DDV dans son nouveau vidéo clip.

On avait décidé de faire sa mauvaise tête. Genre Dominique, tu nous as eu deux ou trois fois. Pas cette fois, pas le jour où tu lances ton parti. Le coup du troisième homme gaullo-chevènementiste, au dessus des partis le lendemain du 18 juin, c’est encore plus téléphoné que le dernier tube de Lady Gaga.

Faut dire, plus de deux heures à attendre le discours de l’homme providentiel, ça laisse du temps pour regarder avec qui on prend parti (ou on pourrait). À la Halle Freyssinet samedi -comme son nom l’indique, d’anciens entrepôts transformés en vague truc pour défilé haute-couture ou réunion publique – on a vu qui ? Quatre députés villepinistes, quelques rescapés du Chêne, le club authentiquement gaulliste de MAM, d’anciens sarkozystes, des vieux de l’UMP dégoûtés par le président et, je cite, « sa politique atlantiste », des jeunes bien propres en pull, des vieilles à bagouzes, des filles à marier à carré Hermès, des paysans ralliés au souvenir de Chirac. Pas de quoi fouetter un chat.

La banlieue dans le sens du poil

Et puis, tu regardes de plus près et tu vois une fille voilée habilement placée au premier rang, et la banlieue. Celle que Villepin, pour des raisons électoralistes, a décidé de caresser dans le sens du poil, juste parce que Sarkozy ose pas y mettre les pieds. Et c’est amusant de voir ces jeunes beurs, noirs, ou Dieu sait quoi soutenir Villepin bruyamment, faire la claque. Porter des T-shirts : « La banlieue avec de Villepin pour 2012 ». Au risque de susciter quelques petits débordements comiques : ainsi, on a vu un jeune porter un maillot de foot de l’équipe d’Algérie, gentiment sommé d’enfiler le t-shirt officiel de la Villepinie par dessus (au passage, ledit logo est minable : une espèce de V façon vendéen-chouannerie, tout raté, si on peut dire). On a entendu aussi beaucoup d’applaudissements quand DDV parle du droit des Palestiniens à avoir un état. Certes, dans la foulée, le droit à Israël à vivre dans la sécurité n’est pas hué, mais au pupitre, le héros du jour accélère son débit pour éviter tout risque de cata télévisée. Ouf, il n’y aura pas de sifflets. Tout ça donne un joyeux bordel, et faut vraiment beaucoup de très gros bras pour bloquer les jeunes qui veulent monter sur scène une fois le « Vive la République, vive la France! » de fin de discours expédié…

Ce faisant, il y avait pas loin de 6000 personnes. Et si on s’en tient à la lettre et qu’on met de côté le ralliement (enfin peut-on dire ça de quelqu’un qui passe son temps à essayer de trouver un endroit où se poser pour se faire élire) d’Azouz Begag (on ne rit pas de son ministre de l’Egalité des chances ou un truc comme ça), zut, ça plait.

La France, la puissance, l’industrie, les ouvriers, la finance qu’il faut mettre au pas, les riches qui devront faire un effort pour redresser le pays, les vieux, les campagnes qu’il ne faut pas oublier. La nation, la loi, la constitution, tout ça, on signe. Moins que le passage obligé l’économie-verte-va-nous-sauver-de-la-catastrophe. Mais c’est comme le passage sur les banlieues, qui sont forcément pleines de richesses et de pépites qu’il faut mettre en valeur et autres conneries sur la diversitude, des trucs obligés aujourd’hui quand tu veux faire de la politique. Alors je me dis, Dominique, je suis prête à oublier quel Secrétaire général de l’Elysée tu as été, quel Premier ministre tu fus, et je suis même prête à croire que tu vas aller jusqu’au bout et que ma foi, si ça peut emmerder Sarkozy/Bertrand et consorts, je signe.

Les troisièmes hommes, j’aime ça !

Je signe parce que les troisièmes hommes, jusqu’à Chevènement, j’ai aimé ça. Et que dans le fond, ton discours fait saigner mon cœur de chevènementiste en déshérence, tant qu’Aubry nous servira du Care, et que Sarkozy se contentera d’être lui-même. Que tu parles de la France comme personne aujourd’hui, alors même que tu ne la connais pas. Je sais pas qui te la raconte, mais ils sont forts les gars. Dans le fond, les gens autour de moi, ne prennent pas ça très au sérieux, mais le goût du sang, de la revanche, du grand (qui a été mal aimé quand même) face au petit qu’on déteste, ça amuse. Même que ça excite disons-le. On a vu samedi des journalistes applaudir…

Villepin s’adresse « à ceux qui se sentent orphelins de la République. » On est nombreux si ça se trouve. Et personne ne nous parle. Bon, c’est comme toujours, au bout il y a une élection. Va falloir mettre les mains dans le cambouis très sérieusement. Mais au moins, quoi qu’il advienne, on pourra dire qu’on a bien rigolé.

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