Cécile Duflot, © Audrey Aït Kheddache (flickr).

Oui, on le sait, c’est facile de taper sur Cécile Duflot et ses vacances aux Maldives. Surtout dans Causeur. Mais c’est pas pour autant qu’on va s’en priver. Après tout, vu que la dame en question nous tape sur les nerfs depuis des mois avec son humilité en bandoulière, ses couches-culottes lavables et ses admonestations ad nauseam, nous pouvons nous estimer, façon Inspecteur Harry, en état de légitime défense permanente. Quand faut flinguer, faut flinguer !

Donc avec son escapade conjugale aux Maldives à Noël, Cécile s’en est pris plein les dents. On devrait logiquement la défendre. Au nom du droit à la vie privée, à l’amour ou aux bains de mer. Qui sont des droits de l’homme, certes mineurs, mais hautement recommandables. Sauf que non. Et on vous explique pourquoi.

Tout d’abord parce que les Verts sont par excellence le camp du mélange des genres entre sphère publique et privée. Quand, sous l’œil ému des caméras, on se véhicule ostensiblement en vélo, comme Mamère au Palais-Bourbon ou, comme Duflot, en train à Copenhague (dont elle est revenue en avion faut pas exagérer quand même), on ne fait qu’exposer sans trop de décence ses stigmates d’irréprochabilité. Idem quand on met en avant l’apôtre de la transparence absolue qu’est Eva Joly. On nous prouve par l’image qu’on est non seulement plus purs, plus vrais que les autres politiques, mais aussi que la masse des irresponsables qui constituent le corps électoral de ce pays, à l’exception des vertueux 16 % d’Europe-Ecologie.

Les Verts ne cessent de nous répéter qu’ils sont ontologiquement meilleurs que les autres, c’est donc uniquement de leur faute s’ils ont l’air d’être pires quand ils sont tout banalement pareils à leurs collègues. On n’est d’ailleurs pas à l’abri de surprises bien plus déroutantes que ces vacances malvenues le jour ou un juge mal intentionné ira plonger le nez dans les finances subventionnées de certaines associations qui leur sont proches…

Ensuite, il y a la jurisprudence Hortefeux. Certes, faire une boulette de ce type (Auvergnats, Parlement européen, Maldives) n’aurait été qu’un péché véniel dans le monde d’avant. On sourit ou on boude, et puis on oublie. Mais, à notre grand regret, ce monde d’avant est mort (peut-être pas pour toujours, mais c’est une autre histoire). Et ce n’est pas nous qui l’avons tué. En imposant la fusion irréfragable entre politique et communication, les fossoyeurs de droite et de gauche du débat idéologique old school n’ont vu que ce qu’il y avait à gagner. De Nicolas Sarkozy en T-shirt NYPD à Olivier Besancenot déguisé en postier de calendrier en passant par notre chère Cécile vêtue 100 % commerce équitable, tout le monde s’est gavé de « je looke, donc je suis » comme chacun de dinde aux marrons. Grand bien leur fasse, et jusque là, la combine s’est révélée plutôt payante. Mais, de grâce, chéris, faîtes gaffe aux pas de côté ! Je pose avec un reubeu à Seignosse pour faire genre, bravo, 10 points. Mais j’évite de faire le mariole dès que je crois les caméras éteintes, parce que le monde que j’ai souhaité est un monde où les caméras ne sont jamais éteintes. C’est votre règle du jeu, et on ne gagne pas à tous les coups. Sinon, faut changer de boulot. Qui a vécu par la com’ périra par la com’.

Enfin, Cécile Duflot est indéfendable parce que les arguments qu’elle a déployés pour tenter de s’extraire de ce bourbier sont pitoyables. Il fallait l’entendre plaider sa cause chez Elkabbach. Il est bien évident que la seule réponse digne aurait été de demander à son intervieweur si lui-même passait toutes ses vacances dans le Pas-de-Calais et quelle était la couleur de son slip. Mais non, notre dealeuse de moraline est semble-t-il accro à sa propre marchandise. Ce qui donne lieu à des justifications d’abord grotesques (« On ne peut pas y aller en pédalo »), puis carrément hypocrites (« Le réchauffement climatique est une des raisons pour lesquelles je m’intéresse aux Maldives depuis plus de dix ans ») et enfin délirantes quand elle « revendique d’être une femme normale ». T’as raison, Cécile, toutes les femmes normales partent en vacances d’hiver dans les îles de l’hémisphère sud. En été, elles vont skier à Gstaadt et le reste de l’année, elles posent sur la couv’ de Vanity Fair. Et nous, on croyait que les Verts new look de 2009-2010 s’étaient enfin convertis au social…

En vérité, avec cet aller-retour Paris-Malé, Cécile ne vaut pas plus cher que notre Président sur le yacht de Bolloré. Bravo, elle vient d’inventer l’écologie bling-bling. Rigolo, certes, mais pas sûr que ça paye au scrutin de mars prochain. On espère pour nos amis les Verts que d’ici-là, on n’apprendra pas que leur colistier Augustin Legrand a réveillonné au Fouquet’s…