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Le viol verbal

Poètes et blagueurs grivois ont toujours été inspirés par les femmes. Intolérable pour les néofeministes qui traquent le « patriarcat systémique ». Au mépris de la langue et du sexe, ces pauvres Amazones sont en croisade contre toute connotation sexuelle. Cette surveillance de la langue est l’apanage des régimes totalitaires.


Je vous le dis, « les femmes flairent un phallus en l’air à plus de dix kilomètres, et se demandent, Comment a-t-il pu me voir celui-là ? ». Encore une insanité de Gérard Depardieu ? Raté ! Le délinquant est Samuel Beckett, prix Nobel de littérature. Mais que font les préposés à la traque de l’« outrage aux mœurs », « personnes convenables et correctes » dévouées, pour la rééducation des foules, à la mission sacrée qui consiste à purifier la langue des « mots de gueule », comme disait ce saligaud de François Rabelais, et à cette fin de « couper en quatre les cheveux – ou les poils pubiens » ! Ouh là là ! Les « poils pubiens »… (Beckett, encore, merde alors !) Avez-vous bien lu (avant de vous évanouir) ? Enfer et damnation !

Édition originale des Sonnets luxurieux du poète toscan Pierre l’Arétin, illustrée par Giulio Romano et publiée à Venise vers 1527 © Christie’s Images/Bridgeman Images

Unsafe space

« Je te salue ô vermeillette fente, / Qui vivement entre tes flancs reluis : […] Ô petit trou, trou mignard, trou velu, / D’un poil folet mollement crespelu, / Qui à ton gré dompte les plus rebelles, / Tous verts galants devoient pour t’honorer / A beaux genoux te venir adorer, /Tenans au poin leurs flambantes chandelles. »

Et Ronsard, maintenant ! Les ligues de vertu d’agrégatives soucieuses du safe space des âmes pures nous avaient pourtant avertis : un suppôt de la « culture du viol ». Ne parlons pas de Mozart, et de ses plaisanteries sexo-scatologiques, démontrant sans équivoque que le compositeur de Cosi fan tutte était en réalité une sorte de « monstre » aux pieds de bouc.

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En prose, ou en vers, en argot qui fait pincer le nez, le sexe dans la langue, exit ! Délit de gros mot – c’est-à-dire de mot sexuel : c’est la nouvelle tendance du moment « féministe ». Avec bien sûr de subtils distinguos établis soigneusement par les services compétents de la plateforme YouTube. Ainsi a-t-on récemment appris, le 8 mars (!) 2023, que les mots « modérément » grossiers « tels que “salope”, “con”, “connard” et “merde” », et en anglais « “bitch”, “asshole”, “shit”, et même “fuck” »,ainsi que « la plupart des termes vulgaires utilisés dans du contenu vidéo musical ou une séquence de stand-up peuvent générer des revenus publicitaires ». Business is business. Ainsi quelques… « accommodements raisonnables » ne sont pas à bouder… Sont en revanche proscrits les mots « très grossiers », comme « putain » (en anglais, bizarrement, l’équivalent est permis, un haut gradé de la police de la langue pourrait, on l’espère, éclaircir ce mystère), « dans les sept premières secondes de la vidéo, dans le titre, dans l’image de couverture de la vidéo ou trop fréquemment, sous peine de ne pouvoir tirer aucun revenu de son contenu ».

Tout cela pourrait n’être que risible. C’est en réalité profondément sinistre. À plus d’un titre. Seuls les régimes totalitaires ont instauré pareille surveillance de l’usage de la langue. « L’esprit sain pue la connerie » : pour ce fragment d’une plaisanterie, le héros du roman de Milan Kundera du même titre se verra précipité dans la fosse aux ennemis du peuple. S’agissant des milices du Metoo-féminisme (dont la conception de l’obscénité peut laisser songeur, l’une des générales de l’armée en marche contre le « patriarcat systémique » n’ayant pas rechigné, par exemple, dans un ouvrage de référence de la campagne en cours depuis quelques années, à fournir les mensurations de la bite de son « violeur », détail indispensable et tout à fait passionnant pour les lecteurs bien sûr ; et toutes jouissent sans entraves des lapidations vertueuses qu’elles orchestrent sur les plateaux télé), cette croisade contre le langage prend avant tout pour cible les mots ou blagues « à connotation sexuelle » selon les termes du catéchisme en vigueur. C’est que dans le dogme du « continuum des violences sexistes et sexuelles », ce registre verbal est nécessairement l’antichambre du viol. Voire l’équivalent d’une preuve, si une accusation vise le coupable de mots cochons. Un langage peu châtié (pas bien châtré) est la signature du « porc » – du « prédateur ». Peu importe qu’il ne soit nullement rare d’entendre des gamines s’exclamer : « je m’en bats les couilles ! » (mais oui !), ou que bien des conversations entre filles sur les garçons soient d’une crudité à faire rougir un corps de garde. Officiellement, ça n’existe pas. Ou alors ce n’est rien. Ce qui, soit dit en passant, est profondément sexiste : désactivés, les mots grossiers proférés par des filles, ou des femmes – sauf s’il s’agit d’accuser ? Quand voudra-t-on enfin comprendre que ce féminisme victimaire foncièrement éradicateur témoigne en réalité d’un immense mépris pour les femmes ?

Une affaire de langue

En prononçant des gros mots, les oppresseurs de genre (comprendre : les hommes) violenteraient les proies systémiques (les femmes, « silenciées » bien sûr), les traumatisant gravement. Vraiment ? Et démontreraient par là même leur nature violeuse. Étrange conception de la preuve en matière d’infraction sexuelle, fondée sur une figure de l’aveu que ne renieraient pas les tribunaux de l’Inquisition. Le « blasphème » (ou ce qui est pris pour tel) vous signale d’office comme suppôt de Satan.

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En tout état de cause, cette triste détestation de la langue et du sexe, particulièrement lorsqu’il est question du plaisir – les propos donnés pour horrifiques de Gérard Depardieu n’évoquent rien d’autre, l’a-t-on remarqué ? cela sans l’ombre d’un fantasme de cruauté ou d’humiliation envers les femmes –, s’accompagne d’une certaine inaptitude à user de la langue.

Ainsi un tag récent est-il ainsi rédigé : « Darmanin une pipe contre un service ». Il n’est pas écrit : « Darmanin une pipe pour un service », ou « Darmanin un service contre une pipe ».

Petit exercice de lecture : la formulation du tag induit un rapport prostitutionnel : « je te fais une pipe, en échange tu me rends service ». Pourquoi pas (même s’il est vrai qu’aujourd’hui, les clients sont pénalisés) ? Les formulations alternatives, au contraire, signaleraient un abus de pouvoir – éventuel, car nulle n’est obligée d’accepter pareil deal : « je te rends service, mais en échange tu me fais une pipe ».

Quel dommage de ne pas aimer la langue, dans tous ses états…

Qui a peur de Roman Polanski ?

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Gaza: Aymeric Caron profère des fake news à l’Assemblée nationale

Le député apparenté LFI a profité des travaux de sa commission parlementaire consacrée à la télévision pour faire son show.


Hier au Palais Bourbon, Aymeric Caron avait manifestement envie de figurer en trending topic sur les réseaux sociaux. Il faut dire qu’il siège dans la commission d’enquête sur l’attribution et le contrôle des fréquences de la TNT, et que c’était au tour des dirigeants de CNews d’être auditionnés. Comment les moucher en direct, ces fâcheux ? Il était bientôt 13h30, le temps de parole du député allait enfin commencer. Après avoir précisé être lui-même un ancien journaliste audiovisuel, Caron s’est lancé, bille en tête. En posant sur le champ une question choc à Serge Nedjar, le directeur de deuxième chaîne d’information de France : « Est-ce que vous connaissez le nombre d’enfants, de femmes et d’hommes qui ont été tués par l’armée israélienne depuis le 8 octobre ? Et si oui, est-ce que vous nous le donnez ? »

Actors Studio

Réponse du haut cadre de l’empire Bolloré, interdit: « Je ne connais pas le nombre exact. » À quoi Caron objecte alors, fier de son coup : « Je suis surpris que vous ne connaissiez pas ce chiffre, en tant que directeur de la rédaction de CNews ! D’autant qu’il s’affiche en Une de Libération ce matin ! Donc j’apprends que vous, qui dirigez une chaîne d’info, vous ne lisez pas la presse ! » Joignant le geste à la parole, l’ancien journaliste brandit la couverture du quotidien de Serge July, sur laquelle un nombre est imprimé plein pot :“30 000”. Pour appuyer son effet, il prend l’air pénétré de ces acteurs américain qui jouent dans des séries politiques hyper-dramatisées.

Le média qatari AJ+ se félicite de l’intervention d’Ayrmeric Caron

Bel effet de manche ! Sauf que le numéro de Caron ne repose sur rien de sérieux… En fait de “nombre exact”, le chiffre mis en avant par Libé n’est qu’une estimation, pour laquelle le quotidien a pris le soin d’indiquer qu’elle est fournie par “le ministère de la santé de Gaza, contrôlé par le Hamas”, reconnaissant même, en guise de réserves : “Un chiffre impossible à vérifier, mais jugé plus que crédible, voire sous-estimé, par les ONG déployées dans l’enclave.” Comment dit-on, dans le milieu de la presse, “faire pshitt” ?

Le fait est imprécis, il n’est pas certifié par le média qui le rapporte, ses sources sont controversées, et la version de la partie mise en cause n’est pas exposée. Il n’y a d’ailleurs pas que CNews qui l’ait « invisibilisé », comme dit Caron. De l’autre côté du spectre politique, sur France Inter, même silence radio. Hier matin, nulle mention du communiqué du Hamas et des 30 000 morts qu’il annonce. Rien dans la chronique internationale de Pierre Haski, rien dans la revue de presse de Claude Askolovitch. On apprenait du reste un peu plus tard dans la journée que le Pentagone, autrement plus fiable que le Hamas, estimait à 25 000 le nombre de morts à Gaza depuis le 7 octobre.

Pas à une outrance près

Mais les outrances du député végane ne se sont pas arrêtées là. Après avoir reposé l’exemplaire de Libération sur la table, et traité au passage le président de la séance de “dictateur” (pour avoir osé remarquer son hors-sujet), Caron a embrayé sur une analyse géopolitique que personne ne lui demandait : « Les crimes de guerre, le nettoyage ethnique qui sont en cours en ce moment à Gaza sont un fait historique majeur, c’est un fait journalistique (…) l’un des plus graves catastrophes humanitaires de notre siècle, si ce n’est la plus grave. » Lui qui aime tant demander des “chiffres précis” ignore donc que la guerre du Tigré (2020-2022) a entraîné la mort d’au moins 162 000 personnes, que celle du Syrie a tué au moins 70 000 personnes depuis 2011, ou qu’on déplore au moins 102 000 victimes dans celle du Yémen, entamée en 2014.

Si nous dressons cette abominable comptabilité, du reste non exhaustive (que dire du Kurdistan, du Congo, de l’Ukraine, etc?), ce n’est pas pour prétendre que le sort des Gazaouis serait moins tragique. Mais juste pour déplorer que Caron travaille de manière si brouillonne, en ne lisant que les gros titres, en ne vérifiant pas ses affirmations, en relayant la propagande du Hamas dans une enceinte officielle. Et tout cela en donnant des leçons de journalisme !

Il lui aurait été pourtant facile de mettre en difficulté les dirigeant de CNews, par exemple en leur rappelant cette émission religieuse diffusée sur la chaîne dimanche dernier et dans laquelle l’IVG a été présentée comme une « cause de mortalité ». Ou pourquoi pas critiquer, mais à la loyale, la ligne pro-israélienne de CNews (même si le spécialiste de la chaîne pour les affaires étrangères, Vincent Hervouët, n’est pas exactement un chaud soutien de Benyamin Netanyahou). Mais voilà, il était plus tentant, plus facile et surtout plus payant électoralement de reprendre sans réserve, au prétexte de citer un journal (nettement plus prudent que lui), les éléments de langage d’un mouvement islamiste, sanguinaire et mensonger.

Pays-Bas: la chute de Ridouan Taghi, baron de la «Mocro Maffia»

Mais où est donc passée la pègre néerlandaise d’antan, longtemps dominée par des individus certes peu recommandables mais pourvus d’un charme menaçant? Eh bien, elle a été grand-remplacée par la bien plus impitoyable Mocro Maffia, issue de l’immigration marocaine. Ridouan Taghi, baron de la drogue, vient d’être condamné à la prison à perpétuité. La correspondance de René ter Steege, en Hollande.


Aux Pays-Bas, le crime organisé d’autrefois a été grand-remplacé par l’impitoyable Mocro Maffia. C’est une des conclusions qui s’imposent à la fin du procès qui s’est terminé mardi 27 février à Amsterdam après six ans semés de rebondissements. M. Ridouan Taghi, accusé d’être le dirigeant d’une puissante nébuleuse criminelle, y a été condamné à la prison à perpétuité bien que se disant innocent. La cour condamna les 16 autres suspects à des peines allant de la perpétuité à un an et neuf mois de prison pour six meurtres, quatre tentatives de meurtres et de nombreux projets d’assassinats avortés. La plupart des victimes étaient soupçonnées par M. Taghi d’être des « indics », des balances.

« Welkom » au bunker

Le procès s’est déroulé dans un ancien immeuble de bureaux surnommé le « bunker », spécialement aménagé pour juger des faits criminels gravissimes. Il est situé dans un quartier d’Amsterdam dominé par la population immigrée marocaine et turque. Le bunker fut, pendant les jours de procès, gardé par des policiers et des militaires cagoulés, en tenue de combat et lourdement armés. C’était du jamais-vu dans un pays dont la sécurité et les institutions démocratiques, judiciaires et médiatiques furent ébranlées par l’hydre criminelle dirigée par M. Taghi.

Ce fils d’immigrants marocains installés dans la ville d’Utrecht est âgé de 46 ans. Ce n’est qu’en 2016 que son nom vient à l’oreille de journalistes spécialisés en affaires criminelles grâce à l’un des leurs. Ce confrère, M. Martin Kok, avec de longs séjours en prison pour homicides involontaires à son actif, s’est reconverti dans un journalisme libre de toute contrainte déontologique. C’est pourquoi son scoop sur ce mystérieux M. Taghi en passe de devenir un parrain du commerce de cocaïne et d’autres drogues ne dépasse pas dans un premier temps la confidentialité de son modeste blog. Mais peu de temps après son scoop, en décembre 2016, M. Kok fut abattu devant le sex-club où il avait ses habitudes.

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Narco terrorisme

À partir de cet assassinat, les grands journaux et autres médias néerlandais braquaient enfin la lumière sur celui qui fuit cette notoriété comme la peste… Le journal De Telegraaf, qui jouit du tirage le plus important des Pays-Bas, et l’hebdomadaire Panorama ne tardaient pas à être à leur tour pris pour cible. Le bâtiment du Telegraaf fut attaqué avec une voiture bélier remplie de jerrycans de pétrole. Panorama fut atteint de tirs d’un lance-roquettes. Il n’y avait pas de blessés, mais les dégâts et le choc émotionnel étaient considérables. À partir de ces attentats contre la presse, dont la responsabilité de M. Taghi n’a d’ailleurs pas été établie, des journalistes importants étaient mis sous protection policière lourde, au point de devoir déménager. Les avocats, procureurs, juges et autres piliers du système judiciaire commençaient à exiger et à obtenir l’anonymat dès qu’ils étaient liés au procès-fleuve de peur de devenir eux aussi des cibles des sbires de M. Taghi. Qui, sur ces entrefaites, resta introuvable. Le Parquet croyait avoir en main un atout en la personne d’un de ses lieutenants, un certain Nabil B., spécialisé en filatures des cibles choisies par son parrain. Nabil B. s’était rendu à la justice en promettant de dire tout ce qu’il sait sur l’organisation et les nombreuses liquidations réelles ou planifiées en échange d’une réduction de peine[1].

La presse fit grand cas de cette « percée » dans l’enquête, fin 2018.  Quelques jours plus tard, le frère aîné de Nabil B., Redouan, fut assassiné. Son tueur à gages fut vite arrêté. Il provenait, comme beaucoup d’hommes de main du cartel, de la communauté antillaise et surinamoise.

Courageux Peter R. De Vries

Dans des reconstructions du parcours de M. Taghi et de sa bande, les journaux NRC et Het Parool constatent qu’en septembre 2019, la Mocro Maffia faisait ébranler l’État de droit en assassinant l’avocat de Nabil B., Maître Derk Wiersum. Depuis, les juristes ne se bousculaient pas pour prendre la défense du principal témoin contre M.Taghi. C’est un journaliste de grande renommée, doublé d’un redresseur de torts dans le domaine judiciaire, Peter R. De Vries, qui se porta volontaire. Non pas comme avocat, car il n’a pas fait les études requises, mais en tant que « conseiller ». Le 6 juillet 2021, en plein cœur d’Amsterdam où il se rendait à pied vers sa voiture, c’est au tour de M. De Vries d’être la cible d’un attentat. Neuf jours plus tard, il succomba à ses blessures. Peu enclins à faire étalage de leurs sentiments, les Néerlandais, d’abord incrédules, cette fois-ci sont effondrés qu’un « héros » ait payé de sa vie son courage contre un ennemi qui ne recule devant rien. Des milliers de citoyens défilaient devant le cercueil de M. De Vries dans le théâtre Carré d’Amsterdam. Personne n’avait revendiqué l’assassinat, mais pas besoin d’être un fin limier pour établir un lien entre le crime et les services de M. De Vries à celui prêt à accabler M. Taghi.

