Au moment même où le pape Benoît XVI apprenait au monde qu’il renonçait au ministère pétrin, le Parti Communiste Français achevait son 36e congrès à Aubervilliers. On y a bien chanté l’Internationale, Pierre Laurent a bien été réélu secrétaire à 100% par le conclave des congressistes mais ce fut au milieu d’une foule qui brandissait les drapeaux du Parti en les noyant au milieu des bannières de la Gauche Unitaire Européenne et des étendards… LGBT.

Peut-être un peu plus symbolique, pour la première fois, les militants qui ont repris leur carte ont pu voir que la faucille et le marteau avaient totalement disparu au profit du sigle inodore et incolore de cette même GUE-NGL, le groupe où siège le PCF au Parlement européen en compagnie de Verts nordiques qui n’ont plus qu’un rapport très lointain avec le marxisme…

Il est vrai que cela faisait déjà quelques petites années que le vieux symbole bolchévique de l’alliance entre ouvriers et paysans était de plus en plus discret sur le carré de plastique rouge qui cette année ressemble à une carte de crédit pour Virgin Megastore, ce qui n’est pas forcément bon signe quand on sait dans quel état se retrouve cette enseigne culturelle.

Quel rapport entre les deux événements, nous demandera-t-on ? C’est sans doute qu’un certain nombre de communistes auraient envie en ce moment de trouver pour leur parti l’équivalent de ce que fut le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi nommé par Jean Paul II et qui entama à ce poste, avant de devenir Pape, un resserrage des boulons théologiques tout en définissant une série de bornes qu’il ne fallait pas ou plus dépasser sous peine de perdre son identité.

C’est qu’il y a entre l’histoire récente de l’Eglise catholique et celle du PCF des analogies de forme et de fond. Se moderniser ou périr a été le mot d’ordre de Vatican II comme celui de la mutation enclenchée par le catastrophique Robert Hue. D’un côté, l’abandon de la messe en latin et les curés en jeans,  le sacrement de réconciliation à la place de la confession, de l’autre des communistes qui délaissaient toute référence au léninisme au congrès de Martigues en 2000 en même temps qu’ils se transformaient insensiblement en annexe beigbédérisée de la sociale-démocratie. Oui, pour les plus anciens d’entre vous, il faut savoir que c’est Frédéric Beigbeder qui s’occupa de la communication du PCF à l’époque de Robert Hue et de sa campagne présidentielle de 2002 (3% et des poussières…). Car Beigbeder trouvait les communistes tellement sympas et  tellement sincères, et puis c’était aussi un créneau original et inattendu pour quelqu’un qui meurt si par hasard il n’est plus à la mode.

Tout le problème est que le PCF, enfin Hue et son équipe, ait pu trouver que Beigbeder pouvait être un plus, comme si un publicitaire allait régler les problèmes rencontrés par le PCF depuis qu’il s’était fait croquer par Mitterrand, avait connu une grosse crise d’identité avec la chute du Mur et une participation désespérante à la gauche plurielle façon Jospin qui s’essayait déjà au social-libéralisme.

Or, l’Eglise comme le PCF n’ont pas à être modernes, ni sympas. Ils ont une foi à préserver et une doctrine à mettre en œuvre. Les croyants ou les militants ont besoin de repères forts, de se retrouver autour de dogmes et de symboles inscrits dans une histoire. Ça ne plaît pas aux modeux, aux médiatiques, à un électorat jeune et diplômé; et alors ? On ne force personne en France, que je sache, à être catholique ou communiste, à croire dans la communion des saints ou le matérialisme historique, la virginité de Marie ou la lutte des classes.

Mais la pression est telle que ces deux vénérables institutions qui ont trouvé leur force et leur rayonnement historique dans la préservation de la pureté de leurs idéaux originels, si voisins quand on y réfléchit et qu’on a lu les Actes des Apôtres, se croient obligées de « s’ouvrir sur la société », quitte à se faire bouffer par cette dernière. Entendons-nous bien, le militant communiste et le croyant sont bien entendus engagés, ou devraient l’être, dans la Cité pour prêcher et convaincre. Mais sans rien renier de leur identité, sans rien cacher de ce que suppose un engagement à leur côté.

Benoît XVI, quitte à déplaire en passant pour un abominable réactionnaire, l’avait compris. L’Eglise tient un discours sur le monde, ce discours convient ou pas mais c’est celui auquel le catholique doit se conformer. Le Parti Communiste, qui avait retrouvé des couleurs avec le Front de gauche, semble repris par ses démons de modernisation et sa gêne  d’avoir été ce qu’il a été. Pierre Laurent a ainsi parlé d’un « communisme nouvelle génération », formule un peu creuse à vrai dire… Surtout quand on sait que c’est dans les JC (Jeunesses communistes, pas Jésus-Christ), lors des débats préparatoires au Congrès,  que se sont fait entendre les plus fortes contributions « identitaires » au débat. « Nouvelle génération », comme si de vilaines forces conservatrices empêchaient la vieille maison de se transformer en une force progressiste comme une autre, européenne et bien sûr féministe, écologiste, gay-friendly et tout le toutim.

Il paraît que Joseph Ratzinger est libre le 28 février.  Il y en a, au PCF, qui préféreraient plutôt ses conseils à ceux de Beigbeder, en matière de rénovation par la tradition…

*Photo : Tophee__

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