(Avec AFP) Hier, c’était le monde à l’envers : d’un côté le ministre de l’Intérieur jouait les chefs de gouvernement en prenant des mesures contre l’activité d’une entreprise étrangère en France, de l’autre le Premier ministre revenait à son ancien rôle de superflic en condamnant seulement des violences « inadmissibles ».

Depuis plusieurs mois, le groupe américain Uber s’est engagé dans un bras de fer avec l’État, autour de son application mobile UberPop, service mettant en relation des passagers et des particuliers au volant de leur véhicule personnel.

Après des incidents répétés ces derniers mois, 2800 taxis se sont donc mobilisés hier en France sur une « trentaine de points de blocage », selon une source policière. Et comme prévu, les choses ont rapidement dégénéré dans plusieurs villes.

Bernard Cazeneuve, théoriquement chargé du maintien de l’ordre, a choisi son camp : celui des chauffeurs de taxis, qui ont pourtant passé la journée a caillasser, retourner ou simplement vider de leurs occupants des véhicules de transport de personnes (VTC). Parfois, on a beau être progressiste, il faut bien arrêter le progrès.

Manuel Valls était quant à lui en voyage officiel en Colombie, d’où il a promis des sanctions aux auteurs des exactions « qui se trouvent dans les deux camps » selon lui. Au moins huit chauffeurs de taxis, de véhicules UberPop ou d’autres VTC ont en effet été placés en garde à vue. Mais on se doute un peu de qui s’en est pris à qui…

Le même jour, pour la première fois, un député socialiste « frondeur » démissionnait du PS, jugeant que dans le parti, « la ligne sociale-libérale a gagné avec Manuel Valls et Emmanuel Macron ». Drôle de timing, puisque du FN à l’extrême-gauche en passant par Les Républicains, l’ensemble de la classe politique prenait pendant ce temps-là le parti des taxis contre la « concurrence déloyale » d’Uber.

En revanche, il suffisait d’avoir un compte Facebook ou Twitter pour percevoir hier le sentiment radicalement inverse qui dominait parmi les simples citoyens. Photos, vidéos, blagues plus ou moins fines et témoignages accablants n’ont pas cessé de s’échanger, dressant un portrait peu flatteur des chauffeurs de taxis et de leurs prestations. Un événement créé sur Facebook, intitulé « Grève des utilisateurs de taxis », a même réuni en quelques heures plus de 50 000 personnes.

Exceptionnellement, le quotidien français de référence lui-même aurait pu se rebaptiser Le Monde à l’Envers, puisqu’il admettait dans un éditorial, à propos des taxis : « Ceux-ci ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, à leur malthusianisme et à leurs archaïsmes. Chacun sait que le système traditionnel est insuffisant pour répondre à la demande et trop onéreux pour ne pas susciter la concurrence. »

Alors que nos élites communient dans la défense d’un vieux monopole qui exaspère les usagers, le journal de Pigasse et Bergé aurait-il basculé du côté obscur, celui du populisme le plus trash ? « Chacun a fait l’expérience d’un service dont la qualité est bien souvent insuffisante (…). Plutôt que de s’arc-bouter sur leur privilège, les taxis auraient dû, depuis longtemps, se moderniser. »

Le monde à l’envers on vous dit, comme une voiture Uber un jour de manif des taxis.

*Photo : © AFP ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

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