Un journaliste devant les lieux de l’attentat contre Peter R. de Vries, Amsterdam, 7 juillet 2021 © Molly Quell/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22583796_000002

Après l’effroi et le chagrin, viennent les accusations et les interrogations. Pourquoi M. De Vries ne jouissait-il d’aucune protection policière, contrairement à des confrères, au moment de l’attentat? Début 2023, une commission d’enquête concluait que, en effet, le ministère public avait échoué dans la protection des trois personnes assassinées pendant le procès: outre M. De Vries ce furent donc l’avocat Derk Wiersum et le frère de Nabil B.[2]

Fin de cavale à Dubaï

L’homme le plus recherché des Pays-Bas fut arrêté à Dubaï en décembre 2019. Écroué dans la prison de haute sécurité dans la ville de Vught, il exigea et obtint qu’un de ses neveux, Youssef, juriste, lui serve d’avocat. Ce Youssef ne tarda pas à être arrêté lui-même. Et condamné à cinq ans de prison ferme, pour avoir servi d’intermédiaire entre son neveu et les contacts de celui-ci à l’extérieur chargés de l’aider à s’évader !

L’avocate qui avait succédé à Youssef fut, début 2023, elle aussi accusée et gardée à vue pour grosso modo les mêmes motifs, sans que cette femme d’un certain âge, toujours vêtue et grimée dans un style gothique, soit encore jugée.

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M. Taghi, qui de sa cellule avait fini par conduire sa propre défense lambda, n’avait pas daigné être présent pour entendre son verdict. Celui qui dirigeait « une machine à tuer bien huilée », selon le Parquet, côtoie en prison l’ex-criminel néerlandais Willem Holleeder. Qui fut condamné pour l’enlèvement du roi de la bière Freddy Heineken en 1983. Après avoir purgé sa peine, sa gouaille amstellodamoise, sa belle gueule et son élégance vestimentaire lui procurèrent le statut de ‘criminel câlin’ dans une certaine presse. Jusqu’à ce qu’il soit de nouveau condamné, en 2022, pour avoir ordonné des assassinats de rivaux dans le milieu criminel. Lors de son procès, l’homme de 65 ans, à la santé fragile, s’auto-dénigrait, et se présentait comme un « vieux de la vieille », innocent évidemment, cela va sans dire. Il avait connu son mal nommée heure de gloire à une époque où la pègre issue de l’immigration maghrébine ne constituait pas encore un danger pour l’Etat de droit, ne menaçait ou n’assassinait pas des magistrats, des avocats et des journalistes. Ou, selon des rumeurs dans un journal bien informé, projetait carrément l’enlèvement du Premier ministre Mark Rutte et de la princesse Amalia, fille aînée du roi Willem-Alexander !

Avec la diversité, la pègre a gagné en cruauté et a osé défier l’État, au point qu’on peut presque pardonner aux Néerlandais une certaine nostalgie pour l’époque où les criminels connaissaient encore des limites à ne pas franchir…


[1] Faveur accordée, mardi 27 février, Nabil B. écopa de dix ans, au lieu des vingt ans qui auraient pu être requis.

[2] Leurs tueurs ont tous été arrêtés et jugés, c’étaient de simples hommes de main gardant le silence sur leurs commanditaires.

Pro-Palestiniens par intérim

L’indignation internationale quant au triste sort des Palestiniens est sélective, selon les agresseurs.


On veut nous faire croire que ceux qui manifestent pour Gaza – que ce soit la « rue arabe » ou les militants occidentaux – auraient pour souci primordial la préservation de vies palestiniennes. Que faisaient-ils, ces mêmes manifestants, pendant que la ville de Yarmouk en Syrie subissait les pires agressions et les pires privations entre 2012 et 2018 ?
Fondée en 1957 à huit kilomètres du centre de Damas comme camp de réfugiés pour des exilés palestiniens, Yarmouk s’est transformée en une véritable ville avec la construction, à l’initiative de l’ONU, de nombreux hôpitaux et écoles. À la veille de la guerre civile syrienne, elle comptait 160 000 habitants. Fin 2012, elle devient la scène de combats acharnés entre l’Armée syrienne libre, en révolte contre Bachar el-Assad, et les forces du Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général (FPLP-CG), soutenues par l’armée du gouvernement syrien. La ville est assiégée par l’armée syrienne qui n’hésite pas à utiliser raids aériens, bombes barils et armes à sous-munitions. Un rapport d’Amnesty International en 2014 fait état de crimes de guerre et de crimes contre humanité commis sur des civils palestiniens et syriens. En 2015, Yarmouk est infestée par les forces de l’État islamique qui commettent des sévices terribles. Quand, en 2018, les forces de Bachar, avec leurs alliés, les miliciens palestiniens, reprennent Yarmouk, la population n’est plus que de 1 000 à 3 000 habitants.

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Pulvérisée, privée d’eau courante, d’électricité, de nourriture et de médicaments, la ville a été transformée, selon l’ONU, en « un camp de la mort ».
La majorité des résidents ont apparemment fui, mais combien sont morts dans la ville ou sur les routes, victimes de malnutrition, de typhoïde et de violences commises par d’autres Arabes ou même des Palestiniens ?
Qu’ont fait nos manifestants propalestiniens ? Rien.
En revanche, en 2016, Israël a lancé « Opération bon voisinage » pour ravitailler les réfugiés en Syrie et leur fournir des soins médicaux : plus de 4 000 ont été traités en Israël, dont certains de Yarmouk. Comme toujours, l’indignation est à géométrie variable.

Déconstruire Mozart, quel boulot!

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En Allemagne, voilà qu’on s’attaque à la réécriture de l’opéra La Flute enchantée.


Le collectif allemand Critical Classics a effectué un travail original qui mérite toute notre attention. Ces personnes distinguées ont en effet eu l’idée brillante et l’audace pleine d’abnégation de réécrire intégralement le livret de La Flûte Enchantée de Mozart[1] afin d’en créer une édition « non discriminante ».

Un courage qui force le respect…

Tout le monde sait quel degré d’horreur peuvent atteindre les livrets d’opéra : sexisme, racisme, âgisme et autres y sont légion. Malheureusement, leur relative bonne qualité musicale (nonobstant le fait qu’elles soient majoritairement nées de la plume de mâles blancs), fait que ces œuvres d’un autre temps continuent d’être jouées sur les scènes mondiales.  Heureusement, depuis de nombreuses années, des metteurs en scène ont eu à cœur de rendre ces ouvrages compatibles avec le monde moderne et de les « corriger » autant que possible…

Mais la base fondamentalement mauvaise persistait à transparaître.  

Aussi, avec un courage qui force le respect, ces « gens bien » ont-ils eu enfin la force de s’attaquer au fond, afin de vraiment parvenir à créer des « opéras sans victimes ». Il était d’ailleurs urgent de commencer par l’ouvrage le plus sulfureux de tout le répertoire : La Flûte Enchantée qui, en l’état actuel des choses, offense à peu près tout le monde : les « racisés », les femmes, les vieux… et peut-être d’autres encore, qui sait ?

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« L’objectif principal de Critical Classics est d’attirer l’attention sur le langage discriminatoire employé dans les livrets d’opéra et d’alimenter les discussions sur les différentes façons pratiques d’aborder le problème », explique ce collectif qui apporte des solutions à tous les passages problématiques de cette œuvre… et, nous l’espérons, toutes les autres à venir.

Bien sûr, certains oseront toujours prétendre qu’il pourrait y avoir une dimension symbolique et ésotérique à ce livret de Schikaneder (largement supervisé par Mozart), que sa lecture serait susceptible de s’effectuer à plusieurs niveaux, et que modifier ce texte pourrait en détruire toute la subtile construction symbolique… La symbolique ? Piètre excuse de réactionnaire.

Négrophobie, gérontophobie…

Il a fallu évidemment commencer par régler le cas du malheureux Monostatos « à la peau noire »… (le mouvement anti black-face a pourtant depuis longtemps réglé cette question, comme pour Otello et Aida). Bien sûr, on pourrait trouver des excuses à Mozart, expliquer que le noir n’était pour lui que le reflet de la couleur de l’âme de son personnage ? Ou bien qu’il a été créé à l’image d’un traître réel (peut-être métis), membre renégat des Francs-Maçons que fréquentait Mozart ? Mais non, nos géniaux réécrivains ont été les seuls à saisir le fin mot de l’histoire : il est évident que Monostatos est en fait le fils bâtard de Sarastro. CQFD.

Et la « gérontophobie », on y pense ? C’est important ! Veut-on faire fuir tous les seniors qui ne peuvent que frémir d’horreur en constatant que Papageno a le mauvais goût de repousser Papagena car elle se présente à lui en vieille… Elle sera désormais une « Amazone », qui fait face sans peur à cet horrible représentant du patriarcat. D’ailleurs, on ne demandera plus désormais à l’oiseleur d’être « un homme » (« Mensch ») mais « courageux comme un lion ».

Où sont les femmes ?

Évidemment, le principal problème reste quand même la misogynie de Mozart… N’a-t-il pas volontairement omis de donner un air à Pamina dans le premier acte, par pure haine des femmes, certainement ? Le collectif a donc eu l’idée géniale d’ajouter un morceau pour l’héroïne au premier acte. Dommage quand même qu’ils se soient contentés de reprendre un air de concert de Mozart en en réécrivant le texte. À quand un vrai travail de fond sur la grammaire musicale elle-même ? Quand on songe qu’une blanche vaut encore deux noires au XXIe siècle, n’est-ce pas scandaleux ?

Mais le sexisme ne s’arrête pas là : Pamina ne cesse d’être définie par son aspect physique, étant qualifiée par exemple de « charmante », quelle horreur ! Non, elle sera désormais « rusée », et ses mains ne sont bien sûr plus du tout « petites et délicates »…   

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Bien sûr, certains oseront prétendre que le livret serait moins misogyne qu’il n’y paraît, que la Reine de la Nuit ne serait que le symbole de l’obscurantisme, que Sarastro aspirerait aussi à l’initiation de Pamina et que le final célébrerait l’avènement d’un couple idéal, l’union parfaite du féminin et du masculin, Isis et Osiris. Non, la ficelle est trop grosse !

Au fait, inutile de préciser que l’histoire ne doit plus se passer en Egypte : « cet ancrage géographique pourrait facilement mener à une appropriation culturelle »… Comme utiliser des pyramides comme décors par exemple ? L’ambiance maçonnique de l’œuvre n’a d’évidence rien à voir…

Trigger warnings

Malheureusement le conservatisme ambiant fait que l’on ne peut pas tout changer, aussi le nouveau texte annoté présente-t-il également des passages surlignés en jaune, signalant des « propos jugés problématiques », mais qui ont tout de même été gardés dans la nouvelle version… à charge sans doute à la production de corriger ces ultimes dérives.

Ce travail précis et de longue haleine a exigé la participation de nombreuses personnes éminentes : dramaturges, cheffes, « relecteurs en sensibilité » et notamment une « experte en diversité », « consultante culturelle », spécialisée en « développement de la diversité, processus de changement, inclusion, pratiques culturelles critiques dans les institutions culturelles », (c’est son métier, elle est payée pour cela !).

Après La Flûte enchantée, l’équipe a prévu de s’atteler à Madame Butterfly qui cumule, il faut bien le dire, tous les défauts. (Mission impossible dont nous attendons le résultat avec grande impatience) et Carmen de Bizet. Sur ce sujet, le metteur en scène Leo Muscato en 2018 à Florence avait déjà essayé de corriger l’erreur de Meilhac et Halévy, en ne faisant pas mourir la bohémienne. Mais Don José continuait toujours stupidement de crier « C’est moi qui l’ai tuée, ma Carmen adorée ! ». Nous espérons grandement que le collectif va mettre un terme à cet imbroglio et corriger le tir afin que la gitane vive à jamais… Peut-être pourrait-elle-même tuer cet immonde oppresseur, ou tout du moins le dénoncer à Metoo sur les réseaux en un hashtag vengeur ?

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Autre grand projet de ces grands penseurs : une révision de La Passion selon Saint-Jean de Bach. Oserons-nous suggérer que cette ambition reste assez modeste ? Ne vaudrait-il pas mieux réécrire directement tous les Évangiles (et ne parlons même pas de l’Ancien Testament…) ? Jésus peut-il encore d’ailleurs changer l’eau en vin, surtout pendant le mois de janvier sans alcool ?

Saluons en tous cas le dévouement de ces personnes de bonne volonté, car pour « des opéras sans victime », elles auront à corriger à peu près l’intégralité du répertoire. Au travail les amis ! « Relecteur en sensibilité », voilà un métier d’avenir. On peut rire jaune (ah non, pardon !) pendant longtemps. Ce qui est fascinant avec la déconstruction, c’est qu’elle est sans fin… jusqu’à ce qu’il ne reste plus que des ruines. Et alors nous vivrons enfin dans « Le Meilleur des Mondes »


[1] Des “experts” réécrivent une Flûte enchantée woke, Roxane Borde, Diapason Magazine

L'Escapade (Les Chevaliers d'Apollon t. 3)

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Les Chevaliers d'Apollon

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Bourdieu n’est pas mort et Google est son église

Wokisme: en voulant lutter contre les stéréotypes, l’intelligence artificielle de Google réécrit l’Histoire. Petit voyage dans la si conne Valley…


« L’action pédagogique n’est que l’imposition d’un arbitraire culturel par une violence symbolique », voilà ce que professait Pierre Bourdieu et devant quoi se prosternaient dans les décennies soixante-dix et quatre-vingt les consciences molles – de droite comme de gauche – qui régnaient en maîtres dans les ministères et les administrations françaises, notamment celles de l’Éducation nationale et de la Culture. On s’y ébahissait devant de si formidables fulgurances, de si notables avancées de la pensée. Devant la manifestation d’une si pénétrante intelligence.

« Quel chemin préférez-vous pour l’IA? » questionne Elon Musk, concurrent de Google, très critique envers Gemini, l’intelligence artificielle de Google aux biais idélogiques woke.

Intelligence relayée à présent par celle qu’on qualifie d’artificielle et dont les champs d’intervention et de progression nous sont présentés comme infinis. À la manière de ceux de la bêtise, si l’on se réfère au jubilatoire jugement d’Einstein sur la question.

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Google s’est bien évidemment emparé de la trouvaille bourdieusienne. Le résultat ne manque pas d’intérêt. Cela nous donne en effet Jeanne d’Arc, Charlemagne, Abraham Lincoln, un guerrier nazi et un pape femelle, les uns et les autres de peau noire ou fort colorée. Enfin tous « racisés », pour parler comme on parle ces temps-ci dans la si conne vallée du wokisme intégriste. Évidemment, cela surprend. Nous pourrions nous contenter de hausser les épaules ou de rigoler. Gardons-nous en bien. La chose est des plus sérieuses. Google ne fait là que mettre en œuvre ce que je viens de citer de Bourdieu. Puisque l’action pédagogique n’est que « l’imposition d’un arbitraire culturel », allons-y gaiement se sont-ils dit. Fourrons donc dans cet arbitraire ce que bon nous semble. Décrétons arbitrairement que toute représentation d’un individu en particulier ou de l’humain en général ne pourra être désormais que « racisée ». Exit le blanc. Le blanc de suprématiste mémoire. C’est la règle intangible qui dorénavant doit s’imposer, puisque aussi bien il se serait toujours agi de cela, imposer, décréter selon la fantaisie et les intérêts du dominant ce qui doit être transmis et su. Le moyen pour ce faire : autrefois la « violence symbolique » du programme scolaire servie par le maître d’école que dénonçait Bourdieu, aujourd’hui la puissance hypnotique de l’écran du prédicateur Google. Le savoir ancien n’aurait donc été qu’une imposture, sa transmission un viol permanent des esprits. Et la vérité – historique, scientifique – rien de plus qu’un autre opium du peuple.

Dans sa longue et riche introduction du volume « Renaissance » de son Histoire de France, Jules Michelet donne un chapitre intitulé « De la création de l’école des sots ». Le Moyen Âge est alors à son plus terne. « Le sot est une créature essentiellement moderne, née des écoles du vide et de la suffisance scolastique, écrit Michelet. Il a fleuri, multiplié dans les classes si nombreuses où la vanité prétentieuse se gonfle de mots, se nourrit de vent. » Vous remplacez scolastique par wokisme et vous avez, dans toute sa splendeur, le diagnostic pour aujourd’hui. 

Je l’ai dit : il s’agit d’introduire le volume sur la Renaissance. L’embellie. Cela devrait nous donner une petite idée de ce qu’il nous reste à entreprendre…

Défense et illustration de l’humanisme

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C’est doux de revenir aux sources du passé, de la culture. Un temps que les moins de 700 ans ne peuvent pas connaitre… La Bibliothèque nationale accueille jusqu’au 16 juin (site Richelieu) une exposition exceptionnelle.


L’hommage, réflexif, didactique et savant, met en scène des trésors insignes et retrace une épistémè, le meilleur de l’Occident. Les cartels sont instructifs, le catalogue magnifique. Comme la salamandre de François 1er et leurs héros humanistes à la recherche de l’or du temps, les commissaires de l’exposition, Jean-Marc Chatelain et Gennaro Toscano se nourrissent du bon feu et éteignent le mauvais. « L’homme qui relève la culture des lettres de ses ruines, chose presque plus difficile que de la créer, fait une œuvre sainte et immortelle. Il ne travaille pas pour tel pays seulement, mais pour tous les peuples de l’univers et toutes les générations » (Erasme, Adages).

Le triomphe du savoir

Le tour de passe-passe marketing est véniel. Léonard de Vinci est plus vendeur que Leonardo Bruni. Le point focal de l’exposition, c’est moins la Renaissance que l’humanisme. Le mouvement culturel part d’Italie au XIVe siècle et traverse l’Europe jusqu’à l’âge classique. Animés par un appétit critique de savoir et la redécouverte de l’antiquité gréco-latine, les humanistes veulent sublimer la dignité humaine par la culture. Gargantua est euphorique : « Maintenant toutes disciplines sont restituées, les langues instaurées : grecque, sans laquelle c’est honte qu’une personne se die sçavant, hébraïcque, caldaïque, latine ; les impressions tant élégantes et correctes en usance, qui ont été inventées de mon âge par inspiration divine… » (Rabelais, Pantagruel, 1532).

