LFI Edouard Louis, dans l'émission "Tout peut arriver" à Montréal. Image: capture Radio Canada / Open AI.

… qu’il écrit dans Libé ou parle sur Radio Canada


Dans le quotidien Libération du 22 octobre, une longue chronique s’intéresse à la journée tragique que la France a connue le 17 octobre. Elle est signée Édouard Louis, l’ami du souffreteux (intellectuellement parlant, s’entend) Didier Eribon – dont les récents et lamentables exploits ont été relatés dans ces colonnes – et de l’avatar malingre de Saint-Just, l’inénarrable Geoffroy de Lagasnerie. Sans surprise, l’écrivaillon tient d’abord à montrer du doigt « les vautours de l’extrême droite [qui] n’attendent que les cadavres de boutiques incendiées et les restes d’abris-bus calcinés pour nourrir leur discours abject ». Il explique ensuite les motivations des casseurs et des pilleurs, victimes, bien entendu, d’un « conditionnement social [les] poussant à agir de telle ou telle manière ». Il exploite au passage un détournement sémantique courant dans les rangs de l’extrême gauche. Ainsi, écrit-il, « ceux qui cassaient et pillaient semblaient tous ou très majoritairement provenir de milieux populaires» et« ils parlaient avec des accents et des expressions populaires ». Comme Jean-Luc Mélenchon, M. Louis utilise à dessein, pour tromper le monde, un vocabulaire historique sans rapport avec la réalité contemporaine – on est loin des milieux populaires qui combattirent pour acquérir de meilleures conditions de vie tout au long des XIXe et XXe siècles. S’il fallait à toute force faire une analogie, les hordes de voyous qui ont mis la France à feu et à sang seraient plus proches du lumpenprolétariat décrit par Marx comme la couche la plus basse, la plus corruptible, la plus instrumentalisable – en particulier par les classes dominantes contre les mouvements ouvriers – et la plus criminogène de la société, que du prolétariat auquel semble vouloir fait référence M. Louis. La majorité des classes populaires – ouvriers, employés, artisans, petits commerçants et petits paysans indépendants – sont désormais concentrées dans la France périphérique. Elles ne saccagent rien, ne volent pas dans les magasins détruits, n’agressent pas, pour les dépouiller, les personnes âgées, ne se livrent pas au trafic de drogue. Les accents et les expressions entendus lors des pillages de nos villes n’ont strictement rien à voir avec ces classes populaires qui furent à l’origine du mouvement des gilets jaunes. Une langue barbarisée, des intonations et des expressions nouvelles ont remplacé, en de nombreux endroits, la langue française, les accents régionaux et des expressions populaires enracinées dans la culture de notre pays. Wallah, seum, hess, babtou, kouffar, wesh, moula, etc. ne sont pas des expressions populaires mais les symboles d’une colonisation linguistique corrélée à la conquête territoriale en cours dans certaines de nos villes et de nos banlieues.

