Depuis la condamnation de Patrick Balkany le 13 septembre dernier, la presse ne cesse de se déchaîner sur sa vie en détention, à grand renfort de détails malsains.


Patrick Balkany a été condamné le 13 septembre dernier à quatre ans de prison et dix d’inéligibilité pour fraude fiscale. Peut-être ne restera-t-il pas longtemps en prison: il a, en effet, déposé une demande de remise en liberté qui est actuellement étudiée par la justice. En outre, son avocat a fait appel du verdict. Mais le mandat de dépôt dont Balkany faisait l’objet a justifié son incarcération immédiate. Voilà où s’arrête l’information.

Au-delà de ces éléments factuels commence le marais trouble du voyeurisme, entre chronique people et jubilation malsaine devant le malheur d’un grand de ce monde.

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Certes, les informations qu’on va lire émanent directement d’Isabelle Balkany. Ce ne sont pas des fuites extorquées par des magouilles paparazzesques. Et alors ? Faut-il relayer tous les détails que Mme Balkany fournit, apparemment si volontiers, au sujet du quotidien carcéral de son époux? N’est-ce pas faire le jeu d’une propagande victimaire?

Et, ce point mis à part, ne peut-on concevoir que la plus simple décence suppose de respecter l’intimité d’un prisonnier et, partant, de faire la distinction entre ce qui mérite d’être dit et ce qui ne doit pas l’être ?

C’est pourtant dans des médias parfaitement sérieux que l’on peut lire les titres suivants :

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Le reste est à l’avenant, lesdits médias s’entrecitant comme de coutume. France Info :

Patrick Balkany cuisine des pâtes tous les soirs dans sa cellule. Il s’est d’ailleurs acheté une casserole pour cela, mais pas encore de passoire. Le rabbin de la prison lui a également apporté un bocal de cornichons.

Les Inrocks :

Par ailleurs, France info nous apprend que l’ancien élu Les Républicains a acheté une casserole pour se faire des pâtes, mais que l’entreprise ne serait pas encore possible : il lui manque encore une passoire. L’histoire ne dit pas encore s’il utilisera du pesto ou du ketchup.

La dernière phrase manifeste une prise de distance ironique par rapport à la teneur de l’article, comme si son rédacteur lui-même était conscient du ridicule de son contenu anecdotique.

L’Obs:

Dans sa cellule, Monsieur Balkany dispose d’un téléphone fixe avec lequel il peut appeler quatre numéros, dont ses avocats, et d’une télévision. Il a d’ores et déjà demandé « A cantiner une casserole et des pâtes », pour cuisiner dans sa cellule. Plus original, le rabbin de la prison, autorisé à lui rendre visite et à lui porter des provisions, lui a amené des… cornichons. Une demande de Patrick Balkany.

L’Express:

« Il ne parle pas de la cellule, la seule chose qu’il m’a dite, c’est que la bouffe était immonde, que surtout c’était froid. Ce matin, par exemple, il a eu un steak et des pâtes glacés. Il a dit ‘Je fous direct à a poubelle.’ Le pain est immonde » détaille encore Isabelle Balkany sur Europe 1.

Et retour des cornichons:

Mais Patrick Balkany ne se démonte pas : « Les aumôniers ont le droit d’amener de la bouffe. L’aumônier, qui est en plus un copain du rabbin de Levallois, est venu le voir hier [mardi] matin. Il se trouve que le rabbin est ashkénaze, comme mon mari, alors le rabbin lui dit : ‘vous voulez que je vous amène quelque chose ?’ ». Réponse de l’intéressé : « ‘De la carpe farcie, des cornichons, et des harengs’ ». Il a fait sa commande ashkénaze au rabbin », retrace son épouse auprès de la radio.

Voilà, je pense qu’une séquence « Balkany: les médias en font-ils trop? » va vite s’imposer.

Histoire d’en rajouter une couche.

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