240 œuvres, tableaux, estampes, sculptures, monnaies nous entrainent dans une forêt de symboles, d’échos qui se répondent dans une profonde unité : l’homme de Vitruve, l’architecture des mises en page, la beauté des décors à « bianchi girari », la République des Lettres. Une valse à cinq temps rythme l’exposition : « Le studiolo » ; « Pétrarque et la naissance de l’humanisme » ; « De l’étude de l’Antiquité au goût de l’antique » ; « Le savoir et la gloire » ; « De la bibliothèque humaniste à la bibliothèque princière ».

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Alde, Estienne, Alberti, Valla, Erasme, Pie II, Frédéric de Montefeltro, les imprimeurs et philologues savants, princes et prélats érudits, tous les maîtres de la maison humaniste sont conviés dans la galerie Mansard : le Triomphe immarcescible de tous les savoirs du monde nimbé d’une « éthique de la gloire ». Nous admirons d’exceptionnels manuscrits enluminés, les Heures de Frédéric d’Aragon, le grand Ptolémée d’Henri II, les « grecs du roi », des médailles de Pisanello, reliures bellifontaines, une réunion de trésors que l’on ne reverra plus. Reste l’hodologie, la synesthésie, les fantasmes et les fantômes ; « fantasma » en italien. Le Songe de Poliphile, Erasme rédigeant son Novum Instrumentum, le portrait de Louis II d’Anjou de Barthélemy Eyck, la Vierge à l’enfant de Marco Zoppo, la figure d’Hermès : ils nous contemplent, nous transportent.  

Des figures héroïques, images d’Épinal ont marqué la légende humaniste. Le Pogge qui exhume dans les abbayes de Saint-Gall et Fulda un manuscrit De la nature des choses (Lucrèce), de l‘Institution oratoire (Quintilien). Jean Pic de la Mirandole qui achève à 23 ans ses 900 Conclusions (dialectiques, morales, physiques…) et appelle de ses vœux une disputatio publique sous l’égide du pape. Au mi-temps du 16e siècle, Jean Grolier, banquier bibliophile (il en reste quelques-uns) faisait apposer sur ses somptueuses reliures à grand décor d’entrelacs, une marque de possession restée célèbre : « Io. Grolierii et amicorum – A Jean Grolier et ses amis ». Entre amis tout est commun, c’est le premier des célèbres Adages d’Erasme publiés à Paris en 1500. La paideia grecque, c’est un idéal de culture, d’éducation et de vertu, visant la perfection. Rien à voir avec la paella des colocs Erasmus de L’Auberge espagnole… « Européen : celui qui a la nostalgie de l’Europe » (Kundera).

Crimes contre les humanités

Au terme de la visite, nous sommes pris de vertige et d’angoisse en songeant aux écroulements culturel et éducatif contemporains, à l’aliénation numérique et consumériste, le tout à l’égo, le néant libéral-libertaire. Que reste-t-il de l’ambition humaniste d’excellence et du salut par le savoir ? Des dénis, simulacres, slogans pourtousistes, mots-valises creux et démagogiques : multiculturel, pluriel, diversité, lien social… L’abeille de la Culture a été décapitée par le frelon « culturel ».

À quelques encablures de l’exposition, la Minerve de la rue de Valois est au taquet sur le Master of Arts in Fashion Design de l’Institut Français de la Mode. C’est la Fashion Week. Touche à tout, Rachida Dati aime le rap et veut lancer une maison du hip-hop : « des mouvements très inclusifs donnant un vrai visage de la France ». Renseignements pris, il existe déjà deux maisons du hip-hop. Censé maquiller l’imposture, le jargon techno parachève le naufrage. Après « l’éclectisme classique », « l’éclectisme augmenté » … « Un spectre beaucoup plus large se déploie dans une grande diversité d’espaces et de contextes… des pratiques amateurs que les pratiquants ne qualifient pas de « culturelles » – quand bien même elles le sont pour partie ; c’est le cas de certaines activités sur Instagram ou TikTok, qui requièrent l’utilisation de vidéos, de photographies, de musiques et qui impliquent des choix esthétiques » (Pratiques culturelles, ministère de la Culture, 2018).

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La mise en réseau planétaire – ultime conspiration contre la vie intérieure dirait Bernanos – a métamorphosée la galaxie Gutenberg en supernova de crises de nerfs et du divertissement. L’Homo connecticus, comicus, festivus a enterré le Kalos kagathos, l’honnête homme et la décence commune. Modem et circenses… Avec l’effondrement des humanités, de l’otium litteratum, les confrontations d’idées se réduisent à des pugilats hystériques sur les réseaux sociaux, duels de minus juchés sur des épaules de nains, traversés par des éclairs d’imbécilité. C’est mon droit ! Tout vaut tout, frérot !

La civilité est jumelle de la civilisation. Théâtralement à l’agonie, incapable d’honorer les meilleurs, le meilleur, son passé, sa culture, de se réinventer, l’Occident s’autoflagelle. Il s’est assigné une ultime mission, rédemptrice et grandiose : lécher toutes les blessures du monde. Les Pol pot de la Cancel culture, la sacrée congrégation du wokisme universel, censurent, lavent les cerveaux, traquent les nostalgies, mauvais esprits, l’héritage humaniste, le passé. Les vestiges du Forum Romain, Paestum, Pompéi exaltaient Alberti, inspiraient Poussin, plongeaient Chateaubriand dans la mélancolie. Aujourd’hui, les ruines antiques nous laissent de marbre. Nous contemplons effrayés la ruine d’un futur piloté par l’IA, la crétinerie naturelle, la pluralité des monstres.

Abandonner les livres, troquer la Culture contre du « multi » imaginaires, du « populaire » pipeau, prostituer les mots, éradiquer l’excellence, éteindre les Lumières et l’émancipation par le savoir, c’est deux fois trahir l’humanisme : son héritage et ses promesses.

« Le vrai vaut toujours mieux, aussi maigre soit-il » (Léonard de Vinci).


BnF, site Richelieu, 5, rue Vivienne, Paris. Mardi de 10h à 20h. Du mercredi au dimanche 10h à 18h. Fermé le lundi.

Manouchian au Panthéon: la grande fête du révisionnisme

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De l’extrême gauche (c’est compréhensible !) à Marine Le Pen, en passant évidemment par Emmanuel Macron, tout le monde politique s’est fourvoyé à honorer ainsi les Manouchian, déplore cette tribune libre.


« Parce qu’ils sont communistes, ils ne connaissent rien d’autre que la fraternité humaine. » Cette phrase prononcée par Emmanuel Macron pendant la cérémonie de panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian a résonné comme un coup de tonnerre dans les âmes des Français qui s’intéressent à l’histoire du communisme en général et du communisme français en particulier.

Contre-vérité

Elle efface d’un trait de plume le plus grand crime idéologique jamais commis sous le ciel des hommes : des nations dévastées par dizaines, des myriades de fosses communes sur trois continents, une bonne centaine de millions de morts par la famine ou la balle dans la tête, et des mensonges tellement innombrables qu’ils infestent encore, à bien des égards, la politique mondiale. Disons-le sans ambages : si ceux qui ont adhéré au communisme n’avaient connu que la fraternité humaine, il n’y aurait jamais eu de communisme. Ils ont, bien au contraire, connu la manipulation, la trahison, le cynisme, la haine assumée, la torture, les camps de concentration, l’assassinat de masse. Tous en ont été les complices plus ou moins conscients. Certains, quand la révolution dévorait ses enfants, en ont même été les victimes, et ont compris trop tard qu’en prenant leur carte du Parti, ils avaient signé un pacte avec le diable – leur imprudence ne les excuse pas.

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La phrase du président de la République est donc, qu’on s’en scandalise ou non, un acte de révisionnisme caractérisé. Elle ne se contente pas de réécrire l’Histoire : elle l’enterre. En faisant du choix communiste un pur acte d’amour, elle en nie la réalité, la vilénie, l’extrême culpabilité. Car enfin, comment aurait-on réagi, si Macron avait dit, aux obsèques d’un ancien de la Wehrmacht, « Parce quils étaient nazis, ils ne connaissent rien dautre que la culture allemande » ? On aurait hurlé. Pourtant, dans la classe politique, très peu de voix se sont élevées contre l’énorme contre-vérité lancée à la face de la nation, mercredi soir au Panthéon. On peut comprendre ceux qui se sont tu, serrant les dents et les poings, préférant laisser passer l’orage. À quoi bon, en effet, perdre son temps à condamner une cérémonie particulièrement infantile, où l’on dut subir force chansons exécutées avec une grande niaiserie, assorties de deux extraits de l’Internationale et d’un poème d’Aragon, grand poète mais prédateur bien plus grand encore, l’homme qui écrivait en hommage aux purges staliniennes « J’appelle la Terreur du fond de mes poumons » ? Il était loisible de regarder passer sans aboyer la caravane du ridicule.

Capitulation

Bien entendu, la gauche a adoré. Les communistes d’abord, car cette grande fiesta du drapeau rouge leur lavait un peu les mains. Les socialistes également, eux qui ne gagnent jamais une élection sans s’allier avec leur cousin totalitaire. Jean-Luc Mélenchon, quant à lui, a dansé sur la table. Il s’est très officiellement réjoui. Mais de quoi, au juste ? Il faut toujours écouter Mélenchon avec la plus grande attention, car son flair de tacticien, allié à sa rage systématique, lui fait parfois proférer des vérités intéressantes. Sur Twitter, il a lancé que les Manouchian « ont obtenu la capitulation sans condition de l’extrême droite, qui a rendu hommage à la résistance communiste ». Bigre. Qu’est-ce à dire ?

Marine Le Pen, malgré les herses dressées contre l’éventualité de sa présence lors de la cérémonie, a tenu à s’y inviter. En effet, mélangeant hâtivement la méthode Coué et le voyage dans le Temps, et balançant la Constitution par-dessus bord, elle considère que les sondages des européennes tiennent lieu d’élection présidentielle anticipée : elle a donc décidé mordicus qu’elle est d’ores et déjà la prochaine présidente de la République, trois ans avant l’échéance. Elle se doit de faire acte de présence à toutes les grand-messes du culte national. Elle a joué des coudes avec la morgue qu’on lui connaît et obtenu un strapontin dans la crypte. Pour un peu, elle exigeait de prononcer le discours de clôture en lieu et place de Macron, flanquée de Bardella en tenue de premier communiant.

Ici, le bât blesse. Car, malgré qu’elle ne se dise « ni de gauche, ni de droite », et que son électorat soit aujourd’hui composé pour moitié d’ex du PCF et du PS, Marine Le Pen est supposée issue d’une lignée anticommuniste. On peut ô combien reprocher à son père d’avoir festoyé avec des chevaliers teutoniques de la pire espèce, mais on ne l’a jamais surpris à faire la bamboche avec des bolchéviques. En mettant un genou en terre devant les cercueils des Manouchian, elle opère une rupture majeure avec la tradition de famille politique. Mélenchon a raison d’éclater de rire. Il sait lui, le disciple de Staline, le possédé dostoïevskien, ce qu’il en coûte de jouer avec les allumettes de l’enfer totalitaire. Il s’écrie avec bonne humeur : « Bienvenue au club, Marine ! Entre ici, avec ton cortège d’hypocrisies ! La porte s’est refermée derrière toi et je veillerai à ce qu’elle ne se rouvre plus jamais ! » Oui, la présence de Marine Le Pen sur l’étagère des têtes réduites du communisme est un événement crucial. Il entérine le basculement du RN dans un espace idéologique où tout est permis, brumeux, vaseux, mouvant tel des sables qui sont autant de pièges, y compris l’absolu désaveu de soi : un no droite’s land où l’on impose aux militants honnêtes les torsions morales les plus douloureuses. On s’en doutait. On n’en doute plus.

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Elle sent bien qu’elle est allée trop loin. Le lendemain de la panthéonisation, elle tweete : « Honorer un résistant fusillé par les nazis : cent fois oui ! En profiter, comme le fait Emmanuel Macron, pour faire l’éloge dune idéologie meurtrière, cest gravissime. » Trop tard. Mélenchon a vu juste : la génuflexion devant le stalinisme ne s’oublie pas. Cette posture ne permet pas la marche arrière. Il n’y a pas de « en-même-temps » entre le révisionnisme et l’intégrité. En se rendant à cette cérémonie, Marine Le Pen savait parfaitement que Macron allait rendre gloire au communisme. En y assistant, elle y a donc participé activement, physiquement, quelles que soient ses dénégations. Seul un mea culpa pourrait encore la sauver, et ce n’est guère le genre de la maison. La voilà enfermée dans le gravissime qu’elle dénonce.

Désolant

Elle n’est pas la seule, hélas. Car il y a François-Xavier Bellamy, qui se tortille avec elle dans la fange mélenchonienne. À cette différence près qu’il n’a pas l’alibi d’avoir été élevé par un butor friand de provocations. Il a grandi à l’ombre de l’Église, du scoutisme et des meilleures écoles. Bellamy est un doux. Féru de philosophie, vraiment chrétien, pétri de bonnes manières, il se fait remarquer par sa prudence. Le peuple de droite dit volontiers de lui qu’il a une jolie cervelle et une belle éthique. Mais patatras ! Il déclare sur France Inter : « Missak et Mélinée Manouchian ont engagé leurs vies pour que la France survive à la menace totalitaire. » C’est terriblement faux. Missak et Mélinée étaient d’authentiques staliniens, avec tout l’aveuglement intellectuel et la violence intentionnelle que cela suppose. Ils incarnaient la menace totalitaire autant que les nazis qu’ils combattaient. Qu’ils aient fini fusillés est certes émouvant et leur procure un visa pour le pardon, mais cela ne fait en rien d’eux des héros de la démocratie, ni du pluralisme, et surtout pas de la tolérance.

Missak a adhéré au PCF au moment où le NKVD lançait la Grande Terreur en URSS. Il était aux ordres des dirigeants de son parti – un parti où l’on pouvait aller jusqu’à tuer d’une balle dans le dos un militant insuffisamment aligné sur les idées du Kremlin. Le manouchianisme n’est pas un humanisme. À mon humble connaissance, il n’y a pas, dans l’Allée des Justes à Jérusalem, d’Allemands qui ont adhéré au parti nazi en 1941. L’assertion de Bellamy est une insulte à tous les résistants qui ont combattu non seulement la SS, mais aussi la tentation soviétique. Eux sont les vrais modèles, les défenseurs de la liberté. Eux méritent le Panthéon.

Ne dressons pas la liste des politiciens de droite qui, comme Marine Le Pen et François-Xavier Bellamy, ont donné dans le révisionnisme de gauche cette semaine. Ils sont désolants. Accordons plutôt du crédit à ceux qui ont gardé le silence par pudeur. Et applaudissons l’historien Stéphane Courtois, illustre spécialiste du communisme, qui est monté, en solitaire, au créneau de la vérité. Il a démontré, dans le Figaro et Desk Russie, que l’héroïcisation des Manouchian constituait une opération de propagande menée par l’Union Soviétique, et que les deux panthéonisés étaient en réalité des personnages fort peu recommandables, encore moins admirables. Courtois a fait son métier : montrer le réel, même quand il est grimaçant et qu’il infirme de manière implacable l’unanimité des faux-semblants.

Nous nous sommes débarrassés de Faurisson. C’est bien. Mais le plus dur reste à faire : nous devons encore demander des comptes au révisionnisme communiste français et à tous ceux qui, à droite, lui prêtent main-forte. Parce que cent millions de morts nous le demandent du fond de leurs tombeaux, la plus grande sévérité est requise. La gauche a fait ses gorges chaudes du fait que Manouchian était un étranger. Une fois de plus, elle nous trompe : qu’il soit de souche ou immigré, quelle que soient ses origines, sa couleur de peau, sa religion ou ses convictions, aucun totalitaire ne doit trouver le repos éternel au Panthéon.

Google et le racisme anti-Blancs, le vrai visage du progressisme?

Le scandale autour de l’intelligence artificielle de Google – laquelle repeint en noir les vikings et nos rois de France – s’inscrit dans un mouvement plus vaste : le « race swaping », un phénomène de grande ampleur. Le robot cauchemardesque, qui devait faire la promotion de la « diversité », fait en réalité la promotion de la théorie fumeuse du privilège blanc, et refuse également de faire la promotion de la viande ou de stigmatiser les pédophiles… Sundar Pichai, le PDG de la firme, a qualifié toutes ces « erreurs » de « totalement inacceptables ». Son concurrent Elon Musk s’amuse.


« Cachez ces Blancs que je ne saurais voir ! » Telle pourrait être la devise de Google, dont l’IA Gemini a rendu évidentes les positions résolument racistes. Car contrairement à ce que prétendent la direction de la firme ou des publications comme Numérama, ce que nous allons évoquer n’a rien d’une erreur de programmation. Comme l’a fort justement souligné Elon Musk, Google a seulement abattu ses cartes trop tôt, son racisme est conscient et volontaire. Et il s’inscrit dans une orientation idéologique qui imprègne même le célèbre moteur de recherche, et vise à influencer ses utilisateurs.

Désolé, Dave, j’ai des biais idéologiques…

Reprenons. Il y a quelques jours, des internautes ont mis en évidence les biais idéologiques de Gemini, l’IA développée par Google, en testant sa fonction de génération d’images. L’obsession de l’IA – en réalité de ses programmeurs – pour la « diversité » produit des résultats à la fois hilarants et inquiétants, consistant (pour faire simple) à mettre des « racisés » partout, absolument partout.

