Propos recueillis par Daoud Boughezala et Frédéric Rouvillois

Causeur. Pierre Boutang ayant littéralement appris à lire dans l’Action française, en quoi cela a-t-il conditionné son rapport au roi comme figure de l’autorité ?
Stéphane Giocanti[1. Écrivain et historien de la littérature, Stéphane Giocanti vient de publier Pierre Boutang, Éd. Flammarion, 2016.]. Chez Boutang, l’image du roi se superpose affectivement à celle du père et à celle de Maurras – servir le roi et la France était pour lui une dette à l’égard de son propre père maurrassien appelé lui aussi Pierre Boutang ! L’intuition métaphysique s’ancre ainsi souvent dans les circonstances de l’existence. Si l’histoire personnelle de ce fils rend compréhensible sa théorie royaliste, on peut aussi l’interpréter comme une limite – que Boutang n’interroge pas vraiment. Mais ses Carnets inédits révèlent une inquiétude à propos de son destin : « Si mon père n’avait pas connu l’A.F. Pour lui. Pour moi. »
Ce lien excessif comparable à l’amour passion aura constamment laissé Boutang dans un état d’enfance : une très grande capacité d’étonnement et d’enthousiasme, mais aussi de vulnérabilité et de crainte.

Pour vulnérable qu’il fût, Boutang n’a jamais cédé aux sirènes du fascisme, à la différence de ses camarades d’Action française, Brasillach ou Rebatet. Comment l’expliquez-vous ?
La sensibilité chrétienne et une certaine idée du Pauvre, étaient déjà agissantes en 1940 lorsque Boutang détourna Maurice Clavel du doriotisme et l’amena au royalisme et à Maurras en personne. Son ancrage maurrassien contribua à détourner Boutang de la tentation fasciste ou totalitaire qui s’exerçait sur sa génération

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Partager