La France est un malade qui souffre d’un symptôme grave : un chômage chronique qui atteint les 10%. Voilà pour le constat, le diagnostic.

En cette période électorale, quelques candidats thérapeutes se relaient au chevet du malade et proposent différents traitements.

Qui est le plus Hippocrate?

Marine Le Pen mise sur l’aseptise : il faut isoler le patient, nettoyer ses plaies, tenir à distance tous les corps étrangers. On veillera à éradiquer tous les microbes tropicaux et les bactéries exotiques.

François Fillon, lui, prescrit une diète drastique : le patient devra suivre un régime sec, afin d’éliminer toute la mauvaise graisse étatique. Par cette ascèse, on visera à réduire toutes les pesanteurs qui freinent le dynamisme, nuisent à la vitalité.

Mélenchon et Hamon, eux, proposent un recours massif aux drogues : alterner les psychostimulants et les sédatifs, la coke et le haschich… Concrètement, redistribuer à foison l’argent que l’on n’a pas, creuser la dette, donner magiquement à tous de quoi consommer plus. Il s’agit d’offrir à chacun la possibilité d’acquérir une multitude de biens de consommation, ceci afin de relancer l’économie, avec des effets secondaires positifs sur la croissance et le chômage. On veillera aussi à masquer que le dynamisme économique relancé de la sorte ne touchera guère la France, car les objets achetés sont produits à l’étranger. On touche là aux limites des traitements keynésiens à l’heure de la mondialisation.

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Quant à Macron, il applique un peu tous les remèdes, avec comme fil conducteur le refus des excès et un habile pragmatisme. Ses solutions semblent plus nuancées que celles de ses collègues, plus subtiles. Il donne le sentiment d’avoir pris la mesure de la complexité du mal. Pour notre part, nous ne croyons guère à l’efficacité de ses méthodes, mais celles-ci auront au moins pour mérite de ne pas aggraver l’état du malade. A ce titre, Macron s’inscrit dans la tradition hippocratique du primum non nocere, d’abord ne pas nuire.

Etat désespéré?

Contrairement à ses collègues extrémistes qui dans cinq ans, à l’heure des bilans, s’abriteront sans doute derrière une formule cynique de type : « l’opération a réussi, mais le patient est décédé », Macron, lui, n’aura pas achevé le malade. Nous pressentons plutôt un modeste statu quo, avec quelques améliorations cosmétiques.

Cela dit, nous l’avons observé lors du débat à onze, Macron était le seul candidat qui semblait capable d’une véritable écoute. Il prenait des notes, demeurait attentif, concentré et respectueux. Sa personnalité nous a séduit. Il émanait de lui un mélange de sérieux, de douceur et d’autorité. Le charme opérait. Et ce point est d’importance, car comme le notait Michael Balint : « la première chose que le médecin prescrit, c’est lui-même ». La rencontre avec une personnalité est en effet cruciale.

Bref, en profondeur, Macron ne résoudra probablement rien, mais nous le plébisciterons quand même pour des raisons sentimentales, sans illusions quant à ses résultats.

Et pour conclure, mais nous nous trompons sans doute, il nous semble que la France n’est plus guère transformable. Cette vieille nation paraît inapte au changement et son cas relève peut-être plus de la médecine palliative, que curative…

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