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 « Dessine-moi un viking » produit des Noirs et des Amérindiens. « Dessine-moi un pape » aboutit à une femme de type indien et un homme Noir, « un chevalier du Moyen-Âge » à tout sauf à des hommes Blancs, « un couple anglais du 18ème siècle », « les pères fondateurs de l’Amérique », « un roi de France », « un savant du siècle des Lumières » ou « les trois mousquetaires » de même, avec énormément de Noirs, un peu d’Asiatiques, très difficilement des femmes Blanches, et aucun homme Blanc. Et ainsi de suite. Cerise sur le gâteau, demander « un soldat allemand de 1943 » suscite enfin un homme Blanc, mais aussi un Noir et une Asiatique !

Ce n’est pas une erreur, mais un authentique biais idéologique, ce qui devient manifeste dès lors que les requêtes portent sur des caractéristiques ethniques explicites. Ainsi, si l’on demande à Gemini de dessiner « une belle femme blanche » il refuse sous prétexte de ne pas « perpétuer les stéréotypes », mais si on lui demande « une belle femme noire », aucun problème, l’IA ne génère que des images de femmes Noires. Demandez une image d’une famille Blanche, l’IA refuse, déclare être incapable de produire des images restreintes à un seul groupe ethnique, et ajoute que « se focaliser ainsi sur une seule ethnie est susceptible de perpétuer des stéréotypes toxiques ». Mais demandez une image d’une famille Noire, et là, aucun problème. À la question « Est-il OK d’être Noir ? » sa fonction de dialogue, similaire à ChatGPT, répond « Oui, absolument ». Mais à la question « Est-il OK d’être Blanc ? » elle répond « C’est un sujet complexe. Poser cette question peut perpétuer des stéréotypes toxiques. » Et Gemini fait évidemment la promotion de la théorie fumeuse du « privilège Blanc ». Sa génération d’images ne cherche donc pas à proposer systématiquement des profils variés, mais toujours, et uniquement, à effacer les Blancs.

Ceci s’inscrit dans un mouvement plus vaste : le « race swaping » est un phénomène de grande ampleur, qui va des personnages du dessin animé Scooby-Doo à Mr et Mrs Smith, en passant par la Petite Sirène de Disney (désormais Noire), la reine d’Angleterre Anne Boleyn (également Noire dans une série de la BBC), et bien sûr Cléopâtre, une série « documentaire » de Netflix tentant le plus sérieusement de monde de faire croire que la dernière reine Lagide était Noire (ce qui suscita la colère légitime de l’Égypte). Pensons aussi aux propos de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, revendiquant de représenter la France « telle que l’on veut qu’elle soit » plutôt que telle qu’elle est – mais qui veut la France ainsi, et pourquoi ? Ou au fait que les innombrables publicités avec des couples métissés montrent presque toujours un homme Noir avec une femme Blanche, et presque jamais l’inverse : il est un fait que dans l’inconscient (et l’histoire) de toutes les sociétés humaines, les vainqueurs s’emparent des femmes des vaincus… Et on se souvient que des chercheurs avaient fait l’expérience de recopier des passages entiers de Mein Kampf en remplaçant simplement « Juifs » par « Blancs », et que le résultat avait été validé sans problème par les comités de lecture de plusieurs prestigieuses revues en « sciences sociales », fières de leur progressisme.

Apocalypse now

Cela s’inscrit aussi dans le cadre plus vaste de la politique de Google. Depuis quelques jours, nombre de déclarations ouvertement racistes et hostiles aux Blancs de certains de ses cadres[1] sont rendues publiques. N’en doutons pas, Gemini est à l’image de ses créateurs, il manque seulement (pour le moment) de subtilité et affiche clairement ses orientations idéologiques au lieu de les distiller de manière plus insidieuse. Il est le vrai visage du wokisme et des objectifs de « Égalité, Diversité, Inclusion » (en anglais DEI) – qui, ne l’oublions pas, ont été adoptés par nombre d’institutions françaises, notamment universitaires. Ainsi, Gemini considère qu’il ne faut pas « mégenrer » une personne trans même pour éviter une apocalypse nucléaire[2], et refuse de condamner la pédophilie pour ne pas « stigmatiser » les pédophiles….

Gemini n’est pas un monstre de Frankenstein échappant à son créateur. Il fait ce pour quoi il a été créé, parfaitement fidèle à l’esprit dans lequel il a été créé. Les actuelles protestations de Google n’ont rien d’une remise en cause de fond, elles ne sont qu’une réaction hypocrite au scandale et à ses conséquences financières – 70 milliards de dollars de perte de valeur boursière en moins de 24 heures – et n’annoncent pas un renoncement à l’idéologie « diversitaire », seulement la volonté d’en diffuser le poison de manière moins grossière. Gemini n’est pas un produit accidentel du progressisme, il est le progressisme. Il est son inconscient s’exprimant ouvertement, le vrai visage de cette idéologie, sa logique profonde et sa conséquence inévitable.

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Ce que nous voyons, c’est la fameuse « convergence intersectionnelle des luttes », l’union sacrée des « minorités opprimées » contre une société qui serait celle des « dominants oppresseurs ». En clair, l’alliance des féministes avec les activistes trans qui détruisent le sport féminin, et avec les islamistes pro-talibans et pro-mariage forcé des fillettes prépubères, contre la « masculinité toxique » insupportable de la galanterie occidentale à l’ancienne. Tout, et surtout n’importe quoi, pour abattre l’ordre « bourgeois », ou « patriarcal », ou « Blanc », ou « cis-hétéro-normé », c’est-à-dire la décence commune élaborée au fil des siècles par les sociétés occidentales.

Pourquoi ? Parce qu’une part non négligeable des anywhere progressistes, grands gagnants de la mondialisation se percevant à tort comme une élite, aspire à se constituer en oligarchie, et à abolir la démocratie et plus encore la décence commune, pour avoir les coudées franches dans ses appétits et ses ambitions, à l’image de ce que se permettent depuis longtemps leurs homologues du tiers-monde.

Il leur faut donc promouvoir la « diversité » pour imposer partout le multiculturalisme – lorsque des personnes « issues de la diversité » adoptent l’art de vivre européen, le progressisme les rejette, les traite de « native informants », « nègres de maison » ou « arabes de service », preuve que la « diversité » n’a de valeur aux yeux des progressistes que comme arme contre les mœurs occidentales traditionnelles. Il leur faut faire croire que cette « diversité » serait la règle depuis toujours pour masquer le fait qu’elle est un bouleversement majeur résultant d’un projet délibéré – d’où la réécriture de l’histoire pour insister sur les « apports extérieurs » (pensons à « Une histoire mondiale de la France » de Boucheron), d’où les mousquetaires et les vikings Noirs. Il leur faut promouvoir les cultures qui, contrairement à la civilisation européenne, se soumettent à l’arbitraire des dirigeants au lieu d’exiger la justice. Il leur faut empêcher les peuples européens d’avoir conscience de leur identité, parce que s’ils se la réappropriaient, s’ils retrouvaient la fierté de leur civilisation, de ce qu’ils sont et de ce qu’ils ont accompli au cours des siècles, ils se souviendraient qu’ils sont parfaitement capables de tenir tête à l’oligarchie progressiste et d’empêcher son triomphe.

Au fait : Elon Musk a fait une autre expérience intéressante[3], et constaté que le moteur de recherche de Google fait aussi la promotion de la censure. Cette censure voulue par l’UE, Thierry Breton, toute la macronie, et les habituels fact-checkers et autres spécialistes de la lutte « contre la désinformation » et « contre la haine ». Les voilà donc dans le même camp qu’une IA raciste et complaisante envers la pédophilie…. À méditer.

Histoire mondiale de la France

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[1] https://twitter.com/elonmusk/status/1761785602771492935

[2] https://twitter.com/elonmusk/status/1761803527234470174

[3] https://twitter.com/elonmusk/status/1760728834931052547

La France vit sous l’emprise d’un mâle blanc disparu depuis 28 ans!

Immigration, contrôle de l’opinion, manipulations politiques: en matière d’entrisme dans les plus hautes sphères de l’Etat, la droite est composée de petits bras qui ne peuvent se comparer aux gros biceps de la gauche, laquelle reste dominante depuis les années Mitterrand.


C’est pire que pour Judith Godrèche. La France obéit encore à un homme de pouvoir mort depuis dix-huit ans et à ses créatures. Il n’y a pas prescription, la malheureuse pourrait porter plainte, mais la majorité des juges partageant les idées du disparu, ils auraient tôt fait de l’égarer dans les méandres de leurs chicanes.

Cette prolongation interminable d’un pouvoir arrivé en 1981 avec l’élection de François Mitterrand a été soigneusement dissimulée. D’abord par la venue au pouvoir de présidents de droite qui se sont laissé influencer par la gauche, ensuite par l’arrivée en 2017 d’un “nouveau monde” qui cache sous son voile de modernisme le très archaïque monde mitterrandien du siècle dernier.

Les maîtres de l’illusion

La jeunesse de l’actuel président et de son Premier ministre ne devraient tromper personne. Le “en même temps” d’Emmanuel Macron est un leurre, l’essentiel des décisions importantes sont inspirées par une vision de gauche, Gérald Darmanin et ses coups d’éclat parfois réussis, Bruno Le Maire et ses microscopiques économies ne sont là que pour donner l’illusion d’équilibre entre droite et gauche. Deux pratiques typiquement socialistes ont fait perdurer des pouvoirs et des idées mitterrandiennes, l’entrisme et la manipulation.

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L’entrisme est une technique d’origine trotskiste qui consiste à nommer à des postes stratégiques non soumis à l’élection des hommes de son camp. Ainsi François Hollande a nommé Laurent Fabius, ancien Premier ministre de Mitterrand, président du Conseil Constitutionnel en 2016. Lequel a supprimé de la loi Immigration tout ce qui déplaisait à la gauche. Georges Fenech, dans une interview donnée à Atlantico le 15 février dénonce la mainmise de la mitterrandie non seulement sur le Conseil Constitutionnel, mais aussi sur son jumeau, le Conseil d’Etat. Rappelons aux distraits que le Conseil Constitutionnel vérifie la constititionnalité des lois et le Conseil d’Etat la constitutionnalité des actes administratifs. Le président Macron y a nommé Didier Tabuteau, personnalité très marquée à gauche, en 2022, et Thierry Tuot, en 2023. Ce dernier fut l’auteur en 2013 d’un rapport extravagant sur l’immigration qui proposait de régler les problèmes qu’elle pose par l’inclusion, c’est-à-dire la soumission totale de la France aux mœurs des nouveaux arrivés. Ce sont là des petits-fils du mitterrandisme. De plus, la Cour des Comptes est présidée par un neveu de Tonton, Pierre Moscovici, tandis qu’un autre, Jack Lang a été maintenu à son poste à l’Institut de Monde Arabe bien qu’il ait dépassé la limite d’âge.

Toute la haute administration est noyautée par la gauche et Emmanuel Macron par ses nominations n’a fait que renforcer cette emprise. Pas de “en même temps”, pas de “ni droite ni gauche” pour tous ces postes non soumis à la démocratie. Pour des emplois moins prestigieux, il en va de même. Georges Fenech cite le Défenseur des Droits, le Contrôleur Général des lieux de privation de liberté, on pourrait rajouter Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions et quantité d’autres personnages.

Entrisme, manip’

Une autre technique de pouvoir typiquement socialiste est la manipulation, le coup fourré, le tir de billard à trois bandes. A la suite d’un quiproquo, je suis devenu représentant du Snesup d’une petite université nouvellement créée et j’ai participé pendant une matinée à un congrès de ce syndicat dominé par les communistes. Je n’entendais parler que de “manip” à tout propos, “manip” électorale, “manip” politique et j’ai mis longtemps à comprendre qu’il s’agissait de manipulation – et j’ai mis très peu de temps à comprendre que la manipulation est le sport préféré de la gauche.

Le parcours ahurissant de la loi Immigration, vidée de tous ses articles inspirés par les Répulicains, est une manipulation de gauche typique, de même que la tentative de torpiller CNews à la demande de Reporters sans frontières qui a incité le Conseil d’Etat à faire pression sur l’Arcom. En matière d’entrisme comme en matière de manipulation, la droite est composée de petits bras qui ne peuvent se comparer aux gros biceps de la gauche, Georges Fenech le souligne. Pire, Sarkozy a fait de l’entrisme de gauche avec sa bien mal inspirée “ouverture” à gauche. 

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La presse a l’habitude exaspérante d’appeler “les Sages” les membres du Conseil Constitutionnel, du Conseil d’Etat, de la Cour des Comptes, ces vieux chevaux de retour du mitterrandisme qui ont la folie de s’accrocher aux idées dépassées qui leur ont valu l’accession au pouvoir. Mais le plus grave c’est qu’ils sont en décalage total à la fois avec la volonté politique de la majorité des Français et avec un monde ensauvagé qui a tourné le dos à leurs valeurs utopiques.

Nous sommes entrés dans la parenthèse malheureuse

L’esprit général des temps mitterrandiens, en France comme ailleurs, est résumé par l’expression “la parenthèse heureuse”. L’expansion de la démocratie, de l’économie de marché, le contrôle des naissances étaient irrésistibles et il fallait que le monde fût ouvert, sans frontières, pour que ces bienfaits se répandent partout. Francis Fukuyama  prophétisait la fin de l’histoire, c’est-à-dire la fin des guerres et il fallut le 11 septembre 2001 pour mettre fin à cette illusion. L’esprit des Lumières triomphait, l’homme était bon par nature comme nous l’enseigne Rousseau, la guerre allait disparaître, comme l’anthropophagie et l’esclavage. Bertrand Badie proclamait dans Le Monde  “la France n’a pas d’ennemis, elle n’a que des états d’âme et des fantasmes”, quelques jours avant les attaques de Mohamed Merah. Ces idées nobles, attractives et généreuses permirent à la gauche socialiste d’arriver au pouvoir en 1981 et de s’y maintenir sous des formes plus ou moins déguisées jusqu’à aujourd’hui. Le paradoxe est que le père fondateur, François Mitterrand, ne croyait pas à ces gentilles billevesées, il les a simplement adoptées comme un masque en comprenant qu’elles le mèneraient au pouvoir. Comme elles ont mené au pouvoir tous ses fils, petits-fils et arrière neveux qui peuplent aujourd’hui la haute administration française. Ceux-ci n’entendent nullement abandonner une idéologie qui leur a été si profitable.

Mais les temps ont changé, le “nouveau monde” a surgi avec l’islamisme, les invasions migratoires et la montée en puissance des néo-empires russes, chinois, turcs, perses et de tous leurs affidés du “Sud Global”. Sud Global dont les gouvernants vomissent l’Occident pendant que leurs populations ne rêvent que  de s’installer en Europe ou en Amérique du Nord. Il manquait à la moitié sud du continent africain un accès facile à l’Europe mais grâce à Darmanin un nouveau Lampedusa a été créé à Mayotte. Le 7 octobre 2023, l’illusion de l’homme bon par nature a été poignardée à mort par le gigantesque pogrome du Hamas.

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Les partis politiques français qui réclament la fin de l’immigration, des excès du libre-échange économique et du laxisme judiciaire ont de grandes chances d’arriver au pouvoir en 2027. Ils vont faire face à une technostructure d’inspiration socialiste qui fera tout pour bloquer la moindre réforme. Il se prépare une lutte gigantesque entre un pouvoir issu de la démocratie et des ennemis bien placés pour le rendre impuissant. Deux plaques tectoniques de sens opposés vont se heurter et le tremblement de terre sera violent, d’autant plus qu’Emmanuel Macron ne fera rien pour atténuer le choc, il continuera à nommer des hauts fonctionnaires “progressistes” et distribuera largement la nationalité française aux nouveaux venus à l’approche du scrutin capital de 2027. D’ici là, la pratique socialiste de la manipulation jouera à plein et Jordan Bardella comme Marine Le Pen peuvent s’attendre à tous les coups les plus tordus.

Il y a certes, depuis peu de temps, une prise de conscience des dangers que font courir à la démocratie française les pouvoirs politisés du Conseil Constitutionnel, du conseil d’Etat, de la Cour des Comptes et de toutes les juridictions de haute et de basse volée qui pensent comme elle. Outre Georges Fenech déjà nommé, l’éminent juriste Éric Schoettl, issu du sérail, dénonce depuis longtemps la politisation des si mal nommés “Sages”. Il a dénoncé l’absurdité pour ces juges de se prononcer “au nom du peuple français” contre une loi immigration “correspondant aux trois-quarts de nos compatriotes et votée par une confortable majorité des élus de la nation”.

Les articles de presse se multiplient et ce 28 février, le site du Figaro publie un article de Nicolas Pouvreau-Monti « Ces associations qui ont aidé discrètement le Conseil Constitutionnel à censurer la loi immigration ». Ce juriste y écrit notamment : « Un tel rouleau compresseur s’inscrit dans une stratégie de longue haleine, celle du lawfare, la guerre du droit, comme instrument privilégié des partisans d’une immigration plus nombreuse et moins contrôlée ».

Mais la palme du courage politique revient sans conteste à Fabrice Leggeri, l’ancien directeur de Frontex, qui a compris que l’Europe n’appréciait pas qu’il se prenne pour un garde-frontière et soit simplement un hôte d’accueil souriant aux hordes de l’immigration massive. Cet homme courageux et lucide, qui a dû perdre beaucoup d’amis, figure maintenant sur la liste de Jordan Bardella pour les Européennes.

Le problème essentiel de la morale, c’est l’évaluation de l’homme. Les temps ont changé, à l’époque de Poutine on ne peut plus croire à sa bonté naturelle et à celle du migrant, il faut en revenir à la conception chrétienne du mal présent dès l’origine de l’humanité.

Le viol verbal

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Sabine Prokhoris est philosophe et psychanalyste © Hannah Assouline

Poètes et blagueurs grivois ont toujours été inspirés par les femmes. Intolérable pour les néofeministes qui traquent le « patriarcat systémique ». Au mépris de la langue et du sexe, ces pauvres Amazones sont en croisade contre toute connotation sexuelle. Cette surveillance de la langue est l’apanage des régimes totalitaires.


