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Rentrée littéraire: vous ne passerez pas à côté de Sarkozy!

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Le dernier bouquin de Sarko se vend bien. Nous l’avons lu pour vous. On y apprend que l’ancien président déteste les conservateurs.


Il fut un temps où les monarques présidentiels prenaient soin de mourir peu de temps après la fin de l’exercice de leur mandat… À défaut de respecter tout à fait la phrase rituelle « Le roi est mort, vive le roi », Charles de Gaulle et François Mitterrand, pas insensibles à la question royale durant leur jeunesse, s’éteignirent l’année qui suivit leur départ de l’Élysée. Georges Pompidou, qui avait un jour cité Maurras devant les élèves de Sciences-Po, décéda, lui, en plein exercice présidentiel. Depuis, l’allongement de l’espérance de vie, le quinquennat, l’élection de présidents de plus en plus jeunes, la limitation des mandats présidentiels (qualifiée dernièrement de « funeste connerie » par le président Macron), les difficultés des présidents à se faire réélire, tout cela a contribué à l’accroissement du nombre d’anciens chefs de l’État encore en vie et en grande santé. Pour s’occuper, Nicolas Sarkozy, par exemple, « donne » des conférences à travers le monde, participe au conseil d’administration des hôtels Accor et surtout, il avance dans l’écriture de ses mémoires. Difficile, en cette rentrée, de passer à côté de l’ancien chef de l’État, dont la tête apparait à l’arrière des bus, sur les étals de la FNAC, à la manière d’un Bachir Gemayel dans le Beyrouth-Est des années 80, avec la sortie du Temps des combats (Fayard), qui répond au Temps des tempêtes (a priori, il n’y a de contrepèterie entre les deux titres).

Imaginons la France d’après

L’ouvrage, qui revient sur les années 2009-2011, cartonne. D’après Le Point, il s’en est écoulé 24 000 exemplaires en une semaine depuis sa sortie. La Baule, Port Leucate, Biarritz, Arcachon, Saint-Raphaël : l’ancien président a pour l’instant fait la tournée des stations balnéaires chics pour rencontrer ses lecteurs. Voilà de quoi nous remettre dans l’ambiance des années Sarkozy, époque de grande passion politique, à la fois chez ses partisans mais aussi chez ses adversaires.

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Il faut un effort de mémoire pour tout à fait se souvenir de ce que fut le moment Sarkozy. A l’instar d’un vieux téléphone Nokia, dégainé comme un indice d’ultra-futurisme dans les films de la fin des années 90 mais qui apparaît après rediffusion comme un gadget suranné, presque rigolo, le sarkozysme (et son slogan « la France d’après », digne d’un film de science-fiction) fait parfois l’effet d’un objet jadis à la pointe de la modernité mais auquel on finit par trouver un charme kitsch et désuet. Souvenons-nous : pendant cinq ans, ce fut un tourbillon quotidien d’idées, de déplacements, de transgressions, qui donnait le tournis. On a eu l’impression de se retrouver dans ce cartoon où un diable de Tasmanie tourbillonne sur lui-même et dévale à toute berzingue dans le bush australien, à grand renfort de borborygmes pas toujours audibles. La victoire de son successeur dut moins à son sensationnel charisme qu’au désir des Français, secoués de toutes parts, de sortir (un temps au moins) du train-fantôme.


2008 avait été la grande année du « un jour, une idée ». La crise russo-géorgienne puis la crise financière avaient donné au président sa dose d’adrénaline, son véritable moteur, sans lesquels il s’appesantissait dans les petitesses de la vie politique intérieure. Séisme d’Haïti, tempête Xynthia, printemps arabes, tsunami de Fukushima : la période immédiatement suivante ne fut pas exempte non plus de secousses et de tourbillons…

Distribution des bons et des mauvais points

On sent parfois que le livre a été écrit un peu rapidement. Toutes les tournures ne sont pas élégantes, par exemple : « Je devais annoncer une initiative politique forte pour tenter de reprendre l’initiative ».
Quand il écrit : « La période de la crise financière fut d’une rare intensité. J’étais littéralement par monts et par vaux », faut-il imaginer le président sortir du conseil des ministres et arpenter vraiment vallées, vallons et collines à la recherche de solutions ? 
Concernant le conflit israélo-palestinien, il se mouille : « À ceux qui trouveront mon propos irréaliste ou idéaliste, je répondrai qu’il y a tout à gagner dans la paix et tout à perdre dans la guerre ». Des propos qui pourraient inspirer la prochaine Miss France !

La lecture du Temps des combats offre moins une vision intelligible de cette période historique et une compréhension des arcanes du pouvoir qu’une distribution des bons et des mauvais points. Le quasi-adoubement de Gérald Darmanin a déjà été beaucoup commenté : il est vrai que le spectacle d’un ministre de l’Intérieur jouant sa partition dans la majorité pour préparer le coup d’après nous ramène tous vingt ans en arrière. Laurent Wauquiez, lui, a droit à une appréciation digne d’un carnet de notes : « [je l’]ai toujours considéré comme le plus brillant de sa génération. Je n’ai pas changé d’avis. À lui maintenant de savoir se mettre en danger en sortant de sa zone de confort. Il le peut s’il le veut ».

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Pendant ces années, à l’international, Obama, très soucieux de ne prendre aucun risque qui égratignerait son image, et qui avait fait le forcing pour que l’UE accepte la Turquie en son sein, n’a pas laissé une très grande impression au président français. Quant à Angela Merkel, sa tiédeur et son conservatisme contrastaient avec l’agitation sarkozyenne. Mais finalement, le binôme a su constituer un tandem au moment de la crise des dettes souveraines. Étrangement, dans le monde, Sarkozy s’est trouvé surtout à l’aise avec la gauche, en tout cas avec les Britanniques Tony Blair et Gordon Brown. Confronté à des socialistes français bloqués sur « des convictions de l’époque paléolithique » (plus tard dans l’ouvrage, il fait toutefois l’éloge des grottes de Lascaux, signe qu’il n’est pas totalement hostile aux hommes préhistoriques !), Sarkozy peut composer, une fois le Channel franchi, avec des travaillistes modernes, « plus à droite » que lui en économie. Il est vrai que le sarkozysme fut un bougisme, pour ne pas dire un agitationisme : lui-même ne cache pas son « besoin irrépressible de mouvement, de voyages, de découvertes ». Peu de termes sont plus péjoratifs dans le vocabulaire de Sarkozy que celui de « conservatisme », associé notamment aux syndicats, à la bureaucratie et à la gauche en général.
Parmi les figures internationales les plus appréciées, figure aussi le président brésilien Lula, avec lequel la France mit en place des coopérations. L’occasion de faire l’éloge d’une personnalité politique expérimentée revenue aux commandes après des démêlés avec la justice. Toute ressemblance avec l’ancien président français serait purement fortuite…

Des porte-flingues flingués

Il y a un paradoxe Sarkozy. Phénomène apparu à la fin de l’ère Chirac, le sarkozysme offrait une double promesse : secouer une vieille droite endormie, pleine de tabous ; et affronter la gauche, éloignée du pouvoir depuis le 21 avril 2002 mais qui avait gardé de puissants relais dans la culture et les médias, et donc, de phénoménales capacités de nuisance pour le pouvoir en place. Sarkozy avait fait son compte à la vieille droite chiraquienne en 2007 mais il restait à cette dernière, à travers Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé, critiques notamment au moment du débat sur l’identité nationale, quelques beaux restes. Ceux-ci, avec le temps, avaient constitué une sorte de « gauche bis » : « Le pire était qu’ils pensaient sincèrement ce qu’ils disaient. La gauche avait réussi à les intoxiquer plus profondément qu’ils ne l’imaginaient eux-mêmes ». Quant à la gauche, elle est brocardée toutes les cinq pages, avec des mentions spéciales pour Ségolène Royal et François Hollande. Concernant Hollande, Sarkozy ne semble pas s’être remis d’avoir perdu contre un adversaire aussi médiocre à ses yeux. On se demande contre quel opposant la défaite eût été plus flatteuse ; peut-être aucun : même DSK ne trouve pas tellement grâce à ses yeux.


L’ancien président a assumé une confrontation pleine et totale avec la gauche, ce qui avait le don de mobiliser ses supporteurs survoltés. Certaines phrases du livre, notamment sur les profs grévistes et syndiqués, semblent d’ailleurs écrites pour casser l’applaudimètre d’un meeting à Nice ou à Perpignan. Et en même temps, il y a eu chez Sarkozy un désir de reconnaissance de la part de la gauche, et surtout de la gauche culturelle, désir qui s’est exprimé au moment de la nomination de Marin Karmitz à la tête du Conseil de la création artistique par exemple, de Philippe Val à la tête de France Inter ou lors de la défense de Roman Polanski (défense qui avait irrité à l’époque la base électorale de droite). Sans compter la nomination de Frédéric Mitterrand à la Culture, prise de guerre symbolique complètement assumée par Nicolas Sarkozy. Ce désir de prendre le large avec la gauche culturelle semble s’expliquer parfois par la compagnie gênante de quelques soutiens. Sarkozy n’est pas tendre avec ses porte-flingues les plus fidèles de jadis. De Frédéric Lefebvre, il dit : « il est vrai qu’il n’était pas réputé pour sa particulière finesse d’analyse ». Quant aux époux Balkany, « il y avait beaucoup de gentillesse et d’affection, mais aussi une habitude à parler d’abord, à réfléchir ensuite » ; version moderne du « je n’aime pas dire du mal des gens mais effectivement elle est gentille ». Plus globalement, la famille gaulliste est dépeinte comme sujette à des sautes d’humeur et des réactions épidermiques, mais que l’on peut calmer et rassurer facilement, comme des grands enfants.

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La manie d’attaquer ses têtes de turc favorites (François Hollande, François Bayrou, et dans son camp, Jean-Louis Debré, Jean-François Copé et Jean-Pierre Raffarin) donne là encore au livre un côté cartoon, avec des « méchants » récurrents et un peu ridicules qui constituent de vrais running gags. Sarkozy cite abondamment les commentaires de ses adversaires de l’époque, ainsi qu’une presse totalement hostile, du Nouvel Obs à la presse régionale. Écrire une énormité contre Sarkzoy donne l’occasion d’être un jour cité dans ses mémoires : alors, pourquoi ne pas tenter sa chance ?

Avec un recul de plus de dix ans et des passions redescendues, il faut reconnaître à l’ancien président d’avoir voulu secouer le cocotier d’un pays endormi par les fins de règne des rois fainéants précédents. On saura lui reconnaître un certain goût du risque, de la transgression, qui est plus méritoire que la mollesse, l’immobilisme et la grosse ruse de son immédiat successeur.

Le temps des combats

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«Nos enfants ne sont pas en sécurité à l’école»

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Près d’un enfant sur 2 est victime de la violence ou du harcèlement à l’école, selon SOS Education / Ifop. Pour les enfants scolarisés en REP, la situation est encore plus alarmante. Sur RTL hier, Élisabeth Borne a affirmé qu’elle présenterait un plan contre le harcèlement scolaire à la fin du mois.


Causeur. Près de la moitié des parents d’élèves (48 % !) rapporte qu’au moins un de leurs enfants a été victime d’une forme d’agression physique, verbale ou sexuelle, au cours de l’année scolaire 2022-2023, selon l’étude que vous publiez en cette rentrée. Mais de quoi parle-t-on exactement? 

Sophie Audugé. Il s’agit des faits de violence concernant leur enfant, survenus pendant l’année scolaire 2022/2023 et dont les parents ont été informés. Ces chiffres sont sans doute sous-estimés, car nous savons qu’une partie de ces violences se déroulent sans que les parents ne le sachent. La violence entre mineurs a atteint de telles proportions et a occasionné tant de drames que nous avons voulu recueillir, pour cette édition, des données du terrain sur les agressions que subissent les enfants à l’école. Nous avons tenu à distinguer cinq actes de violence dont les élèves peuvent être victimes: une agression verbale, un harcèlement, une agression physique, la dégradation d’un bien, une agression sexuelle. Nous imaginions bien qu’un nombre important d’enfants seraient concernés, mais pas au niveau de ce que dévoile l’étude. Par ailleurs, nous n’avions pas anticipé une différence aussi marquée entre les établissements en zone prioritaire et les autres. L’ampleur du phénomène de violence qui sévit dans les écoles, collèges et lycées des réseaux d’éducation prioritaire, est particulièrement alarmante. En effet, si la moyenne générale des enfants ayant subi durant l’année scolaire, au moins un des cinq actes de violence que nous avons étudiés, est de 48%, soit près d’un enfant sur 2, ce taux atteint 68% en REP soit plus de 2 enfants sur 3
Et dans le détail, l’écart est encore plus préoccupant :

  • 63% des enfants scolarisés en REP ont été victimes d’un acte d’agression verbale, ils sont 32% hors REP,
  • 56% des enfants scolarisés en REP ont été victimes de harcèlement, ils sont 28% hors REP,
  • 51% des enfants scolarisés en REP ont été victimes d’un acte d’agression physique, ils sont 20% hors REP,
  • 57% des enfants scolarisés en REP ont subi la dégradation d’un de leurs biens, ils sont 18% hors REP,
  • 49% des enfants scolarisés en REP ont été victimes d’une agression sexuelle, ils sont 9% hors REP.

Il y a une urgence absolue à lever le voile sur les non-dits en matière de violence en milieu scolaire. Et particulièrement en réseau d’éducation prioritaire.

Quelles sont les remontées que vous avez de votre côté? 

Elles sont nombreuses, mais ce n’est pas nouveau. Nombreux sont les professionnels, les spécialistes, les personnels de l’éducation, les parents qui alertent depuis des années. Le suicide de Lindsay et le cri d’alarme lancé par sa maman, a brisé le cœur de toute la France. La réalité est sombre. La violence ne cesse de croître en intensité et en quantité. La seule chose qui baisse, ne va pas dans le bon sens, car c’est l’âge des enfants concernés. Dès la maternelle, désormais, les personnels et les parents font face à des actes d’une violence inouïe, impensable à cet âge. Primaire et collège sont les périodes où les violences sont les plus importantes. Les chiffres du ministère de l’Intérieur montrent parfaitement ce phénomène de violence de plus en plus tôt, de plus en plus gratuite, de plus en plus banalisée. De nombreux spécialistes des enfants violents, constatent une déshumanisation, un manque d’empathie. Ces jeunes violents ne montrent aucune forme de regret, ils évoluent en totale impunité car ils savent qu’ils ne seront pas sanctionnés. Ce qui se passe dans la société est entré dans l’École, et les gouvernements successifs n’ont rien fait. Voilà le résultat, nos enfants ne sont pas en sécurité à l’école. Et en dehors c’est encore pire. Avec les réseaux sociaux cela ne s’arrête plus à la porte de l’établissement. 

Sophie Audugé, déléguée générale de SOS Éducation.

Quand un enfant est confronté à ce type d’évènement, que doivent faire les parents? 

Ils doivent immédiatement informer le principal et l’enseignant référent. Ils doivent demander que la situation soit prise en charge avec un plan d’action concret. Ils doivent exiger que l’information soit transmise à l’équipe pédagogique et remontée au rectorat. Ils doivent formaliser les échanges avec l’établissement scolaire, pour avoir des traces écrites. Quand les faits de violence sont avérés, des sanctions doivent impérativement être prises à l’encontre de l’agresseur, sa famille doit être informée et des mesures éducatives doivent être engagées pour qu’il prenne conscience de la gravité de ses actes. La victime doit être entendue pour évaluer le traumatisme subi et la nécessité d’un accompagnement thérapeutique par des professionnels de la santé psychique. Les agressions subies dans l’enfance sont des stigmates qui ne doivent pas être pris à la légère, ils peuvent aider à grandir s’ils sont considérés et reconnus, mais ils peuvent aussi détruire s’ils sont niés. Il faut entourer l’enfant, lui parler et l’écouter. Enfin, il faut vérifier si l’agression s’inscrit dans un contexte de cyber harcèlement ; et si c’est le cas, engager les recours nécessaires.

Est-ce que l’Education nationale a bien pris la mesure de ce problème d’ensauvagement de l’école, et que propose le ministère pour y mettre fin?

Manifestement l’Éducation nationale n’a pas pris la mesure du problème. Dans la majorité des cas, les parents expriment que l’administration n’a pas bien géré la situation de violence dont a été victime leur enfant. Plus globalement, 72 % des parents considèrent que la sécurité dans les établissements scolaires s’est détériorée, chiffre en croissance de 11 points en neuf ans.  En revanche, je ne parlerai pas d’ensauvagement de l’école. Il y a une violence endémique dans nos sociétés. Elle est banalisée en France. Mais je réfute cette formule «choc» du gouvernement. Cette sémantique vise à laisser croire que le phénomène est récent et que le gouvernement en sera le sauveur. C’est faux. L’école n’est pas ensauvagée, l’école ne remplit plus son rôle d’instruction, de sécurité, et d’exemplarité en matière d’autorité et de respect. L’école n’est pas ensauvagée, elle est faible. C’est la faiblesse de nos dirigeants, qui se retrouve dans l’école et qui met en danger élèves et professeurs. Faire porter la responsabilité sur d’autres facteurs ou d’autres personnes est malhonnête intellectuellement. Comme le dit un éminent pédopsychiatre spécialiste des enfants violents « ils ne deviennent pas violents à leur majorité ». Ce sont des mineurs violents qui n’ont pas été sanctionnés et dont la violence a pu prospérer dans l’école.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Abaya: culturel ou cultuel, on l’a dans le luc!

Concrètement, le ministère ne propose pas grand-chose si ce n’est des programmes très compliqués, impliquant moult acteurs et administrations, en gros une énième usine à gaz. Quant à la multiplication du modèle du grand frère, avec les élèves-référents, par exemple pour le harcèlement, il me semble inapproprié et cynique. Enfin ! À l’école, les élèves sont là pour apprendre, pas pour faire respecter l’ordre, les valeurs de la République, ou je ne sais quoi encore. Personne ne doit les détourner de ce pourquoi ils sont là : apprendre et créer des amitiés.  Il est en vérité assez diabolique de déresponsabiliser les adultes pour responsabiliser les élèves. C’est à l’institution scolaire de protéger ses élèves, et pas le contraire. 