Créolisation de la langue et de la lutte des classes

De plus en plus de lycéens et d’étudiants, de militants immigrationnistes, de gauchistes, de députés insoumis et, plus simplement et plus tristement, de jeunes Français vivant dans la promiscuité de la « nouvelle France », parsèment leurs propos de ces mots issus d’idiomes arabes ou africains. Certains revendiquent cette « créolisation » de la langue, reflet d’un « métissage » espéré de la société. Ils n’imaginent pas un seul instant que cela est surtout perçu par ceux qu’ils imitent comme un symbole d’allégeance s’ajoutant aux signes attestant leur soumission à de nouveaux comportements culturels et à de nouvelles mœurs. Non seulement il n’y a pas d’assimilation des populations immigrées mais il se produit un phénomène inverse, visible à travers le fait que ce sont désormais les jeunes Français qui s’assimilent aux façons de parler et aux mœurs des nouveaux arrivants. La « nouvelle France » que M. Mélenchon chérit est bien décidée à faire régner sa loi, y compris lorsqu’il s’agit de l’usage de cette nouvelle langue. Elle y parvient déjà en de nombreux lieux, sous les yeux attendris de gauchistes qui ne savent pas ce qui les attend – mais qui en ont eu toutefois un avant-goût lorsque, dans les manifestations, ils ont brandi des pancartes sur lesquelles était inscrit un slogan énigmatique apparu au début des mouvements lycéens et n’ayant rien de populaire : « Bismillah, c’est les ténèbres ». Mal leur en a pris. Sur les réseaux sociaux, de jeunes musulmans ont menacé des pires sévices les « mécréants » osant utiliser le mot bismillah qui veut dire « au nom d’Allah ». Dans les défilés, des frères ont déchiré les pancartes incriminées après les avoir violemment arrachées des mains des « blasphémateurs » désemparés et transis de peur. Croyant bien faire, l’eurodéputée islamo-gauchiste Emma Fourreau (LFI) a posté sur son compte Instagram le slogan en question et s’est vu immédiatement accuser d’islamophobie. Idem pour l’impayable rebelle d’opérette Greta Thunberg. En reprenant cette expression, les gauchistes comptaient afficher leur proximité, voire leur solidarité avec les voyous et les pilleurs dont ils ont, semble-t-il, et malgré leurs dérobades dans les médias, reconnu les origines ethno-religieuses. Dans Libé, Eddy Bellegueule est lui aussi obligé de le reconnaître : « Comment ne pas voir qu’ils [les casseurs] étaient, en grande partie, des hommes racisés, noirs et arabes […] venus des quartiers populaires », écrit-il avant, bien entendu, de leur trouver toutes les excuses possibles. Les « quartiers populaires » dont il parle sont en réalité les territoires perdus de la République décrits il y a vingt-cinq ans par un collectif d’enseignants auxquels se sont ajoutés des pans entiers de nos villes gangrénées par le communautarisme, l’islamisme, la délinquance et le trafic de drogue.

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Édouard Louis prétend vouloir aborder les événements du 17 octobre en les analysant d’un point de vue sociologique. On sait ce que cela veut dire. Nul n’ignore d’où lui vient cette manière de tourner autour du pot, de relativiser, voire de distordre la réalité en la réduisant à une « violence sociale » dont ne seraient victimes que « certaines couches de la population ». Les ingrédients les plus grossiers et les plus indigents de la tambouille sociologique composent le brouet qu’il nous sert dans Libé et dans lequel barbotent les lubies théoriques de ses deux compères, une sociologie de bazar reposant sur les affligeants radotages sous-foucaldiens d’Eribon et les non moins affligeants délires totalitaires de Lagasnerie, que notre petit bourgeois agrémente de discours violents et insurrectionnels calqués sur ceux des députés et militants LFI. Encore freine-t-il ses ardeurs dans Libé. Il en sera tout autrement dans les studios de Radio-Canada.

Sur les antennes radio de la Nouvelle France

Interrogé par une journaliste qui semble aux anges, l’écrivain mélenchoniste y décrète en effet que « l’extrême droite ne devrait pas avoir le droit d’exister dans l’espace public ». Notons que la fine fleur des milieux syndicaux, politiques et médiatiques semble partager ce point de vue : pour empêcher que l’événement ne se déroule normalement, les « démocrates » Sophie Binet, Olivier Faure, Clémentine Autain et Bally Bagayoko ont défilé contre la tenue du congrès annuel du RN à Orléans. Rares ont été les médias s’étonnant, pour le moins, de voir les « libertés publiques », les « principes démocratiques » et les « valeurs républicaines » foulées au pied par ceux qui les invoquent si souvent avec force trémolos dans la voix.

