La justice sociale, qui ne la souhaiterait avec Jérôme Leroy ? C’est comme la vertu. Et pourtant très vite, force est de constater que c’est au nom de la vertu que les pires crimes sont commis. Et que la justice sociale engendre plus de misère qu’un réformisme libéral. Prendre la défense de la veuve et de l’orphelin, oui. Vouloir que chaque individu soit logé à la même enseigne dans un État qui ressemblerait à s’y méprendre à une nurserie, pourquoi pas ? On peut aimer les contes de fée, sans oublier pour autant qu’ils s’achèvent en cauchemars sanglants : Lénine, Mao, Pol Pot….

Qu’un écrivain ait une inclination pour le pire, je m’en réjouis. Qu’il la recouvre sous une rhétorique politique, me trouble. Je préfère Ayn Rand ou le grand écrivain russe Léonid Andreïev, son contemporain, qui ont compris dès les premières années de la Révolution russe qu’elle était une escroquerie à grande échelle qui s’achèverait en carnage. L’escroquerie aux beaux sentiments est la pire de toutes. Léonid Andreïev , dans un article- intitulé « S.O.S », qui fit sensation en 1918, supplia même les États-Unis et l’Europe de combattre Lénine. Qu’en aurais-tu pensé, mon cher Jérôme ? Aurais-tu préféré la position laxiste et nationaliste de Maxime Gorki ?

On reste toujours sans voix face à la fascination exercée par la révolution bolchévique ou par le maoïsme sur les intellectuels français. Est-ce le désir inconscient  du pire ou une conception légèrement trop idéaliste de la justice sociale ? Oserais-je avouer que je préfère l’injustice sociale ? Elle me paraît moins meurtrière et dans son insouciance plus favorable à l’art, à l’érotisme et même à l’enrichissement individuel.

Les réformateurs sociaux, dès lors qu’ ils se laissent prendre au piège des bons sentiments soit par ivresse idéologique, soit par sottise, obtiennent exactement l’inverse de ce qu’ils avaient promis et peut-être souhaité. Ce n’est pas par absence de patriotisme ou par pingrerie que Depardieu et tant d’autres s’exilent, c’est par accablement face à tant de bêtise.

Mais je rassure mon ami Jérôme : bien que disposant d’un passeport helvétique, je resterai en France. Les mesures mises en place par le gouvernement français sont d’un comique (involontaire ) trop saugrenu pour que je n’accepte pas d’y contribuer….sinon intellectuellement, du moins fiscalement.

*Photo :  epSos.de.

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