C’est déjà la 6e rentrée scolaire avec Emmanuel Macron aux commandes de la France. A vous entendre, concernant l’enseignement, c’est un élève médiocre ! Aujourd’hui, il nous promet le retour de l’autorité à l’école. Mais, toujours selon vos chiffres, 69 % des Français n’ont pas confiance dans la capacité du gouvernement à résoudre les violences à l’école. Quant au niveau, 68% des parents d’élèves n’ont pas non plus confiance en l’exécutif actuel pour y remédier… Partagez-vous le manque d’enthousiasme de cette large majorité de citoyens, quant à l’incapacité du pouvoir actuel à sortir l’école de l’ornière?

Le manque d’enthousiasme d’une large majorité de parents vous voulez dire ? Car les données du Baromètre IFOP/SOS Éducation sont les résultats d’une enquête d’opinion auprès de parents ayant au moins un enfant scolarisé en primaire ou secondaire dans l’année. C’est ce qui en fait l’intérêt puisqu’ils savent de quoi ils parlent. Ils font l’expérience de notre système éducatif quotidiennement pour leur(s) enfants(s). Ils ne parlent pas en l’air, ils ne sont pas dans le théorique. Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas partager cette vision. Bien sûr, si vous n’avez pas d’enfants… ou si vos enfants sont scolarisés dans des écoles privées qui sont parvenues à les préserver de cette dégradation généralisée de l’autorité et du niveau d’instruction… ou si vous êtes dans l’enseignement et que vous prenez le relais à la maison pour refaire le programme à vos chérubins…  cette défiance peut vous surprendre. Mais, si vous faites partie des 70% de parents qui subissent la déliquescence du système scolaire français, vous partagez certainement ce sentiment d’un terrible gâchis et d’une impuissance institutionnelle coupable. Surtout, la situation ne cesse de se détériorer. En six années de présidence d’Emmanuel Macron, malgré un ministre de l’Education nationale resté en poste cinq ans, sans même parler du passage éclair de Pap Ndiaye, aucune amélioration n’est perçue. L’impression générale est qu’on détricote et re-tricote sans cesse, pour aucune avancée visible. C’est le mythe du linceul de Laërte, mais on attend toujours l’arrivée d’une figure dévouée à la cause, sans ambition politique, qui aura le courage de relever l’école française pour la remettre à son meilleur niveau.

Le remplacement du ministre woke Pap Ndiaye, par Gabriel Attal, vous a-t-il réjoui ? 

Je n’ai pas les moyens de me réjouir ou pas. Pour cela, il faudrait déjà connaître le projet du gouvernement. Sans cela, comment avoir un avis sur la capacité du ministre choisi de le mener à bien. Emmanuel Macron s’est présenté à l’élection présidentielle sans programme pour l’École. C’est d’autant plus problématique que tous les autres candidats en avaient élaboré un. La plupart avaient de très bonnes propositions. Ils partageaient le constat et l’urgence d’agir. C’est d’ailleurs un autre constat intéressant du Baromètre IFOP/SOS Éducation que nous publions aujourd’hui. Sur de nombreux sujets la position des parents d’élèves est transpartisane.

Par exemple sur la proposition de « Rétablir l’autorité des enseignants et appliquer les sanctions prévues par le règlement intérieur de l’établissement aux élèves perturbateurs ou négligents », elle obtient l’adhésion de 98% des partisans des Républicains et de ceux du RN, et elle rassemble aussi  97% des partisans d’EÉLV, 96% de ceux de « Renaissance » et 84% des LFI. Pour la mesure « Rétablir la possibilité de redoublement à partir du collège pour les élèves n’ayant pas le niveau pour passer dans la classe supérieure » tous sont dans un mouchoir de poche puisque la mesure est plébiscitée par 96% des partisans du RN, 95% de ceux d’EÉLV, 94% de « Renaissance », 90% des LFI et des Républicains. Il en est de même de la proposition de « responsabiliser financièrement les parents et les élèves dans les cas de dégradations ou d’actes de violence physique ou psychologique commis par un élève » : 99% des Républicains sont pour, comme 98% des partisans de « Renaissance », 94% de ceux du RN,  90% d’EÉLV,  83% de LFI.

A lire aussi, Camille Laurent: Kamasutra scolaire

La vraie question demeure :  quel est le projet politique pour l’École française du président Emmanuel Macron? Pourquoi est-il passé de Jean-Michel Blanquer à Pap Ndiaye puis maintenant à Gabriel Attal? Comment des profils si différents ont été choisis, à quelles fins? Ces trois choix ne peuvent pas s’inscrire dans la continuité d’un même projet pour l’École avec pour préoccupation primordiale l’intérêt supérieur de l’enfant et son instruction. C’était peut-être moins le cas concernant Jean-Michel Blanquer, mais il ne fait aucun doute que Pap Ndiaye et Gabriel Attal sont des choix politiques. Pap Ndiaye marquait un pas vers LFI, quand Gabriel Attal s’inscrit comme opposant aux ambitions politiques de Gérald Darmanin. Il semble que l’École, les enfants, les professeurs, tiennent une bien maigre place dans tout cela.

Les abayas et qamis grotesques d’élèves musulmans seront interdits lors de cette rentrée scolaire 2023. Néanmoins, sur les réseaux sociaux, les entrepreneurs identitaires de l’islam rivalisent de conseils pour inciter des jeunes filles à défier les chefs d’établissement et notre précieuse laïcité. Craignez-vous une rentrée agitée sur ce point ? L’immigration de masse pose-t-elle un problème structurel à l’école française?

Je suis désolée mais compte tenu de la formulation de votre question je suis obligée de préciser que je ne m’associe pas à l’adjectif «grotesques» que vous utilisez pour qualifier les abayas ou les qamis. Si votre question porte sur le sens de ces tenues quand elles sont portées à l’école, Gabriel Attal a raison de dire que les élèves «testent» l’institution. Les chiffres d’atteinte à la laïcité par le port de ces tenues sont parlants puisque qu’ils sont en très forte augmentation à trois moments précis de l’année :  la commémoration de l’assassinat de Samuel Paty, le Ramadan et l’Aïd. Cette attitude, à ces moments-là, démontre de la part des élèves, une volonté de marquer leur appartenance religieuse. En ce sens, elles n’ont pas leur place à l’École publique qui est laïque comme l’État français. Cette clarification de la part du ministre de l’Éducation nationale fraîchement nommé est salutaire et il est regrettable que son prédécesseur ait abandonné ses personnels au milieu du gué. 

Capture BFMTV

Mais il ne faut pas se tromper et ne voir que l’arbre qui cache la forêt. Avec cette annonce, le gouvernement est parvenu à imposer aux médias son thème pour cette rentrée scolaire. Depuis des jours, toutes les rédactions disent qu’elles ne parleront que des abayas le jour de la rentrée. De quoi mettre de l’huile sur le feu inutilement. Une rentrée doit se faire dans le calme et la sérénité. Pendant que les médias louent la fermeté de Gabriel Attal et Emmanuel Macron sur le sujet de la laïcité, ils ne parlent pas du manque d’enseignants, des besoins de formation, de la baisse de niveau, de l’insécurité, de l’accueil des enfants en situation de handicap, des problèmes d’affectation… C’est peut-être aussi ce qui était recherché avec ce coup de com’.

Sur l’immigration, désolée mais cela n’entre pas dans notre champ de travail. Je peux juste rappeler que l’École de la République est laïque, gratuite et obligatoire. Elle ne choisit pas ses élèves. Elle accueille tous les enfants scolarisés en France quelles que soient leur religion et leurs origines sociales. C’est pourquoi il est si important d’y interdire les signes d’appartenance religieuse. Et c’est pourquoi les questions de politique intérieure n’ont rien à y faire. Le fléau de l’École, c’est qu’en abandonnant sa mission première qui est d’instruire, juste d’instruire tous les enfants, elle s’est dévoyée. Elle s’est perdue dans des combats idéologiques et politiques. Elle doit revenir à l’essence de ce qu’elle doit être. À nous de ne pas lui en demander plus.

Alors quelles seraient selon vous les trois mesures d’urgence à appliquer, pour commencer à reconstruire notre école républicaine publique? Par ailleurs, quelles sont les missions de SOS Education exactement, d’où viennent vos financements et quels objectifs avez-vous?

SOS Éducation a proposé 30 mesures pour relever l’École française qui sont à retrouver sur notre site internet. Je vous citerai donc les trois premières, qui sont : 1/ Augmenter le niveau d’instruction en primaire 2/ Refaire de l’École un sanctuaire 3/ Restaurer l’autorité des enseignements. Bien entendu ces trois mesures en imposent d’autres en cascade pour qu’elles puissent aboutir…

Les missions de SOS Éducation sont simples. Nous rassemblons tous les citoyens qui veulent agir avec nous pour améliorer le système éducatif français. Nous défendons une École qui instruit, qui respecte l’autorité parentale, qui soutient les professeurs dans leur mission d’instruction, qui s’oppose aux idéologies présentées comme des savoirs. Nous organisons des formations pour les enseignants et des conférences grand public avec des experts sur les enjeux éducatifs. Nous produisons chaque année un travail de décryptage des risques et des enjeux sur un grand thème d’actualité afin de protéger les enfants de l’entrisme idéologique qui sévit dans les écoles. Depuis 2019, en plus de lutter quotidiennement pour une école qui instruit, nous nous sommes opposés à l’interdiction de l’instruction en famille sous couvert de lutte contre le séparatisme, nous avons exigé l’interdiction de l’écriture inclusive à l’École, nous avons demandé le retrait de la circulaire Blanquer sur l’idéologie transidentitaire qui fait croire aux enfants qu’ils peuvent être nés dans le mauvais corps ; et cette année nous agissons pour protéger les enfants des dérives de l’éducation au plaisir sexuel dès le primaire.  

Concernant notre mode de financement, SOS Éducation a été créé en 2001 et n’a jamais touché un euro d’argent public. L’association est financée uniquement par des dons de dizaines de milliers de citoyens qui croient en notre travail et soutiennent l’existence d’une association indépendante de tout mouvement politique et religieux, 100% engagée pour la cause de l’enfant: son instruction et son éducation. En 2020 puis en 2022 l’administration fiscale a considéré de manière arbitraire que l’action de SOS Éducation n’entrait plus dans le champ des associations éducatives et nous a retiré le droit d’émettre un reçu fiscal à nos donateurs. Droit que SOS Éducation avait obtenu en 2002 avec le même objet social et les mêmes activités. Cela nous asphyxie financièrement, c’est le but. Mais cela démontre que nous sommes où nous devons être, c’est-à-dire, là où l’enfance et l’École sont en danger.  

Dans Causeur, la semaine dernière, nous racontions dans un article que, concernant l’éducation sexuelle, selon les progressistes, une « panique puritaine » s’emparerait de l’école, alors que les conservateurs sont inquiets à l’idée que la « théorie du genre » y devienne officielle. Suivez-vous ces questions?

Oui, nous suivons ces questions de près. Nous avons acquis une expertise dans ces deux domaines. J’ai d’ailleurs « commis » plusieurs tribunes pour votre magazine sur ces sujets. Sur le site internet de l’association, vos lecteurs peuvent trouver de nombreuses publications sur le phénomène trans identificatoire qui cible les enfants et ses dégâts chez les mineurs. Concernant l’éducation sexuelle, qui était une obsession de Pap Ndiaye, nous avons posé la question aux parents d’élèves dans cette 3ème édition du baromètre IFOP / SOS Éducation et leur réponse est sans détour : c’est NON. 

Les 70% de parents concernés par cette réponse seront contents d’apprendre que pour les progressistes (concept assez flou tout de même), ils sont puritains et en panique ! Je vais me permettre de répondre pour eux. En panique sans doute, puritains je ne crois pas. Si être progressiste consiste à défendre l’idée qu’il est dans l’intérêt de l’enfant de lui parler de masturbation, de fellation et de sodomie en primaire, je crains qu’il n’y ait rapidement plus beaucoup de progressistes en France. La réalité est ailleurs il me semble. Toutes les occasions sont bonnes pour détourner l’École de sa mission qui est d’instruire dans un cadre sécurisé. Ces soi-disant progressistes sont les ersatz des pédagogistes, idéologues, dont les dérives ont détruit l’école publique. Plutôt que d’assumer leur responsabilité dans le délabrement de notre système éducatif, ce qu’Emmanuel Macron a appelé lors de son dernier déplacement à Marseille « hypocrisie », ils préfèrent passer vite à autre chose en occupant le terrain avec de nouvelles lubies toujours plus absurdes. Le problème c’est qu’à la fin ce sont les enfants qui trinquent. 

Nous travaillons depuis des mois avec d’éminents spécialistes sur ce sujet important. La sexualité stricto sensus n’a pas à être abordée à l’École. Nous invitons les parents à la plus grande prudence en ce domaine. La prévention OUI – La sexualisation infantile NON.

La fabrique de l’enfant transgenre

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Elisabeth Lévy: « Éducation à la sexualité dès six ans? Le risque est l’endoctrinement des enfants »

Retrouvez notre directrice de la rédaction chaque matin dans la matinale de Sud Radio après le journal de 8 heures.

Macron veut « faire nation », mais en faisant semblant

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Le réel oblige Macron à parler une langue qu’il ne maîtrise pas. Le locataire de l’Élysée a beau dire, il reste le président du mondialisme heureux…


Emmanuel Macron n’a plus les mots, tant le réel lui échappe. Dans le Figaro Magazine du 4 août, le chef de l’État a soudainement découvert l’urgence de « faire nation », comme on fait la tambouille : un cache-misère semblable au « vivre ensemble » dont il dit pourtant « ne pas aimer le terme ».

Or, comment faire nation sous la tutelle d’un président qui défend la souveraineté européenne, le consommateur remplaçable, et qui récuse l’idée de préférence nationale ? Les progressistes de l’après-guerre se pensaient malins en s’affirmant « citoyens du monde ». Ils moquaient les ploucs attachés à leur patrie, leurs traditions, leurs morts. 

« Pétainistes ! », « Fascistes ! » : ces injures restent celles des perroquets du mondialisme heureux. Ils accablent ceux qui persistent à se réclamer d’une continuité historique et d’une défiance face à l’immigration musulmane de masse. Macron est de cette lignée hors sol :  il a voulu opposer universalisme et nationalisme, progressisme et populisme. Il se croyait porté par un mouvement de fond appelé à en finir avec les peuples enracinés et les nostalgies de la France sentimentale. Mais c’est une réaction inverse qui partout dans le monde se confirme, avec le réveil des nations et des souverainetés. Le réel oblige Macron à parler une langue qu’il ne maîtrise pas.


C’est pourquoi le recentrage présidentiel sur la nation est un leurre. Sa conversion fait écho à celle, aussi peu crédible, de Jacques Attali : après avoir fait l’éloge du nomadisme et de la société sans frontière, il affirme désormais, dans un entretien d’août à Livre Noir : « il y a clairement une demande générale de sauver l’identité française (…) Il faut à tout prix défendre la langue française et l’enseignement de la culture française ». Mazette ! Cela fait un demi-siècle que des lanceurs d’alerte enfoncent ces clous, en se faisant étiqueter « extrême droite » par les laborantins de l’homme technique et indifférencié. C’est Macron qui, le 28 août 2018 en visite au Danemark, récitait : « Le vrai Danois n’existe pas. Il est déjà européen. C’est vrai aussi pour les Français ». Faire nation ne veut rien dire dans la bouche de celui qui dit en même temps vouloir poursuivre « une politique de peuplement » et persiste à affirmer faussement, dans le même Fig Mag : « Nous avons toujours été un pays d’immigration et nous continuerons de l’être ». La France de Macron fait nation comme une pension de famille fait famille. Relire Bossuet : « Le propre de l’unité est d’exclure ». Une France éclatée est vouée à disparaître. Rien n’arrêtera son saccage tant que ses maltraitants resteront au pouvoir…


La suite des Carnets d’Ivan Rioufol est à lire dans le numéro de septembre de Causeur, disponible à la vente.

Abaya: culturel ou cultuel, on l’a dans le luc!

Avec un petit mot de trois syllabes, Gabriel Attal a occulté tout ce qui, dans l’École, pose problème. Il a aussi fragmenté l’opposition, marqué sa différence avec son prédécesseur, et s’est imposé comme champion de la laïcité pure et dure. Et si l’abaya était le petit doigt qui cache la forêt, se demande notre chroniqueur ?


A-ba-ya : sans doute les petites musulmanes qui s’enveloppent de sacs-poubelles ont-elles ainsi appris à déchiffrer le français en invertissant les syllabes du traditionnel b-a-ba. Parce qu’il s’agit bien d’une perversion de la culture française. Et même pire : il s’agit d’un déni de l’essence française.

Boucliers à fondamentalistes ou ados en crise ?

Que ce tissu informe soit cultuel ou culturel m’importe peu. Il y a longtemps que les musulmans jouent de l’ambiguïté, sous prétexte que les mosquées abritent aussi une bibliothèque — ce qui leur permet de déclarer comme « associations régies par la loi de 1901 » des groupes parfaitement sectaires. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il s’agit d’un vêtement communautariste importé d’un Moyen-Orient où le statut de la femme sort rarement du caniveau. Que des féministes ou des LFIstes défendent le voile et l’abaya donne une idée du mépris de la femme qu’ils développent inconsciemment. Sous prétexte de draguer les « nouveaux prolétaires », comme disait Terra Nova, quitte à sacrifier sur l’autel des ambitions électorales le prolétariat français, une certaine gauche française est prête à justifier les pires dérives religieuses. Qu’en aurait pensé Karl Marx, camarades ? Vous vous asseyez sur l’aliénation de donzelles prêtes à servir de bouclier à des fondamentalistes : ce n’est pas joli-joli.

A lire aussi, Noah Sdiri: Quand les progressistes creusent leur propre tombe

D’autant que certains musulmans ont le courage de dire la vérité. « Faire de l’abaya un simple « vêtement de mode » ou le mettre sur le compte d’une simple crise d’adolescence est nier par pur clientélisme qu’elle manifeste l’adhésion à un islam politique qui poursuit un projet politique dont l’invisibilité de la femme fait partie. Le nier est a minima de l’ignorance, au pire de la désinformation et de la manipulation. Au détriment des jeunes femmes françaises musulmanes. Il s’agit là tout simplement d’une stratégie entriste pensée par les Radicaux pour leur projet politique. » Ainsi s’exprime l’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, sur Twitter. Evidemment, les intégristes algériens l’ont immédiatement fustigé — preuve s’il en fallait que c’est bien d’une guerre que l’on parle.

