Il ne rêvait que d’être un comédien et détestait la star qu’on a faite
de lui à cause, notamment, de son intense et belle proximité amoureuse avec Elizabeth Taylor.


Tant d’acteurs signent des pétitions. Pas lui.

Tant d’artistes nous disent quoi penser. Pas lui.

Tant de vedettes se prennent pour plus qu’elles ne sont. Pas lui.

Tant de gloires oublient leurs origines. Pas lui qui n’a jamais déserté le terreau gallois courageux et modeste d’où il était sorti.

Tant de personnalités dans la lumière font la roue. Pas lui.

Certes, il n’était pas parfait. Il buvait comme un trou, en avait conscience et à intervalles réguliers se faisait des reproches. Et il recommençait. Même s’il est mort jeune à 59 ans, sa constitution était solide et supportait ses excès. Son journal intime qu’on a publié, après en avoir pris ses années les plus emblématiques de 1965 à 1972, est à la fois formidable et répétitif. Repas – il ne nous épargne aucun menu -, rencontres, vie sociale, préparations de rôles, mondanités, beuveries, passion dévorante et critique pour son épouse dont il admirait le talent, voyages, luxe : l’ordinaire d’une existence, de leur vie intensément privilégiée, obsédée par l’art, le théâtre et le cinéma, emplie sans cesse de
projets.

Il y a à l’évidence, pour être honnête, un caractère répétitif dans la multitude de ces journées mais sa mélancolie et sa peur de l’ennui avaient besoin de ces distractions qu’on pourrait qualifier de « pascaliennes. » Pourquoi pourtant ce journal intime est-il superbe ?  Parce qu’il s’agit de l’intimité de Richard Burton et qu’elle en vaut la peine. Parce que Burton n’est jamais vulgaire, il est même délicat et nous épargne le plus souvent les démonstrations concrètes de leur appétence réciproque.

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Parce qu’il porte un jugement très sûr, caustique, ironique sur son environnement, acteurs, réalisateurs, producteurs, famille, admirateurs, sans illusion mais sans mépris. Avec une lucidité et un humour souvent décapant. Il ne se trompe pas. Ni dans ses goûts ni dans ses sympathies. Il a l’intuition développée. Parce que le milieu où il gravite lui paraît médiocre et qu’il en souffre, à la recherche d’intelligences que la société artistique et mondaine ne lui offre pas. Parce que, surtout, il est un lecteur frénétique, pas de jour sans un livre, il est curieux de tout, avec une allégresse sincère quand il a trouvé le texte rare, la déception, le plus souvent, quand acéré il a remarqué les faiblesses.

Il lit, il lit, il lit.

Rien que cela enchante chez cet homme qui est une star internationale et qui a détesté, un jour, qu’une femme l’ait appelé monsieur Taylor. Il y a quelque chose d’émouvant à admirer puis à savoir qu’on n’avait pas eu tort sur aucun plan.

Je n’imaginais pas que Richard Burton, avec toutes ses facettes, favoriserait, chez moi, une inconditionnalité dont quelques films avaient largement posé les bases : Cérémonie secrète, Cléopâtre, Qui a peur de Virginia Woolf ?, La Tunique, La Nuit de l’iguaneLa Mégère apprivoisée, Alexandre le Grand… et que ce qu’il était au-dehors, dans son quotidien, révélé par ce journal, la rendrait incontestable.

Oui, j’aurais bien aimé connaître Richard Burton.

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Philippe Bilger
Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.
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