La péniche était-elle une galère ? Pour l’un des trois participants aux émouvantes retrouvailles familiales de dimanche soir, cela semble avéré. À tel point que le communiste Pierre Laurent, furieux d’avoir été abusé par cette croisière, menace de torpiller l’alliance PS/Verts aux sénatoriales de l’automne prochain, au cas où ses équipiers continueraient de le mener en bateau.

Bref, en 24 heures, on est passé du sourire Ultra-Brite au couteau entre les dents ? Où est l’embrouille ?

Très précisément dans les 75 circonscriptions où les Verts sont en position de se maintenir face à un autre candidat de gauche arrivé en tête au premier tour. En général, ledit autre candidat de gauche est un conseiller général sortant et dans la très grande majorité des cas, il s’agit d’un sortant communiste face à un candidat vert ayant bénéficié au premier tour de l’investiture du Parti socialiste, laquelle lui a permis de dépasser ses traditionnels 5 à 10%. Vous suivez ?

Un exemple, que je n’irai pas chercher loin, vu qu’il s’agit de mon propre canton, à Ivry Ouest dans le 9/4. La sortante PCF Chantal Bourvic y a fait 42% au premier tour, sa challengeuse Verte-Europe-Ecologie Chantal Duchène[1. Dans mon canton, c’est comme ça, toutes les candidates de gauche s’appellent Chantal], soutenue par le PS, a atteint 25%. Compte tenu du taux d’abstention record, ni l’UMP ni le FN ne sont en situation de se maintenir, ce qui est souvent le cas dans les fameux 75 cantons à problème.

Dans un tel cas de figure, les règles de ce qu’on appelle depuis le Front Populaire la « discipline républicaine » à gauche sont archi-claires : le second se désiste automatiquement en faveur du candidat de gauche arrivé en tête. Cette tradition doit sembler bien archaïque à la si moderne Cécile Duflot, qui a décidé de la jeter par dessus bord et de maintenir au second tour ses petits camarades qui auraient dû rester à quai.

Vous me direz que ça semble logique de vouloir tenter sa chance dans la mesure où les lois électorales vous en donnent la possibilité. À ceci près que la discipline républicaine ne relève pas seulement de la tradition mais aussi d’une certaine logique, voire d’une certaine morale politique, la même morale dont tout le monde se gargarise à propos des choix à géométrie variable de l’UMP quand le FN est en lice au second tour. Je m’explique: se désister en faveur du candidat de gauche le mieux placé, cela signifie tout bêtement qu’on ne laisse pas les électeurs de droite ou d’extrême droite choisir au second tour quel candidat de gauche leur convient le mieux.

En partant du principe que l’électeur UMP ou FN est plus foncièrement anticommuniste qu’autre chose(et c’est son droit le plus absolu), ledit cas de figure général évoqué plus haut revient donc à faire appel aux voix de droite et d’extrême droite pour sortir le sortant communiste au bénéfice d’un Vert. Elle est pas belle ma morale ?

La méthode est d’ailleurs éprouvée, c’est celle qu’avait utilisé l’intarissable donneur de leçons antifascistes Noël Mamère qui, en 1989, avait entamé sa carrière politique nationale en conquérant la mairie communiste de Begles (près de Bordeaux) grâce au soutien sans faille de tous les notables chabanistes locaux et au désistement miraculeux en sa faveur du candidat du très très droitier CNI.

Encore s’agissait-il là d’un cas isolé. Cécile Duflot a, semble-t-il, décidé d’en faire une règle, donnant raison à Jean-Pierre Mélenchon qui avait conseillé en termes on ne peut plus clairs à Pierre Laurent de ne pas aller aux côtés de Martine et Cécile sur la fameuse péniche : « Tu vas voir que juste après la photo, ils vont te faire les poches ». Mis à part que les « ils » étaient des « elles », c’était assez bien vu…

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