Relisez la Constitution !

Le fait est que l’abaya (ou le voile, ou la qami, ou les babouches portées avec des chaussettes — une mode immonde qui fait fureur —, ou n’importe laquelle des défroques que des influenceuses subventionnées par des petits malins vantent sur les réseaux sociaux) est un vêtement communautariste. Et c’est sur ce point qu’il faut fonder son interdiction, non seulement à l’Ecole, mais dans tout l’espace public.

« La République est une et indivisible, laïque, démocratique et sociale » : c’est le premier article de la Constitution. Tout ce qui contrevient à cette unité est hors la loi. Communautariste, dans le langage révolutionnaire qu’affectionne Mélenchon, se dit « factieux ». Le Lider Maximo de la Canebière se rappelle-t-il ce que l’on faisait aux « factieux » sous la Convention ? On les divisait en deux parties inégales. Les factieux tombaient dans le panier de la bascule à Charlot.

D’autant que les gamines décervelées qui portent ces sacs sont françaises, et ne peuvent ignorer la loi française. Les extrémistes, tout comme les racailles qui dévastent régulièrement nos cités, sont français. Il faut leur appliquer la loi d’une nation « une et indivisible ».

Et de culture, il ne peut n’y en avoir qu’une, celle du pays et de la classe qui le dirige. Il n’y a pas de « culture jeune », ni de « culture musulmane » — pas en France en tout cas.

Qu’est-ce qu’un factieux ? C’est un individu qui cherche à fractionner la république. Les communautaristes ont la même ambition : créer des bantoustans islamiques, comme en Angleterre, et un jour (le Temps n’existe pas, pour une religion qui vénère un dieu incréé), réunifier le pays sous la bannière verte d’un islam unifié.

Puis régler les comptes.

Les ennemis ne respectent que la force

Ce n’est pas être islamophobe que d’écrire cela : c’est un fait. Une minorité d’activistes cherche à éparpiller la république façon puzzle. Le problème est que les musulmans qui n’adhèrent pas à cette volonté de conquête se taisent, dans leur immense majorité. Parce que c’est la peur qui est le principal levier de ces conquérants.
Eh bien, il faut que la peur change de camp. Nous n’avons pas à respecter qui veut notre disparition. Interdire l’abaya est un tout premier pas. Faire respecter par le dialogue cette interdiction sera problématique. Il faudra sans doute la faire respecter par la force — d’autant que les ennemis ne respectent en fait que la force. Poutine l’a expliqué en détail aux Tchétchènes, Xi Jinping l’explique aux minorités musulmanes chinoises.

A lire aussi, du même auteur: Enseigner l’Histoire: l’exemple chinois

Aucun Juif n’a protesté en 2004 contre l’interdiction de porter une kippa en classe. C’est que les Juifs ont toujours cherché à s’intégrer, en France, comme l’a magnifiquement raconté Pierre Birbaum en 2013 dans La République et le cochon. Mais les musulmans intégristes ne veulent surtout ni s’intégrer, ni s’assimiler. Les pédagogues qui s’insurgent contre l’enseignement d’une Histoire de France qui aurait ces objectifs sont tout bonnement des traîtres à la patrie.

J’ai par ailleurs expliqué dans une tribune du Figaro que l’interdiction de l’abaya était un joli coup de Gabriel Attal. Mais il reste bien des chantiers, autrement importants, dans l’Education nationale — entre autres réinventer l’enseignement de l’Histoire de façon à faire des Français, et pas une mosaïque d’opinions divergentes. Je doute que le nouveau ministre, qui lorgne vers la mairie de Paris, ait le temps ou l’ambition de s’y consacrer. Ce n’est pas de réformettes que ce pays a besoin : il faut renverser la table.

Embobinage sur mesure!

À partir d’octobre, le nouveau bonus réparation textile va prendre la forme d’une remise sur la facture lorsque le consommateur choisira de faire réparer un vêtement ou une paire de chaussures abimés. Mais qui va rapiécer les dépenses publiques ? se lamente notre chroniqueuse.


Jugez un peu le texte qui suit, promulgué officiellement par le gouvernement à l’initiative de Bérengère Couillard, notre Secrétaire d’Etat au tricot chargé de l’écologie. Son objet : le bonus versé aux Français pour donner une seconde vie à leurs vêtements et chaussures. Voici le contenu intégral …

 « Prévu par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire du 10 février 2020, dite loi Agec, ce bonus s’inscrit dans une vaste réforme de la filière textile. Tous les vêtements et chaussures (excepté les sous-vêtements et le linge de maison dans un premier temps), seront éligibles au bonus réparation. Il devra s’agir de réparation et non de retouches.

Pour bénéficier du bonus de l’État, il faudra se rendre chez les couturiers et cordonniers ayant demandés à être labellisés par l’éco-organisme Refashion. La remise sera directement appliquée sur la facture de la réparation.  Les réparateurs labélisés déclarent, sur la plateforme, au fil du mois, les factures des réparations éligibles. Au 30 de chaque mois, la plateforme de déclaration déclenche de manière automatique l’ordre de virement pour toutes les factures que le réparateur aura renseignées sur le mois. Le montant de la prise en charge est compris entre 6 et 25 € en fonction de la réparation.

Depuis juin 2023 : ouverture de la labélisation. (La labélisation est gratuite.)

À partir d’octobre 2023 : Connection à la plateforme Refashion pour déclarer le bonus réparation après validation du dossier. 

Toutes les entreprises proposant un service de réparation de textile et/ou de chaussures peuvent se faire labelliser. Pour l’heure, elles sont 250 à avoir déposé un dossier. Le gouvernement vise un objectif de 500 artisans, réseaux de franchisés ou assimilés, réparateurs à domicile, acteurs digitaux et ateliers de réparation des marques labellisés d’ici la mi-octobre pour mettre en place le bonus. Le bonus réparation du secteur textile sera financé par un fonds doté de 154 millions d’euros sur la période 2023-2028, a indiqué la secrétaire d’État pour accroître de 35% le nombre de produits textiles et chaussures réparés. La réforme s’appuie notamment sur le milliard d’euros d’éco contributions des producteurs, importateurs et distributeurs qui devraient être dégagé sur la période 2023-2028 en vertu du principe du « pollueur-payeur ».

Les questions de Sophie de Menthon

Cela mérite bien quelques commentaires cousus de fil blanc :

D’abord, la dénomination « Refashion » : bravo pour l’anglicisme, ni français ni anglais, juste un barbarisme. Qu’est-ce que la refashion ? il faudra penser à le demander à la Ministre de la Transition Écologique.

Un peu d’économie basique : le secteur du prêt-à-porter va mal, et justement pour y remédier, on dissuade les gens d’acheter, un peu sur le principe de la décroissance ? Sachant que les enseignes suivantes viennent de déposer le bilan : Tati, Camaïeu, Pinkie, Kookai, San Marina – et qu’on apprend maintenant que Naf Naf est en liquidation judiciaire… Ceux qui restent vont peut-être être subventionnés pour compenser l’incitation à ne pas acheter dans leurs boutiques, mais à raccommoder les vieux vêtements ? Ne serait-ce pas une injonction contradictoire ou une politique de Gribouille…

La démarche administrative est kafkaïenne, comme d’habitude. Quel est le coût des fonctionnaires dédiés ? des recherches, des agréments… et des contrôleurs ? La DGCCRF a-t-elle prévu d’ouvrir un département lié au contrôle de conformité entre la réparation et la retouche ? Faudra-t-il attendre une éventuelle décision du conseil d’État pour qu’une jurisprudence précise la différence entre une réparation et une retouche ? Nous notons une discrimination des sous-vêtements « pour l’instant »… Sachant que la mode incite à porter les soutiens-gorge par-dessus le vêtement ! alors ? Et qui va juger de la nature de ce qu’est un sous-vêtement ? Et un Damart ? Quant au linge de maison ? Pourquoi donc votre couette déchirée est-elle exclue ? Il est également question de ressemelage : mais 90% des jeunes portent des « sneakers » (donc non re-semellables !)

Mettons ChatGPT à l’ouvrage !

Dans cette histoire, il y en a toutefois certains qui se frottent déjà les mains. Ce sont les 250 réparateurs qui ont déposé un dossier. En plus, cette loi anti-gaspi leur permettra vraisemblablement d’augmenter leurs prix, puisque le client paiera moins cher ! On vise aussi des « acteurs digitaux »… et là je donne ma langue à la couturière ou à Chat GPT? On nous explique, enfin, que c’est « en vertu du principe pollueur payeur » que l’on met tout cela en place: voilà qui va réjouir Sandrine Rousseau qui ne s’est malheureusement pas exprimée sur le sujet, alors que c’est toujours réjouissant de l’entendre. C’est son mari déconstruit qui tente de raccommoder les morceaux peut-être ?  

Résumons :

1) Quand je fais un accroc, je pollue parce que je peux envisager de ne plus porter mon vêtement et d’en acheter un autre… mais, avant de le jeter, pourtant, j’avais pensé à le réparer moi-même sans me faire rembourser…   

2) Donc, désormais, il ne nous faut plus rien recoudre soi-même. Plus de travaux d’aiguilles – l’État préfère payer et libérer la femme ! mais la femme au foyer, peut-elle se faire labéliser ? Ou l’homme, pardon…

3) À quoi rime un « objectif de 35% de produits réparés », et lesquels ? Si j’achète un jeans troué à la mode, puis-je déduire la réparation, et je refais le trou après ?

Je cherche encore de quelle éco contribution on nous parle pour les « producteurs, importateurs et distributeurs » évoqués dans ce texte ineffable ? En revanche, évidemment, rien n’est dit sur qui va rapiécer les dépenses publiques…

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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Je refuse qu’on découpe la France en tranches électorales

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Rien ne m’apparaît plus contraire à la grandeur de notre pays, que ce soit dans la pratique du pouvoir ou dans la volonté de le conquérir, que ce morcellement auquel on consent d’autant plus volontiers que tout démontre qu’on est incapable de proposer une plénitude à la France


Pour refuser cette France en tranches électorales, il n’est pas nécessaire d’être nostalgique d’un de Gaulle qui affirmait la primauté de l’unité de notre pays sur la droite et la gauche. Il n’est pas nécessaire non plus de s’indigner d’un prétendu dépassement de la droite et de la gauche en 2017, qui a abouti, au fil des années, à une France de plus en plus éclatée, aux antipodes du rassemblement initialement promis. On a le droit, simple citoyen épris de la chose politique, de dénoncer des stratégies présidentielles qui, au lieu d’appréhender notre pays comme une communauté à l’égard de laquelle la pensée et les projets doivent être globaux, se flattent de le courtiser de manière parcellaire, catégorie par catégorie, une part des citoyens ici, une autre là, comme s’il était un immense gâteau qui, découpé, offrirait à chaque candidat sa chance, son pré carré.

Darmanin et Ruffin à l’assaut du vote populaire

Je ne crois pas exagérer mon propos puisque, au cours de ces derniers mois, on insiste sur ce que Le Monde résume justement par ce titre : « De Darmanin à Ruffin, l’appel du pied aux classes populaires« . Celles-ci, dans leur définition sociologique et économique, représentent 22 % de l’électorat. On peut remplacer « populaire » par « social ». L’idée est la même. Il faut réduire l’influence du RN sur ces Français pour lesquels la fin du mois est de plus en plus un problème, qui se voient dépouillés des services publics essentiels, abandonnés et pourtant moqués pour leur révolte qui serait populiste, voire fasciste, en tout cas toujours « nauséabonde ». L’objectif est de les faire revenir dans la case démocratique acceptable.

Rien ne m’apparaît plus contraire à la grandeur de notre pays, que ce soit dans la pratique du pouvoir ou dans la volonté de le conquérir, que ce morcellement auquel on consent d’autant plus volontiers que tout démontre qu’on est incapable de proposer une plénitude à la France. Non par défaut d’intelligence mais à cause de cette prétendue fatalité de la politique, qui contraindrait à raisonner pour partie (ou parti ?) au lieu d’assumer le tout.

A lire aussi: Rentrée littéraire: vous ne passerez pas à côté de Sarkozy!

Je perçois l’extrême difficulté des idéologies extrêmes à se départir d’une vision qui les incite à cliver, à distinguer, à ostraciser. Prenons par exemple la situation du parti communiste : la chaleureuse personnalité de Fabien Roussel ne fait pas oublier que dans son programme, même avec une lutte des classes attiédie, les patrons, les possédants, sont obsessionnellement ciblés, comme s’ils étaient presque coupables d’exister, selon une veine communiste encore plus révolutionnaire que réformiste.

LFI permet, sur le mode vindicatif, une illustration encore plus éclairante pour certaines de ses exclusions radicales.

Triste habitude

La campagne pour 2027, telle qu’elle se présente déjà, ne dérogera pas à la triste habitude de sectoriser ce qui devrait être généralisé, de s’acharner à cultiver sa clientèle de prédilection, de remplacer, en quelque sorte, la cause de la France par celle de son ambition réduite à son expression la plus pragmatique. Si je me trompe, égaré par un pessimisme excessif, j’en serai le premier satisfait.

Qu’on se penche sur le passé ou qu’on se fonde sur les attentes populaires, il est cependant clair que la société française n’a été véritablement convaincue par une campagne présidentielle (avec un taux de participation de 80%) qu’en 2007 quand Nicolas Sarkozy lui a présenté son projet. L’universel enrichissait les mesures particulières. Le candidat avait su concilier le meilleur de la droite et de la gauche, dans un mouvement qui, sortant de l’épicerie partisane, laissait espérer de l’élan, de l’épique.

Pour l’avenir, si les Français plébiscitent le référendum, ce n’est pas seulement parce qu’ils éprouveraient une fringale démocratique, c’est plutôt que ce mode de participation du peuple à son destin susciterait un souffle collectif que la vie politicienne aurait été inapte à provoquer. On admire trop volontiers certains comportements anciens. On ne s’en sert pas comme exemples, tels des modèles à imiter mais comme un idéal impossible à atteindre. Charles de Gaulle est devenue la consolation nostalgique d’une France instrumentalisée en tranches électorales. Le citoyen n’est pas à la disposition des politiques, une multitude à instrumentaliser, mais ils se doivent de le servir.

Libres propos d'un inclassable

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Service à l’italienne

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Quand un pays ressemble encore à l’image que l’on se fait de lui…


Il est bon parfois de communier avec ses icônes. De retrouver dans la chaleur romaine d’une fin d’été, les bases solides d’un pays qui ne trahit pas totalement ses mythes et ses traditions. Qui n’a pas versé abusivement dans une automatisation et une uniformisation à outrance. Qui conserve un sens du service développé et une forme d’humanité rieuse, taquine, à la limite du persiflage, qui rend les rapports moins électriques et surtout moins conflictuels. Et pourtant, qu’il est difficile, voire impossible de résister au rouleau compresseur de la ville occidentale calibrée, indifférenciée, numérisée, à la fois quelconque et anxiogène, où toutes les boutiques se ressemblent et où les aliments ont le même goût lyophilisé. En dépassant les Alpes, le Français habitué à un abaissement généralisé de son niveau de vie, qui doit faire face à un délitement intellectuel et commercial conjugué, se surprend à observer chez ses voisins, des gestes du quotidien disparus depuis des lustres. Des habitudes de consommation qui pour des élites déconstruites sembleraient insignifiantes, mais qui pour un simple citoyen revêtent une portée extraordinaire. C’est à l’aune de ces « minuscules » attentions que l’on prend notre déclassement en pleine poire. Il y a encore en Italie, des barrières contre la déshumanisation galopante, des prestations dignes des années 1950 qui éblouissent par leur simplicité biblique. Il ne s’agit pas ici d’une étude approfondie, sociologique, à vocation universitaire, simplement le constat banal d’une réalité qui fait mal. Les exemples sont à portée de main, pullulent à chaque coin de rue, et l’on se rend compte que nous autres Français, avons perdu la bataille du savoir-faire et du savoir-être depuis trente ans, que notre réputation de gastronome et d’élégant, de filières d’excellence et de traçabilité sécuritaire reposent sur un mensonge. Aurions-nous été mystifiés ? Le « Made in France » fait sourire de rage lorsqu’on le compare au « Made in Italy », à sa puissance économique, à sa diversité locale et à son enracinement. Promenez-vous dans les couloirs de Fiumicino et ceux d’Orly, et vous constaterez, à l’heure du déjeuner, un décalage de civilisation. Partout à l’aéroport de Rome, vous pouvez manger de la « vraie » nourriture, préparée sous vos yeux ; des pâtes, des pizzas, des salades et non pas d’insanes sandwichs ou des produits empaquetés, conditionnés et servis avec une évidente mauvaise volonté ; un affront à notre héritage boulanger et pâtissier. Nous vivons au royaume des hypermarchés et de la standardisation, des ronds-points et des éoliennes, des interdictions et d’une littérature en poudre. Tout semble si fade, si fat dans notre hexagone après un séjour passé en Italie. Nous sommes embourbés dans d’asphyxiantes directives administratives et soumis aux lobbys gloutons. En France, nous avons certes de grands chefs et nous mangeons collectivement, majoritairement de la nourriture industrielle, réchauffée et préparée en laboratoire. Il serait discourtois d’oser mettre sur le même plan de très nombreuses brasseries parisiennes et les trattorias romaines. Déguster des rigatoni all’amatriciana ou des tonnarelli cacio e pepe, des plats classiques du répertoire, nécessitant que peu d’ingrédients et une rudimentaire bassine d’eau chaude relèverait d’un défi insurmontable à Paris où un céleri rémoulade de bonne facture devient un « petit luxe ». En résumé, pour quelques euros, il est possible de s’offrir une nourriture réelle, non déconnectée du vivant. À force de vouloir notre bien, notre santé, notre servilité, nous avons oublié le sens du bon et du beau, du fait-maison et du partage.