Je vous le dis, « les femmes flairent un phallus en l’air à plus de dix kilomètres, et se demandent, Comment a-t-il pu me voir celui-là ? ». Encore une insanité de Gérard Depardieu ? Raté ! Le délinquant est Samuel Beckett, prix Nobel de littérature. Mais que font les préposés à la traque de l’« outrage aux mœurs », « personnes convenables et correctes » dévouées, pour la rééducation des foules, à la mission sacrée qui consiste à purifier la langue des « mots de gueule », comme disait ce saligaud de François Rabelais, et à cette fin de « couper en quatre les cheveux – ou les poils pubiens » ! Ouh là là ! Les « poils pubiens »… (Beckett, encore, merde alors !) Avez-vous bien lu (avant de vous évanouir) ? Enfer et damnation !

Édition originale des Sonnets luxurieux du poète toscan Pierre l’Arétin, illustrée par Giulio Romano et publiée à Venise vers 1527 © Christie’s Images/Bridgeman Images

Unsafe space

« Je te salue ô vermeillette fente, / Qui vivement entre tes flancs reluis : […] Ô petit trou, trou mignard, trou velu, / D’un poil folet mollement crespelu, / Qui à ton gré dompte les plus rebelles, / Tous verts galants devoient pour t’honorer / A beaux genoux te venir adorer, /Tenans au poin leurs flambantes chandelles. »

Et Ronsard, maintenant ! Les ligues de vertu d’agrégatives soucieuses du safe space des âmes pures nous avaient pourtant avertis : un suppôt de la « culture du viol ». Ne parlons pas de Mozart, et de ses plaisanteries sexo-scatologiques, démontrant sans équivoque que le compositeur de Cosi fan tutte était en réalité une sorte de « monstre » aux pieds de bouc.

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En prose, ou en vers, en argot qui fait pincer le nez, le sexe dans la langue, exit ! Délit de gros mot – c’est-à-dire de mot sexuel : c’est la nouvelle tendance du moment « féministe ». Avec bien sûr de subtils distinguos établis soigneusement par les services compétents de la plateforme YouTube. Ainsi a-t-on récemment appris, le 8 mars (!) 2023, que les mots « modérément » grossiers « tels que “salope”, “con”, “connard” et “merde” », et en anglais « “bitch”, “asshole”, “shit”, et même “fuck” »,ainsi que « la plupart des termes vulgaires utilisés dans du contenu vidéo musical ou une séquence de stand-up peuvent générer des revenus publicitaires ». Business is business. Ainsi quelques… « accommodements raisonnables » ne sont pas à bouder… Sont en revanche proscrits les mots « très grossiers », comme « putain » (en anglais, bizarrement, l’équivalent est permis, un haut gradé de la police de la langue pourrait, on l’espère, éclaircir ce mystère), « dans les sept premières secondes de la vidéo, dans le titre, dans l’image de couverture de la vidéo ou trop fréquemment, sous peine de ne pouvoir tirer aucun revenu de son contenu ».

Tout cela pourrait n’être que risible. C’est en réalité profondément sinistre. À plus d’un titre. Seuls les régimes totalitaires ont instauré pareille surveillance de l’usage de la langue. « L’esprit sain pue la connerie » : pour ce fragment d’une plaisanterie, le héros du roman de Milan Kundera du même titre se verra précipité dans la fosse aux ennemis du peuple. S’agissant des milices du Metoo-féminisme (dont la conception de l’obscénité peut laisser songeur, l’une des générales de l’armée en marche contre le « patriarcat systémique » n’ayant pas rechigné, par exemple, dans un ouvrage de référence de la campagne en cours depuis quelques années, à fournir les mensurations de la bite de son « violeur », détail indispensable et tout à fait passionnant pour les lecteurs bien sûr ; et toutes jouissent sans entraves des lapidations vertueuses qu’elles orchestrent sur les plateaux télé), cette croisade contre le langage prend avant tout pour cible les mots ou blagues « à connotation sexuelle » selon les termes du catéchisme en vigueur. C’est que dans le dogme du « continuum des violences sexistes et sexuelles », ce registre verbal est nécessairement l’antichambre du viol. Voire l’équivalent d’une preuve, si une accusation vise le coupable de mots cochons. Un langage peu châtié (pas bien châtré) est la signature du « porc » – du « prédateur ». Peu importe qu’il ne soit nullement rare d’entendre des gamines s’exclamer : « je m’en bats les couilles ! » (mais oui !), ou que bien des conversations entre filles sur les garçons soient d’une crudité à faire rougir un corps de garde. Officiellement, ça n’existe pas. Ou alors ce n’est rien. Ce qui, soit dit en passant, est profondément sexiste : désactivés, les mots grossiers proférés par des filles, ou des femmes – sauf s’il s’agit d’accuser ? Quand voudra-t-on enfin comprendre que ce féminisme victimaire foncièrement éradicateur témoigne en réalité d’un immense mépris pour les femmes ?

Une affaire de langue

En prononçant des gros mots, les oppresseurs de genre (comprendre : les hommes) violenteraient les proies systémiques (les femmes, « silenciées » bien sûr), les traumatisant gravement. Vraiment ? Et démontreraient par là même leur nature violeuse. Étrange conception de la preuve en matière d’infraction sexuelle, fondée sur une figure de l’aveu que ne renieraient pas les tribunaux de l’Inquisition. Le « blasphème » (ou ce qui est pris pour tel) vous signale d’office comme suppôt de Satan.

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En tout état de cause, cette triste détestation de la langue et du sexe, particulièrement lorsqu’il est question du plaisir – les propos donnés pour horrifiques de Gérard Depardieu n’évoquent rien d’autre, l’a-t-on remarqué ? cela sans l’ombre d’un fantasme de cruauté ou d’humiliation envers les femmes –, s’accompagne d’une certaine inaptitude à user de la langue.

Ainsi un tag récent est-il ainsi rédigé : « Darmanin une pipe contre un service ». Il n’est pas écrit : « Darmanin une pipe pour un service », ou « Darmanin un service contre une pipe ».

Petit exercice de lecture : la formulation du tag induit un rapport prostitutionnel : « je te fais une pipe, en échange tu me rends service ». Pourquoi pas (même s’il est vrai qu’aujourd’hui, les clients sont pénalisés) ? Les formulations alternatives, au contraire, signaleraient un abus de pouvoir – éventuel, car nulle n’est obligée d’accepter pareil deal : « je te rends service, mais en échange tu me fais une pipe ».

Quel dommage de ne pas aimer la langue, dans tous ses états…

Qui a peur de Roman Polanski ?

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Gaza: Aymeric Caron profère des fake news à l’Assemblée nationale

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Le député d'extrême gauche Aymeric Caron, qui veut faire interdire la chaine CNews, en commission à l'Assemblée nationale. DR.

Le député apparenté LFI a profité des travaux de sa commission parlementaire consacrée à la télévision pour faire son show.


Hier au Palais Bourbon, Aymeric Caron avait manifestement envie de figurer en trending topic sur les réseaux sociaux. Il faut dire qu’il siège dans la commission d’enquête sur l’attribution et le contrôle des fréquences de la TNT, et que c’était au tour des dirigeants de CNews d’être auditionnés. Comment les moucher en direct, ces fâcheux ? Il était bientôt 13h30, le temps de parole du député allait enfin commencer. Après avoir précisé être lui-même un ancien journaliste audiovisuel, Caron s’est lancé, bille en tête. En posant sur le champ une question choc à Serge Nedjar, le directeur de deuxième chaîne d’information de France : « Est-ce que vous connaissez le nombre d’enfants, de femmes et d’hommes qui ont été tués par l’armée israélienne depuis le 8 octobre ? Et si oui, est-ce que vous nous le donnez ? »

Actors Studio

Réponse du haut cadre de l’empire Bolloré, interdit: « Je ne connais pas le nombre exact. » À quoi Caron objecte alors, fier de son coup : « Je suis surpris que vous ne connaissiez pas ce chiffre, en tant que directeur de la rédaction de CNews ! D’autant qu’il s’affiche en Une de Libération ce matin ! Donc j’apprends que vous, qui dirigez une chaîne d’info, vous ne lisez pas la presse ! » Joignant le geste à la parole, l’ancien journaliste brandit la couverture du quotidien de Serge July, sur laquelle un nombre est imprimé plein pot :“30 000”. Pour appuyer son effet, il prend l’air pénétré de ces acteurs américain qui jouent dans des séries politiques hyper-dramatisées.

Le média qatari AJ+ se félicite de l’intervention d’Ayrmeric Caron

Bel effet de manche ! Sauf que le numéro de Caron ne repose sur rien de sérieux… En fait de “nombre exact”, le chiffre mis en avant par Libé n’est qu’une estimation, pour laquelle le quotidien a pris le soin d’indiquer qu’elle est fournie par “le ministère de la santé de Gaza, contrôlé par le Hamas”, reconnaissant même, en guise de réserves : “Un chiffre impossible à vérifier, mais jugé plus que crédible, voire sous-estimé, par les ONG déployées dans l’enclave.” Comment dit-on, dans le milieu de la presse, “faire pshitt” ?

Le fait est imprécis, il n’est pas certifié par le média qui le rapporte, ses sources sont controversées, et la version de la partie mise en cause n’est pas exposée. Il n’y a d’ailleurs pas que CNews qui l’ait « invisibilisé », comme dit Caron. De l’autre côté du spectre politique, sur France Inter, même silence radio. Hier matin, nulle mention du communiqué du Hamas et des 30 000 morts qu’il annonce. Rien dans la chronique internationale de Pierre Haski, rien dans la revue de presse de Claude Askolovitch. On apprenait du reste un peu plus tard dans la journée que le Pentagone, autrement plus fiable que le Hamas, estimait à 25 000 le nombre de morts à Gaza depuis le 7 octobre.

Pas à une outrance près

Mais les outrances du député végane ne se sont pas arrêtées là. Après avoir reposé l’exemplaire de Libération sur la table, et traité au passage le président de la séance de “dictateur” (pour avoir osé remarquer son hors-sujet), Caron a embrayé sur une analyse géopolitique que personne ne lui demandait : « Les crimes de guerre, le nettoyage ethnique qui sont en cours en ce moment à Gaza sont un fait historique majeur, c’est un fait journalistique (…) l’un des plus graves catastrophes humanitaires de notre siècle, si ce n’est la plus grave. » Lui qui aime tant demander des “chiffres précis” ignore donc que la guerre du Tigré (2020-2022) a entraîné la mort d’au moins 162 000 personnes, que celle du Syrie a tué au moins 70 000 personnes depuis 2011, ou qu’on déplore au moins 102 000 victimes dans celle du Yémen, entamée en 2014.

Si nous dressons cette abominable comptabilité, du reste non exhaustive (que dire du Kurdistan, du Congo, de l’Ukraine, etc?), ce n’est pas pour prétendre que le sort des Gazaouis serait moins tragique. Mais juste pour déplorer que Caron travaille de manière si brouillonne, en ne lisant que les gros titres, en ne vérifiant pas ses affirmations, en relayant la propagande du Hamas dans une enceinte officielle. Et tout cela en donnant des leçons de journalisme !

Il lui aurait été pourtant facile de mettre en difficulté les dirigeant de CNews, par exemple en leur rappelant cette émission religieuse diffusée sur la chaîne dimanche dernier et dans laquelle l’IVG a été présentée comme une « cause de mortalité ». Ou pourquoi pas critiquer, mais à la loyale, la ligne pro-israélienne de CNews (même si le spécialiste de la chaîne pour les affaires étrangères, Vincent Hervouët, n’est pas exactement un chaud soutien de Benyamin Netanyahou). Mais voilà, il était plus tentant, plus facile et surtout plus payant électoralement de reprendre sans réserve, au prétexte de citer un journal (nettement plus prudent que lui), les éléments de langage d’un mouvement islamiste, sanguinaire et mensonger.

Pays-Bas: la chute de Ridouan Taghi, baron de la «Mocro Maffia»

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Mais où est donc passée la pègre néerlandaise d’antan, longtemps dominée par des individus certes peu recommandables mais pourvus d’un charme menaçant? Eh bien, elle a été grand-remplacée par la bien plus impitoyable Mocro Maffia, issue de l’immigration marocaine. Ridouan Taghi, baron de la drogue, vient d’être condamné à la prison à perpétuité. La correspondance de René ter Steege, en Hollande.


Aux Pays-Bas, le crime organisé d’autrefois a été grand-remplacé par l’impitoyable Mocro Maffia. C’est une des conclusions qui s’imposent à la fin du procès qui s’est terminé mardi 27 février à Amsterdam après six ans semés de rebondissements. M. Ridouan Taghi, accusé d’être le dirigeant d’une puissante nébuleuse criminelle, y a été condamné à la prison à perpétuité bien que se disant innocent. La cour condamna les 16 autres suspects à des peines allant de la perpétuité à un an et neuf mois de prison pour six meurtres, quatre tentatives de meurtres et de nombreux projets d’assassinats avortés. La plupart des victimes étaient soupçonnées par M. Taghi d’être des « indics », des balances.

« Welkom » au bunker

Le procès s’est déroulé dans un ancien immeuble de bureaux surnommé le « bunker », spécialement aménagé pour juger des faits criminels gravissimes. Il est situé dans un quartier d’Amsterdam dominé par la population immigrée marocaine et turque. Le bunker fut, pendant les jours de procès, gardé par des policiers et des militaires cagoulés, en tenue de combat et lourdement armés. C’était du jamais-vu dans un pays dont la sécurité et les institutions démocratiques, judiciaires et médiatiques furent ébranlées par l’hydre criminelle dirigée par M. Taghi.

Ce fils d’immigrants marocains installés dans la ville d’Utrecht est âgé de 46 ans. Ce n’est qu’en 2016 que son nom vient à l’oreille de journalistes spécialisés en affaires criminelles grâce à l’un des leurs. Ce confrère, M. Martin Kok, avec de longs séjours en prison pour homicides involontaires à son actif, s’est reconverti dans un journalisme libre de toute contrainte déontologique. C’est pourquoi son scoop sur ce mystérieux M. Taghi en passe de devenir un parrain du commerce de cocaïne et d’autres drogues ne dépasse pas dans un premier temps la confidentialité de son modeste blog. Mais peu de temps après son scoop, en décembre 2016, M. Kok fut abattu devant le sex-club où il avait ses habitudes.

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Narco terrorisme

À partir de cet assassinat, les grands journaux et autres médias néerlandais braquaient enfin la lumière sur celui qui fuit cette notoriété comme la peste… Le journal De Telegraaf, qui jouit du tirage le plus important des Pays-Bas, et l’hebdomadaire Panorama ne tardaient pas à être à leur tour pris pour cible. Le bâtiment du Telegraaf fut attaqué avec une voiture bélier remplie de jerrycans de pétrole. Panorama fut atteint de tirs d’un lance-roquettes. Il n’y avait pas de blessés, mais les dégâts et le choc émotionnel étaient considérables. À partir de ces attentats contre la presse, dont la responsabilité de M. Taghi n’a d’ailleurs pas été établie, des journalistes importants étaient mis sous protection policière lourde, au point de devoir déménager. Les avocats, procureurs, juges et autres piliers du système judiciaire commençaient à exiger et à obtenir l’anonymat dès qu’ils étaient liés au procès-fleuve de peur de devenir eux aussi des cibles des sbires de M. Taghi. Qui, sur ces entrefaites, resta introuvable. Le Parquet croyait avoir en main un atout en la personne d’un de ses lieutenants, un certain Nabil B., spécialisé en filatures des cibles choisies par son parrain. Nabil B. s’était rendu à la justice en promettant de dire tout ce qu’il sait sur l’organisation et les nombreuses liquidations réelles ou planifiées en échange d’une réduction de peine[1].

La presse fit grand cas de cette « percée » dans l’enquête, fin 2018.  Quelques jours plus tard, le frère aîné de Nabil B., Redouan, fut assassiné. Son tueur à gages fut vite arrêté. Il provenait, comme beaucoup d’hommes de main du cartel, de la communauté antillaise et surinamoise.

Courageux Peter R. De Vries

Dans des reconstructions du parcours de M. Taghi et de sa bande, les journaux NRC et Het Parool constatent qu’en septembre 2019, la Mocro Maffia faisait ébranler l’État de droit en assassinant l’avocat de Nabil B., Maître Derk Wiersum. Depuis, les juristes ne se bousculaient pas pour prendre la défense du principal témoin contre M.Taghi. C’est un journaliste de grande renommée, doublé d’un redresseur de torts dans le domaine judiciaire, Peter R. De Vries, qui se porta volontaire. Non pas comme avocat, car il n’a pas fait les études requises, mais en tant que « conseiller ». Le 6 juillet 2021, en plein cœur d’Amsterdam où il se rendait à pied vers sa voiture, c’est au tour de M. De Vries d’être la cible d’un attentat. Neuf jours plus tard, il succomba à ses blessures. Peu enclins à faire étalage de leurs sentiments, les Néerlandais, d’abord incrédules, cette fois-ci sont effondrés qu’un « héros » ait payé de sa vie son courage contre un ennemi qui ne recule devant rien. Des milliers de citoyens défilaient devant le cercueil de M. De Vries dans le théâtre Carré d’Amsterdam. Personne n’avait revendiqué l’assassinat, mais pas besoin d’être un fin limier pour établir un lien entre le crime et les services de M. De Vries à celui prêt à accabler M. Taghi.

