Notre Président de la République, pour fêter une mi-mandat sans grandeur, nous a gratifié hier d’un spectacle d’une infinie tristesse. Nos interrogations, de plus en plus criantes, concernaient jusqu’ici l’étoffe, la stature de François Hollande et sa capacité à incarner un chef d’Etat, à conduire le pays vers un destin dont il aurait une vision. Alors qu’une réponse claire a été donnée hier sur le sujet, on s’interroge maintenant sur les trahisons dont il est victime dans sa garde rapprochée. Jusqu’ici, la déloyauté à sa personne était l’apanage des ministres qu’il avait peine à choisir adroitement. Depuis la sombre démonstration d’hier, on est en droit de se demander quelles sont ses éminences grises qui veulent sa peau ?

Car enfin, qui donc a pu conseiller au président pareil format pour son intervention de la dernière chance ? On nous dit qu’il s’agit d’une concertation entre la chaine et l’Elysée. Cette émission tantôt reality-show pseudo-psychologique, tantôt compassionnelle, tantôt défensive est l’exact contraire de ce qui aurait pu donner un peu de souffle à la fonction de ce personnage falot.

Tour à tour triste sire acculé à se justifier, représentant de commerce ou agent d’administration auprès de français soucieux –à juste titre- de leur situation personnelle, puis élu lambda bafouillant sous le feu des questions de Gilles Bouleau et Yves Calvi, le Président de la République n’a fait que brouiller un peu plus l’écoute…

La première partie de l’émission, supposée restaurer l’empathie pour l’homme Hollande ne nous a rien appris, sinon qu’il est fuyant. Alors qu’il connaissait la règle du jeu, il n’a cessé d’éviter les questions personnelles qui manifestement l’embarrassaient. Des histoires de cravates, de frites et de scooter sans intérêt pour les français, mais qui le gênent au point qu’il en bredouille. A plusieurs reprises, Thierry Demaizière tente de rediriger l’interview … en pure perte.

Séquence suivante, Hollande est exécutant de la mission locale pour l’emploi ou inspecteur d’académie selon les besoins du casting. Et c’est malheureusement là qu’on le sent le plus à sa place.

Je me souviens d’un directeur d’école sans charisme dont les élèves avaient remarqué le peu d’enthousiasme pour la dimension sociale de sa fonction. Lors d’une sortie scolaire, ce même directeur, vêtu d’un survêtement du meilleur effet, avait fait la distribution de sandwiches aux enfants. L’un d’eux avait alors remarqué « c’est amusant, le Directeur, on dirait qu’il n’est content que quand il distribue les sandwiches ». Pourquoi cette anecdote m’est-elle revenue hier soir, en regardant notre président se transformer en agent Pôle emploi ? Peut-être parce qu’il avait quelques sandwiches dans sa besace : un obscur et énième contrat aidé pour Madame, quelques tablettes pour sauver un collège en zone rurale et un nébuleux service civique pour les jeunes en mal d’emploi. « Tout cela coûte très cher », intervient Gilles Bouleau « non ça ne coûte rien, c’est l’Etat qui paie !».

Après cette leçon d’économie, la suite est du même acabit. On baille ! Le chef de l’Etat s’insurge contre la lenteur d’application des décisions –mais qui est aux manettes ?- ou encore s’étonne : « quels pays ? », quand les journalistes évoquent ceux qui font mieux que nous en matière de réformes et de perspectives économiques et dont nous pourrions nous inspirer. Enfin il promet, certifie, affirme, jure que nul dispositif fiscal ne viendra s’ajouter au tas l’an prochain. Un petit message d’espoir avant l’extinction des feux ? La pensée magique n’a pas déserté le Président. L’inversion de la courbe du chômage est encore dans le tuyau… question de timing ! Bonne nuit les petits !

Résumons-nous : Ses conseillers auraient du l’orienter vers la solennité, le long-terme et le dessein de la France, ils l’ont attiré dans un traquenard plus bas que terre. On attendait qu’il prenne de la hauteur, il « se cramponne » à l’ornière qu’il a creusée avec détermination depuis deux ans et demi. La solidité des institutions le permet, il se maintiendra en expédiant les affaires courantes, sans projet ni ambition pour la France.

Cette émission a tout changé. Elle a ajouté à la colère contre l’amateurisme et l’attentisme, l’inquiétude, l’écœurement, la tristesse et la résignation.

*Photo : WITT/SIPA. 00697412_000017. 

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