Je ne sais pas ce qui m’arrive, moi le communiste, moi qu’André Sénik voit avec des tee-shirts nord-coréens sous mes chemises Brooks et des bustes de Staline près de mes Pléiade de Céline, mais voilà que j’aime de plus en plus les papes. Les deux derniers notamment.
Jean-Paul II, bon, on a vite vu qu’il était missionné par Dieu pour en finir avec le bloc de l’Est et qu’il y a remarquablement réussi. Il a rendu un grand service : grâce à lui, plus ça va aller, plus ce qu’Alain Badiou appelle l’hypothèse communiste retrouvera une nouvelle actualité, un peu partout et notamment dans la jeunesse. Mais, comme disait l’autre, chacun sait que « le communisme est la jeunesse du monde. »
Jean-Paul II, comme en atteste quelques unes de ses encycliques, avait également prévu, sans doute dans un second temps, de se retourner contre la mondialisation qui a mis l’homme au service de l’économie et non l’économie au service de l’homme, mais le temps lui a manqué.
Il n’empêche que dans ce monde paradisiaque du capitalisme financiarisé que me laisse, à moi et aux générations futures, dans son immense bonté, André Sénik comme horizon indépassable, à part les communistes et l’Eglise, il n’ y a plus grand monde pour critiquer. Comme les communistes sont encore pour la génération de monsieur Sénik des genres de négationnistes qui ne valent pas mieux que les nazis et qui bénéficient inexplicablement de la loi Gayssot (en même temps Gayssot était communiste, tout s’explique…), il ne reste plus que l’Eglise catholique et romaine pour demander qu’une certaine dignité de l’homme soit respectée dans le travail et que cela ne signifie pas forcément les prodromes de nouveaux goulags.
Benoit XVI, par exemple, avait été très clair dans son encyclique  Caritas in veritate : « Là, les politiques d’équilibre budgétaire, avec des coupes dans les dépenses sociales, souvent recommandées par les Institutions financières internationales, peuvent laisser les citoyens désarmés face aux risques nouveaux et anciens. Une telle impuissance est accentuée par le manque de protection efficace de la part des associations de travailleurs. L’ensemble des changements sociaux et économiques font que les organisations syndicales éprouvent de plus grandes difficultés à remplir leur rôle de représentation des intérêts des travailleurs, encore accentuées par le fait que les gouvernements, pour des raisons d’utilité économique, posent souvent des limites à la liberté syndicale ou à la capacité de négociation des syndicats eux-mêmes. »
Oui, Benoit XVI, pas le dernier discours de Pierre Laurent à la Fête de l’Huma. Heureusement, d’ailleurs, car si c’était un communiste qui avait écrit cela, il se serait évidemment attiré les foudres des anciens staliniens devenus néoconservateurs et wilsoniens bottés, ces Pangloss qui ont décidé de faire payer leurs erreurs en trouvant inattaquable, splendide et adorable notre monde tel qu’il ne va pourtant pas très bien.
Et puis le Pape François, maintenant. Et ces JMJ brésiliennes qui sont un immense succès. Le hasard a fait que le 17 juillet, dans le TGV Lille Roissy, j’ai eu pour voisin un tout jeune homme, très grand et très rond, éminemment sympathique. Il partait au Brésil. Il y avait dans sa voix de la fierté et de l’enthousiasme. Il parlait de fraternité, d’amour, avec une innocence et une sincérité qui m’ont rappelé mes camarades des JC. J’avais du mal à imaginer, si ça se trouve, qu’il avait manifesté contre le mariage pour tous quelques semaines plus tôt. J’avais tout de même l’impression que ses préoccupations étaient ailleurs, qu’il devait trouver plus exaltant l’internationalisme de la Foi sur la plage de Copacabana que le défilé franco-français d’une droite qui n’a rien digéré depuis 89. En tout cas, le garçon en question, il avait un idéal : la preuve il n’avait pas d’Ipad. Seulement la Bible et Lonely Planet qui dans un cas comme dans l’autres sont deux excellents guides.
Et c’est à ce garçon que j’ai pensé quand j’ai entendu parler le pape François, le dernier jour, à lui mais aussi à mes camarades et puis à tous les Indignés de ce monde car il me semble qu’avoir la Foi, comme l’avait ce jeune homme, c’est d’abord une indignation en même temps qu’une profonde espérance. Ce pape jésuite (ah les jésuites du Paraguay et leur Missions indiennes, expérience communiste attaquée par les esclavagistes portugais) a conclu : « Je vous demande d’être révolutionnaires, d’aller à contre-courant ; oui, en cela je vous demande de vous révolter contre cette culture du provisoire, qui, au fond, croit que vous n’êtes pas en mesure d’assumer vos responsabilités, que vous n’êtes pas capables d’aimer vraiment… »
« Je vous demande d’être révolutionnaires »… En ce qui me concerne, Pape François, pas de problème…

 

*Photo: Catholic church, England

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