Après le Mali, où il fut acclamé en libérateur, M. Hollande a sans doute éprouvé un vertige de puissance. Il sentait encore le sable chaud, peut-être la poudre, il voyait devant lui, au lieu de la grisaille parisienne, une vaste étendue lumineuse, aveuglante par instants ; le chant du désert lui rapportait les exploits de François l’Africain et de Hollande d’Arabie. Il éprouvait la mâle assurance des guerriers vainqueurs, de retour des pays « compliqués et lointains ». Bref, on attendait Hannibal, et l’on eut… Fernandel.

Un fait, anodin cependant, nous avait mis la puce à l’oreille : une ministricule, connue uniquement de son chef de cabinet et de quelques membres de sa famille, mais ignorée de son administration même, et, bien sûr, de toute la population, avait évoqué auparavant le renoncement de Benoît XVI, sur le mode mêlé de cynisme libéral-libertaire et de plaisanterie boulevardière et anti-cléricale, si prisé dans les congrès des libres-penseurs et autres socialisants qui se déboutonnent à la fin des banquets pour la plus grande joie de leurs rougeauds convives. Mme Delaunay – c’est son nom -, saisie de la fureur du tweet, se risqua à commenter la décision du Pape : « Je dois bien reconnaître que, à tort ou à raison, Benoît XVI a omis de me consulter avant de prendre sa décision ». On entendait les rires et les applaudissements de ses collègues, au conseil des ministres.

On avait donc eu cet avertissement de la part de l’employée de maison, qui préparait en quelque sorte la saillie de son patron, devant les journalistes, et en présence de Goodluck Jonathan, président du Nigeria. Il avait préalablement qualifié d’“éminemment respectable” la décision du Pape. Pressé de questions, il eut cette précision prudente : « Nous devons laisser l’Eglise catholique déterminer comment elle entend organiser cette succession ». Jusque-là, il se comportait en primus inter pares. Mais sa nature profonde prit l’avantage, et l’on vit tout soudain surgir l’animateur du Parti socialiste, qui allait de table en table, rapporter la dernière bonne histoire. La silhouette bonhomme et prospère de M. Petite Blague jaillissait de sa boîte à ressort. C’est ainsi que François Hollande crut amusant d’ajouter : « Nous ne présentons pas de candidat ».

Personne n’a ri ; on sait depuis six mois que la réalité française ne ressemble pas aux fantasmes des socialistes. Peu importe, il paraît que M. Hollande dispose d’une collection inépuisable de blagues Carambar…

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