J’ai vu un très bon film de science-fiction. Ca se passait en 2012. La Grèce y était attaquée par un ennemi terrible. Ce n’était pas une invasion extra-terrestre qui prenait pied sur l’Acropole, ni un réveil de morts-vivants envahissant les rues d’Athènes et faisant leur shopping dans des supermarchés déserts comme dans Zombies de George Romero, ni une moussaka irradiée par un accident nucléaire qui se mettait à grandir jusqu’à détruire tout le pays. D’ailleurs, les vrais amateurs de série Z auront reconnu dans ce dernier scénario un authentique chef d’œuvre du genre, L’attaque de la moussaka géante, un film grec de Panos Koutras, tourné en 1999.

Panos Koutras est moins connu que Théo Angélopoulos qui a obtenu la palme d’or au festival de Cannes pour L’éternité et un jour avec Bruno Ganz dans le rôle principal. Je ne veux pas faire insulte à Panos Koutras, mais même en admettant que la moussaka géante soit une métaphore de la dette grecque qui dévore son peuple, je fais plus confiance à Théo Angélopoulos pour me parler de ce qui se passe en ce moment en Grèce. Il est bon en parallèles historiques, cet Angélopoulos. Par exemple, dans Jours de 36, tourné en 1972, il mettait en regard son présent, celui de la dictature des colonels, avec la dictature de Metaxas dans les années 30, à travers la mort d’un syndicaliste.

Seulement, Théo Angélopoulos est mort le 23 janvier 2012 d’une hémorragie cérébrale après avoir été gravement grièvement blessé par un motard grec alors qu’il était en train de traverser une rue. Il tournait à 76 ans un nouveau film qui devait s’appeler L’autre mer. Une autre mer que celle dans laquelle baigne la Grèce depuis trois ou quatre ans et dans laquelle elle se noie, ça ne pouvait que faire rêver les spectateurs. Surtout les jeunes grecs qui, quand ils ne se suicident pas, restent avec leurs beaux diplômes dans un pays où le taux de chômage des jeunes approche les 50%, ou bien émigrent en Allemagne, histoire de fournir en sang neuf ce pays de vieillards sans enfants qui fabriquent des machines-outils en attendant la mort. C’est ça, la concurrence libre et non faussée au sein de l’UE : je te saigne à blanc et si tu n’as plus de sang, je me rembourse en matière grise comme dans l’intéressant nanar gore de Frank Ennenlotter, Brain Damages (1987), qui racontait comment une créature vous injecte une drogue dans le cerveau pour vous soumettre et vous obliger à manger d’autre cerveaux . Le nom de la drogue ? je ne sais plus… Orthodoxie budgétaire, peut-être bien…

Passer du cinéma d’auteur au cinéma gore pour de vrai, pauvre Théo Angelopoulos, quel accident bête ! Il ne fera plus de film pour raconter ce qui se passe en Grèce. Comme les Grecs exagèrent toujours leurs malheurs, certains ont eu l’indécence de dire que Théo Angelopoulos ne serait pas mort si les plans de rigueur n’avaient pas été aussi drastiques : la première ambulance appelée est tombée en panne et la seconde a mis quarante-cinq minutes pour arriver. Comme dit Ta Nea, journal de centre-gauche : Avec ces coupes imposées par le plan de rigueur, tout le système social, déjà abîmé, périclite complètement.

Dans le film de science-fiction que j’ai vu au début de la semaine, le scénariste partait d’un point de vue absurde : la Troïka, au lieu d’arrêter le carnage, songeait à nommer une autorité spéciale pour diriger la Grèce et décidait d’un autre plan de rigueur (portant notamment le smic à moins de 500 euros), provoquant des émeutes d’une rare violence, la démission de ministres en cascade et une implosion totale des appareils politiques.
Et pourquoi pas un coup d’état militaire ou une révolution populaire ? Au XXIème siècle, dans l’Union Européenne ? C’est vraiment n’importe quoi.
La prochaine fois, j’irai voir un film hongrois. Pour changer.

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