La mini-jupe et le voile islamique, deux faces opposées de la même aliénation des femmes : alors que la loi scélérate de pénalisation des clients de prostituées vient d’être adoptée, les amateurs de « convergence des luttes » vont adorer la dernière trouvaille d’Esther Benbassa. La bonne blague, se dit-on d’abord par réflexe laïque. D’abord, je n’ai pas de voile dans ma garde-robe. Et puis, j’aimerais que personne ne décide à ma place par qui et comment je me fais aliéner. Entre nous, qu’on me dise quel serait l’intérêt des jeux érotiques et amoureux s’ils ne comportaient une dose, variable et tournante, d’aliénation. Au fond, une société se définit peut-être par les formes d’aliénations qu’elle admet. Il me semble que la nôtre a forgé au cours des siècles un goût pour la séduction qui devrait lui faire préférer la mini-jupe au voile. Chez nous, la coquetterie a pour habitude de narguer les canons religieux, pas de s’y conformer. En France, mode islamique est un oxymore.

Bref, tant qu’à être aliénée, je préfère l’être en me dévoilant qu’en me voilant. Cependant, notre estimable sénatrice écolo parisienne n’a pas tort sur toute la ligne. Le voile et la mini-jupe ont bien quelque chose à voir l’un avec l’autre. D’abord, comme toute fanfreluche, ils parlent de ce que nous voulons être. Mais en outre ces deux fanfreluches-là ont en commun de parler de la sélection des partenaires sexuels. Le voile dit « non-musulman, pas touche ! » tandis que la mini-jupe signifie que tout homme peut fantasmer qu’il a sa chance, pour peu qu’il sache causer aux dames. Attention, cela ne signifie pas que toute femme en mini-jupe soit en quête d’un homme réel. On peut être équipée en mari et/ou amants et aimer susciter le trouble fugace d’inconnus qu’on aurait pu aimer et dont on ignorera toujours le prénom. La mini-jupe parle d’échange informulé, de désir inassouvi, le voile culpabilise le désir.

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Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.