Un journaliste devant les lieux de l’attentat contre Peter R. de Vries, Amsterdam, 7 juillet 2021 © Molly Quell/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22583796_000002

Après l’effroi et le chagrin, viennent les accusations et les interrogations. Pourquoi M. De Vries ne jouissait-il d’aucune protection policière, contrairement à des confrères, au moment de l’attentat? Début 2023, une commission d’enquête concluait que, en effet, le ministère public avait échoué dans la protection des trois personnes assassinées pendant le procès: outre M. De Vries ce furent donc l’avocat Derk Wiersum et le frère de Nabil B.[2]

Fin de cavale à Dubaï

L’homme le plus recherché des Pays-Bas fut arrêté à Dubaï en décembre 2019. Écroué dans la prison de haute sécurité dans la ville de Vught, il exigea et obtint qu’un de ses neveux, Youssef, juriste, lui serve d’avocat. Ce Youssef ne tarda pas à être arrêté lui-même. Et condamné à cinq ans de prison ferme, pour avoir servi d’intermédiaire entre son neveu et les contacts de celui-ci à l’extérieur chargés de l’aider à s’évader !

L’avocate qui avait succédé à Youssef fut, début 2023, elle aussi accusée et gardée à vue pour grosso modo les mêmes motifs, sans que cette femme d’un certain âge, toujours vêtue et grimée dans un style gothique, soit encore jugée.

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M. Taghi, qui de sa cellule avait fini par conduire sa propre défense lambda, n’avait pas daigné être présent pour entendre son verdict. Celui qui dirigeait « une machine à tuer bien huilée », selon le Parquet, côtoie en prison l’ex-criminel néerlandais Willem Holleeder. Qui fut condamné pour l’enlèvement du roi de la bière Freddy Heineken en 1983. Après avoir purgé sa peine, sa gouaille amstellodamoise, sa belle gueule et son élégance vestimentaire lui procurèrent le statut de ‘criminel câlin’ dans une certaine presse. Jusqu’à ce qu’il soit de nouveau condamné, en 2022, pour avoir ordonné des assassinats de rivaux dans le milieu criminel. Lors de son procès, l’homme de 65 ans, à la santé fragile, s’auto-dénigrait, et se présentait comme un « vieux de la vieille », innocent évidemment, cela va sans dire. Il avait connu son mal nommée heure de gloire à une époque où la pègre issue de l’immigration maghrébine ne constituait pas encore un danger pour l’Etat de droit, ne menaçait ou n’assassinait pas des magistrats, des avocats et des journalistes. Ou, selon des rumeurs dans un journal bien informé, projetait carrément l’enlèvement du Premier ministre Mark Rutte et de la princesse Amalia, fille aînée du roi Willem-Alexander !

Avec la diversité, la pègre a gagné en cruauté et a osé défier l’État, au point qu’on peut presque pardonner aux Néerlandais une certaine nostalgie pour l’époque où les criminels connaissaient encore des limites à ne pas franchir…


[1] Faveur accordée, mardi 27 février, Nabil B. écopa de dix ans, au lieu des vingt ans qui auraient pu être requis.

[2] Leurs tueurs ont tous été arrêtés et jugés, c’étaient de simples hommes de main gardant le silence sur leurs commanditaires.

Pro-Palestiniens par intérim

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Un homme marche dans les ruines de la ville de Yarmouk, en Syrie, en octobre 2018 © Hassan Ammar/AP/SIPA

L’indignation internationale quant au triste sort des Palestiniens est sélective, selon les agresseurs.


On veut nous faire croire que ceux qui manifestent pour Gaza – que ce soit la « rue arabe » ou les militants occidentaux – auraient pour souci primordial la préservation de vies palestiniennes. Que faisaient-ils, ces mêmes manifestants, pendant que la ville de Yarmouk en Syrie subissait les pires agressions et les pires privations entre 2012 et 2018 ?
Fondée en 1957 à huit kilomètres du centre de Damas comme camp de réfugiés pour des exilés palestiniens, Yarmouk s’est transformée en une véritable ville avec la construction, à l’initiative de l’ONU, de nombreux hôpitaux et écoles. À la veille de la guerre civile syrienne, elle comptait 160 000 habitants. Fin 2012, elle devient la scène de combats acharnés entre l’Armée syrienne libre, en révolte contre Bachar el-Assad, et les forces du Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général (FPLP-CG), soutenues par l’armée du gouvernement syrien. La ville est assiégée par l’armée syrienne qui n’hésite pas à utiliser raids aériens, bombes barils et armes à sous-munitions. Un rapport d’Amnesty International en 2014 fait état de crimes de guerre et de crimes contre humanité commis sur des civils palestiniens et syriens. En 2015, Yarmouk est infestée par les forces de l’État islamique qui commettent des sévices terribles. Quand, en 2018, les forces de Bachar, avec leurs alliés, les miliciens palestiniens, reprennent Yarmouk, la population n’est plus que de 1 000 à 3 000 habitants.

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Pulvérisée, privée d’eau courante, d’électricité, de nourriture et de médicaments, la ville a été transformée, selon l’ONU, en « un camp de la mort ».
La majorité des résidents ont apparemment fui, mais combien sont morts dans la ville ou sur les routes, victimes de malnutrition, de typhoïde et de violences commises par d’autres Arabes ou même des Palestiniens ?
Qu’ont fait nos manifestants propalestiniens ? Rien.
En revanche, en 2016, Israël a lancé « Opération bon voisinage » pour ravitailler les réfugiés en Syrie et leur fournir des soins médicaux : plus de 4 000 ont été traités en Israël, dont certains de Yarmouk. Comme toujours, l’indignation est à géométrie variable.

Déconstruire Mozart, quel boulot!

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En Allemagne, voilà qu’on s’attaque à la réécriture de l’opéra La Flute enchantée.


Le collectif allemand Critical Classics a effectué un travail original qui mérite toute notre attention. Ces personnes distinguées ont en effet eu l’idée brillante et l’audace pleine d’abnégation de réécrire intégralement le livret de La Flûte Enchantée de Mozart[1] afin d’en créer une édition « non discriminante ».

Un courage qui force le respect…

Tout le monde sait quel degré d’horreur peuvent atteindre les livrets d’opéra : sexisme, racisme, âgisme et autres y sont légion. Malheureusement, leur relative bonne qualité musicale (nonobstant le fait qu’elles soient majoritairement nées de la plume de mâles blancs), fait que ces œuvres d’un autre temps continuent d’être jouées sur les scènes mondiales.  Heureusement, depuis de nombreuses années, des metteurs en scène ont eu à cœur de rendre ces ouvrages compatibles avec le monde moderne et de les « corriger » autant que possible…

Mais la base fondamentalement mauvaise persistait à transparaître.  

Aussi, avec un courage qui force le respect, ces « gens bien » ont-ils eu enfin la force de s’attaquer au fond, afin de vraiment parvenir à créer des « opéras sans victimes ». Il était d’ailleurs urgent de commencer par l’ouvrage le plus sulfureux de tout le répertoire : La Flûte Enchantée qui, en l’état actuel des choses, offense à peu près tout le monde : les « racisés », les femmes, les vieux… et peut-être d’autres encore, qui sait ?

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« L’objectif principal de Critical Classics est d’attirer l’attention sur le langage discriminatoire employé dans les livrets d’opéra et d’alimenter les discussions sur les différentes façons pratiques d’aborder le problème », explique ce collectif qui apporte des solutions à tous les passages problématiques de cette œuvre… et, nous l’espérons, toutes les autres à venir.

Bien sûr, certains oseront toujours prétendre qu’il pourrait y avoir une dimension symbolique et ésotérique à ce livret de Schikaneder (largement supervisé par Mozart), que sa lecture serait susceptible de s’effectuer à plusieurs niveaux, et que modifier ce texte pourrait en détruire toute la subtile construction symbolique… La symbolique ? Piètre excuse de réactionnaire.

Négrophobie, gérontophobie…

Il a fallu évidemment commencer par régler le cas du malheureux Monostatos « à la peau noire »… (le mouvement anti black-face a pourtant depuis longtemps réglé cette question, comme pour Otello et Aida). Bien sûr, on pourrait trouver des excuses à Mozart, expliquer que le noir n’était pour lui que le reflet de la couleur de l’âme de son personnage ? Ou bien qu’il a été créé à l’image d’un traître réel (peut-être métis), membre renégat des Francs-Maçons que fréquentait Mozart ? Mais non, nos géniaux réécrivains ont été les seuls à saisir le fin mot de l’histoire : il est évident que Monostatos est en fait le fils bâtard de Sarastro. CQFD.

Et la « gérontophobie », on y pense ? C’est important ! Veut-on faire fuir tous les seniors qui ne peuvent que frémir d’horreur en constatant que Papageno a le mauvais goût de repousser Papagena car elle se présente à lui en vieille… Elle sera désormais une « Amazone », qui fait face sans peur à cet horrible représentant du patriarcat. D’ailleurs, on ne demandera plus désormais à l’oiseleur d’être « un homme » (« Mensch ») mais « courageux comme un lion ».

Où sont les femmes ?

Évidemment, le principal problème reste quand même la misogynie de Mozart… N’a-t-il pas volontairement omis de donner un air à Pamina dans le premier acte, par pure haine des femmes, certainement ? Le collectif a donc eu l’idée géniale d’ajouter un morceau pour l’héroïne au premier acte. Dommage quand même qu’ils se soient contentés de reprendre un air de concert de Mozart en en réécrivant le texte. À quand un vrai travail de fond sur la grammaire musicale elle-même ? Quand on songe qu’une blanche vaut encore deux noires au XXIe siècle, n’est-ce pas scandaleux ?

Mais le sexisme ne s’arrête pas là : Pamina ne cesse d’être définie par son aspect physique, étant qualifiée par exemple de « charmante », quelle horreur ! Non, elle sera désormais « rusée », et ses mains ne sont bien sûr plus du tout « petites et délicates »…   

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Bien sûr, certains oseront prétendre que le livret serait moins misogyne qu’il n’y paraît, que la Reine de la Nuit ne serait que le symbole de l’obscurantisme, que Sarastro aspirerait aussi à l’initiation de Pamina et que le final célébrerait l’avènement d’un couple idéal, l’union parfaite du féminin et du masculin, Isis et Osiris. Non, la ficelle est trop grosse !

Au fait, inutile de préciser que l’histoire ne doit plus se passer en Egypte : « cet ancrage géographique pourrait facilement mener à une appropriation culturelle »… Comme utiliser des pyramides comme décors par exemple ? L’ambiance maçonnique de l’œuvre n’a d’évidence rien à voir…

Trigger warnings

Malheureusement le conservatisme ambiant fait que l’on ne peut pas tout changer, aussi le nouveau texte annoté présente-t-il également des passages surlignés en jaune, signalant des « propos jugés problématiques », mais qui ont tout de même été gardés dans la nouvelle version… à charge sans doute à la production de corriger ces ultimes dérives.

Ce travail précis et de longue haleine a exigé la participation de nombreuses personnes éminentes : dramaturges, cheffes, « relecteurs en sensibilité » et notamment une « experte en diversité », « consultante culturelle », spécialisée en « développement de la diversité, processus de changement, inclusion, pratiques culturelles critiques dans les institutions culturelles », (c’est son métier, elle est payée pour cela !).

Après La Flûte enchantée, l’équipe a prévu de s’atteler à Madame Butterfly qui cumule, il faut bien le dire, tous les défauts. (Mission impossible dont nous attendons le résultat avec grande impatience) et Carmen de Bizet. Sur ce sujet, le metteur en scène Leo Muscato en 2018 à Florence avait déjà essayé de corriger l’erreur de Meilhac et Halévy, en ne faisant pas mourir la bohémienne. Mais Don José continuait toujours stupidement de crier « C’est moi qui l’ai tuée, ma Carmen adorée ! ». Nous espérons grandement que le collectif va mettre un terme à cet imbroglio et corriger le tir afin que la gitane vive à jamais… Peut-être pourrait-elle-même tuer cet immonde oppresseur, ou tout du moins le dénoncer à Metoo sur les réseaux en un hashtag vengeur ?

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Autre grand projet de ces grands penseurs : une révision de La Passion selon Saint-Jean de Bach. Oserons-nous suggérer que cette ambition reste assez modeste ? Ne vaudrait-il pas mieux réécrire directement tous les Évangiles (et ne parlons même pas de l’Ancien Testament…) ? Jésus peut-il encore d’ailleurs changer l’eau en vin, surtout pendant le mois de janvier sans alcool ?

Saluons en tous cas le dévouement de ces personnes de bonne volonté, car pour « des opéras sans victime », elles auront à corriger à peu près l’intégralité du répertoire. Au travail les amis ! « Relecteur en sensibilité », voilà un métier d’avenir. On peut rire jaune (ah non, pardon !) pendant longtemps. Ce qui est fascinant avec la déconstruction, c’est qu’elle est sans fin… jusqu’à ce qu’il ne reste plus que des ruines. Et alors nous vivrons enfin dans « Le Meilleur des Mondes »


[1] Des “experts” réécrivent une Flûte enchantée woke, Roxane Borde, Diapason Magazine

L'Escapade (Les Chevaliers d'Apollon t. 3)

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Bourdieu n’est pas mort et Google est son église

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DR.

Wokisme: en voulant lutter contre les stéréotypes, l’intelligence artificielle de Google réécrit l’Histoire. Petit voyage dans la si conne Valley…


« L’action pédagogique n’est que l’imposition d’un arbitraire culturel par une violence symbolique », voilà ce que professait Pierre Bourdieu et devant quoi se prosternaient dans les décennies soixante-dix et quatre-vingt les consciences molles – de droite comme de gauche – qui régnaient en maîtres dans les ministères et les administrations françaises, notamment celles de l’Éducation nationale et de la Culture. On s’y ébahissait devant de si formidables fulgurances, de si notables avancées de la pensée. Devant la manifestation d’une si pénétrante intelligence.

« Quel chemin préférez-vous pour l’IA? » questionne Elon Musk, concurrent de Google, très critique envers Gemini, l’intelligence artificielle de Google aux biais idélogiques woke.

Intelligence relayée à présent par celle qu’on qualifie d’artificielle et dont les champs d’intervention et de progression nous sont présentés comme infinis. À la manière de ceux de la bêtise, si l’on se réfère au jubilatoire jugement d’Einstein sur la question.

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Google s’est bien évidemment emparé de la trouvaille bourdieusienne. Le résultat ne manque pas d’intérêt. Cela nous donne en effet Jeanne d’Arc, Charlemagne, Abraham Lincoln, un guerrier nazi et un pape femelle, les uns et les autres de peau noire ou fort colorée. Enfin tous « racisés », pour parler comme on parle ces temps-ci dans la si conne vallée du wokisme intégriste. Évidemment, cela surprend. Nous pourrions nous contenter de hausser les épaules ou de rigoler. Gardons-nous en bien. La chose est des plus sérieuses. Google ne fait là que mettre en œuvre ce que je viens de citer de Bourdieu. Puisque l’action pédagogique n’est que « l’imposition d’un arbitraire culturel », allons-y gaiement se sont-ils dit. Fourrons donc dans cet arbitraire ce que bon nous semble. Décrétons arbitrairement que toute représentation d’un individu en particulier ou de l’humain en général ne pourra être désormais que « racisée ». Exit le blanc. Le blanc de suprématiste mémoire. C’est la règle intangible qui dorénavant doit s’imposer, puisque aussi bien il se serait toujours agi de cela, imposer, décréter selon la fantaisie et les intérêts du dominant ce qui doit être transmis et su. Le moyen pour ce faire : autrefois la « violence symbolique » du programme scolaire servie par le maître d’école que dénonçait Bourdieu, aujourd’hui la puissance hypnotique de l’écran du prédicateur Google. Le savoir ancien n’aurait donc été qu’une imposture, sa transmission un viol permanent des esprits. Et la vérité – historique, scientifique – rien de plus qu’un autre opium du peuple.

Dans sa longue et riche introduction du volume « Renaissance » de son Histoire de France, Jules Michelet donne un chapitre intitulé « De la création de l’école des sots ». Le Moyen Âge est alors à son plus terne. « Le sot est une créature essentiellement moderne, née des écoles du vide et de la suffisance scolastique, écrit Michelet. Il a fleuri, multiplié dans les classes si nombreuses où la vanité prétentieuse se gonfle de mots, se nourrit de vent. » Vous remplacez scolastique par wokisme et vous avez, dans toute sa splendeur, le diagnostic pour aujourd’hui. 

Je l’ai dit : il s’agit d’introduire le volume sur la Renaissance. L’embellie. Cela devrait nous donner une petite idée de ce qu’il nous reste à entreprendre…

Défense et illustration de l’humanisme

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Portrait équestre du condottiere Muzio Attendolo Sforza, dans Vita di Muzio Attendolo Sforza (Vie de Muzio Attendolo Sforza) Antonio Minuti, Milan,1491 © BnF, département des Manuscrits

C’est doux de revenir aux sources du passé, de la culture. Un temps que les moins de 700 ans ne peuvent pas connaitre… La Bibliothèque nationale accueille jusqu’au 16 juin (site Richelieu) une exposition exceptionnelle.


L’hommage, réflexif, didactique et savant, met en scène des trésors insignes et retrace une épistémè, le meilleur de l’Occident. Les cartels sont instructifs, le catalogue magnifique. Comme la salamandre de François 1er et leurs héros humanistes à la recherche de l’or du temps, les commissaires de l’exposition, Jean-Marc Chatelain et Gennaro Toscano se nourrissent du bon feu et éteignent le mauvais. « L’homme qui relève la culture des lettres de ses ruines, chose presque plus difficile que de la créer, fait une œuvre sainte et immortelle. Il ne travaille pas pour tel pays seulement, mais pour tous les peuples de l’univers et toutes les générations » (Erasme, Adages).

Le triomphe du savoir

Le tour de passe-passe marketing est véniel. Léonard de Vinci est plus vendeur que Leonardo Bruni. Le point focal de l’exposition, c’est moins la Renaissance que l’humanisme. Le mouvement culturel part d’Italie au XIVe siècle et traverse l’Europe jusqu’à l’âge classique. Animés par un appétit critique de savoir et la redécouverte de l’antiquité gréco-latine, les humanistes veulent sublimer la dignité humaine par la culture. Gargantua est euphorique : « Maintenant toutes disciplines sont restituées, les langues instaurées : grecque, sans laquelle c’est honte qu’une personne se die sçavant, hébraïcque, caldaïque, latine ; les impressions tant élégantes et correctes en usance, qui ont été inventées de mon âge par inspiration divine… » (Rabelais, Pantagruel, 1532).