Mais revenons à cet entretien radiophonique hallucinant. Loin de la France, la mascotte du petit monde littéraire et bourgeois parisien n’a pas fait dans la demi-mesure : « Il y a en France,a-t-il osé affirmer, en moyenne, un jeune garçon noir ou arabe tué par la Police par mois. […] Adama Traoré, qui est un jeune garçon noir, a été tué par la Police, pour la seule et bonne raison qu’il était noir. » Ces allégations mensongères sont passibles de poursuites judiciaires pour diffamation envers une administration publique. Les propos qui suivent sont, eux, passibles de poursuites judiciaires pour incitation à la violence : « Mettre le feu à la rue c’est une continuité normale d’expression par rapport à la violence qui vous détruit tous les jours. […] Je suis pour qu’on mette le feu dans Paris, je suis pour qu’on aille casser des choses. […] Faire de la politique, c’est avoir ou non du sang sur les mains. Il n’y a pas de grande révolution sans débordements. » Je sais pertinemment qu’aucune action judiciaire ne sera déclenchée à l’encontre d’Eddy Grandegueule. Mais j’espère vivre assez vieux pour voir de quelle manière, lui, ses deux congénères révolutionnaires de salon et toute la mélenchonie seront traités par les plus virulents représentants de la « nouvelle France » si ces derniers parviennent à s’imposer dans la sphère politique après avoir, comme le prévoit Rima Hassan, rejeté le « porte-parolat » gauchiste et renié des alliés se qualifiant eux-mêmes de « trop moches, trop blancs ». Perçus comme un frein à la transformation radicale, religieuse et culturelle de la société française, il n’est pas difficile de deviner le sort qui sera réservé à ces idiots devenus inutiles à l’avènement d’une « grande révolution » qui les dépassera totalement. Il y aura peut-être alors, effectivement, quelques débordements et un peu de sang sur les mains… 

La razzia ou le commerce de l’Autre

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"Un navire français et des corsaires barbaresques", peint vers 1615 par le peintre hollandais Aert Anthoniszoon. DR.

Les nombreuses scènes de pillage qui accompagnent le mouvement social depuis un mois en France ont été qualifiées par certains observateurs taquins de razzias. Mais au fait quezaco une razzia ?


La Méditerranée : six alphabets différents, des centaines de ports, une excellente réputation scolaire. Le lycéen de seconde apprend qu’elle fut « un espace d’échanges et de conflits à la croisée de trois civilisations ». On appelle cela la circulation des hommes. C’est très exact. Certains circulaient même en chiourme, les chaînes aux pieds. Cette pratique avait un nom, la razzia. Le mot vient de l’arabe ghazwa, expédition guerrière ou un raid. La chose ne nait pas avec l’islam ; déjà les Anciens volaient les troupeaux et vendaient le voisinage au marché. Elle s’est cependant répandue après la prédication de Mahomet. Dès le VIIe s., la conquête musulmane suit parfois plusieurs vagues d’incursions et d’intimidation. On razzie pour vendre, on vend pour s’enrichir, on s’enrichit pour accumuler et on accumule pour conquérir. Et dans le même temps, on soumet au tribut pour affaiblir. Pillage et conquête : un excellent ménage dans l’histoire de l’expansion pionnière de l’islam.

Charles Martel : super flic des Francs

On peut regarder Poitiers sous cet angle. L’évènement a longtemps été dramatisé dans les manuels : en gros, Charles Martel arrête les Arabes à Poitiers et sauve l’Europe de l’islam. Les historiens en ont depuis un peu rabattu. Ferdinand Lot (1866-1952) a vu dans cette campagne moins un projet d’occupation immédiate jusqu’à la Loire qu’une « razzia mal réussie ». En 732, l’armée d’Abd al-Rahman essentiellement composée de berbères islamisés, venus de l’Espagne conquise depuis 711, ravage l’Aquitaine. La faiblesse du comte local Eudes invite l’émir à pousser son avantage jusqu’à la Loire et l’abbaye de Saint Martin de Tours avant d’être surpris et arrêté par un Charles Martel qui cherchait autant à établir un protectorat dans l’Aquitaine affaiblie que sauver l’Europe d’un grand péril. La bataille n’a pas mis fin à la présence musulmane en Gaule franque. Narbonne n’est reprise aux sarrasins par Pépin le Bref qu’en 759. Poitiers ne fut ni un fait divers ni un tournant militaire majeur, mais plutôt une opération de police qui arrêta une expédition de grande ampleur.

