C’était une fille superbe, une fille gironde, et malicieuse. Dans ses yeux, brillait l’ironie rehaussée de gourmandise de ces cousines de la campagne, qui rapportent aux petits garçons des villes, avec force détails, ce que le taureau fait à la vache, puis les entraînent derrière la grange pour jouer au docteur…  Bernadette Lafont est morte le 25 juillet. On ne demandait pas que le monde s’arrêtât, ni que les socialistes de pouvoir devinssent modestes et compétents, mais on aurait souhaité un hommage de sympathie[1. À France culture, par exemple.] à cette comédienne délicieuse, qui voulut très tôt avoir sa photographie dans Paris Match, afin que son père, qu’elle adorait, et qui vouait un culte aux célébrités, pût l’afficher fièrement dans la pharmacie familiale. Inutile d’énumérer la liste de ses films : son talent, s’il servit parfaitement la « Nouvelle vague », la rendait apte à jouer tous les rôles. Son dernier film, Paulette, où elle est adorablement déraisonnable, avait rencontré un grand succès. Mais, de la grande famille si unie du cinéma, on les compta sur les doigts de la main, les membres qui vinrent la saluer une dernière fois, à Saint-André-de-Valborgne (Gard), où eurent lieu ses obsèques. Jean-Pierre Mocky, qui était présent, s’attrista et s’irrita de cette désertion : « Même si Bernadette était quelqu’un de solitaire et indépendant, le cinéma devait être là […] Or, l’équipe de son dernier succès n’est même pas venue. […] Décidément, il ne faut pas mourir en juillet ! » (propos rapportés par Le Midi Libre).
Ce dernier salut d’un corsaire à la « fiancée du pirate »[2. La fiancée du pirate, de Nelly Kaplan, où Bernadette consomme une vengeance très froide (1969).], sauve l’honneur de la profession.

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