Chère lectrice, cher lecteur,

Je suis inculte.

La probabilité de participer à un débat houleux avec un individu reconnu pour son érudition demeure donc proche des températures hivernales de l’Islande. C’est l’un des avantages d’être inculte. Je dirais même que si elle devait avoir lieu, cette rencontre se solderait par la clôture immédiate de toute forme de début de commencement de discussion. Soit que l’interlocuteur veuille se montrer courtois; soit plus probablement qu’il souhaite mettre fin aussi vite que possible à un entretien jugé soporifique; soit encore, que comme l’illustre la souriante condescendance affichée par certains médecins pour décrire le processus de pose d’une sonde rectale à leurs patients atones, les tentatives d’explication se révèlent superflues. En règle générale, l’intellectuel ne voit aucun intérêt particulier à l’échange avec l’ignorant, étant donné qu’il n’y a rien à échanger.
Il postule que l’ignorant est un parfait imbécile qui ignore qu’il est crétin puisqu’il est idiot. C’est oublier que l’imbécile est heureux. Second avantage d’être inculte ! Devrions-nous perdre cet acquis de pleine et innocente allégresse ? Allez convaincre un imbécile heureux que pour être moins sot il doit non seulement s’infliger la lecture de la Grande encyclopédie chinoise de Yongle mais aussi renoncer à son bonheur. Nous préférons rester des abrutis comblés que des Einstein sous Prozac.

Mais qu’importe ces fascinantes considérations philosophiques relatives à la sérénité du benêt ! Si nous jaugions l’intellectuel à l’aune de son utilité pour l’Humanité continuerions-nous à encenser la Culture ? S’ils sont indiscutablement capables de pérorer en se gargarisant des savantes réflexions qu’ils empruntent à ceux qu’ils vénèrent, les singes savants de l’intelligentsia française n’ont pas ré-inventé le monde dans lequel nous périclitons, si ? La culture est à l’intellectuel ce que le manuel militaire est au sous-officier : l’unique référence sur laquelle l’un comme l’autre fondent leur façon de penser et d’agir. On ne m’enlèvera pas de l’idée qu’un sergent-chef demeure globalement assez peu créatif même quand il chante avec entrain Le Cri du poilu. Quant à l’intellectuel, il se contente de rabâcher avec le talent d’un scalde ce que d’autres ont dit avant lui. Si par le plus improbable des hasards, il lui arrive d’avoir une idée c’est qu’il aura pu s’appuyer sur celle, originale, de l’un de ses illustres prédécesseurs. Le changement de paradigme n’est pas pour demain.

Par conséquent, étant acquis que les vastes connaissances assimilées par l’intellectuel :
1° ne permettent au mieux que d’effleurer les problèmes d’un peton nonchalant sans pour autant les régler,
2° risquent d’ébranler la fragile béatitude de la majorité primitive,
je réclame solennellement :
a) l’arrêt définitif de toute forme d’enseignement académique,
b) que soit dorénavant proscrite toute référence culturelle sur ce site afin de prouver qu’au moins une infime partie de l’élite intellectuelle de ce pays peut faire preuve d’imagination.

Je compte, Chère lectrice, Cher lecteur, sur votre soutien indéfectible.
Surtout si vous n’êtes pas d’accord.

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