« Vous subissez actuellement un retard de 25 minutes en raison de la découverte un peu plus tard dans la soirée d’un colis suspect en gare de Châtelet », crachotent à intervalles réguliers les haut-parleurs avec la poésie propre à la SNCF. La foule s’engouffre dans la voiture après avoir attendu pendant plus d’une demi-heure sur le quai l’arrivée du train. Après les menaces proférées par l’État islamique, appelant à frapper et tuer partout « les méchants et sales Français », et l’assassinat d’Hervé Gourdel fin septembre, les alertes au colis piégé se sont multipliées, perturbant quotidiennement le fonctionnement de la ligne D, qui n’avait pas besoin de cela pour être très aléatoire. Très sollicités, les services antidéminage s’acquittent de leur tâche avec le plus grand sérieux. Mais nul ne semble s’étonner de ce ralentissement du trafic imputé à la découverte d’un colis piégé « un peu plus tard dans la soirée »

Dans le wagon, la clientèle habituelle d’un lundi soir : quelques ados qui sortent de cours, un ou deux profs qui commencent déjà à s’assoupir, trois Pakistanais qui sortent d’un chantier et font ricocher les syllabes exotiques d’une conversation qui roule comme une cataracte enjouée et un grand Africain en boubou coloré au profil d’oiseau de proie et au regard caché derrière des lunettes de soleil.

*Image : Soleil.

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