Les razzias ne s’arrêtent pas là. Fin du IXe siècle, des guerriers musulmans venus d’Al-Andalus s’installent au Fraxinet, pas loin de Saint-Tropez, dans le massif bien nommé des Maures, une base d’où partaient des expéditions sur les routes alpines. En juillet 972, ces ravisseurs professionnels commettent une erreur de clientèle : ils enlèvent Maïeul, abbé de Cluny, revenant de Rome. Un otage de prix mais un choix politique terrible. Cluny paie la note mais les seigneurs chrétiens s’unissent et détruisent la place forte de Fraxinet.

A partir de l’An Mil, la Méditerranée connaît une furieuse poussée chrétienne. Après les croisades, Génois, Vénitiens et Catalans dominent les routes commerciales. Puis les Ottomans rebattent les cartes : Constantinople, Rhodes, Tripoli, Chypre sont conquises. Mare Nostrum redevient, du moins dans sa partie orientale « une mer musulmane ». Deux frères turcs, Arudj et Khayr ad-Dîn, dits Barberousse, prennent Alger et y installent une base de corsaires qui reconnaît l’autorité nominale du Palais de Topkapi. Les corsaires de Barberousse procèdent avec méthode : navires légers, rapides, équipages qui connaissent les anses, les vents, les routes marchandes et mouillages où surprendre les proies. On guette et on prend par surprise plutôt qu’on ne poursuit. Liparie est ravagée en 1544. A Gozo en 1551, cinq milles habitants sont capturés. Quatre cents cinquante à Sartène, en Corse en 1583. En 1627, des corsaires poussent jusqu’en Islande et y enlèvent plusieurs centaines de personnes ! Une règle, le moindre risque : « les Algériens sont de très mauvais marins. Ils n’ont que des connaissances nulles ou imparfaites de navigation. Leur grand art est l’abordage, ils y sont redoutables ainsi qu’à l’arme blanche » raillera en 1781 Césaire-Philippe Vallière, consul français à Alger.

La razzia : une guerre par proxys ?

Les captifs ont leur marché, leurs tarifs, leurs intermédiaires. On les dépouille, on les identifie et on les classe par ordre d’âge et de fortune. Le noble avisé cache sa particule : cela évite d’augmenter la rançon. Beaucoup travaillent aux galères, dans les ateliers ou comme domestiques en attendant d’être rachetés. Côtés chrétiens, les Trinitaires et les Mercédaires collectent des fonds pour les libérer. Certains désespèrent d’être rachetés (financièrement) et choisissent l’apostasie. Quelques prisonniers se convertissent à l’islam et font carrière chez leurs anciens maîtres. Ainsi Mourad Bey, né Giacomo Santi, d’origine corse, capturé enfant, gravit les échelons du pouvoir tunisien jusqu’au titre de pacha en 1631. La razzia fournissait à la fois main-d’œuvre, argent et parfois futurs gouvernants.

Au XIXe siècle, les Etats européens se renforcent. L’idée d’abolir la course en même temps que l’esclavage fait son chemin. À Vienne en 1815 l’amiral britannique Sidney Smith dénonce la contradiction d’une Europe qui prétend abolir la traite atlantique tout en tolérant les bagnes et bourses d’esclaves en Méditerranée. L’année suivante, 1816, Chateaubriand monte à la tribune de la Chambre des pairs et lance : « Faisons cesser l’esclavage des Blancs. Cet esclavage existe depuis trop longtemps sur les côtes de la Barbarie. »La même année une flotte anglo-néerlandaise bombarde Alger et obtient la libération des captifs. En 1830, la prise d’Alger par les Français marque une rupture décisive ; la conquête qui s’ensuivra répondra à une ambition assez différente. Reste que la piraterie disparaît en Méditerranée.

La piraterie ne résume pas les rapports entre les deux rives. Les échanges furent considérables, y compris entre ennemis. La razzia n’en demeure pas moins un phénomène crucial. Elle a permis pendant des siècles à des puissances du Sud d’avoir une emprise considérable au nord sans y déployer d’immenses garnisons ni pénétrer dans les terres. Du Fraxinet aux régences barbaresques, la prédation devient parfois un mode de gouvernement pour ne pas dire de soumission.