Avant-hier innocente, hier démoniaque, je retombe aujourd’hui parmi la plèbe des gens en bonne santé.

Amateurs de sensations fortes, de films d’horreurs ou de scènes de réalité trash et sanglantes filmées au téléphone portable et diffusées sur la Toile, cet article est pour vous.

J’ose espérer qu’à partir de là plus personne ne lit.

Pour les deux pervers qui restent encore en ligne, je retranscris ici, sans commentaire ni jugement de valeurs petits bourgeois mon entretien avec une sériale killeuse (non pédophile cependant, on a sa fierté), ou plutôt son interminable introspection :

« Je sème sur mes pas la mort et la désolation, mon pouvoir est immense, mon souffle est dévastateur. Je connais la jouissance du partouzeur séropositif ou du kamikaze Al Qaïdesque au moment d’appuyer sur la détente. Ma métamorphose est récente, il y a quelques jours encore, j’étais une citoyenne lambda, puis tout a basculé. J’ai ressenti un léger mal de tête, suivi d’une poussée de température fulgurante (un incroyable 37°6), et d’un impitoyable éternuement suivi d’un deuxième… Mon destin était scellé ! J’étais l’une des actrices de la pandémie ! Et là, ma conscience m’a totalement fait défaut. Ai-je précipitamment interrompu mon face-à-face avec un client innocent pour lui sauver la vie ? Non. Ai-je fui dans un couvent ou le sanatorium le plus proche ? Non. Ai-je annulé mes rendez-vous ? Pas plus. Ai-je acheté les masques ? Vous connaissez la réponse. Ai-je contacté les autorités pour me dénoncer ? Je ne vous fais pas un dessin. Ai-je passé à l’alcool mes stylos et le bouton grande tasse de la machine à café (je ne fais pas de café petite tasse) ? Pas davantage. Ai-je arrêté de serrer la main de mes collaborateurs ? Oui évidemment ! Je poursuis avec passion ma nouvelle vocation de meurtrière, mais je ne vais quand même pas risquer de diminuer mes revenus en causant une série d’arrêts-maladie au sein de mon personnel !
Rien. Je n’ai rien fait pour épargner mon prochain. Et pourtant ! J’ai vécu cet enfer. Je sais ce qu’il risque ! Il lui faudra au moins un paquet de kleenex de poche et deux dolipranes pour venir à bout du fléau.
Mais déjà, à peine arrivée au sommet de ma puissance assassine, mes pouvoirs s’estompent un à un. Avant-hier innocente, hier démoniaque, je retombe aujourd’hui parmi la plèbe des gens en bonne santé. Aurais-je vécu dans l’illusion ? N’ai-je attrapé qu’un vulgaire rhume ? Cette pensée m’afflige en me remplissant d’espoir…. Si c’était le cas, j’aurais encore une chance de l’attraper, et de revivre ces moments d’extase où j’ai semé l’apocalypse ! Vivement la grippe aviaire ! Je suis la bombe humaine ! »

À ce moment-là, vous le comprendrez aisément, j’ai pris mes jambes à mon cou car elle a commencé à me regarder bizarrement, et, tous les chasseurs vous le diront, quand la bête fauve commence à vous regarder intensément, deux options : vous lui tirez une balle dans la tête ou vous courez vous mettre à l’abri. L’option une m’est apparue difficile a réaliser, n’étant armée que de mon bloc-notes et mon stylo, j’ai donc opté pour la fuite.

Partagée entre le besoin d’épargner de futures victimes et le devoir de protéger mes sources, je ne vous révèlerai qu’une partie de son identité, qui vous permettra si vous la croisez de fuir au plus vite. Son prénom est Dominique et elle a un nom de terroriste.

J’en profite pour faire mes adieux, j’ai réussi à obtenir un programme de relocalisation des témoins. Bonne chance à vous. Moi, je file.

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Lire la suite