A lire aussi, du même auteur: Une soirée d’été avec Pino d’Angio

Nous sommes penauds et un peu désemparés de la persistance d’un pompiste (un humain donc) qui vous sert de l’essence, une incongruité énorme, une aberration quasi-historique. En Italie, le self-service n’a pas gangréné les mœurs. On peut se demander jusqu’à quand les digues feront office de rempart culturel. Étrange expérience également pour un Parisien d’aller à la Poste centrale de Rome. Point de machines à affranchir soi-même, mais bel et bien un guichetier à l’ancienne, derrière un comptoir qui prend soin de coller lui-même des timbres (de collection) sur vos cartes postales. Vous croyez rêver. Vous vous demandez combien pourrait vous coûter une telle délicatesse en France. De toute évidence, un pays où un taxi vous ramène à 150 km/h sur l’autoroute a toute mon affection, mon indulgence et ma partialité. Un pays où Adriano Panatta commente le foot à la télé me ravit. En rentrant en France, on peut se consoler en allant voir le film « Seconde jeunesse » avec Stefania Sandrelli encore à l’affiche dans quelques salles et puis écouter les standards de Toto Cutugno.

Monsieur Nostalgie

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Biden-Djokovic, l’étrange match de l’humanité

Après deux ans d’absence, Novak Djokovic, le « non vacciné » le plus célèbre au monde est de retour sur le sol américain. Sa réapparition suscite un immense intérêt du public, avec des files d’attente interminables pour voir ses entraînements, ou encore la présence de Barack Obama dans le public lors de son premier match de l’US Open. Un incroyable parcours.


En mars dernier, le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, a adressé un courrier au président des États-Unis, Joe Biden, pour lui demander d’autoriser l’entrée dans leur pays… d’un citoyen serbe. À l’époque, Washington n’avait pas encore levé les restrictions liées au Covid-19 pour les étrangers non-vaccinés, ce qui était le cas de l’homme en question. Au premier regard, la demande parait totalement absurde quand on connaît l’importance des dossiers du locataire de la Maison Blanche, mais c’est sans savoir que le citoyen serbe en question s’appelait Novak Djokovic, le champion de tennis dont les performances sportives ainsi que les actualités au-delà du simple cadre tennistique ont hissé au rang des personnalités les plus connues de la planète. Quelques semaines avant la lettre de DeSantis, Djokovic a ému le monde, et ce, bien au-delà du simple cercle des amateurs de tennis, en remportant à Melbourne son dixième tournoi d’Open d’Australie (et son 22e titre de Grand Chelem), égalant le record de son rival de toujours, Rafael Nadal. Cette victoire, malgré sa valeur sportive extraordinaire, fut davantage une démonstration de force mentale qu’aucun athlète, probablement, n’a pu manifester avant lui. Car un an auparavant, à l’occasion du tournoi de l’Open d’Australie, le Serbe s’était vu d’abord refuser l’entrée au pays, ensuite contraint de squatter dans un centre de rétention pour immigrés et, finalement expulsé du territoire australien. Et cela à cause de son choix de ne pas se faire vacciner contre le coronavirus. Le procès collé au numéro un mondial a été purement politique. Novak Djokovic est devenu, malgré lui, la proie parfaite pour les élites au pouvoir veillant sur notre santé et qui ont voulu, à travers lui, punir sur la scène planétaire tous les « anti-vax ». Parmi ces derniers se trouvaient, il est vrai, les complotistes adhérant à des théories farfelues, mais aussi des millions d’individus adultes responsables (dont le natif de Belgrade) qui revendiquaient le droit de décider de leur propre chef de se faire injecter ou pas les substances chimiques du vaccin dans le corps.

Que cet acharnement (qui a obligé le gouvernement du Premier ministre australien de l’époque, Scott Morrison, à annuler la décision du tribunal de Melbourne favorable au Serbe) soit tombé sur Djokovic fut particulièrement frappant. Depuis son apparition sur le circuit professionnel, le tennisman s’est distingué par ses recherches approfondies du « pouvoir extraordinaire » du corps et de l’esprit humain.  Son régime anti-gluten aurait aidé des milliers de personnes partout dans le monde, sportifs ou pas à se débarrasser de problèmes de santé. Son hygiène de vie, son appétence pour les neurosciences ou encore les pratiques de la méditation ont révélé un athlète qui ne se contente pas d’être là pour ravir les sponsors et les médias et faire grossir son compte en banque. Djokovic a endossé le costume de champion – pionnier, celui qui amène les performances à un niveau jamais connu, comme le firent avant lui Nadia Comaneci, Michael Jordan ou plus récemment Usain Bolt.

Lettre morte

Le président Biden n’a pas donné de suite favorable à la lettre de DeSantis. Rien de surprenant si on se souvient de sa position très ferme sur les mesures anti-Covid. Lorsqu’il n’était encore que candidat, Joe Biden a été critiqué pour avoir porté un masque, tout au long de sa campagne de 2020, et pour l’organisation de ses rares meetings électoraux principalement en mode drive-in sur des parkings… Il n’est pas certain, par ailleurs, que le nom du tennisman lui dise forcément grand-chose. Djokovic, lui, est sans doute mieux renseigné sur l’homme politique américain et pour cause… Il y a presque 25 ans, Joe Biden, alors membre du comité aux affaires étrangères au Sénat, a été un fervent partisan des bombardements de Belgrade par les pilotes américains, voyant dans cette approche l’unique possibilité de garantir la sécurité de l’Amérique et de l’Europe démocratique. Dans ses interviews, Djokovic a souvent raconté à quel point les bombardements de 1999 par les troupes d’Otan, pendant 78 jours, avaient traumatisé son enfance, l’avaient rendu ultra-sensible aux bruits soudains et l’ont fait détester les guerres. Dans son autobiographie « Service gagnant », sortie en 2013, il raconte comment il cherchait à protéger ses deux petits frères à Belgrade dans un appartement plongé dans le noir, âgé de 11 ans, après la première explosion et alors que son père secourait sa mère qui avait perdu connaissance en se cognant contre le radiateur.

Plus de deux décennies plus tard, quand la Russie a brutalement envahi l’Ukraine et alors que les stars sportives, dont Federer et Nadal, évitaient de s’exprimer au sujet épineux de la guerre, Djokovic s’est empressé d’envoyer un texto au tennisman ukrainien Serhiy Stakhovsky: « Je pense à toi… Si tu as besoin d’aide financière ou autre donne-moi l’adresse ». Le texto était personnel, mais Stakhovsky, très ému, a demandé l’autorisation du Belgradois de le rendre public, afin de montrer à ses compatriotes le soutien apporté par un célèbre champion. Et dire que l’échange s’est produit quelques semaines à peine après la mésaventure australienne du Serbe, et alors qu’il avait toutes les raisons de détester le monde et d’en vouloir à sa profession pour son manque de soutien ! Djokovic, comme à son habitude, ne s’est pas caché, il a fait parler son grand cœur slave, bien que la Serbie maintienne des liens d’amitié avec la Russie et que lui-même n’ait jamais cherché à dissimuler son patriotisme et notamment sa position sur le Kosovo, la terre natale de son père. On se souvient des mots qu’il a écrits sur la caméra de France Télévisions lors du dernier Roland Garros, en assumant une possible sanction pour son geste : « Le Kosovo est le cœur de la Serbie ! Arrêtez la violence ».

Deux vétérans

Joe Biden et Novak Djokovic ne se sont jamais rencontrés ; ils appartiennent à deux générations différentes, mais l’ironie de l’histoire moderne a bien voulu croiser leurs destins et faire d’eux les incarnations les plus abouties, probablement, de notre époque. L’un représente le pouvoir absolu, porté par les puissantes institutions de son pays si riche de talents et d’entrepreneurs et qui, face aux gesticulations impérialistes de Vladimir Poutine et les ambitions géopolitiques de Xi Jinping, est bien décidé à recycler la mécanique la plus redoutable de la guerre froide du siècle passé, dans un monde qui a pourtant changé d’ère et d’idéologies. Qui, et quelle incroyable coïncidence, a bien insisté auprès du même Premier ministre australien Morrison (qui avait expulsé Djokovic), pour faire annuler en septembre 2021 le contrat à 56 milliards d’euros avec la France pour 12 sous-marins.

Face au vétéran de la politique au sourire difficilement lisible, il y a un autre vétéran, celui du tennis, surgi d’un pays en ruines, arrivé au sommet de son art malgré les incalculables obstacles sportifs et extra-sportifs, qui n’a jamais arrêté d’innover, de chercher la voie qui ferait de lui un meilleur homme et un meilleur athlète. Il y a quelques jours, en vue de la saison tennistique nord-américaine, Djokovic a enfin débarqué aux États-Unis, après deux ans d’absence. « Je n’ai aucun regret » a-t-il crânement déclaré aux journalistes au sujet de cette pause forcée. Il ne sera jamais aimé de tous, comme toute personne qui explore de nouveaux chemins. Mais le Serbe a déjà gagné l’immense considération des amateurs de sport du monde entier qui suivent son parcours. Le président de la plus grande puissance militaire, de son côté, continue de nous préparer à affronter le pire…

Sylvia Plath: le mal de vivre comme œuvre d’art

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Denoël publie une nouvelle édition du roman culte La Cloche de détresse de Sylvia Plath, dont la traduction a été révisée, avec une préface plutôt intéressante de Jakuta Alikavazovic.


La grande poétesse américaine Sylvia Plath (1932-1963) n’a écrit qu’un seul roman, mais il brille comme un diamant noir dans l’horizon perdu de sa nuit. La Cloche de détresse a été publié deux mois avant son suicide, à l’âge de trente ans. Elle y relate ses années étudiantes, contrariées par une crise dépressive très grave, qui l’obligea à poursuivre une thérapie dans divers hôpitaux et cliniques. Les psychiatres lui administrèrent des électrochocs qui la terrorisaient. Sylvia Plath raconte en détail ce périple de la douleur mentale, dominée par l’obsession du suicide, dont elle ne cache rien dans son roman. Elle fit plusieurs tentatives, dont une vraiment sérieuse. Elle eut la chance d’en réchapper cette fois-là, mais ce ne fut qu’un sursis bien fragile et incertain.

Des signes avant-coureurs

La Cloche de détresse commence au début des années 50. Sylvia Plath, brillante élève, douée pour les lettres, obtient une bourse pour aller étudier à New York. Dans un premier temps, tout se passe à peu près bien, malgré certains signes avant-coureurs qu’elle note avec précision. Ainsi, elle écrit : « je me sentais très calme, très vide, comme doit se sentir l’œil d’une tornade qui se déplace tristement au milieu du chaos généralisé ». Ces descriptions psychologiques créent, sous la plume de Sylvia Plath, une atmosphère d’étrangeté, d’autant plus qu’elle n’essaie jamais de se masquer le mal dont elle souffre. Cela concerne aussi bien les petites choses, comme ce qu’elle commande quand elle est dans un café : « Je rêvais de commander quelque chose un jour et de découvrir que c’était délicieux. » Mais cela concerne souvent des émotions plus critiques, que Sylvia Plath nous fait ressentir par des notations sibyllines : « Le miroir au-dessus de mon bureau me paraissait légèrement déformant et beaucoup trop argenté. Je m’y voyais comme dans une boule d’amalgame dentaire. » La formulation doit beaucoup à la poésie.

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À la fin de l’année universitaire, elle rentre chez elle, ne sachant pas ce qu’elle veut faire de sa vie. Elle tente de terminer la lecture de Finnegans Wake de James Joyce, mais n’arrive plus à se concentrer. Une séance de cinéma avec des amis la rend « toute chose ». Sa mère n’arrête pas de lui seriner qu’un diplôme de lettres ne mène à rien, et qu’il faut qu’elle apprenne la dactylo pour devenir secrétaire. Elle se pose par ailleurs beaucoup de questions sur l’amour et la sexualité. « Quand j’avais dix-neuf ans, écrit-elle par exemple, la question de la virginité était capitale. » Sylvia Plath décide qu’elle ne se mariera pas, ce qui ne l’empêche pas de désirer tomber amoureuse d’un garçon.

Introspection psychologique

Son état empire et la pousse à l’introspection. Le matin, elle se réveille aux sons de marches militaires. L’exécution des époux Rosenberg la sidère et l’obsède. Elle assiste à une représentation théâtrale « où l’héroïne était possédée par un dibbouk ». Du coup, quand elle écoute son amie Hilda parler, elle a l’impression d’entendre le dibbouk. Tous ces éléments accumulés sont perçus par Sylvia Plath de manière très angoissante, à tel point qu’elle en arrive à cette conclusion générale : « je sombrais dans la mélancolie ». Souffrant d’une insomnie chronique, elle note, dans une formule très impressionnante : « Je voyais les jours de l’année s’étaler devant moi comme une succession de boîtes blanches et étincelantes, et, entre chaque boîte, il y avait le sommeil, semblable à un voile noir. » On sent ici également, dans cette prose implacable, toute l’expérience littéraire de Sylvia Plath, auteur de multiples recueils de poésie. Son élaboration des symptômes de sa psychose est d’une stupéfiante lucidité, et la preuve d’une très grande intelligence.

Une « Montagne magique » impitoyable

Sylvia Plath, en écrivant La Cloche de détresse, a eu le courage des grands auteurs, qui ne laissent dans l’ombre aucun détail caractéristique, fût-il honteux ou dépréciatif pour eux. Au contraire, elle dit tout, jusqu’à ce que le livre fasse sens. D’où des scènes remarquables, racontées avec une espèce de froideur, comme sa visite sur la tombe de son père sous une pluie battante, où elle semble si fragile. Elle utilise aussi l’ironie, tentative pour mieux mettre en perspective ce passé récent très douloureux – qui finira d’ailleurs par la rattraper.

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La Cloche de détresse est à placer dans la même catégorie de romans que La Montagne magique de Thomas Mann, ou encore certains écrits autobiographiques de Thomas Bernhard ou de Fritz Zorn. Chez Sylvia Plath, cela se passe dans des asiles d’aliénés, et l’impression de révolte en est d’autant plus aiguë et touchante. Quand elle en sort, après des mois de claustration, elle évoque une « renaissance ». Aura-t-elle ressenti une même sensation de délivrance, dix ans plus tard, après avoir achevé ce roman impitoyable dans lequel elle déverse le trop-plein de son cœur ? Cela n’empêcha pas Sylvia Plath, en tout cas, juste après la parution de La Cloche de détresse, d’ouvrir le gaz…

Sylvia Plath, La Cloche de détresse. Préface de Jakuta Alikavazovic. Traduction de l’anglais révisée par Caroline Bouet. Éd. Denoël.

La Cloche de détresse

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Algérie: en eaux troubles…

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Décès de deux Franco-Marocains, tués par des gardes-côtes au large de l’Algérie: vers une affaire diplomatique?


Mardi 29 août, quatre hommes binationaux franco-marocains partis faire une balade en scooter des mers sur les rives de la mer Méditerranée s’égaraient au large de Saïdïa, station balnéaire marocaine frontalière de l’Algérie. Deux d’entre eux n’en reviendront pas. Pour l’heure, le Quai d’Orsay a confirmé l’un de ces deux décès, le deuxième jeune homme étant présumé mort et son corps disparu en mer. Un troisième homme, lui aussi binational, serait actuellement détenu par la police algérienne. Quant au dernier jeune homme, il a pu revenir à bon port et raconter les évènements.

De son nom Mohamed Qissi, il a répondu au média marocain Al-Omk : « Nous avons su que nous étions en Algérie, car un zodiac noir algérien est venu vers nous, il a commencé à zigzaguer comme s’il voulait nous renverser. Ils ont tiré sur nous. Dieu merci, je n’ai pas été touché, mais mon frère et mon ami, ils les ont tués. Ils ont arrêté mon autre ami. Ils ont bien vu qu’on était désarmés, mon petit frère a échangé avec eux et pourtant ils ont tiré ». L’homme affirme avoir réussi à s’enfuir. Son véhicule étant tombé en panne d’essence, il a dû le tracter à la nage avant d’être récupéré par la gendarmerie marocaine prévenue par les familles des disparus.

Cette histoire choquante n’en est probablement encore qu’à ses prolégomènes, les enquêtes policières de trois États différents s’entrechoquant dans un contexte diplomatique par ailleurs tendu ces derniers mois. Il s’agit d’un nouvel épisode déplorable et dramatique d’une forme de guerre froide à bas bruit entre le Maroc et l’Algérie. Le roi Mohamed VI a pourtant appelé de son côté à un apaisement et un « retour à la normale » malgré la rupture des relations diplomatiques lors de son discours de la fête du trône. Quant à la France, elle se retrouve aussi embarquée dans cette triste affaire, les victimes étant ses ressortissants.

Le ministère des Affaires étrangères ne s’est pas encore exprimé sur le fond de l’affaire, se contentant d’une sobre déclaration. «Le centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et nos ambassades au Maroc et en Algérie sont en contact étroit avec les familles de nos concitoyens, à qui nous apportons tout notre soutien», a ainsi affirmé le ministère dans un communiqué. Une position semblable à celle diffusée par l’Agence de presse marocaine qui a relayé l’ouverture d’une enquête par le Parquet d’Oujda qui entend « recueillir les informations nécessaires sur les circonstances dudit incident » ajoutant que « plusieurs personnes faisant partie des familles et entourages de ce groupe de jeunes (avaient) été auditionnées ». L’attitude des gouvernements français et marocains est prudente. C’est de bon aloi.

L’Algérie reste de son côté silencieuse, n’ayant communiqué aucune information. On se souvient pourtant que dans un tout autre contexte, celui des émeutes et l’affaire Nahel, le gouvernement algérien avait fait part de son « choc » et de sa « consternation », osant même rappeler à la France son « devoir de protection ». Pis, le ministère des Affaires étrangères algérien faisait carrément état sans attendre un commencement de preuve de  « circonstances particulièrement troublantes et préoccupantes » entourant l’intervention policière, jetant un peu plus d’huile sur le feu. Ils n’ont évidemment jamais appelé au calme leurs ressortissants qui s’illustraient durant les émeutes qui ont coûté plusieurs milliards d’euros aux Français et aux Françaises…

Il faudra être particulièrement vigilant quant aux suites de ce drame. Protéger ses frontières n’offre pas un permis de tuer. Que n’entendrait-on d’ailleurs pas si la France avait commis le dixième d’un tel acte… Les esprits s’échauffent d’ailleurs déjà sur les réseaux sociaux, témoignant d’une confrontation grandissante. Il va falloir calmer les esprits, ce ne sera pas chose facile.

Rentrée littéraire: vous ne passerez pas à côté de Sarkozy!

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L'ancien président français Nicolas Sarkozy et son épouse Carla, Venise, 2 septembre 2023 © Anna Maria Tinghino/SIPA

Le dernier bouquin de Sarko se vend bien. Nous l’avons lu pour vous. On y apprend que l’ancien président déteste les conservateurs.


