Vous n’aimez pas Philippe Sollers ? Cela arrive. Vous ne seriez pas les premiers. De grands esprits, avant vous, ont été ses ennemis féroces, souvent après des amitiés orageuses : Dominique de Roux, Jean-Edern Hallier et Philippe Muray pour ne citer que ceux qui furent ses exacts contemporains, ses pairs.

Mais c’était une autre époque, une époque de géants. Les détestations avaient du style. Lisez plutôt. De Roux ? « Parce qu’il exerce une autorité religieuse sur ses milices, Sollers qui a de la morgue s’enfonce applaudi dans le dérisoire et les entrechats comme le général Bokassa dans ses peines d’amour. » Jean-Edern ? « Nos conflits intellectuels étaient d’autant plus violents qu’ils n’étaient que les déguisements de nos ambitions nues – cette avidité insatiable, dont tout nous servait de prétexte. » Muray ? « Ce que veut Sollers, je le comprends enfin, je le savais depuis toujours, ce n’est pas être un grand écrivain, ça ne lui suffit pas. Ce qu’il veut, c’est être le dernier écrivain. » Et pourtant, une fois qu’on a laissé faire le temps, on s’aperçoit que ces quatre écrivains nous sont aussi indispensables les uns que les autres. Au fond, ils disent la même chose, ou presque.

*Photo: BALTEL/SIPA. 00631462_000010

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