La France n’a jamais eu Président et gouvernement plus impopulaires mais c’est pourtant la droite classique qui explose sous nos yeux. En quelques jours, les affaires Copé et Buisson ont en effet mis le feu à l’UMP. Autre bizarrerie : c’est, pour l’essentiel, une presse plutôt classée à droite qui a fait le boulot. Ainsi, il y a une semaine, Le Point publiait une enquête sur les méthodes présumées de Jean-François Copé. Le président de l’UMP aurait favorisé certains de ses proches dans l’organisation d’événements pendant l’élection présidentielle. Jusqu’ici, cela ne casse pas trois pattes à un canard… Mais ces proches auraient surfacturé lesdits meetings, ce qui s’avère un peu plus gênant, d’autant que le Conseil constitutionnel a rejeté les comptes du candidat Sarkozy pour dépassement du plafond de dépenses autorisé. D’autres accusations, plus graves, concernant la vente d’immeubles nationaux à un investisseur qatari lié à des proches de Jean-François Copé alors que ce dernier occupait le ministère du budget, complètent le dossier d’accusation.

En réplique, le président de l’UMP a déposé plainte pour diffamation, expliquant qu’aucune preuve n’avait été apportée par le journal encore dirigé pour quelques jours par Franz-Olivier Giesbert, qu’il accuse d’organiser une chasse anti-Copé. Nous ne pouvons évidemment qu’attendre les décisions de la justice avant de nous prononcer définitivement sur ces affaires. Toutefois, nous observons d’une part que le premier cercle des sarkozystes a soutenu Copé comme la corde le pendu, certains silences, comme celui de la « sarkopéiste » Nadine Morano se révélant assourdissants. D’autre part, la journée de lundi, durant laquelle Copé a annulé au dernier moment un passage sur RMC-BFMTV[1. Il ne faut jamais annuler un passage chez Bourdin au dernier moment. Il déteste ça. Et en mesure de rétorsion, l’intervieweur invite… Franz-Olivier Giesbert.] pour faire une déclaration solennelle avec propositions de loi, mise sous scellés des comptes de l’UMP et tutti quanti. Pour mesurer l’étendue des dégâts, il fallait écouter Alexis Brézet, directeur du Figaro, souligner le ridicule de l’allocution du président de l’UMP. Si cette journée a été pensée par ses amis communicants de Bygmalion, on peut en déduire, au moins pour cette prestation, que la surfacturation est avérée dès le premier euro dépensé par Copé !

Alors que les éditorialistes se demandaient jusqu’à quand Copé pourrait se maintenir à la tête de l’UMP, Le Canard Enchaîné confirmait – pièces à l’appui – un autre scoop du Point, éventé il y a quelques semaines. Contrairement aux dénégations de Patrick Buisson, le conseiller de Nicolas Sarkozy enregistrait bien des conversations à l’Elysée pendant des réunions auxquelles participait notamment le Président de la République. Et le site Atlantico, lui aussi classé à droite, de mettre en ligne ce matin plusieurs extraits des fameuses conversations enregistrées par le conseiller. Cette fois-ci, le premier cercle sarkozyste a réagi, Brice Hortefeux et Henri Guaino dénonçant « la trahison » et le « viol » du secret présidentiel.

Quoi qu’il en soit, on peut déjà formuler quelques conclusions politiques. Le théoricien de la campagne identitaire de l’ex-président a d’ores et déjà terminé sa carrière de conseiller politique. Au-delà de sa personne, tous ses proches, comme Guillaume Peltier, pourraient subir des dommages collatéraux. Liée à l’affaire Copé, lequel  prêtait parfois son oreille à Buisson, le scandale des enregistrements porte un sacré coup à la stratégie buissonienne. Ses pourfendeurs, de Jean-Pierre Raffarin à NKM en passant par Alain Juppé et François Baroin, auront beau jeu de la disqualifier en brandissant les pratiques de son inspirateur. Et si Sarkozy revient en 2017, il ne pourra pas refaire la même campagne qu’en 2012. Cela tombe bien : depuis quelques temps, on parle d’un retour recentré. Et si, comme Marine Le Pen le prédit, l’ex-président ne revient pas, Alain Juppé pourrait (re)devenir, à 68 ans, le nouveau chef, ce qui ouvrirait un boulevard à droite à la présidente du FN.

Car si la fameuse stratégie de Buisson se trouve médiatiquement disqualifiée, elle reste peut-être la plus efficace pour contenir la poussée mariniste. Resterait alors une carte à jouer pour l’UMP, celle initiée l’automne dernier par François Fillon et moquée par le tout-Paris médiatique.

Fillon a toujours gardé des distances avec Buisson mais avait tenu à faire savoir qu’il était lui-même « beaucoup plus à droite qu’on ne le disait ». L’ancien Premier ministre avait même fait évoluer sa position par rapport au FN, semant le trouble parmi quelques amis. Qui sait si cette stratégie-là n’aura pas été plus habile qu’il n’y paraissait aux yeux des éditorialistes ? En se plaçant au centre de gravité[2. Fillon confirme encore ces derniers jours sa droitisation dans un entretien accordé à La Croix.] de la droite et en misant tout sur des primaires qui demeurent aujourd’hui la seule planche de salut pour que l’UMP accède au second tour dans trois ans, François Fillon n’est-il pas le seul adhérent de l’UMP à sortir vainqueur de cette séquence médiatique ?

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