Il fut un temps où les monarques présidentiels prenaient soin de mourir peu de temps après la fin de l’exercice de leur mandat… À défaut de respecter tout à fait la phrase rituelle « Le roi est mort, vive le roi », Charles de Gaulle et François Mitterrand, pas insensibles à la question royale durant leur jeunesse, s’éteignirent l’année qui suivit leur départ de l’Élysée. Georges Pompidou, qui avait un jour cité Maurras devant les élèves de Sciences-Po, décéda, lui, en plein exercice présidentiel. Depuis, l’allongement de l’espérance de vie, le quinquennat, l’élection de présidents de plus en plus jeunes, la limitation des mandats présidentiels (qualifiée dernièrement de « funeste connerie » par le président Macron), les difficultés des présidents à se faire réélire, tout cela a contribué à l’accroissement du nombre d’anciens chefs de l’État encore en vie et en grande santé. Pour s’occuper, Nicolas Sarkozy, par exemple, « donne » des conférences à travers le monde, participe au conseil d’administration des hôtels Accor et surtout, il avance dans l’écriture de ses mémoires. Difficile, en cette rentrée, de passer à côté de l’ancien chef de l’État, dont la tête apparait à l’arrière des bus, sur les étals de la FNAC, à la manière d’un Bachir Gemayel dans le Beyrouth-Est des années 80, avec la sortie du Temps des combats (Fayard), qui répond au Temps des tempêtes (a priori, il n’y a de contrepèterie entre les deux titres).

Imaginons la France d’après

L’ouvrage, qui revient sur les années 2009-2011, cartonne. D’après Le Point, il s’en est écoulé 24 000 exemplaires en une semaine depuis sa sortie. La Baule, Port Leucate, Biarritz, Arcachon, Saint-Raphaël : l’ancien président a pour l’instant fait la tournée des stations balnéaires chics pour rencontrer ses lecteurs. Voilà de quoi nous remettre dans l’ambiance des années Sarkozy, époque de grande passion politique, à la fois chez ses partisans mais aussi chez ses adversaires.

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Il faut un effort de mémoire pour tout à fait se souvenir de ce que fut le moment Sarkozy. A l’instar d’un vieux téléphone Nokia, dégainé comme un indice d’ultra-futurisme dans les films de la fin des années 90 mais qui apparaît après rediffusion comme un gadget suranné, presque rigolo, le sarkozysme (et son slogan « la France d’après », digne d’un film de science-fiction) fait parfois l’effet d’un objet jadis à la pointe de la modernité mais auquel on finit par trouver un charme kitsch et désuet. Souvenons-nous : pendant cinq ans, ce fut un tourbillon quotidien d’idées, de déplacements, de transgressions, qui donnait le tournis. On a eu l’impression de se retrouver dans ce cartoon où un diable de Tasmanie tourbillonne sur lui-même et dévale à toute berzingue dans le bush australien, à grand renfort de borborygmes pas toujours audibles. La victoire de son successeur dut moins à son sensationnel charisme qu’au désir des Français, secoués de toutes parts, de sortir (un temps au moins) du train-fantôme.


2008 avait été la grande année du « un jour, une idée ». La crise russo-géorgienne puis la crise financière avaient donné au président sa dose d’adrénaline, son véritable moteur, sans lesquels il s’appesantissait dans les petitesses de la vie politique intérieure. Séisme d’Haïti, tempête Xynthia, printemps arabes, tsunami de Fukushima : la période immédiatement suivante ne fut pas exempte non plus de secousses et de tourbillons…

Distribution des bons et des mauvais points

On sent parfois que le livre a été écrit un peu rapidement. Toutes les tournures ne sont pas élégantes, par exemple : « Je devais annoncer une initiative politique forte pour tenter de reprendre l’initiative ».
Quand il écrit : « La période de la crise financière fut d’une rare intensité. J’étais littéralement par monts et par vaux », faut-il imaginer le président sortir du conseil des ministres et arpenter vraiment vallées, vallons et collines à la recherche de solutions ? 
Concernant le conflit israélo-palestinien, il se mouille : « À ceux qui trouveront mon propos irréaliste ou idéaliste, je répondrai qu’il y a tout à gagner dans la paix et tout à perdre dans la guerre ». Des propos qui pourraient inspirer la prochaine Miss France !

La lecture du Temps des combats offre moins une vision intelligible de cette période historique et une compréhension des arcanes du pouvoir qu’une distribution des bons et des mauvais points. Le quasi-adoubement de Gérald Darmanin a déjà été beaucoup commenté : il est vrai que le spectacle d’un ministre de l’Intérieur jouant sa partition dans la majorité pour préparer le coup d’après nous ramène tous vingt ans en arrière. Laurent Wauquiez, lui, a droit à une appréciation digne d’un carnet de notes : « [je l’]ai toujours considéré comme le plus brillant de sa génération. Je n’ai pas changé d’avis. À lui maintenant de savoir se mettre en danger en sortant de sa zone de confort. Il le peut s’il le veut ».

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Pendant ces années, à l’international, Obama, très soucieux de ne prendre aucun risque qui égratignerait son image, et qui avait fait le forcing pour que l’UE accepte la Turquie en son sein, n’a pas laissé une très grande impression au président français. Quant à Angela Merkel, sa tiédeur et son conservatisme contrastaient avec l’agitation sarkozyenne. Mais finalement, le binôme a su constituer un tandem au moment de la crise des dettes souveraines. Étrangement, dans le monde, Sarkozy s’est trouvé surtout à l’aise avec la gauche, en tout cas avec les Britanniques Tony Blair et Gordon Brown. Confronté à des socialistes français bloqués sur « des convictions de l’époque paléolithique » (plus tard dans l’ouvrage, il fait toutefois l’éloge des grottes de Lascaux, signe qu’il n’est pas totalement hostile aux hommes préhistoriques !), Sarkozy peut composer, une fois le Channel franchi, avec des travaillistes modernes, « plus à droite » que lui en économie. Il est vrai que le sarkozysme fut un bougisme, pour ne pas dire un agitationisme : lui-même ne cache pas son « besoin irrépressible de mouvement, de voyages, de découvertes ». Peu de termes sont plus péjoratifs dans le vocabulaire de Sarkozy que celui de « conservatisme », associé notamment aux syndicats, à la bureaucratie et à la gauche en général.
Parmi les figures internationales les plus appréciées, figure aussi le président brésilien Lula, avec lequel la France mit en place des coopérations. L’occasion de faire l’éloge d’une personnalité politique expérimentée revenue aux commandes après des démêlés avec la justice. Toute ressemblance avec l’ancien président français serait purement fortuite…

Des porte-flingues flingués

Il y a un paradoxe Sarkozy. Phénomène apparu à la fin de l’ère Chirac, le sarkozysme offrait une double promesse : secouer une vieille droite endormie, pleine de tabous ; et affronter la gauche, éloignée du pouvoir depuis le 21 avril 2002 mais qui avait gardé de puissants relais dans la culture et les médias, et donc, de phénoménales capacités de nuisance pour le pouvoir en place. Sarkozy avait fait son compte à la vieille droite chiraquienne en 2007 mais il restait à cette dernière, à travers Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé, critiques notamment au moment du débat sur l’identité nationale, quelques beaux restes. Ceux-ci, avec le temps, avaient constitué une sorte de « gauche bis » : « Le pire était qu’ils pensaient sincèrement ce qu’ils disaient. La gauche avait réussi à les intoxiquer plus profondément qu’ils ne l’imaginaient eux-mêmes ». Quant à la gauche, elle est brocardée toutes les cinq pages, avec des mentions spéciales pour Ségolène Royal et François Hollande. Concernant Hollande, Sarkozy ne semble pas s’être remis d’avoir perdu contre un adversaire aussi médiocre à ses yeux. On se demande contre quel opposant la défaite eût été plus flatteuse ; peut-être aucun : même DSK ne trouve pas tellement grâce à ses yeux.


L’ancien président a assumé une confrontation pleine et totale avec la gauche, ce qui avait le don de mobiliser ses supporteurs survoltés. Certaines phrases du livre, notamment sur les profs grévistes et syndiqués, semblent d’ailleurs écrites pour casser l’applaudimètre d’un meeting à Nice ou à Perpignan. Et en même temps, il y a eu chez Sarkozy un désir de reconnaissance de la part de la gauche, et surtout de la gauche culturelle, désir qui s’est exprimé au moment de la nomination de Marin Karmitz à la tête du Conseil de la création artistique par exemple, de Philippe Val à la tête de France Inter ou lors de la défense de Roman Polanski (défense qui avait irrité à l’époque la base électorale de droite). Sans compter la nomination de Frédéric Mitterrand à la Culture, prise de guerre symbolique complètement assumée par Nicolas Sarkozy. Ce désir de prendre le large avec la gauche culturelle semble s’expliquer parfois par la compagnie gênante de quelques soutiens. Sarkozy n’est pas tendre avec ses porte-flingues les plus fidèles de jadis. De Frédéric Lefebvre, il dit : « il est vrai qu’il n’était pas réputé pour sa particulière finesse d’analyse ». Quant aux époux Balkany, « il y avait beaucoup de gentillesse et d’affection, mais aussi une habitude à parler d’abord, à réfléchir ensuite » ; version moderne du « je n’aime pas dire du mal des gens mais effectivement elle est gentille ». Plus globalement, la famille gaulliste est dépeinte comme sujette à des sautes d’humeur et des réactions épidermiques, mais que l’on peut calmer et rassurer facilement, comme des grands enfants.

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La manie d’attaquer ses têtes de turc favorites (François Hollande, François Bayrou, et dans son camp, Jean-Louis Debré, Jean-François Copé et Jean-Pierre Raffarin) donne là encore au livre un côté cartoon, avec des « méchants » récurrents et un peu ridicules qui constituent de vrais running gags. Sarkozy cite abondamment les commentaires de ses adversaires de l’époque, ainsi qu’une presse totalement hostile, du Nouvel Obs à la presse régionale. Écrire une énormité contre Sarkzoy donne l’occasion d’être un jour cité dans ses mémoires : alors, pourquoi ne pas tenter sa chance ?

Avec un recul de plus de dix ans et des passions redescendues, il faut reconnaître à l’ancien président d’avoir voulu secouer le cocotier d’un pays endormi par les fins de règne des rois fainéants précédents. On saura lui reconnaître un certain goût du risque, de la transgression, qui est plus méritoire que la mollesse, l’immobilisme et la grosse ruse de son immédiat successeur.

Le temps des combats

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«Nos enfants ne sont pas en sécurité à l’école»

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Des fleurs et pancartes anti-harcèlement sur les grilles du collège, a Vendin-le-Vieil (62), le 25 mai 2023. Le 12 mai, Lindsay, victime de harcèlement, avait mis fin à ses jours © FRANCOIS GREUEZ/SIPA

Près d’un enfant sur 2 est victime de la violence ou du harcèlement à l’école, selon SOS Education / Ifop. Pour les enfants scolarisés en REP, la situation est encore plus alarmante. Sur RTL hier, Élisabeth Borne a affirmé qu’elle présenterait un plan contre le harcèlement scolaire à la fin du mois.


Causeur. Près de la moitié des parents d’élèves (48 % !) rapporte qu’au moins un de leurs enfants a été victime d’une forme d’agression physique, verbale ou sexuelle, au cours de l’année scolaire 2022-2023, selon l’étude que vous publiez en cette rentrée. Mais de quoi parle-t-on exactement? 

Sophie Audugé. Il s’agit des faits de violence concernant leur enfant, survenus pendant l’année scolaire 2022/2023 et dont les parents ont été informés. Ces chiffres sont sans doute sous-estimés, car nous savons qu’une partie de ces violences se déroulent sans que les parents ne le sachent. La violence entre mineurs a atteint de telles proportions et a occasionné tant de drames que nous avons voulu recueillir, pour cette édition, des données du terrain sur les agressions que subissent les enfants à l’école. Nous avons tenu à distinguer cinq actes de violence dont les élèves peuvent être victimes: une agression verbale, un harcèlement, une agression physique, la dégradation d’un bien, une agression sexuelle. Nous imaginions bien qu’un nombre important d’enfants seraient concernés, mais pas au niveau de ce que dévoile l’étude. Par ailleurs, nous n’avions pas anticipé une différence aussi marquée entre les établissements en zone prioritaire et les autres. L’ampleur du phénomène de violence qui sévit dans les écoles, collèges et lycées des réseaux d’éducation prioritaire, est particulièrement alarmante. En effet, si la moyenne générale des enfants ayant subi durant l’année scolaire, au moins un des cinq actes de violence que nous avons étudiés, est de 48%, soit près d’un enfant sur 2, ce taux atteint 68% en REP soit plus de 2 enfants sur 3
Et dans le détail, l’écart est encore plus préoccupant :

  • 63% des enfants scolarisés en REP ont été victimes d’un acte d’agression verbale, ils sont 32% hors REP,
  • 56% des enfants scolarisés en REP ont été victimes de harcèlement, ils sont 28% hors REP,
  • 51% des enfants scolarisés en REP ont été victimes d’un acte d’agression physique, ils sont 20% hors REP,
  • 57% des enfants scolarisés en REP ont subi la dégradation d’un de leurs biens, ils sont 18% hors REP,
  • 49% des enfants scolarisés en REP ont été victimes d’une agression sexuelle, ils sont 9% hors REP.

Il y a une urgence absolue à lever le voile sur les non-dits en matière de violence en milieu scolaire. Et particulièrement en réseau d’éducation prioritaire.

Quelles sont les remontées que vous avez de votre côté? 

Elles sont nombreuses, mais ce n’est pas nouveau. Nombreux sont les professionnels, les spécialistes, les personnels de l’éducation, les parents qui alertent depuis des années. Le suicide de Lindsay et le cri d’alarme lancé par sa maman, a brisé le cœur de toute la France. La réalité est sombre. La violence ne cesse de croître en intensité et en quantité. La seule chose qui baisse, ne va pas dans le bon sens, car c’est l’âge des enfants concernés. Dès la maternelle, désormais, les personnels et les parents font face à des actes d’une violence inouïe, impensable à cet âge. Primaire et collège sont les périodes où les violences sont les plus importantes. Les chiffres du ministère de l’Intérieur montrent parfaitement ce phénomène de violence de plus en plus tôt, de plus en plus gratuite, de plus en plus banalisée. De nombreux spécialistes des enfants violents, constatent une déshumanisation, un manque d’empathie. Ces jeunes violents ne montrent aucune forme de regret, ils évoluent en totale impunité car ils savent qu’ils ne seront pas sanctionnés. Ce qui se passe dans la société est entré dans l’École, et les gouvernements successifs n’ont rien fait. Voilà le résultat, nos enfants ne sont pas en sécurité à l’école. Et en dehors c’est encore pire. Avec les réseaux sociaux cela ne s’arrête plus à la porte de l’établissement. 

Sophie Audugé, déléguée générale de SOS Éducation.

Quand un enfant est confronté à ce type d’évènement, que doivent faire les parents? 

Ils doivent immédiatement informer le principal et l’enseignant référent. Ils doivent demander que la situation soit prise en charge avec un plan d’action concret. Ils doivent exiger que l’information soit transmise à l’équipe pédagogique et remontée au rectorat. Ils doivent formaliser les échanges avec l’établissement scolaire, pour avoir des traces écrites. Quand les faits de violence sont avérés, des sanctions doivent impérativement être prises à l’encontre de l’agresseur, sa famille doit être informée et des mesures éducatives doivent être engagées pour qu’il prenne conscience de la gravité de ses actes. La victime doit être entendue pour évaluer le traumatisme subi et la nécessité d’un accompagnement thérapeutique par des professionnels de la santé psychique. Les agressions subies dans l’enfance sont des stigmates qui ne doivent pas être pris à la légère, ils peuvent aider à grandir s’ils sont considérés et reconnus, mais ils peuvent aussi détruire s’ils sont niés. Il faut entourer l’enfant, lui parler et l’écouter. Enfin, il faut vérifier si l’agression s’inscrit dans un contexte de cyber harcèlement ; et si c’est le cas, engager les recours nécessaires.

Est-ce que l’Education nationale a bien pris la mesure de ce problème d’ensauvagement de l’école, et que propose le ministère pour y mettre fin?

Manifestement l’Éducation nationale n’a pas pris la mesure du problème. Dans la majorité des cas, les parents expriment que l’administration n’a pas bien géré la situation de violence dont a été victime leur enfant. Plus globalement, 72 % des parents considèrent que la sécurité dans les établissements scolaires s’est détériorée, chiffre en croissance de 11 points en neuf ans.  En revanche, je ne parlerai pas d’ensauvagement de l’école. Il y a une violence endémique dans nos sociétés. Elle est banalisée en France. Mais je réfute cette formule «choc» du gouvernement. Cette sémantique vise à laisser croire que le phénomène est récent et que le gouvernement en sera le sauveur. C’est faux. L’école n’est pas ensauvagée, l’école ne remplit plus son rôle d’instruction, de sécurité, et d’exemplarité en matière d’autorité et de respect. L’école n’est pas ensauvagée, elle est faible. C’est la faiblesse de nos dirigeants, qui se retrouve dans l’école et qui met en danger élèves et professeurs. Faire porter la responsabilité sur d’autres facteurs ou d’autres personnes est malhonnête intellectuellement. Comme le dit un éminent pédopsychiatre spécialiste des enfants violents « ils ne deviennent pas violents à leur majorité ». Ce sont des mineurs violents qui n’ont pas été sanctionnés et dont la violence a pu prospérer dans l’école.

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Concrètement, le ministère ne propose pas grand-chose si ce n’est des programmes très compliqués, impliquant moult acteurs et administrations, en gros une énième usine à gaz. Quant à la multiplication du modèle du grand frère, avec les élèves-référents, par exemple pour le harcèlement, il me semble inapproprié et cynique. Enfin ! À l’école, les élèves sont là pour apprendre, pas pour faire respecter l’ordre, les valeurs de la République, ou je ne sais quoi encore. Personne ne doit les détourner de ce pourquoi ils sont là : apprendre et créer des amitiés.  Il est en vérité assez diabolique de déresponsabiliser les adultes pour responsabiliser les élèves. C’est à l’institution scolaire de protéger ses élèves, et pas le contraire. 