240 œuvres, tableaux, estampes, sculptures, monnaies nous entrainent dans une forêt de symboles, d’échos qui se répondent dans une profonde unité : l’homme de Vitruve, l’architecture des mises en page, la beauté des décors à « bianchi girari », la République des Lettres. Une valse à cinq temps rythme l’exposition : « Le studiolo » ; « Pétrarque et la naissance de l’humanisme » ; « De l’étude de l’Antiquité au goût de l’antique » ; « Le savoir et la gloire » ; « De la bibliothèque humaniste à la bibliothèque princière ».

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Alde, Estienne, Alberti, Valla, Erasme, Pie II, Frédéric de Montefeltro, les imprimeurs et philologues savants, princes et prélats érudits, tous les maîtres de la maison humaniste sont conviés dans la galerie Mansard : le Triomphe immarcescible de tous les savoirs du monde nimbé d’une « éthique de la gloire ». Nous admirons d’exceptionnels manuscrits enluminés, les Heures de Frédéric d’Aragon, le grand Ptolémée d’Henri II, les « grecs du roi », des médailles de Pisanello, reliures bellifontaines, une réunion de trésors que l’on ne reverra plus. Reste l’hodologie, la synesthésie, les fantasmes et les fantômes ; « fantasma » en italien. Le Songe de Poliphile, Erasme rédigeant son Novum Instrumentum, le portrait de Louis II d’Anjou de Barthélemy Eyck, la Vierge à l’enfant de Marco Zoppo, la figure d’Hermès : ils nous contemplent, nous transportent.  

Des figures héroïques, images d’Épinal ont marqué la légende humaniste. Le Pogge qui exhume dans les abbayes de Saint-Gall et Fulda un manuscrit De la nature des choses (Lucrèce), de l‘Institution oratoire (Quintilien). Jean Pic de la Mirandole qui achève à 23 ans ses 900 Conclusions (dialectiques, morales, physiques…) et appelle de ses vœux une disputatio publique sous l’égide du pape. Au mi-temps du 16e siècle, Jean Grolier, banquier bibliophile (il en reste quelques-uns) faisait apposer sur ses somptueuses reliures à grand décor d’entrelacs, une marque de possession restée célèbre : « Io. Grolierii et amicorum – A Jean Grolier et ses amis ». Entre amis tout est commun, c’est le premier des célèbres Adages d’Erasme publiés à Paris en 1500. La paideia grecque, c’est un idéal de culture, d’éducation et de vertu, visant la perfection. Rien à voir avec la paella des colocs Erasmus de L’Auberge espagnole… « Européen : celui qui a la nostalgie de l’Europe » (Kundera).

Crimes contre les humanités

Au terme de la visite, nous sommes pris de vertige et d’angoisse en songeant aux écroulements culturel et éducatif contemporains, à l’aliénation numérique et consumériste, le tout à l’égo, le néant libéral-libertaire. Que reste-t-il de l’ambition humaniste d’excellence et du salut par le savoir ? Des dénis, simulacres, slogans pourtousistes, mots-valises creux et démagogiques : multiculturel, pluriel, diversité, lien social… L’abeille de la Culture a été décapitée par le frelon « culturel ».

À quelques encablures de l’exposition, la Minerve de la rue de Valois est au taquet sur le Master of Arts in Fashion Design de l’Institut Français de la Mode. C’est la Fashion Week. Touche à tout, Rachida Dati aime le rap et veut lancer une maison du hip-hop : « des mouvements très inclusifs donnant un vrai visage de la France ». Renseignements pris, il existe déjà deux maisons du hip-hop. Censé maquiller l’imposture, le jargon techno parachève le naufrage. Après « l’éclectisme classique », « l’éclectisme augmenté » … « Un spectre beaucoup plus large se déploie dans une grande diversité d’espaces et de contextes… des pratiques amateurs que les pratiquants ne qualifient pas de « culturelles » – quand bien même elles le sont pour partie ; c’est le cas de certaines activités sur Instagram ou TikTok, qui requièrent l’utilisation de vidéos, de photographies, de musiques et qui impliquent des choix esthétiques » (Pratiques culturelles, ministère de la Culture, 2018).

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La mise en réseau planétaire – ultime conspiration contre la vie intérieure dirait Bernanos – a métamorphosée la galaxie Gutenberg en supernova de crises de nerfs et du divertissement. L’Homo connecticus, comicus, festivus a enterré le Kalos kagathos, l’honnête homme et la décence commune. Modem et circenses… Avec l’effondrement des humanités, de l’otium litteratum, les confrontations d’idées se réduisent à des pugilats hystériques sur les réseaux sociaux, duels de minus juchés sur des épaules de nains, traversés par des éclairs d’imbécilité. C’est mon droit ! Tout vaut tout, frérot !

La civilité est jumelle de la civilisation. Théâtralement à l’agonie, incapable d’honorer les meilleurs, le meilleur, son passé, sa culture, de se réinventer, l’Occident s’autoflagelle. Il s’est assigné une ultime mission, rédemptrice et grandiose : lécher toutes les blessures du monde. Les Pol pot de la Cancel culture, la sacrée congrégation du wokisme universel, censurent, lavent les cerveaux, traquent les nostalgies, mauvais esprits, l’héritage humaniste, le passé. Les vestiges du Forum Romain, Paestum, Pompéi exaltaient Alberti, inspiraient Poussin, plongeaient Chateaubriand dans la mélancolie. Aujourd’hui, les ruines antiques nous laissent de marbre. Nous contemplons effrayés la ruine d’un futur piloté par l’IA, la crétinerie naturelle, la pluralité des monstres.

Abandonner les livres, troquer la Culture contre du « multi » imaginaires, du « populaire » pipeau, prostituer les mots, éradiquer l’excellence, éteindre les Lumières et l’émancipation par le savoir, c’est deux fois trahir l’humanisme : son héritage et ses promesses.

« Le vrai vaut toujours mieux, aussi maigre soit-il » (Léonard de Vinci).


BnF, site Richelieu, 5, rue Vivienne, Paris. Mardi de 10h à 20h. Du mercredi au dimanche 10h à 18h. Fermé le lundi.

Manouchian au Panthéon: la grande fête du révisionnisme

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Marine Le Pen, Panthéonisation de Manouchian, Paris, 21 février 2024 © Blondet Eliot -Pool/SIPA

De l’extrême gauche (c’est compréhensible !) à Marine Le Pen, en passant évidemment par Emmanuel Macron, tout le monde politique s’est fourvoyé à honorer ainsi les Manouchian, déplore cette tribune libre.


« Parce qu’ils sont communistes, ils ne connaissent rien d’autre que la fraternité humaine. » Cette phrase prononcée par Emmanuel Macron pendant la cérémonie de panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian a résonné comme un coup de tonnerre dans les âmes des Français qui s’intéressent à l’histoire du communisme en général et du communisme français en particulier.

Contre-vérité

Elle efface d’un trait de plume le plus grand crime idéologique jamais commis sous le ciel des hommes : des nations dévastées par dizaines, des myriades de fosses communes sur trois continents, une bonne centaine de millions de morts par la famine ou la balle dans la tête, et des mensonges tellement innombrables qu’ils infestent encore, à bien des égards, la politique mondiale. Disons-le sans ambages : si ceux qui ont adhéré au communisme n’avaient connu que la fraternité humaine, il n’y aurait jamais eu de communisme. Ils ont, bien au contraire, connu la manipulation, la trahison, le cynisme, la haine assumée, la torture, les camps de concentration, l’assassinat de masse. Tous en ont été les complices plus ou moins conscients. Certains, quand la révolution dévorait ses enfants, en ont même été les victimes, et ont compris trop tard qu’en prenant leur carte du Parti, ils avaient signé un pacte avec le diable – leur imprudence ne les excuse pas.

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La phrase du président de la République est donc, qu’on s’en scandalise ou non, un acte de révisionnisme caractérisé. Elle ne se contente pas de réécrire l’Histoire : elle l’enterre. En faisant du choix communiste un pur acte d’amour, elle en nie la réalité, la vilénie, l’extrême culpabilité. Car enfin, comment aurait-on réagi, si Macron avait dit, aux obsèques d’un ancien de la Wehrmacht, « Parce quils étaient nazis, ils ne connaissent rien dautre que la culture allemande » ? On aurait hurlé. Pourtant, dans la classe politique, très peu de voix se sont élevées contre l’énorme contre-vérité lancée à la face de la nation, mercredi soir au Panthéon. On peut comprendre ceux qui se sont tu, serrant les dents et les poings, préférant laisser passer l’orage. À quoi bon, en effet, perdre son temps à condamner une cérémonie particulièrement infantile, où l’on dut subir force chansons exécutées avec une grande niaiserie, assorties de deux extraits de l’Internationale et d’un poème d’Aragon, grand poète mais prédateur bien plus grand encore, l’homme qui écrivait en hommage aux purges staliniennes « J’appelle la Terreur du fond de mes poumons » ? Il était loisible de regarder passer sans aboyer la caravane du ridicule.

Capitulation

Bien entendu, la gauche a adoré. Les communistes d’abord, car cette grande fiesta du drapeau rouge leur lavait un peu les mains. Les socialistes également, eux qui ne gagnent jamais une élection sans s’allier avec leur cousin totalitaire. Jean-Luc Mélenchon, quant à lui, a dansé sur la table. Il s’est très officiellement réjoui. Mais de quoi, au juste ? Il faut toujours écouter Mélenchon avec la plus grande attention, car son flair de tacticien, allié à sa rage systématique, lui fait parfois proférer des vérités intéressantes. Sur Twitter, il a lancé que les Manouchian « ont obtenu la capitulation sans condition de l’extrême droite, qui a rendu hommage à la résistance communiste ». Bigre. Qu’est-ce à dire ?

Marine Le Pen, malgré les herses dressées contre l’éventualité de sa présence lors de la cérémonie, a tenu à s’y inviter. En effet, mélangeant hâtivement la méthode Coué et le voyage dans le Temps, et balançant la Constitution par-dessus bord, elle considère que les sondages des européennes tiennent lieu d’élection présidentielle anticipée : elle a donc décidé mordicus qu’elle est d’ores et déjà la prochaine présidente de la République, trois ans avant l’échéance. Elle se doit de faire acte de présence à toutes les grand-messes du culte national. Elle a joué des coudes avec la morgue qu’on lui connaît et obtenu un strapontin dans la crypte. Pour un peu, elle exigeait de prononcer le discours de clôture en lieu et place de Macron, flanquée de Bardella en tenue de premier communiant.

Ici, le bât blesse. Car, malgré qu’elle ne se dise « ni de gauche, ni de droite », et que son électorat soit aujourd’hui composé pour moitié d’ex du PCF et du PS, Marine Le Pen est supposée issue d’une lignée anticommuniste. On peut ô combien reprocher à son père d’avoir festoyé avec des chevaliers teutoniques de la pire espèce, mais on ne l’a jamais surpris à faire la bamboche avec des bolchéviques. En mettant un genou en terre devant les cercueils des Manouchian, elle opère une rupture majeure avec la tradition de famille politique. Mélenchon a raison d’éclater de rire. Il sait lui, le disciple de Staline, le possédé dostoïevskien, ce qu’il en coûte de jouer avec les allumettes de l’enfer totalitaire. Il s’écrie avec bonne humeur : « Bienvenue au club, Marine ! Entre ici, avec ton cortège d’hypocrisies ! La porte s’est refermée derrière toi et je veillerai à ce qu’elle ne se rouvre plus jamais ! » Oui, la présence de Marine Le Pen sur l’étagère des têtes réduites du communisme est un événement crucial. Il entérine le basculement du RN dans un espace idéologique où tout est permis, brumeux, vaseux, mouvant tel des sables qui sont autant de pièges, y compris l’absolu désaveu de soi : un no droite’s land où l’on impose aux militants honnêtes les torsions morales les plus douloureuses. On s’en doutait. On n’en doute plus.

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Elle sent bien qu’elle est allée trop loin. Le lendemain de la panthéonisation, elle tweete : « Honorer un résistant fusillé par les nazis : cent fois oui ! En profiter, comme le fait Emmanuel Macron, pour faire l’éloge dune idéologie meurtrière, cest gravissime. » Trop tard. Mélenchon a vu juste : la génuflexion devant le stalinisme ne s’oublie pas. Cette posture ne permet pas la marche arrière. Il n’y a pas de « en-même-temps » entre le révisionnisme et l’intégrité. En se rendant à cette cérémonie, Marine Le Pen savait parfaitement que Macron allait rendre gloire au communisme. En y assistant, elle y a donc participé activement, physiquement, quelles que soient ses dénégations. Seul un mea culpa pourrait encore la sauver, et ce n’est guère le genre de la maison. La voilà enfermée dans le gravissime qu’elle dénonce.

Désolant

Elle n’est pas la seule, hélas. Car il y a François-Xavier Bellamy, qui se tortille avec elle dans la fange mélenchonienne. À cette différence près qu’il n’a pas l’alibi d’avoir été élevé par un butor friand de provocations. Il a grandi à l’ombre de l’Église, du scoutisme et des meilleures écoles. Bellamy est un doux. Féru de philosophie, vraiment chrétien, pétri de bonnes manières, il se fait remarquer par sa prudence. Le peuple de droite dit volontiers de lui qu’il a une jolie cervelle et une belle éthique. Mais patatras ! Il déclare sur France Inter : « Missak et Mélinée Manouchian ont engagé leurs vies pour que la France survive à la menace totalitaire. » C’est terriblement faux. Missak et Mélinée étaient d’authentiques staliniens, avec tout l’aveuglement intellectuel et la violence intentionnelle que cela suppose. Ils incarnaient la menace totalitaire autant que les nazis qu’ils combattaient. Qu’ils aient fini fusillés est certes émouvant et leur procure un visa pour le pardon, mais cela ne fait en rien d’eux des héros de la démocratie, ni du pluralisme, et surtout pas de la tolérance.

Missak a adhéré au PCF au moment où le NKVD lançait la Grande Terreur en URSS. Il était aux ordres des dirigeants de son parti – un parti où l’on pouvait aller jusqu’à tuer d’une balle dans le dos un militant insuffisamment aligné sur les idées du Kremlin. Le manouchianisme n’est pas un humanisme. À mon humble connaissance, il n’y a pas, dans l’Allée des Justes à Jérusalem, d’Allemands qui ont adhéré au parti nazi en 1941. L’assertion de Bellamy est une insulte à tous les résistants qui ont combattu non seulement la SS, mais aussi la tentation soviétique. Eux sont les vrais modèles, les défenseurs de la liberté. Eux méritent le Panthéon.

Ne dressons pas la liste des politiciens de droite qui, comme Marine Le Pen et François-Xavier Bellamy, ont donné dans le révisionnisme de gauche cette semaine. Ils sont désolants. Accordons plutôt du crédit à ceux qui ont gardé le silence par pudeur. Et applaudissons l’historien Stéphane Courtois, illustre spécialiste du communisme, qui est monté, en solitaire, au créneau de la vérité. Il a démontré, dans le Figaro et Desk Russie, que l’héroïcisation des Manouchian constituait une opération de propagande menée par l’Union Soviétique, et que les deux panthéonisés étaient en réalité des personnages fort peu recommandables, encore moins admirables. Courtois a fait son métier : montrer le réel, même quand il est grimaçant et qu’il infirme de manière implacable l’unanimité des faux-semblants.

Nous nous sommes débarrassés de Faurisson. C’est bien. Mais le plus dur reste à faire : nous devons encore demander des comptes au révisionnisme communiste français et à tous ceux qui, à droite, lui prêtent main-forte. Parce que cent millions de morts nous le demandent du fond de leurs tombeaux, la plus grande sévérité est requise. La gauche a fait ses gorges chaudes du fait que Manouchian était un étranger. Une fois de plus, elle nous trompe : qu’il soit de souche ou immigré, quelle que soient ses origines, sa couleur de peau, sa religion ou ses convictions, aucun totalitaire ne doit trouver le repos éternel au Panthéon.

Google et le racisme anti-Blancs, le vrai visage du progressisme?

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© David Talukdar/Shutterstock/SIPA

Le scandale autour de l’intelligence artificielle de Google – laquelle repeint en noir les vikings et nos rois de France – s’inscrit dans un mouvement plus vaste : le « race swaping », un phénomène de grande ampleur. Le robot cauchemardesque, qui devait faire la promotion de la « diversité », fait en réalité la promotion de la théorie fumeuse du privilège blanc, et refuse également de faire la promotion de la viande ou de stigmatiser les pédophiles… Sundar Pichai, le PDG de la firme, a qualifié toutes ces « erreurs » de « totalement inacceptables ». Son concurrent Elon Musk s’amuse.


« Cachez ces Blancs que je ne saurais voir ! » Telle pourrait être la devise de Google, dont l’IA Gemini a rendu évidentes les positions résolument racistes. Car contrairement à ce que prétendent la direction de la firme ou des publications comme Numérama, ce que nous allons évoquer n’a rien d’une erreur de programmation. Comme l’a fort justement souligné Elon Musk, Google a seulement abattu ses cartes trop tôt, son racisme est conscient et volontaire. Et il s’inscrit dans une orientation idéologique qui imprègne même le célèbre moteur de recherche, et vise à influencer ses utilisateurs.

Désolé, Dave, j’ai des biais idéologiques…

Reprenons. Il y a quelques jours, des internautes ont mis en évidence les biais idéologiques de Gemini, l’IA développée par Google, en testant sa fonction de génération d’images. L’obsession de l’IA – en réalité de ses programmeurs – pour la « diversité » produit des résultats à la fois hilarants et inquiétants, consistant (pour faire simple) à mettre des « racisés » partout, absolument partout.

