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L’assimilation, une chance pour la France

Vincent Coussedière publie : "Eloge de l'assimilation, critique de l'idéologie migratoire"

L’assimilation, une chance pour la France
Vincent Coussedière © D.R.

La France sortira-t-elle un jour des grands débats sur l’assimilation?


On peut se le demander tant l’actualité politique ou la vie intellectuelle sont occupées par la question. Le socialiste Manuel Valls vient de faire son «grand retour» en librairie avec Pas une goutte de sang français (Grasset). De son côté, Raphaël Doan a publié un essai remarqué Le rêve de l’assimilation (Passés Composés). Dans la majorité, Aurore Bergé part en croisade contre le rappeur Médine…

Vincent Coussedière prend la plume à son tour pour livrer son avis sur l’assimilation. Spécialiste du populisme, le professeur de philosophie se penche sur la question dans son dernier ouvrage Éloge de l’assimilation, critique de l’idéologie migratoire. Il déplore le fait que l’immigration soit désormais considérée comme un phénomène ordinaire, que personne ne remet plus en question.

Replacer la question du point de vue de la nation

Son livre invite à s’interroger sur la tradition française d’accueil des populations étrangères. Assimilation, intégration, inclusion: que faut-il faire de ces populations étrangères qui arrivent en grand nombre sur notre sol ? Jusqu’à la moitié du XXe siècle, il “s’agissait de se placer du point de vue de la nation”. L’assimilation était largement prédominante. L’immigré devait être avant tout utile à la nation et assimilable à elle. “Or, observe Coussedière, dès la fin des années 1970, un certain nombre de conflits sociaux se transformèrent, dans une logique sartrienne, en conflits identitaires, la reconnaissance de l’identité de l’immigré et particulièrement de son appartenance à l’islam, prenant le pas sur les revendications classiques d’égalité économique.” Depuis les années 1980, on change ainsi de paradigme. Vraisemblablement dans la continuité du mouvement de mai 68, c’est le respect de l’identité de l’étranger qui prime. Dès lors, ce ne sont plus les intérêts de la nation qui prévalent comme du temps de Charles de Gaulle, mais bien les besoins de ces nouvelles populations.

À lire aussi, Rapaël Doan: « L’assimilation est par nature antiraciste »

L’intégration offre l’avantage de préserver les identités propres aux arrivants, tout en les incluant dans notre société. C’est le fameux « vivre ensemble ». Étrangers chez eux, Français en société, telle était l’idée… L’auteur cite Jürgen Habermas pour qui la différence entre le plan des mœurs, relevant du cercle privé, et celui de la citoyenneté, relevant de la sphère publique, n’empêcherait pas d’arriver à une volonté commune. Mais séparer la sphère publique de la sphère privée est impossible pour un musulman qui voit toute sa vie réglée par la charia.

Renouer avec un projet national

Jusqu’alors, la laïcité et les valeurs de la République étaient le cadre offert par la nation française aux candidats à l’assimilation. Mais les défaillances de ce système sont désormais flagrantes. Le port du voile dans l’espace public montre à quel point cette idéologie migratoire a été naïve. L’essayiste cite Malika Sorel: « Nous ne sommes plus confrontés à un phénomène migratoire classique, mais à des phénomènes de diasporas. Les migrants n’ont plus besoin de se plier aux us et coutumes des Français. L’État lui-même a joué un rôle majeur dans la dégradation de l’insertion et de l’intégration. » Vincent Coussedière évoque également cette « soumission » à l’étranger, dont Michel Houellebecq a fait un roman.

Selon lui, l’idéologie migratoire repose sur trois verrous: un verrou affectif qui déplace sur la figure de l’immigré la honte du sort fait aux juifs, aux Noirs ou aux colonisés; un verrou théorique du libéralisme concret qui flatte l’identité propre à chaque individu; et un verrou militant de l’engagement des médias et du droit pour défendre les immigrés et leur représentation victimaire. Le philosophe analyse longuement la pensée de Sartre qui a posé les bases de l’idéologie multiculturelle en France: “Sartre ne s’est (…) pas préoccupé du sort réel des Juifs, des Noirs, des colonisés, des immigrés, il ne s’est pas préoccupé des torts qui leur sont fait en matière de droits et de liberté, il s’est préoccupé d’un tort essentiellement “moral”, d’un tort porté à la reconnaissance de leur identité.” Coussedière dénonce les amalgames faits trop souvent entre patriotisme et xénophobie, entre nationalisme et racisme, entre racisme et antiracisme. « Une relation équilibrée aux étrangers sera de nouveau possible dès lors que nous aurons renoué avec la fierté, non d’une simple identité, mais de la grandeur d’un projet national. » Pour les Grecs, filiation et éducation étaient les conditions nécessaires pour appartenir à la Cité. Avec notre droit du sol, on en est bien loin! La faiblesse de notre modèle français, qui a honte de lui-même, ne peut s’imposer face à la masse critique de l’immigration.

La solution : une assimilation sélective 

Coussedière plaide pour qu’on revienne à une assimilation plus sélective. Il parle ainsi d’ « exclusion inclusive » des immigrés. Exclure l’immigré si ses modèles culturels sont incompatibles avec les nôtres, et l’inclure si ses modèles sont compatibles ou s’il accepte de s’en libérer pour s’assimiler à la France. Pour lui, il ne faut tout simplement plus considérer les immigrés comme des victimes, mais comme des êtres politiques avec un projet.

On ne peut que lui donner raison. Pour assimiler, il faut effectivement séduire, donner envie aux gens de s’intégrer. Mais la France d’aujourd’hui est-elle séduisante pour ceux qui arrivent? La binationalité n’est-elle pas une aberration française de plus? Un individu peut-il être citoyen de deux pays à la fois dans cette logique de renforcement de l’assimilation?

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Étudiante à l'ILDJ

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