C’est déjà la 6e rentrée scolaire avec Emmanuel Macron aux commandes de la France. A vous entendre, concernant l’enseignement, c’est un élève médiocre ! Aujourd’hui, il nous promet le retour de l’autorité à l’école. Mais, toujours selon vos chiffres, 69 % des Français n’ont pas confiance dans la capacité du gouvernement à résoudre les violences à l’école. Quant au niveau, 68% des parents d’élèves n’ont pas non plus confiance en l’exécutif actuel pour y remédier… Partagez-vous le manque d’enthousiasme de cette large majorité de citoyens, quant à l’incapacité du pouvoir actuel à sortir l’école de l’ornière?

Le manque d’enthousiasme d’une large majorité de parents vous voulez dire ? Car les données du Baromètre IFOP/SOS Éducation sont les résultats d’une enquête d’opinion auprès de parents ayant au moins un enfant scolarisé en primaire ou secondaire dans l’année. C’est ce qui en fait l’intérêt puisqu’ils savent de quoi ils parlent. Ils font l’expérience de notre système éducatif quotidiennement pour leur(s) enfants(s). Ils ne parlent pas en l’air, ils ne sont pas dans le théorique. Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas partager cette vision. Bien sûr, si vous n’avez pas d’enfants… ou si vos enfants sont scolarisés dans des écoles privées qui sont parvenues à les préserver de cette dégradation généralisée de l’autorité et du niveau d’instruction… ou si vous êtes dans l’enseignement et que vous prenez le relais à la maison pour refaire le programme à vos chérubins…  cette défiance peut vous surprendre. Mais, si vous faites partie des 70% de parents qui subissent la déliquescence du système scolaire français, vous partagez certainement ce sentiment d’un terrible gâchis et d’une impuissance institutionnelle coupable. Surtout, la situation ne cesse de se détériorer. En six années de présidence d’Emmanuel Macron, malgré un ministre de l’Education nationale resté en poste cinq ans, sans même parler du passage éclair de Pap Ndiaye, aucune amélioration n’est perçue. L’impression générale est qu’on détricote et re-tricote sans cesse, pour aucune avancée visible. C’est le mythe du linceul de Laërte, mais on attend toujours l’arrivée d’une figure dévouée à la cause, sans ambition politique, qui aura le courage de relever l’école française pour la remettre à son meilleur niveau.

Le remplacement du ministre woke Pap Ndiaye, par Gabriel Attal, vous a-t-il réjoui ? 

Je n’ai pas les moyens de me réjouir ou pas. Pour cela, il faudrait déjà connaître le projet du gouvernement. Sans cela, comment avoir un avis sur la capacité du ministre choisi de le mener à bien. Emmanuel Macron s’est présenté à l’élection présidentielle sans programme pour l’École. C’est d’autant plus problématique que tous les autres candidats en avaient élaboré un. La plupart avaient de très bonnes propositions. Ils partageaient le constat et l’urgence d’agir. C’est d’ailleurs un autre constat intéressant du Baromètre IFOP/SOS Éducation que nous publions aujourd’hui. Sur de nombreux sujets la position des parents d’élèves est transpartisane.

Par exemple sur la proposition de « Rétablir l’autorité des enseignants et appliquer les sanctions prévues par le règlement intérieur de l’établissement aux élèves perturbateurs ou négligents », elle obtient l’adhésion de 98% des partisans des Républicains et de ceux du RN, et elle rassemble aussi  97% des partisans d’EÉLV, 96% de ceux de « Renaissance » et 84% des LFI. Pour la mesure « Rétablir la possibilité de redoublement à partir du collège pour les élèves n’ayant pas le niveau pour passer dans la classe supérieure » tous sont dans un mouchoir de poche puisque la mesure est plébiscitée par 96% des partisans du RN, 95% de ceux d’EÉLV, 94% de « Renaissance », 90% des LFI et des Républicains. Il en est de même de la proposition de « responsabiliser financièrement les parents et les élèves dans les cas de dégradations ou d’actes de violence physique ou psychologique commis par un élève » : 99% des Républicains sont pour, comme 98% des partisans de « Renaissance », 94% de ceux du RN,  90% d’EÉLV,  83% de LFI.

A lire aussi, Camille Laurent: Kamasutra scolaire

La vraie question demeure :  quel est le projet politique pour l’École française du président Emmanuel Macron? Pourquoi est-il passé de Jean-Michel Blanquer à Pap Ndiaye puis maintenant à Gabriel Attal? Comment des profils si différents ont été choisis, à quelles fins? Ces trois choix ne peuvent pas s’inscrire dans la continuité d’un même projet pour l’École avec pour préoccupation primordiale l’intérêt supérieur de l’enfant et son instruction. C’était peut-être moins le cas concernant Jean-Michel Blanquer, mais il ne fait aucun doute que Pap Ndiaye et Gabriel Attal sont des choix politiques. Pap Ndiaye marquait un pas vers LFI, quand Gabriel Attal s’inscrit comme opposant aux ambitions politiques de Gérald Darmanin. Il semble que l’École, les enfants, les professeurs, tiennent une bien maigre place dans tout cela.

Les abayas et qamis grotesques d’élèves musulmans seront interdits lors de cette rentrée scolaire 2023. Néanmoins, sur les réseaux sociaux, les entrepreneurs identitaires de l’islam rivalisent de conseils pour inciter des jeunes filles à défier les chefs d’établissement et notre précieuse laïcité. Craignez-vous une rentrée agitée sur ce point ? L’immigration de masse pose-t-elle un problème structurel à l’école française?

Je suis désolée mais compte tenu de la formulation de votre question je suis obligée de préciser que je ne m’associe pas à l’adjectif «grotesques» que vous utilisez pour qualifier les abayas ou les qamis. Si votre question porte sur le sens de ces tenues quand elles sont portées à l’école, Gabriel Attal a raison de dire que les élèves «testent» l’institution. Les chiffres d’atteinte à la laïcité par le port de ces tenues sont parlants puisque qu’ils sont en très forte augmentation à trois moments précis de l’année :  la commémoration de l’assassinat de Samuel Paty, le Ramadan et l’Aïd. Cette attitude, à ces moments-là, démontre de la part des élèves, une volonté de marquer leur appartenance religieuse. En ce sens, elles n’ont pas leur place à l’École publique qui est laïque comme l’État français. Cette clarification de la part du ministre de l’Éducation nationale fraîchement nommé est salutaire et il est regrettable que son prédécesseur ait abandonné ses personnels au milieu du gué. 

Capture BFMTV

Mais il ne faut pas se tromper et ne voir que l’arbre qui cache la forêt. Avec cette annonce, le gouvernement est parvenu à imposer aux médias son thème pour cette rentrée scolaire. Depuis des jours, toutes les rédactions disent qu’elles ne parleront que des abayas le jour de la rentrée. De quoi mettre de l’huile sur le feu inutilement. Une rentrée doit se faire dans le calme et la sérénité. Pendant que les médias louent la fermeté de Gabriel Attal et Emmanuel Macron sur le sujet de la laïcité, ils ne parlent pas du manque d’enseignants, des besoins de formation, de la baisse de niveau, de l’insécurité, de l’accueil des enfants en situation de handicap, des problèmes d’affectation… C’est peut-être aussi ce qui était recherché avec ce coup de com’.

Sur l’immigration, désolée mais cela n’entre pas dans notre champ de travail. Je peux juste rappeler que l’École de la République est laïque, gratuite et obligatoire. Elle ne choisit pas ses élèves. Elle accueille tous les enfants scolarisés en France quelles que soient leur religion et leurs origines sociales. C’est pourquoi il est si important d’y interdire les signes d’appartenance religieuse. Et c’est pourquoi les questions de politique intérieure n’ont rien à y faire. Le fléau de l’École, c’est qu’en abandonnant sa mission première qui est d’instruire, juste d’instruire tous les enfants, elle s’est dévoyée. Elle s’est perdue dans des combats idéologiques et politiques. Elle doit revenir à l’essence de ce qu’elle doit être. À nous de ne pas lui en demander plus.

Alors quelles seraient selon vous les trois mesures d’urgence à appliquer, pour commencer à reconstruire notre école républicaine publique? Par ailleurs, quelles sont les missions de SOS Education exactement, d’où viennent vos financements et quels objectifs avez-vous?

SOS Éducation a proposé 30 mesures pour relever l’École française qui sont à retrouver sur notre site internet. Je vous citerai donc les trois premières, qui sont : 1/ Augmenter le niveau d’instruction en primaire 2/ Refaire de l’École un sanctuaire 3/ Restaurer l’autorité des enseignements. Bien entendu ces trois mesures en imposent d’autres en cascade pour qu’elles puissent aboutir…

Les missions de SOS Éducation sont simples. Nous rassemblons tous les citoyens qui veulent agir avec nous pour améliorer le système éducatif français. Nous défendons une École qui instruit, qui respecte l’autorité parentale, qui soutient les professeurs dans leur mission d’instruction, qui s’oppose aux idéologies présentées comme des savoirs. Nous organisons des formations pour les enseignants et des conférences grand public avec des experts sur les enjeux éducatifs. Nous produisons chaque année un travail de décryptage des risques et des enjeux sur un grand thème d’actualité afin de protéger les enfants de l’entrisme idéologique qui sévit dans les écoles. Depuis 2019, en plus de lutter quotidiennement pour une école qui instruit, nous nous sommes opposés à l’interdiction de l’instruction en famille sous couvert de lutte contre le séparatisme, nous avons exigé l’interdiction de l’écriture inclusive à l’École, nous avons demandé le retrait de la circulaire Blanquer sur l’idéologie transidentitaire qui fait croire aux enfants qu’ils peuvent être nés dans le mauvais corps ; et cette année nous agissons pour protéger les enfants des dérives de l’éducation au plaisir sexuel dès le primaire.  

Concernant notre mode de financement, SOS Éducation a été créé en 2001 et n’a jamais touché un euro d’argent public. L’association est financée uniquement par des dons de dizaines de milliers de citoyens qui croient en notre travail et soutiennent l’existence d’une association indépendante de tout mouvement politique et religieux, 100% engagée pour la cause de l’enfant: son instruction et son éducation. En 2020 puis en 2022 l’administration fiscale a considéré de manière arbitraire que l’action de SOS Éducation n’entrait plus dans le champ des associations éducatives et nous a retiré le droit d’émettre un reçu fiscal à nos donateurs. Droit que SOS Éducation avait obtenu en 2002 avec le même objet social et les mêmes activités. Cela nous asphyxie financièrement, c’est le but. Mais cela démontre que nous sommes où nous devons être, c’est-à-dire, là où l’enfance et l’École sont en danger.  

Dans Causeur, la semaine dernière, nous racontions dans un article que, concernant l’éducation sexuelle, selon les progressistes, une « panique puritaine » s’emparerait de l’école, alors que les conservateurs sont inquiets à l’idée que la « théorie du genre » y devienne officielle. Suivez-vous ces questions?

Oui, nous suivons ces questions de près. Nous avons acquis une expertise dans ces deux domaines. J’ai d’ailleurs « commis » plusieurs tribunes pour votre magazine sur ces sujets. Sur le site internet de l’association, vos lecteurs peuvent trouver de nombreuses publications sur le phénomène trans identificatoire qui cible les enfants et ses dégâts chez les mineurs. Concernant l’éducation sexuelle, qui était une obsession de Pap Ndiaye, nous avons posé la question aux parents d’élèves dans cette 3ème édition du baromètre IFOP / SOS Éducation et leur réponse est sans détour : c’est NON. 

Les 70% de parents concernés par cette réponse seront contents d’apprendre que pour les progressistes (concept assez flou tout de même), ils sont puritains et en panique ! Je vais me permettre de répondre pour eux. En panique sans doute, puritains je ne crois pas. Si être progressiste consiste à défendre l’idée qu’il est dans l’intérêt de l’enfant de lui parler de masturbation, de fellation et de sodomie en primaire, je crains qu’il n’y ait rapidement plus beaucoup de progressistes en France. La réalité est ailleurs il me semble. Toutes les occasions sont bonnes pour détourner l’École de sa mission qui est d’instruire dans un cadre sécurisé. Ces soi-disant progressistes sont les ersatz des pédagogistes, idéologues, dont les dérives ont détruit l’école publique. Plutôt que d’assumer leur responsabilité dans le délabrement de notre système éducatif, ce qu’Emmanuel Macron a appelé lors de son dernier déplacement à Marseille « hypocrisie », ils préfèrent passer vite à autre chose en occupant le terrain avec de nouvelles lubies toujours plus absurdes. Le problème c’est qu’à la fin ce sont les enfants qui trinquent. 

Nous travaillons depuis des mois avec d’éminents spécialistes sur ce sujet important. La sexualité stricto sensus n’a pas à être abordée à l’École. Nous invitons les parents à la plus grande prudence en ce domaine. La prévention OUI – La sexualisation infantile NON.

La fabrique de l’enfant transgenre

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Elisabeth Lévy: « Éducation à la sexualité dès six ans? Le risque est l’endoctrinement des enfants »

Retrouvez notre directrice de la rédaction chaque matin dans la matinale de Sud Radio après le journal de 8 heures.

Macron veut « faire nation », mais en faisant semblant

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Le journaliste Ivan Rioufol. Photo: Hannah Assouline

Le réel oblige Macron à parler une langue qu’il ne maîtrise pas. Le locataire de l’Élysée a beau dire, il reste le président du mondialisme heureux…


Emmanuel Macron n’a plus les mots, tant le réel lui échappe. Dans le Figaro Magazine du 4 août, le chef de l’État a soudainement découvert l’urgence de « faire nation », comme on fait la tambouille : un cache-misère semblable au « vivre ensemble » dont il dit pourtant « ne pas aimer le terme ».

Or, comment faire nation sous la tutelle d’un président qui défend la souveraineté européenne, le consommateur remplaçable, et qui récuse l’idée de préférence nationale ? Les progressistes de l’après-guerre se pensaient malins en s’affirmant « citoyens du monde ». Ils moquaient les ploucs attachés à leur patrie, leurs traditions, leurs morts. 

« Pétainistes ! », « Fascistes ! » : ces injures restent celles des perroquets du mondialisme heureux. Ils accablent ceux qui persistent à se réclamer d’une continuité historique et d’une défiance face à l’immigration musulmane de masse. Macron est de cette lignée hors sol :  il a voulu opposer universalisme et nationalisme, progressisme et populisme. Il se croyait porté par un mouvement de fond appelé à en finir avec les peuples enracinés et les nostalgies de la France sentimentale. Mais c’est une réaction inverse qui partout dans le monde se confirme, avec le réveil des nations et des souverainetés. Le réel oblige Macron à parler une langue qu’il ne maîtrise pas.


C’est pourquoi le recentrage présidentiel sur la nation est un leurre. Sa conversion fait écho à celle, aussi peu crédible, de Jacques Attali : après avoir fait l’éloge du nomadisme et de la société sans frontière, il affirme désormais, dans un entretien d’août à Livre Noir : « il y a clairement une demande générale de sauver l’identité française (…) Il faut à tout prix défendre la langue française et l’enseignement de la culture française ». Mazette ! Cela fait un demi-siècle que des lanceurs d’alerte enfoncent ces clous, en se faisant étiqueter « extrême droite » par les laborantins de l’homme technique et indifférencié. C’est Macron qui, le 28 août 2018 en visite au Danemark, récitait : « Le vrai Danois n’existe pas. Il est déjà européen. C’est vrai aussi pour les Français ». Faire nation ne veut rien dire dans la bouche de celui qui dit en même temps vouloir poursuivre « une politique de peuplement » et persiste à affirmer faussement, dans le même Fig Mag : « Nous avons toujours été un pays d’immigration et nous continuerons de l’être ». La France de Macron fait nation comme une pension de famille fait famille. Relire Bossuet : « Le propre de l’unité est d’exclure ». Une France éclatée est vouée à disparaître. Rien n’arrêtera son saccage tant que ses maltraitants resteront au pouvoir…


La suite des Carnets d’Ivan Rioufol est à lire dans le numéro de septembre de Causeur, disponible à la vente.

Abaya: culturel ou cultuel, on l’a dans le luc!

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Gabriel Attal et Emmanuel Macron visitent un lycée professionnel à Orange (84), 1er septembre 2023 © Blondet Eliot -POOL/SIPA

Avec un petit mot de trois syllabes, Gabriel Attal a occulté tout ce qui, dans l’École, pose problème. Il a aussi fragmenté l’opposition, marqué sa différence avec son prédécesseur, et s’est imposé comme champion de la laïcité pure et dure. Et si l’abaya était le petit doigt qui cache la forêt, se demande notre chroniqueur ?


A-ba-ya : sans doute les petites musulmanes qui s’enveloppent de sacs-poubelles ont-elles ainsi appris à déchiffrer le français en invertissant les syllabes du traditionnel b-a-ba. Parce qu’il s’agit bien d’une perversion de la culture française. Et même pire : il s’agit d’un déni de l’essence française.

Boucliers à fondamentalistes ou ados en crise ?

Que ce tissu informe soit cultuel ou culturel m’importe peu. Il y a longtemps que les musulmans jouent de l’ambiguïté, sous prétexte que les mosquées abritent aussi une bibliothèque — ce qui leur permet de déclarer comme « associations régies par la loi de 1901 » des groupes parfaitement sectaires. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il s’agit d’un vêtement communautariste importé d’un Moyen-Orient où le statut de la femme sort rarement du caniveau. Que des féministes ou des LFIstes défendent le voile et l’abaya donne une idée du mépris de la femme qu’ils développent inconsciemment. Sous prétexte de draguer les « nouveaux prolétaires », comme disait Terra Nova, quitte à sacrifier sur l’autel des ambitions électorales le prolétariat français, une certaine gauche française est prête à justifier les pires dérives religieuses. Qu’en aurait pensé Karl Marx, camarades ? Vous vous asseyez sur l’aliénation de donzelles prêtes à servir de bouclier à des fondamentalistes : ce n’est pas joli-joli.

A lire aussi, Noah Sdiri: Quand les progressistes creusent leur propre tombe

D’autant que certains musulmans ont le courage de dire la vérité. « Faire de l’abaya un simple « vêtement de mode » ou le mettre sur le compte d’une simple crise d’adolescence est nier par pur clientélisme qu’elle manifeste l’adhésion à un islam politique qui poursuit un projet politique dont l’invisibilité de la femme fait partie. Le nier est a minima de l’ignorance, au pire de la désinformation et de la manipulation. Au détriment des jeunes femmes françaises musulmanes. Il s’agit là tout simplement d’une stratégie entriste pensée par les Radicaux pour leur projet politique. » Ainsi s’exprime l’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, sur Twitter. Evidemment, les intégristes algériens l’ont immédiatement fustigé — preuve s’il en fallait que c’est bien d’une guerre que l’on parle.