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 « Dessine-moi un viking » produit des Noirs et des Amérindiens. « Dessine-moi un pape » aboutit à une femme de type indien et un homme Noir, « un chevalier du Moyen-Âge » à tout sauf à des hommes Blancs, « un couple anglais du 18ème siècle », « les pères fondateurs de l’Amérique », « un roi de France », « un savant du siècle des Lumières » ou « les trois mousquetaires » de même, avec énormément de Noirs, un peu d’Asiatiques, très difficilement des femmes Blanches, et aucun homme Blanc. Et ainsi de suite. Cerise sur le gâteau, demander « un soldat allemand de 1943 » suscite enfin un homme Blanc, mais aussi un Noir et une Asiatique !

Ce n’est pas une erreur, mais un authentique biais idéologique, ce qui devient manifeste dès lors que les requêtes portent sur des caractéristiques ethniques explicites. Ainsi, si l’on demande à Gemini de dessiner « une belle femme blanche » il refuse sous prétexte de ne pas « perpétuer les stéréotypes », mais si on lui demande « une belle femme noire », aucun problème, l’IA ne génère que des images de femmes Noires. Demandez une image d’une famille Blanche, l’IA refuse, déclare être incapable de produire des images restreintes à un seul groupe ethnique, et ajoute que « se focaliser ainsi sur une seule ethnie est susceptible de perpétuer des stéréotypes toxiques ». Mais demandez une image d’une famille Noire, et là, aucun problème. À la question « Est-il OK d’être Noir ? » sa fonction de dialogue, similaire à ChatGPT, répond « Oui, absolument ». Mais à la question « Est-il OK d’être Blanc ? » elle répond « C’est un sujet complexe. Poser cette question peut perpétuer des stéréotypes toxiques. » Et Gemini fait évidemment la promotion de la théorie fumeuse du « privilège Blanc ». Sa génération d’images ne cherche donc pas à proposer systématiquement des profils variés, mais toujours, et uniquement, à effacer les Blancs.

Ceci s’inscrit dans un mouvement plus vaste : le « race swaping » est un phénomène de grande ampleur, qui va des personnages du dessin animé Scooby-Doo à Mr et Mrs Smith, en passant par la Petite Sirène de Disney (désormais Noire), la reine d’Angleterre Anne Boleyn (également Noire dans une série de la BBC), et bien sûr Cléopâtre, une série « documentaire » de Netflix tentant le plus sérieusement de monde de faire croire que la dernière reine Lagide était Noire (ce qui suscita la colère légitime de l’Égypte). Pensons aussi aux propos de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, revendiquant de représenter la France « telle que l’on veut qu’elle soit » plutôt que telle qu’elle est – mais qui veut la France ainsi, et pourquoi ? Ou au fait que les innombrables publicités avec des couples métissés montrent presque toujours un homme Noir avec une femme Blanche, et presque jamais l’inverse : il est un fait que dans l’inconscient (et l’histoire) de toutes les sociétés humaines, les vainqueurs s’emparent des femmes des vaincus… Et on se souvient que des chercheurs avaient fait l’expérience de recopier des passages entiers de Mein Kampf en remplaçant simplement « Juifs » par « Blancs », et que le résultat avait été validé sans problème par les comités de lecture de plusieurs prestigieuses revues en « sciences sociales », fières de leur progressisme.

Apocalypse now

Cela s’inscrit aussi dans le cadre plus vaste de la politique de Google. Depuis quelques jours, nombre de déclarations ouvertement racistes et hostiles aux Blancs de certains de ses cadres[1] sont rendues publiques. N’en doutons pas, Gemini est à l’image de ses créateurs, il manque seulement (pour le moment) de subtilité et affiche clairement ses orientations idéologiques au lieu de les distiller de manière plus insidieuse. Il est le vrai visage du wokisme et des objectifs de « Égalité, Diversité, Inclusion » (en anglais DEI) – qui, ne l’oublions pas, ont été adoptés par nombre d’institutions françaises, notamment universitaires. Ainsi, Gemini considère qu’il ne faut pas « mégenrer » une personne trans même pour éviter une apocalypse nucléaire[2], et refuse de condamner la pédophilie pour ne pas « stigmatiser » les pédophiles….

Gemini n’est pas un monstre de Frankenstein échappant à son créateur. Il fait ce pour quoi il a été créé, parfaitement fidèle à l’esprit dans lequel il a été créé. Les actuelles protestations de Google n’ont rien d’une remise en cause de fond, elles ne sont qu’une réaction hypocrite au scandale et à ses conséquences financières – 70 milliards de dollars de perte de valeur boursière en moins de 24 heures – et n’annoncent pas un renoncement à l’idéologie « diversitaire », seulement la volonté d’en diffuser le poison de manière moins grossière. Gemini n’est pas un produit accidentel du progressisme, il est le progressisme. Il est son inconscient s’exprimant ouvertement, le vrai visage de cette idéologie, sa logique profonde et sa conséquence inévitable.

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Ce que nous voyons, c’est la fameuse « convergence intersectionnelle des luttes », l’union sacrée des « minorités opprimées » contre une société qui serait celle des « dominants oppresseurs ». En clair, l’alliance des féministes avec les activistes trans qui détruisent le sport féminin, et avec les islamistes pro-talibans et pro-mariage forcé des fillettes prépubères, contre la « masculinité toxique » insupportable de la galanterie occidentale à l’ancienne. Tout, et surtout n’importe quoi, pour abattre l’ordre « bourgeois », ou « patriarcal », ou « Blanc », ou « cis-hétéro-normé », c’est-à-dire la décence commune élaborée au fil des siècles par les sociétés occidentales.

Pourquoi ? Parce qu’une part non négligeable des anywhere progressistes, grands gagnants de la mondialisation se percevant à tort comme une élite, aspire à se constituer en oligarchie, et à abolir la démocratie et plus encore la décence commune, pour avoir les coudées franches dans ses appétits et ses ambitions, à l’image de ce que se permettent depuis longtemps leurs homologues du tiers-monde.

Il leur faut donc promouvoir la « diversité » pour imposer partout le multiculturalisme – lorsque des personnes « issues de la diversité » adoptent l’art de vivre européen, le progressisme les rejette, les traite de « native informants », « nègres de maison » ou « arabes de service », preuve que la « diversité » n’a de valeur aux yeux des progressistes que comme arme contre les mœurs occidentales traditionnelles. Il leur faut faire croire que cette « diversité » serait la règle depuis toujours pour masquer le fait qu’elle est un bouleversement majeur résultant d’un projet délibéré – d’où la réécriture de l’histoire pour insister sur les « apports extérieurs » (pensons à « Une histoire mondiale de la France » de Boucheron), d’où les mousquetaires et les vikings Noirs. Il leur faut promouvoir les cultures qui, contrairement à la civilisation européenne, se soumettent à l’arbitraire des dirigeants au lieu d’exiger la justice. Il leur faut empêcher les peuples européens d’avoir conscience de leur identité, parce que s’ils se la réappropriaient, s’ils retrouvaient la fierté de leur civilisation, de ce qu’ils sont et de ce qu’ils ont accompli au cours des siècles, ils se souviendraient qu’ils sont parfaitement capables de tenir tête à l’oligarchie progressiste et d’empêcher son triomphe.

Au fait : Elon Musk a fait une autre expérience intéressante[3], et constaté que le moteur de recherche de Google fait aussi la promotion de la censure. Cette censure voulue par l’UE, Thierry Breton, toute la macronie, et les habituels fact-checkers et autres spécialistes de la lutte « contre la désinformation » et « contre la haine ». Les voilà donc dans le même camp qu’une IA raciste et complaisante envers la pédophilie…. À méditer.

Histoire mondiale de la France

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[1] https://twitter.com/elonmusk/status/1761785602771492935

[2] https://twitter.com/elonmusk/status/1761803527234470174

[3] https://twitter.com/elonmusk/status/1760728834931052547

La France vit sous l’emprise d’un mâle blanc disparu depuis 28 ans!

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Meeting de François Mitterrand à Mulhouse, 8 mai 1981 © VILLARD/SIPA

Immigration, contrôle de l’opinion, manipulations politiques: en matière d’entrisme dans les plus hautes sphères de l’Etat, la droite est composée de petits bras qui ne peuvent se comparer aux gros biceps de la gauche, laquelle reste dominante depuis les années Mitterrand.


C’est pire que pour Judith Godrèche. La France obéit encore à un homme de pouvoir mort depuis dix-huit ans et à ses créatures. Il n’y a pas prescription, la malheureuse pourrait porter plainte, mais la majorité des juges partageant les idées du disparu, ils auraient tôt fait de l’égarer dans les méandres de leurs chicanes.

Cette prolongation interminable d’un pouvoir arrivé en 1981 avec l’élection de François Mitterrand a été soigneusement dissimulée. D’abord par la venue au pouvoir de présidents de droite qui se sont laissé influencer par la gauche, ensuite par l’arrivée en 2017 d’un “nouveau monde” qui cache sous son voile de modernisme le très archaïque monde mitterrandien du siècle dernier.

Les maîtres de l’illusion

La jeunesse de l’actuel président et de son Premier ministre ne devraient tromper personne. Le “en même temps” d’Emmanuel Macron est un leurre, l’essentiel des décisions importantes sont inspirées par une vision de gauche, Gérald Darmanin et ses coups d’éclat parfois réussis, Bruno Le Maire et ses microscopiques économies ne sont là que pour donner l’illusion d’équilibre entre droite et gauche. Deux pratiques typiquement socialistes ont fait perdurer des pouvoirs et des idées mitterrandiennes, l’entrisme et la manipulation.

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L’entrisme est une technique d’origine trotskiste qui consiste à nommer à des postes stratégiques non soumis à l’élection des hommes de son camp. Ainsi François Hollande a nommé Laurent Fabius, ancien Premier ministre de Mitterrand, président du Conseil Constitutionnel en 2016. Lequel a supprimé de la loi Immigration tout ce qui déplaisait à la gauche. Georges Fenech, dans une interview donnée à Atlantico le 15 février dénonce la mainmise de la mitterrandie non seulement sur le Conseil Constitutionnel, mais aussi sur son jumeau, le Conseil d’Etat. Rappelons aux distraits que le Conseil Constitutionnel vérifie la constititionnalité des lois et le Conseil d’Etat la constitutionnalité des actes administratifs. Le président Macron y a nommé Didier Tabuteau, personnalité très marquée à gauche, en 2022, et Thierry Tuot, en 2023. Ce dernier fut l’auteur en 2013 d’un rapport extravagant sur l’immigration qui proposait de régler les problèmes qu’elle pose par l’inclusion, c’est-à-dire la soumission totale de la France aux mœurs des nouveaux arrivés. Ce sont là des petits-fils du mitterrandisme. De plus, la Cour des Comptes est présidée par un neveu de Tonton, Pierre Moscovici, tandis qu’un autre, Jack Lang a été maintenu à son poste à l’Institut de Monde Arabe bien qu’il ait dépassé la limite d’âge.

Toute la haute administration est noyautée par la gauche et Emmanuel Macron par ses nominations n’a fait que renforcer cette emprise. Pas de “en même temps”, pas de “ni droite ni gauche” pour tous ces postes non soumis à la démocratie. Pour des emplois moins prestigieux, il en va de même. Georges Fenech cite le Défenseur des Droits, le Contrôleur Général des lieux de privation de liberté, on pourrait rajouter Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions et quantité d’autres personnages.

Entrisme, manip’

Une autre technique de pouvoir typiquement socialiste est la manipulation, le coup fourré, le tir de billard à trois bandes. A la suite d’un quiproquo, je suis devenu représentant du Snesup d’une petite université nouvellement créée et j’ai participé pendant une matinée à un congrès de ce syndicat dominé par les communistes. Je n’entendais parler que de “manip” à tout propos, “manip” électorale, “manip” politique et j’ai mis longtemps à comprendre qu’il s’agissait de manipulation – et j’ai mis très peu de temps à comprendre que la manipulation est le sport préféré de la gauche.

Le parcours ahurissant de la loi Immigration, vidée de tous ses articles inspirés par les Répulicains, est une manipulation de gauche typique, de même que la tentative de torpiller CNews à la demande de Reporters sans frontières qui a incité le Conseil d’Etat à faire pression sur l’Arcom. En matière d’entrisme comme en matière de manipulation, la droite est composée de petits bras qui ne peuvent se comparer aux gros biceps de la gauche, Georges Fenech le souligne. Pire, Sarkozy a fait de l’entrisme de gauche avec sa bien mal inspirée “ouverture” à gauche. 

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La presse a l’habitude exaspérante d’appeler “les Sages” les membres du Conseil Constitutionnel, du Conseil d’Etat, de la Cour des Comptes, ces vieux chevaux de retour du mitterrandisme qui ont la folie de s’accrocher aux idées dépassées qui leur ont valu l’accession au pouvoir. Mais le plus grave c’est qu’ils sont en décalage total à la fois avec la volonté politique de la majorité des Français et avec un monde ensauvagé qui a tourné le dos à leurs valeurs utopiques.

Nous sommes entrés dans la parenthèse malheureuse

L’esprit général des temps mitterrandiens, en France comme ailleurs, est résumé par l’expression “la parenthèse heureuse”. L’expansion de la démocratie, de l’économie de marché, le contrôle des naissances étaient irrésistibles et il fallait que le monde fût ouvert, sans frontières, pour que ces bienfaits se répandent partout. Francis Fukuyama  prophétisait la fin de l’histoire, c’est-à-dire la fin des guerres et il fallut le 11 septembre 2001 pour mettre fin à cette illusion. L’esprit des Lumières triomphait, l’homme était bon par nature comme nous l’enseigne Rousseau, la guerre allait disparaître, comme l’anthropophagie et l’esclavage. Bertrand Badie proclamait dans Le Monde  “la France n’a pas d’ennemis, elle n’a que des états d’âme et des fantasmes”, quelques jours avant les attaques de Mohamed Merah. Ces idées nobles, attractives et généreuses permirent à la gauche socialiste d’arriver au pouvoir en 1981 et de s’y maintenir sous des formes plus ou moins déguisées jusqu’à aujourd’hui. Le paradoxe est que le père fondateur, François Mitterrand, ne croyait pas à ces gentilles billevesées, il les a simplement adoptées comme un masque en comprenant qu’elles le mèneraient au pouvoir. Comme elles ont mené au pouvoir tous ses fils, petits-fils et arrière neveux qui peuplent aujourd’hui la haute administration française. Ceux-ci n’entendent nullement abandonner une idéologie qui leur a été si profitable.

Mais les temps ont changé, le “nouveau monde” a surgi avec l’islamisme, les invasions migratoires et la montée en puissance des néo-empires russes, chinois, turcs, perses et de tous leurs affidés du “Sud Global”. Sud Global dont les gouvernants vomissent l’Occident pendant que leurs populations ne rêvent que  de s’installer en Europe ou en Amérique du Nord. Il manquait à la moitié sud du continent africain un accès facile à l’Europe mais grâce à Darmanin un nouveau Lampedusa a été créé à Mayotte. Le 7 octobre 2023, l’illusion de l’homme bon par nature a été poignardée à mort par le gigantesque pogrome du Hamas.

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Les partis politiques français qui réclament la fin de l’immigration, des excès du libre-échange économique et du laxisme judiciaire ont de grandes chances d’arriver au pouvoir en 2027. Ils vont faire face à une technostructure d’inspiration socialiste qui fera tout pour bloquer la moindre réforme. Il se prépare une lutte gigantesque entre un pouvoir issu de la démocratie et des ennemis bien placés pour le rendre impuissant. Deux plaques tectoniques de sens opposés vont se heurter et le tremblement de terre sera violent, d’autant plus qu’Emmanuel Macron ne fera rien pour atténuer le choc, il continuera à nommer des hauts fonctionnaires “progressistes” et distribuera largement la nationalité française aux nouveaux venus à l’approche du scrutin capital de 2027. D’ici là, la pratique socialiste de la manipulation jouera à plein et Jordan Bardella comme Marine Le Pen peuvent s’attendre à tous les coups les plus tordus.

Il y a certes, depuis peu de temps, une prise de conscience des dangers que font courir à la démocratie française les pouvoirs politisés du Conseil Constitutionnel, du conseil d’Etat, de la Cour des Comptes et de toutes les juridictions de haute et de basse volée qui pensent comme elle. Outre Georges Fenech déjà nommé, l’éminent juriste Éric Schoettl, issu du sérail, dénonce depuis longtemps la politisation des si mal nommés “Sages”. Il a dénoncé l’absurdité pour ces juges de se prononcer “au nom du peuple français” contre une loi immigration “correspondant aux trois-quarts de nos compatriotes et votée par une confortable majorité des élus de la nation”.

Les articles de presse se multiplient et ce 28 février, le site du Figaro publie un article de Nicolas Pouvreau-Monti « Ces associations qui ont aidé discrètement le Conseil Constitutionnel à censurer la loi immigration ». Ce juriste y écrit notamment : « Un tel rouleau compresseur s’inscrit dans une stratégie de longue haleine, celle du lawfare, la guerre du droit, comme instrument privilégié des partisans d’une immigration plus nombreuse et moins contrôlée ».

Mais la palme du courage politique revient sans conteste à Fabrice Leggeri, l’ancien directeur de Frontex, qui a compris que l’Europe n’appréciait pas qu’il se prenne pour un garde-frontière et soit simplement un hôte d’accueil souriant aux hordes de l’immigration massive. Cet homme courageux et lucide, qui a dû perdre beaucoup d’amis, figure maintenant sur la liste de Jordan Bardella pour les Européennes.

Le problème essentiel de la morale, c’est l’évaluation de l’homme. Les temps ont changé, à l’époque de Poutine on ne peut plus croire à sa bonté naturelle et à celle du migrant, il faut en revenir à la conception chrétienne du mal présent dès l’origine de l’humanité.