1. Une conversation avec Robert Greenberg

J’ai rencontré l’autre soir, dans un cinéma de Saint-Germain-des-Prés, Robert Greenberg. Revêche, maussade, toujours sur la défensive, il affronte le cap de la quarantaine en écrivant des lettres de protestation à American Airlines, à Starbucks ou à des compagnies de taxis pour chiens.

Greenberg hésite à prendre le premier avion pour les antipodes avec deux délicieuses nymphettes qui l’ont mis au défi de le suivre. J’ai déjà tenté l’expérience : je m’étais envolé impromptu pour le Japon. Je lui ai raconté comment mon séjour avait tourné à la catastrophe, et cela lui a remonté le moral : entre grincheux, on se comprend. Enfin, on pourrait se comprendre. Mais je ne crois pas que je supporterais plus de deux jours : trop hypocondriaque, trop centré sur lui-même, trop woody-allénien − mais deux crans en-dessous. Modérément pervers, tendance parano.

Je me demande parfois s’il ne m’a pas dérobé mon code génétique. Je n’aimerais pas me retrouver dans sa peau avec, à mes côtés, une blonde fadasse comme épouse. Il m’incite pour éviter le pire − pas la blonde fadasse, mais la déprime − à tenir mes carnets. Les carnets d’un pervers.

À lire : Lumière, d’Alain Caillol, éd. du Cherche-Midi.

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