Renégocier les traités, mettre au pas l’Europe. Voilà en substance le message délivré par le candidat Sarkozy, lors de son grand meeting de dimanche à Villepinte. Après avoir sauvé l’UE du naufrage économique, voici la promesse d’éviter sa dilution sous le coup d’une immigration de masse que les accords de Schengen ne permettraient pas d’endiguer.

Ne rentrons pas dans les détails de l’affirmation présidentielle. Essayons juste de voir à quoi peut bien servir une sortie pareille, si ce n’est à plaire à l’électorat tenté par un vote FN qui, lui, annonce la couleur en matière de « lutte contre l’Europe libérale. » Là non plus, je n’entre pas dans les détails, ni même dans la mesure de la véracité de telles propositions.
A quoi sert-il donc de dire devant 60 000 personnes[1. Selon les chiffres des organisateurs et sûrement trois fois plus selon le ministère de l’Intérieur !] qu’il va falloir mettre au pas l’Europe ? Que les traités ça se renégocie, que le protectionnisme c’est bien et que si personne ne bouge chez les « technocrates », terme employé hier à Villepinte, la France décidera alors de reprendre sa liberté. Sous-entendu de s’affranchir de tous les traités qu’elle a signés, ratifiés et fait voter par son Parlement. Ça sert à embarrasser la gauche de François Hollande ; enfin en théorie.

Un bon gros piège à éléphants : chercher à diviser le PS entre les ex tenants du non aujourd’hui devenus ceux de la démondialisation heureuse, et les ouiouistes fous, « amoureux de l’Europe », comme les appelle Pierre Moscovici. D’autant que François Hollande est censé prononcer un discours sur l’Europe et sa vision des choses à Paris en fin de semaine. L’idée des stratèges sarkozystes est de dénicher les biais partout où ils pourraient exister au PS : le halal et la laïcité, l’école, le travail, la dette, l’Europe. Certes, pour l’instant, rien n’a tellement fonctionné. D’abord parce que Hollande, habilement drapé derrière sa posture ou soucieux de ne pas se lancer dans « une campagne de caniveau », ne répond à rien. Surtout, il semble gérer son avance écrasante au second tour de la présidentielle en bon père de famille social-démocrate qui ne touche à rien.

Et puis, il est vrai, personne ne vient vraiment examiner le fond de sa pensée. Personne, je veux dire la presse, qui a anticipé sa victoire et surfe sur une détestation antisarkozyste que les démonstrations de force de Villepinte ne font pas disparaître.

Sur l’Europe quand même, ça pourrait prendre un tout petit peu : Arnaud Montebourg est sorti de son silence de son tour de France de l’industrie pour dire, grosso modo, qu’il avait raison sur le protectionnisme. Quant à Pierre Moscovici, il a commencé à réciter le catéchisme du parti sur l’Europe : « Vous voyez bien qu’on peut renégocier tous les traités en Europe comme le dit François Hollande. » Un peu court. Mais parions que ça suffira jusqu’à l’élection présidentielle.

Pendant ce temps, Sarkozy va dresser de nouveaux pièges, de plus en plus gros, de plus en plus mal camouflés. Sur un malentendu, il peut y faire tomber les socialistes qui chuteront d’autant plus lourdement qu’ils se voient déjà à l’Elysée. De là à penser que ça suffira à gagner une élection…