Venise. Sipa. Numéro de reportage : AP21975460_000013.

Le plus vénitien des Bourguignons n’en finit pas de se perdre dans la lagune, pour mieux en saisir la fragile beauté. A travers la brume des eaux changeantes, François de Crécy continue son long cheminement de découvertes. On lui doit un Venise préfacé par Michel Mohrt paru en 2001, son célèbre Venezianamente dont l’avant-propos est signé du non moins célèbre Jean d’Ormesson en 2005 ou son récent Bal(l)ades vénitiennes préfacé par Alain Sanders en 2015.  A la fois naturaliste, enlumineur et historien, il récidive toujours en bonne compagnie, cette fois-ci avec l’académicien Frédéric Vitoux aux éditions Via Romana. Que cache cette lagune longue de 50 km, large de 15 km, bordée par la mer Adriatique, constellée de 118 îles et parsemée de 160 canaux ?

Chaque chapitre s’ouvre comme un sas de liberté et d’érudition, un moment fugace où l’écrivain se souvient d’un campanile, d’une église, d’une couleur du ciel, d’un personnage historique ou d’un repas partagé entre amis. « Je livre donc au lecteur le fruit de mes promenades, navigations et recherches » écrit-il, humblement, sans volonté de révolutionner un sujet, pourtant maintes fois abordé et saccagé par tant d’inattentifs observateurs. La majesté d’un tel décor ne s’apprivoise pas après une visite éclair. Il faut avoir beaucoup marché, attendu, lu, pris la pluie et joué aussi de malchance pour que la lagune daigne révéler ses secrets intimes. C’est la force tranquille de ces pastilles buissonnières qui charment et donnent résolument envie de retourner à Venise. La magie opère également grâce aux illustrations très réussies de Françoise Pichard, un noir et blanc discret où l’imaginaire peut voguer à sa guise. François de Crécy sait que la Sérénissime, débordante de touristes et assaillie d’indécentes propositions commerciales, perd de son éclat dans l’œil de l’Homme pressé. Flâner à côté de cet esthète prolonge notre regard et irrigue, à nouveau, notre curiosité. Même les lieux fréquentés jusqu’à l’excès prennent, sous sa plume légère, une teinte plus contrastée.

Si, à Murano, il déplore « les rabatteurs pour les magasins de verre », il contemple cependant l’église Santi Maria e Donato construite dans le plus pur style vénéto-byzantin et notamment son admirable abside. Frédéric Vitoux le qualifie, à juste titre, de « guide incomparable […] Il ne force pas sa voix, comme tous ceux qui n’ont rien à dire ». Cet embarquement en « terre » inconnue ressuscite certaines îles disparues appelées Ammiana, Ammianella, Castrasia, Centranica et Costanziaca ensevelies « en raison de la progression des eaux saumâtres ».

Ce récit de voyage se poursuit par Burano, l’île de la dentelle et des pêcheurs, la Certosa qui revit aujourd’hui grâce au chantier naval et à la base nautique, l’oliveraie de Sacca Sessola, le potager de San’Erasmo, ou encore le terrible passé de San Clemente où fut internée la première femme de Mussolini. Après avoir refermé ce bel objet littéraire, le voyageur a hâte de découvrir cette maison rouge foncé si intrigante, posée à Mazzorbo, où l’auteur rêve de s’installer et d’y faire ses courses avec une barque.

La lagune de Venise, François de Crécy – Préface de Frédéric Vitoux – Illustrations de Françoise Pichard – Editions Via Romana, 2016.

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Thomas Morales
Journaliste et écrivain.Spécialiste reconnu du cinéma et de l’automobile, il collabore à des revues parmi lesquelles Valeurs Actuelles, Service Littéraire, Schnock, Technikart, etc... Il écrit dans la presse automobile depuis près de 20 ans et nourrit depuis son enfance une passion pour les voitures anciennes, les Hussards ...
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