Relisez la Constitution !

Le fait est que l’abaya (ou le voile, ou la qami, ou les babouches portées avec des chaussettes — une mode immonde qui fait fureur —, ou n’importe laquelle des défroques que des influenceuses subventionnées par des petits malins vantent sur les réseaux sociaux) est un vêtement communautariste. Et c’est sur ce point qu’il faut fonder son interdiction, non seulement à l’Ecole, mais dans tout l’espace public.

« La République est une et indivisible, laïque, démocratique et sociale » : c’est le premier article de la Constitution. Tout ce qui contrevient à cette unité est hors la loi. Communautariste, dans le langage révolutionnaire qu’affectionne Mélenchon, se dit « factieux ». Le Lider Maximo de la Canebière se rappelle-t-il ce que l’on faisait aux « factieux » sous la Convention ? On les divisait en deux parties inégales. Les factieux tombaient dans le panier de la bascule à Charlot.

D’autant que les gamines décervelées qui portent ces sacs sont françaises, et ne peuvent ignorer la loi française. Les extrémistes, tout comme les racailles qui dévastent régulièrement nos cités, sont français. Il faut leur appliquer la loi d’une nation « une et indivisible ».

Et de culture, il ne peut n’y en avoir qu’une, celle du pays et de la classe qui le dirige. Il n’y a pas de « culture jeune », ni de « culture musulmane » — pas en France en tout cas.

Qu’est-ce qu’un factieux ? C’est un individu qui cherche à fractionner la république. Les communautaristes ont la même ambition : créer des bantoustans islamiques, comme en Angleterre, et un jour (le Temps n’existe pas, pour une religion qui vénère un dieu incréé), réunifier le pays sous la bannière verte d’un islam unifié.

Puis régler les comptes.

Les ennemis ne respectent que la force

Ce n’est pas être islamophobe que d’écrire cela : c’est un fait. Une minorité d’activistes cherche à éparpiller la république façon puzzle. Le problème est que les musulmans qui n’adhèrent pas à cette volonté de conquête se taisent, dans leur immense majorité. Parce que c’est la peur qui est le principal levier de ces conquérants.
Eh bien, il faut que la peur change de camp. Nous n’avons pas à respecter qui veut notre disparition. Interdire l’abaya est un tout premier pas. Faire respecter par le dialogue cette interdiction sera problématique. Il faudra sans doute la faire respecter par la force — d’autant que les ennemis ne respectent en fait que la force. Poutine l’a expliqué en détail aux Tchétchènes, Xi Jinping l’explique aux minorités musulmanes chinoises.

A lire aussi, du même auteur: Enseigner l’Histoire: l’exemple chinois

Aucun Juif n’a protesté en 2004 contre l’interdiction de porter une kippa en classe. C’est que les Juifs ont toujours cherché à s’intégrer, en France, comme l’a magnifiquement raconté Pierre Birbaum en 2013 dans La République et le cochon. Mais les musulmans intégristes ne veulent surtout ni s’intégrer, ni s’assimiler. Les pédagogues qui s’insurgent contre l’enseignement d’une Histoire de France qui aurait ces objectifs sont tout bonnement des traîtres à la patrie.

J’ai par ailleurs expliqué dans une tribune du Figaro que l’interdiction de l’abaya était un joli coup de Gabriel Attal. Mais il reste bien des chantiers, autrement importants, dans l’Education nationale — entre autres réinventer l’enseignement de l’Histoire de façon à faire des Français, et pas une mosaïque d’opinions divergentes. Je doute que le nouveau ministre, qui lorgne vers la mairie de Paris, ait le temps ou l’ambition de s’y consacrer. Ce n’est pas de réformettes que ce pays a besoin : il faut renverser la table.

La République et le Cochon

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Embobinage sur mesure!

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Sophie de Menthon Photo: D.R.

À partir d’octobre, le nouveau bonus réparation textile va prendre la forme d’une remise sur la facture lorsque le consommateur choisira de faire réparer un vêtement ou une paire de chaussures abimés. Mais qui va rapiécer les dépenses publiques ? se lamente notre chroniqueuse.


Jugez un peu le texte qui suit, promulgué officiellement par le gouvernement à l’initiative de Bérengère Couillard, notre Secrétaire d’Etat au tricot chargé de l’écologie. Son objet : le bonus versé aux Français pour donner une seconde vie à leurs vêtements et chaussures. Voici le contenu intégral …

 « Prévu par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire du 10 février 2020, dite loi Agec, ce bonus s’inscrit dans une vaste réforme de la filière textile. Tous les vêtements et chaussures (excepté les sous-vêtements et le linge de maison dans un premier temps), seront éligibles au bonus réparation. Il devra s’agir de réparation et non de retouches.

Pour bénéficier du bonus de l’État, il faudra se rendre chez les couturiers et cordonniers ayant demandés à être labellisés par l’éco-organisme Refashion. La remise sera directement appliquée sur la facture de la réparation.  Les réparateurs labélisés déclarent, sur la plateforme, au fil du mois, les factures des réparations éligibles. Au 30 de chaque mois, la plateforme de déclaration déclenche de manière automatique l’ordre de virement pour toutes les factures que le réparateur aura renseignées sur le mois. Le montant de la prise en charge est compris entre 6 et 25 € en fonction de la réparation.

Depuis juin 2023 : ouverture de la labélisation. (La labélisation est gratuite.)

À partir d’octobre 2023 : Connection à la plateforme Refashion pour déclarer le bonus réparation après validation du dossier. 

Toutes les entreprises proposant un service de réparation de textile et/ou de chaussures peuvent se faire labelliser. Pour l’heure, elles sont 250 à avoir déposé un dossier. Le gouvernement vise un objectif de 500 artisans, réseaux de franchisés ou assimilés, réparateurs à domicile, acteurs digitaux et ateliers de réparation des marques labellisés d’ici la mi-octobre pour mettre en place le bonus. Le bonus réparation du secteur textile sera financé par un fonds doté de 154 millions d’euros sur la période 2023-2028, a indiqué la secrétaire d’État pour accroître de 35% le nombre de produits textiles et chaussures réparés. La réforme s’appuie notamment sur le milliard d’euros d’éco contributions des producteurs, importateurs et distributeurs qui devraient être dégagé sur la période 2023-2028 en vertu du principe du « pollueur-payeur ».

Les questions de Sophie de Menthon

Cela mérite bien quelques commentaires cousus de fil blanc :

D’abord, la dénomination « Refashion » : bravo pour l’anglicisme, ni français ni anglais, juste un barbarisme. Qu’est-ce que la refashion ? il faudra penser à le demander à la Ministre de la Transition Écologique.

Un peu d’économie basique : le secteur du prêt-à-porter va mal, et justement pour y remédier, on dissuade les gens d’acheter, un peu sur le principe de la décroissance ? Sachant que les enseignes suivantes viennent de déposer le bilan : Tati, Camaïeu, Pinkie, Kookai, San Marina – et qu’on apprend maintenant que Naf Naf est en liquidation judiciaire… Ceux qui restent vont peut-être être subventionnés pour compenser l’incitation à ne pas acheter dans leurs boutiques, mais à raccommoder les vieux vêtements ? Ne serait-ce pas une injonction contradictoire ou une politique de Gribouille…

La démarche administrative est kafkaïenne, comme d’habitude. Quel est le coût des fonctionnaires dédiés ? des recherches, des agréments… et des contrôleurs ? La DGCCRF a-t-elle prévu d’ouvrir un département lié au contrôle de conformité entre la réparation et la retouche ? Faudra-t-il attendre une éventuelle décision du conseil d’État pour qu’une jurisprudence précise la différence entre une réparation et une retouche ? Nous notons une discrimination des sous-vêtements « pour l’instant »… Sachant que la mode incite à porter les soutiens-gorge par-dessus le vêtement ! alors ? Et qui va juger de la nature de ce qu’est un sous-vêtement ? Et un Damart ? Quant au linge de maison ? Pourquoi donc votre couette déchirée est-elle exclue ? Il est également question de ressemelage : mais 90% des jeunes portent des « sneakers » (donc non re-semellables !)

Mettons ChatGPT à l’ouvrage !

Dans cette histoire, il y en a toutefois certains qui se frottent déjà les mains. Ce sont les 250 réparateurs qui ont déposé un dossier. En plus, cette loi anti-gaspi leur permettra vraisemblablement d’augmenter leurs prix, puisque le client paiera moins cher ! On vise aussi des « acteurs digitaux »… et là je donne ma langue à la couturière ou à Chat GPT? On nous explique, enfin, que c’est « en vertu du principe pollueur payeur » que l’on met tout cela en place: voilà qui va réjouir Sandrine Rousseau qui ne s’est malheureusement pas exprimée sur le sujet, alors que c’est toujours réjouissant de l’entendre. C’est son mari déconstruit qui tente de raccommoder les morceaux peut-être ?  

Résumons :

1) Quand je fais un accroc, je pollue parce que je peux envisager de ne plus porter mon vêtement et d’en acheter un autre… mais, avant de le jeter, pourtant, j’avais pensé à le réparer moi-même sans me faire rembourser…   

2) Donc, désormais, il ne nous faut plus rien recoudre soi-même. Plus de travaux d’aiguilles – l’État préfère payer et libérer la femme ! mais la femme au foyer, peut-elle se faire labéliser ? Ou l’homme, pardon…

3) À quoi rime un « objectif de 35% de produits réparés », et lesquels ? Si j’achète un jeans troué à la mode, puis-je déduire la réparation, et je refais le trou après ?

Je cherche encore de quelle éco contribution on nous parle pour les « producteurs, importateurs et distributeurs » évoqués dans ce texte ineffable ? En revanche, évidemment, rien n’est dit sur qui va rapiécer les dépenses publiques…

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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Je refuse qu’on découpe la France en tranches électorales

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Image d'illustration Unsplash

Rien ne m’apparaît plus contraire à la grandeur de notre pays, que ce soit dans la pratique du pouvoir ou dans la volonté de le conquérir, que ce morcellement auquel on consent d’autant plus volontiers que tout démontre qu’on est incapable de proposer une plénitude à la France


Pour refuser cette France en tranches électorales, il n’est pas nécessaire d’être nostalgique d’un de Gaulle qui affirmait la primauté de l’unité de notre pays sur la droite et la gauche. Il n’est pas nécessaire non plus de s’indigner d’un prétendu dépassement de la droite et de la gauche en 2017, qui a abouti, au fil des années, à une France de plus en plus éclatée, aux antipodes du rassemblement initialement promis. On a le droit, simple citoyen épris de la chose politique, de dénoncer des stratégies présidentielles qui, au lieu d’appréhender notre pays comme une communauté à l’égard de laquelle la pensée et les projets doivent être globaux, se flattent de le courtiser de manière parcellaire, catégorie par catégorie, une part des citoyens ici, une autre là, comme s’il était un immense gâteau qui, découpé, offrirait à chaque candidat sa chance, son pré carré.

Darmanin et Ruffin à l’assaut du vote populaire

Je ne crois pas exagérer mon propos puisque, au cours de ces derniers mois, on insiste sur ce que Le Monde résume justement par ce titre : « De Darmanin à Ruffin, l’appel du pied aux classes populaires« . Celles-ci, dans leur définition sociologique et économique, représentent 22 % de l’électorat. On peut remplacer « populaire » par « social ». L’idée est la même. Il faut réduire l’influence du RN sur ces Français pour lesquels la fin du mois est de plus en plus un problème, qui se voient dépouillés des services publics essentiels, abandonnés et pourtant moqués pour leur révolte qui serait populiste, voire fasciste, en tout cas toujours « nauséabonde ». L’objectif est de les faire revenir dans la case démocratique acceptable.

Rien ne m’apparaît plus contraire à la grandeur de notre pays, que ce soit dans la pratique du pouvoir ou dans la volonté de le conquérir, que ce morcellement auquel on consent d’autant plus volontiers que tout démontre qu’on est incapable de proposer une plénitude à la France. Non par défaut d’intelligence mais à cause de cette prétendue fatalité de la politique, qui contraindrait à raisonner pour partie (ou parti ?) au lieu d’assumer le tout.

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Je perçois l’extrême difficulté des idéologies extrêmes à se départir d’une vision qui les incite à cliver, à distinguer, à ostraciser. Prenons par exemple la situation du parti communiste : la chaleureuse personnalité de Fabien Roussel ne fait pas oublier que dans son programme, même avec une lutte des classes attiédie, les patrons, les possédants, sont obsessionnellement ciblés, comme s’ils étaient presque coupables d’exister, selon une veine communiste encore plus révolutionnaire que réformiste.

LFI permet, sur le mode vindicatif, une illustration encore plus éclairante pour certaines de ses exclusions radicales.

Triste habitude

La campagne pour 2027, telle qu’elle se présente déjà, ne dérogera pas à la triste habitude de sectoriser ce qui devrait être généralisé, de s’acharner à cultiver sa clientèle de prédilection, de remplacer, en quelque sorte, la cause de la France par celle de son ambition réduite à son expression la plus pragmatique. Si je me trompe, égaré par un pessimisme excessif, j’en serai le premier satisfait.

Qu’on se penche sur le passé ou qu’on se fonde sur les attentes populaires, il est cependant clair que la société française n’a été véritablement convaincue par une campagne présidentielle (avec un taux de participation de 80%) qu’en 2007 quand Nicolas Sarkozy lui a présenté son projet. L’universel enrichissait les mesures particulières. Le candidat avait su concilier le meilleur de la droite et de la gauche, dans un mouvement qui, sortant de l’épicerie partisane, laissait espérer de l’élan, de l’épique.

Pour l’avenir, si les Français plébiscitent le référendum, ce n’est pas seulement parce qu’ils éprouveraient une fringale démocratique, c’est plutôt que ce mode de participation du peuple à son destin susciterait un souffle collectif que la vie politicienne aurait été inapte à provoquer. On admire trop volontiers certains comportements anciens. On ne s’en sert pas comme exemples, tels des modèles à imiter mais comme un idéal impossible à atteindre. Charles de Gaulle est devenue la consolation nostalgique d’une France instrumentalisée en tranches électorales. Le citoyen n’est pas à la disposition des politiques, une multitude à instrumentaliser, mais ils se doivent de le servir.

Libres propos d'un inclassable

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Service à l’italienne

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Rome. Image : Unsplash

Quand un pays ressemble encore à l’image que l’on se fait de lui…


Il est bon parfois de communier avec ses icônes. De retrouver dans la chaleur romaine d’une fin d’été, les bases solides d’un pays qui ne trahit pas totalement ses mythes et ses traditions. Qui n’a pas versé abusivement dans une automatisation et une uniformisation à outrance. Qui conserve un sens du service développé et une forme d’humanité rieuse, taquine, à la limite du persiflage, qui rend les rapports moins électriques et surtout moins conflictuels. Et pourtant, qu’il est difficile, voire impossible de résister au rouleau compresseur de la ville occidentale calibrée, indifférenciée, numérisée, à la fois quelconque et anxiogène, où toutes les boutiques se ressemblent et où les aliments ont le même goût lyophilisé. En dépassant les Alpes, le Français habitué à un abaissement généralisé de son niveau de vie, qui doit faire face à un délitement intellectuel et commercial conjugué, se surprend à observer chez ses voisins, des gestes du quotidien disparus depuis des lustres. Des habitudes de consommation qui pour des élites déconstruites sembleraient insignifiantes, mais qui pour un simple citoyen revêtent une portée extraordinaire. C’est à l’aune de ces « minuscules » attentions que l’on prend notre déclassement en pleine poire. Il y a encore en Italie, des barrières contre la déshumanisation galopante, des prestations dignes des années 1950 qui éblouissent par leur simplicité biblique. Il ne s’agit pas ici d’une étude approfondie, sociologique, à vocation universitaire, simplement le constat banal d’une réalité qui fait mal. Les exemples sont à portée de main, pullulent à chaque coin de rue, et l’on se rend compte que nous autres Français, avons perdu la bataille du savoir-faire et du savoir-être depuis trente ans, que notre réputation de gastronome et d’élégant, de filières d’excellence et de traçabilité sécuritaire reposent sur un mensonge. Aurions-nous été mystifiés ? Le « Made in France » fait sourire de rage lorsqu’on le compare au « Made in Italy », à sa puissance économique, à sa diversité locale et à son enracinement. Promenez-vous dans les couloirs de Fiumicino et ceux d’Orly, et vous constaterez, à l’heure du déjeuner, un décalage de civilisation. Partout à l’aéroport de Rome, vous pouvez manger de la « vraie » nourriture, préparée sous vos yeux ; des pâtes, des pizzas, des salades et non pas d’insanes sandwichs ou des produits empaquetés, conditionnés et servis avec une évidente mauvaise volonté ; un affront à notre héritage boulanger et pâtissier. Nous vivons au royaume des hypermarchés et de la standardisation, des ronds-points et des éoliennes, des interdictions et d’une littérature en poudre. Tout semble si fade, si fat dans notre hexagone après un séjour passé en Italie. Nous sommes embourbés dans d’asphyxiantes directives administratives et soumis aux lobbys gloutons. En France, nous avons certes de grands chefs et nous mangeons collectivement, majoritairement de la nourriture industrielle, réchauffée et préparée en laboratoire. Il serait discourtois d’oser mettre sur le même plan de très nombreuses brasseries parisiennes et les trattorias romaines. Déguster des rigatoni all’amatriciana ou des tonnarelli cacio e pepe, des plats classiques du répertoire, nécessitant que peu d’ingrédients et une rudimentaire bassine d’eau chaude relèverait d’un défi insurmontable à Paris où un céleri rémoulade de bonne facture devient un « petit luxe ». En résumé, pour quelques euros, il est possible de s’offrir une nourriture réelle, non déconnectée du vivant. À force de vouloir notre bien, notre santé, notre servilité, nous avons oublié le sens du bon et du beau, du fait-maison et du partage.

