Le billet du vaurien


Topor m’avait bluffé avec ses cent bonnes raisons de se suicider tout de suite. On travaillait alors dans une revue anarchiste, « Le Fou parle », financée à ses débuts par l’Armée rouge japonaise. Le suicide, après tout, n’est jamais qu’une révolution ratée : on se tue à défaut de pouvoir tuer les autres.

Un bref échantillon de Topor :

  • Pour tuer un juif comme tout le monde ;
  • Parce qu’un suicide bien conduit vaut mieux qu’un coït banal ;
  • Pour, devenu vampire, me repaitre du sang exquis des jeunes filles ;
  • Pour être le fondateur d’un nouveau style, le Dead Art ;
  • Pour jouir des avantages de l’exhibitionnisme intégral dans une salle de dissection.

Pour ne pas être en reste, j’avais aussitôt rédigé cent raisons de ne pas me suicider. En voici quelques-unes :

  • Parce que j’attends beaucoup de la déchéance progressive de mes amis – et d’abord un miroir de la mienne ;
  • Parce que je n’ai plus vraiment besoin de me suicider pour que les autres voient que je suis déjà mort ;
  • Parce que je redoute de plus en plus que l’enfer n’existe pas. C’était pourtant un endroit bien commode pour y retrouver d’anciens copains ;
  • Parce que se suicider, c’est prendre la décision de ne plus tyranniser ses semblables. Je me vois mal y renoncer ;
  • Parce qu’un coït réussi vaut mieux qu’un suicide rat

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