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Nous sommes penauds et un peu désemparés de la persistance d’un pompiste (un humain donc) qui vous sert de l’essence, une incongruité énorme, une aberration quasi-historique. En Italie, le self-service n’a pas gangréné les mœurs. On peut se demander jusqu’à quand les digues feront office de rempart culturel. Étrange expérience également pour un Parisien d’aller à la Poste centrale de Rome. Point de machines à affranchir soi-même, mais bel et bien un guichetier à l’ancienne, derrière un comptoir qui prend soin de coller lui-même des timbres (de collection) sur vos cartes postales. Vous croyez rêver. Vous vous demandez combien pourrait vous coûter une telle délicatesse en France. De toute évidence, un pays où un taxi vous ramène à 150 km/h sur l’autoroute a toute mon affection, mon indulgence et ma partialité. Un pays où Adriano Panatta commente le foot à la télé me ravit. En rentrant en France, on peut se consoler en allant voir le film « Seconde jeunesse » avec Stefania Sandrelli encore à l’affiche dans quelques salles et puis écouter les standards de Toto Cutugno.

Monsieur Nostalgie

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Biden-Djokovic, l’étrange match de l’humanité

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Le joueur de tennis serbe Novak Djokovic, New York, 30 août 2023 © Andrew Schwartz/SIPA

Après deux ans d’absence, Novak Djokovic, le « non vacciné » le plus célèbre au monde est de retour sur le sol américain. Sa réapparition suscite un immense intérêt du public, avec des files d’attente interminables pour voir ses entraînements, ou encore la présence de Barack Obama dans le public lors de son premier match de l’US Open. Un incroyable parcours.


En mars dernier, le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, a adressé un courrier au président des États-Unis, Joe Biden, pour lui demander d’autoriser l’entrée dans leur pays… d’un citoyen serbe. À l’époque, Washington n’avait pas encore levé les restrictions liées au Covid-19 pour les étrangers non-vaccinés, ce qui était le cas de l’homme en question. Au premier regard, la demande parait totalement absurde quand on connaît l’importance des dossiers du locataire de la Maison Blanche, mais c’est sans savoir que le citoyen serbe en question s’appelait Novak Djokovic, le champion de tennis dont les performances sportives ainsi que les actualités au-delà du simple cadre tennistique ont hissé au rang des personnalités les plus connues de la planète. Quelques semaines avant la lettre de DeSantis, Djokovic a ému le monde, et ce, bien au-delà du simple cercle des amateurs de tennis, en remportant à Melbourne son dixième tournoi d’Open d’Australie (et son 22e titre de Grand Chelem), égalant le record de son rival de toujours, Rafael Nadal. Cette victoire, malgré sa valeur sportive extraordinaire, fut davantage une démonstration de force mentale qu’aucun athlète, probablement, n’a pu manifester avant lui. Car un an auparavant, à l’occasion du tournoi de l’Open d’Australie, le Serbe s’était vu d’abord refuser l’entrée au pays, ensuite contraint de squatter dans un centre de rétention pour immigrés et, finalement expulsé du territoire australien. Et cela à cause de son choix de ne pas se faire vacciner contre le coronavirus. Le procès collé au numéro un mondial a été purement politique. Novak Djokovic est devenu, malgré lui, la proie parfaite pour les élites au pouvoir veillant sur notre santé et qui ont voulu, à travers lui, punir sur la scène planétaire tous les « anti-vax ». Parmi ces derniers se trouvaient, il est vrai, les complotistes adhérant à des théories farfelues, mais aussi des millions d’individus adultes responsables (dont le natif de Belgrade) qui revendiquaient le droit de décider de leur propre chef de se faire injecter ou pas les substances chimiques du vaccin dans le corps.

Que cet acharnement (qui a obligé le gouvernement du Premier ministre australien de l’époque, Scott Morrison, à annuler la décision du tribunal de Melbourne favorable au Serbe) soit tombé sur Djokovic fut particulièrement frappant. Depuis son apparition sur le circuit professionnel, le tennisman s’est distingué par ses recherches approfondies du « pouvoir extraordinaire » du corps et de l’esprit humain.  Son régime anti-gluten aurait aidé des milliers de personnes partout dans le monde, sportifs ou pas à se débarrasser de problèmes de santé. Son hygiène de vie, son appétence pour les neurosciences ou encore les pratiques de la méditation ont révélé un athlète qui ne se contente pas d’être là pour ravir les sponsors et les médias et faire grossir son compte en banque. Djokovic a endossé le costume de champion – pionnier, celui qui amène les performances à un niveau jamais connu, comme le firent avant lui Nadia Comaneci, Michael Jordan ou plus récemment Usain Bolt.

Lettre morte

Le président Biden n’a pas donné de suite favorable à la lettre de DeSantis. Rien de surprenant si on se souvient de sa position très ferme sur les mesures anti-Covid. Lorsqu’il n’était encore que candidat, Joe Biden a été critiqué pour avoir porté un masque, tout au long de sa campagne de 2020, et pour l’organisation de ses rares meetings électoraux principalement en mode drive-in sur des parkings… Il n’est pas certain, par ailleurs, que le nom du tennisman lui dise forcément grand-chose. Djokovic, lui, est sans doute mieux renseigné sur l’homme politique américain et pour cause… Il y a presque 25 ans, Joe Biden, alors membre du comité aux affaires étrangères au Sénat, a été un fervent partisan des bombardements de Belgrade par les pilotes américains, voyant dans cette approche l’unique possibilité de garantir la sécurité de l’Amérique et de l’Europe démocratique. Dans ses interviews, Djokovic a souvent raconté à quel point les bombardements de 1999 par les troupes d’Otan, pendant 78 jours, avaient traumatisé son enfance, l’avaient rendu ultra-sensible aux bruits soudains et l’ont fait détester les guerres. Dans son autobiographie « Service gagnant », sortie en 2013, il raconte comment il cherchait à protéger ses deux petits frères à Belgrade dans un appartement plongé dans le noir, âgé de 11 ans, après la première explosion et alors que son père secourait sa mère qui avait perdu connaissance en se cognant contre le radiateur.

Plus de deux décennies plus tard, quand la Russie a brutalement envahi l’Ukraine et alors que les stars sportives, dont Federer et Nadal, évitaient de s’exprimer au sujet épineux de la guerre, Djokovic s’est empressé d’envoyer un texto au tennisman ukrainien Serhiy Stakhovsky: « Je pense à toi… Si tu as besoin d’aide financière ou autre donne-moi l’adresse ». Le texto était personnel, mais Stakhovsky, très ému, a demandé l’autorisation du Belgradois de le rendre public, afin de montrer à ses compatriotes le soutien apporté par un célèbre champion. Et dire que l’échange s’est produit quelques semaines à peine après la mésaventure australienne du Serbe, et alors qu’il avait toutes les raisons de détester le monde et d’en vouloir à sa profession pour son manque de soutien ! Djokovic, comme à son habitude, ne s’est pas caché, il a fait parler son grand cœur slave, bien que la Serbie maintienne des liens d’amitié avec la Russie et que lui-même n’ait jamais cherché à dissimuler son patriotisme et notamment sa position sur le Kosovo, la terre natale de son père. On se souvient des mots qu’il a écrits sur la caméra de France Télévisions lors du dernier Roland Garros, en assumant une possible sanction pour son geste : « Le Kosovo est le cœur de la Serbie ! Arrêtez la violence ».

Deux vétérans

Joe Biden et Novak Djokovic ne se sont jamais rencontrés ; ils appartiennent à deux générations différentes, mais l’ironie de l’histoire moderne a bien voulu croiser leurs destins et faire d’eux les incarnations les plus abouties, probablement, de notre époque. L’un représente le pouvoir absolu, porté par les puissantes institutions de son pays si riche de talents et d’entrepreneurs et qui, face aux gesticulations impérialistes de Vladimir Poutine et les ambitions géopolitiques de Xi Jinping, est bien décidé à recycler la mécanique la plus redoutable de la guerre froide du siècle passé, dans un monde qui a pourtant changé d’ère et d’idéologies. Qui, et quelle incroyable coïncidence, a bien insisté auprès du même Premier ministre australien Morrison (qui avait expulsé Djokovic), pour faire annuler en septembre 2021 le contrat à 56 milliards d’euros avec la France pour 12 sous-marins.

Face au vétéran de la politique au sourire difficilement lisible, il y a un autre vétéran, celui du tennis, surgi d’un pays en ruines, arrivé au sommet de son art malgré les incalculables obstacles sportifs et extra-sportifs, qui n’a jamais arrêté d’innover, de chercher la voie qui ferait de lui un meilleur homme et un meilleur athlète. Il y a quelques jours, en vue de la saison tennistique nord-américaine, Djokovic a enfin débarqué aux États-Unis, après deux ans d’absence. « Je n’ai aucun regret » a-t-il crânement déclaré aux journalistes au sujet de cette pause forcée. Il ne sera jamais aimé de tous, comme toute personne qui explore de nouveaux chemins. Mais le Serbe a déjà gagné l’immense considération des amateurs de sport du monde entier qui suivent son parcours. Le président de la plus grande puissance militaire, de son côté, continue de nous préparer à affronter le pire…

Sylvia Plath: le mal de vivre comme œuvre d’art

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L'écrivaine et poétesse américaine Sylvia Plath (1932-1963) © AP/SIPA

Denoël publie une nouvelle édition du roman culte La Cloche de détresse de Sylvia Plath, dont la traduction a été révisée, avec une préface plutôt intéressante de Jakuta Alikavazovic.


La grande poétesse américaine Sylvia Plath (1932-1963) n’a écrit qu’un seul roman, mais il brille comme un diamant noir dans l’horizon perdu de sa nuit. La Cloche de détresse a été publié deux mois avant son suicide, à l’âge de trente ans. Elle y relate ses années étudiantes, contrariées par une crise dépressive très grave, qui l’obligea à poursuivre une thérapie dans divers hôpitaux et cliniques. Les psychiatres lui administrèrent des électrochocs qui la terrorisaient. Sylvia Plath raconte en détail ce périple de la douleur mentale, dominée par l’obsession du suicide, dont elle ne cache rien dans son roman. Elle fit plusieurs tentatives, dont une vraiment sérieuse. Elle eut la chance d’en réchapper cette fois-là, mais ce ne fut qu’un sursis bien fragile et incertain.

Des signes avant-coureurs

La Cloche de détresse commence au début des années 50. Sylvia Plath, brillante élève, douée pour les lettres, obtient une bourse pour aller étudier à New York. Dans un premier temps, tout se passe à peu près bien, malgré certains signes avant-coureurs qu’elle note avec précision. Ainsi, elle écrit : « je me sentais très calme, très vide, comme doit se sentir l’œil d’une tornade qui se déplace tristement au milieu du chaos généralisé ». Ces descriptions psychologiques créent, sous la plume de Sylvia Plath, une atmosphère d’étrangeté, d’autant plus qu’elle n’essaie jamais de se masquer le mal dont elle souffre. Cela concerne aussi bien les petites choses, comme ce qu’elle commande quand elle est dans un café : « Je rêvais de commander quelque chose un jour et de découvrir que c’était délicieux. » Mais cela concerne souvent des émotions plus critiques, que Sylvia Plath nous fait ressentir par des notations sibyllines : « Le miroir au-dessus de mon bureau me paraissait légèrement déformant et beaucoup trop argenté. Je m’y voyais comme dans une boule d’amalgame dentaire. » La formulation doit beaucoup à la poésie.

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À la fin de l’année universitaire, elle rentre chez elle, ne sachant pas ce qu’elle veut faire de sa vie. Elle tente de terminer la lecture de Finnegans Wake de James Joyce, mais n’arrive plus à se concentrer. Une séance de cinéma avec des amis la rend « toute chose ». Sa mère n’arrête pas de lui seriner qu’un diplôme de lettres ne mène à rien, et qu’il faut qu’elle apprenne la dactylo pour devenir secrétaire. Elle se pose par ailleurs beaucoup de questions sur l’amour et la sexualité. « Quand j’avais dix-neuf ans, écrit-elle par exemple, la question de la virginité était capitale. » Sylvia Plath décide qu’elle ne se mariera pas, ce qui ne l’empêche pas de désirer tomber amoureuse d’un garçon.

Introspection psychologique

Son état empire et la pousse à l’introspection. Le matin, elle se réveille aux sons de marches militaires. L’exécution des époux Rosenberg la sidère et l’obsède. Elle assiste à une représentation théâtrale « où l’héroïne était possédée par un dibbouk ». Du coup, quand elle écoute son amie Hilda parler, elle a l’impression d’entendre le dibbouk. Tous ces éléments accumulés sont perçus par Sylvia Plath de manière très angoissante, à tel point qu’elle en arrive à cette conclusion générale : « je sombrais dans la mélancolie ». Souffrant d’une insomnie chronique, elle note, dans une formule très impressionnante : « Je voyais les jours de l’année s’étaler devant moi comme une succession de boîtes blanches et étincelantes, et, entre chaque boîte, il y avait le sommeil, semblable à un voile noir. » On sent ici également, dans cette prose implacable, toute l’expérience littéraire de Sylvia Plath, auteur de multiples recueils de poésie. Son élaboration des symptômes de sa psychose est d’une stupéfiante lucidité, et la preuve d’une très grande intelligence.

Une « Montagne magique » impitoyable

Sylvia Plath, en écrivant La Cloche de détresse, a eu le courage des grands auteurs, qui ne laissent dans l’ombre aucun détail caractéristique, fût-il honteux ou dépréciatif pour eux. Au contraire, elle dit tout, jusqu’à ce que le livre fasse sens. D’où des scènes remarquables, racontées avec une espèce de froideur, comme sa visite sur la tombe de son père sous une pluie battante, où elle semble si fragile. Elle utilise aussi l’ironie, tentative pour mieux mettre en perspective ce passé récent très douloureux – qui finira d’ailleurs par la rattraper.

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La Cloche de détresse est à placer dans la même catégorie de romans que La Montagne magique de Thomas Mann, ou encore certains écrits autobiographiques de Thomas Bernhard ou de Fritz Zorn. Chez Sylvia Plath, cela se passe dans des asiles d’aliénés, et l’impression de révolte en est d’autant plus aiguë et touchante. Quand elle en sort, après des mois de claustration, elle évoque une « renaissance ». Aura-t-elle ressenti une même sensation de délivrance, dix ans plus tard, après avoir achevé ce roman impitoyable dans lequel elle déverse le trop-plein de son cœur ? Cela n’empêcha pas Sylvia Plath, en tout cas, juste après la parution de La Cloche de détresse, d’ouvrir le gaz…

Sylvia Plath, La Cloche de détresse. Préface de Jakuta Alikavazovic. Traduction de l’anglais révisée par Caroline Bouet. Éd. Denoël.

La Cloche de détresse

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Algérie: en eaux troubles…

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Décès de deux Franco-Marocains, tués par des gardes-côtes au large de l’Algérie: vers une affaire diplomatique?


Mardi 29 août, quatre hommes binationaux franco-marocains partis faire une balade en scooter des mers sur les rives de la mer Méditerranée s’égaraient au large de Saïdïa, station balnéaire marocaine frontalière de l’Algérie. Deux d’entre eux n’en reviendront pas. Pour l’heure, le Quai d’Orsay a confirmé l’un de ces deux décès, le deuxième jeune homme étant présumé mort et son corps disparu en mer. Un troisième homme, lui aussi binational, serait actuellement détenu par la police algérienne. Quant au dernier jeune homme, il a pu revenir à bon port et raconter les évènements.

De son nom Mohamed Qissi, il a répondu au média marocain Al-Omk : « Nous avons su que nous étions en Algérie, car un zodiac noir algérien est venu vers nous, il a commencé à zigzaguer comme s’il voulait nous renverser. Ils ont tiré sur nous. Dieu merci, je n’ai pas été touché, mais mon frère et mon ami, ils les ont tués. Ils ont arrêté mon autre ami. Ils ont bien vu qu’on était désarmés, mon petit frère a échangé avec eux et pourtant ils ont tiré ». L’homme affirme avoir réussi à s’enfuir. Son véhicule étant tombé en panne d’essence, il a dû le tracter à la nage avant d’être récupéré par la gendarmerie marocaine prévenue par les familles des disparus.

Cette histoire choquante n’en est probablement encore qu’à ses prolégomènes, les enquêtes policières de trois États différents s’entrechoquant dans un contexte diplomatique par ailleurs tendu ces derniers mois. Il s’agit d’un nouvel épisode déplorable et dramatique d’une forme de guerre froide à bas bruit entre le Maroc et l’Algérie. Le roi Mohamed VI a pourtant appelé de son côté à un apaisement et un « retour à la normale » malgré la rupture des relations diplomatiques lors de son discours de la fête du trône. Quant à la France, elle se retrouve aussi embarquée dans cette triste affaire, les victimes étant ses ressortissants.

Le ministère des Affaires étrangères ne s’est pas encore exprimé sur le fond de l’affaire, se contentant d’une sobre déclaration. «Le centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et nos ambassades au Maroc et en Algérie sont en contact étroit avec les familles de nos concitoyens, à qui nous apportons tout notre soutien», a ainsi affirmé le ministère dans un communiqué. Une position semblable à celle diffusée par l’Agence de presse marocaine qui a relayé l’ouverture d’une enquête par le Parquet d’Oujda qui entend « recueillir les informations nécessaires sur les circonstances dudit incident » ajoutant que « plusieurs personnes faisant partie des familles et entourages de ce groupe de jeunes (avaient) été auditionnées ». L’attitude des gouvernements français et marocains est prudente. C’est de bon aloi.

L’Algérie reste de son côté silencieuse, n’ayant communiqué aucune information. On se souvient pourtant que dans un tout autre contexte, celui des émeutes et l’affaire Nahel, le gouvernement algérien avait fait part de son « choc » et de sa « consternation », osant même rappeler à la France son « devoir de protection ». Pis, le ministère des Affaires étrangères algérien faisait carrément état sans attendre un commencement de preuve de  « circonstances particulièrement troublantes et préoccupantes » entourant l’intervention policière, jetant un peu plus d’huile sur le feu. Ils n’ont évidemment jamais appelé au calme leurs ressortissants qui s’illustraient durant les émeutes qui ont coûté plusieurs milliards d’euros aux Français et aux Françaises…

Il faudra être particulièrement vigilant quant aux suites de ce drame. Protéger ses frontières n’offre pas un permis de tuer. Que n’entendrait-on d’ailleurs pas si la France avait commis le dixième d’un tel acte… Les esprits s’échauffent d’ailleurs déjà sur les réseaux sociaux, témoignant d’une confrontation grandissante. Il va falloir calmer les esprits, ce ne sera pas chose facile.