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« Je crois à un populisme décent »

À la tête du Figaro Vox, il anime les pages Idées les plus pluralistes et les plus lues de la presse française. Mais Alexandre Devecchio est aussi un homme de convictions sans fausse pudeur. Avec une telle franchise – et un tel pouvoir–, pas étonnant qu’il soit respecté à droite comme à gauche.


Causeur. Vous êtes le représentant et le chroniqueur d’une nouvelle génération politique et intellectuelle de droite qui a produit d’éminents journalistes et changé le rapport de forces, notamment en intervenant sur CNews. Peut-on parler de « génération Bolloré » ?

Alexandre Devecchio. C’est la thèse de la gauche. Pour elle, cette nouvelle génération est le produit d’un écosystème médiatique (CNews, Figaro Vox, C8), donc du combat culturel – et de la Manif pour tous. Dans L’Extrême Droite, nouvelle génération, Marylou Magal et Nicolas Massol insistent beaucoup sur les réseaux. On dirait un livre d’extrême droite qui voit la main des francs-maçons partout. Pour moi, c’est l’Histoire qui a accouché de cette génération. Elle a vécu très jeune le 11-Septembre, les émeutes de banlieue, puis les attentats de 2015. Moi qui suis un peu plus âgé, j’ai connu la fin de l’illusion black-blanc-beur et La Marseillaise sifflée lors du match France-Algérie de 2001. J’ai vu monter la pression identitaire. Après le 11-Septembre, j’ai entendu « Vive Ben Laden » au lycée, j’ai vu les voiles apparaître. Bardella n’est pas l’enfant de Maurras, mais celui des émeutes de 2005 en Seine-Saint-Denis, de la haine des Blancs. La réislamisation de la jeunesse des banlieues et, à gauche, le tournant Terra Nova, qui aboutira à l’islamo-gauchisme, engendrent en réaction une jeunesse nationaliste, patriote, qui réclame la protection de la nation. C’est la génération de l’« identité malheureuse » ou de la mondialisation malheureuse. Et aussi celle du basculement démographique. À Épinay, où j’ai grandi, dans la galerie commerciale, il n’y a plus que des boucheries halal et des types qui vendent des burqas.

C’est aussi une génération eurosceptique…

En effet, le référendum sur la Constitution européenne de 2005 est la première campagne dont se souviennent les jeunes que j’ai interrogés dans mon livre. Le clivage sur la souveraineté et l’identité devient structurant.

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Mais à gauche, ce tournant ne produit ni journalistes ni penseurs brillants…

C’est vrai, rappelez-vous la une du Nouvel Obs  sur « les intellos 100 % sans Finkielkraut et Zemmour » : il n’y avait que des inconnus sans œuvre et sans pensée. Cependant, il y a un courant woke. On peut le trouver très pauvre, mais il existe…

Des sous-chercheurs appointés. Revenons à la jeune garde de droite. Elle se forme dans le combat contre l’hégémonie culturelle.

Hégémonie qui se mesure au fossé entre l’opinion médiatique et l’opinion populaire. En 2012, je suis au CFJ, on organise un vote présidentiel : Sarkozy et Le Pen n’ont aucune voix, Dupont-Aignan en a une, la mienne, et tout le monde pense que c’est une blague. Il y a une chape de plomb sur le journalisme. Quand j’arrive au Figaro Vox, je découvre de jeunes intellectuels qui n’ont aucun complexe, se moquent du politiquement correct : Eugénie Bastié, qui est ma stagiaire, Bellamy, etc., il y a une émulation, on se voit le soir. Et puis, il y a la génération précédente, ceux qu’on appelés les néo-réacs, avec Zemmour qu’on a tous regardé dans « On n’est pas couché ». Il a eu une influence considérable. Moi, je ne voulais pas être journaliste, je voulais être Zemmour ou Polony.

Finalement, votre génération fait exploser le plafond de verre idéologique.

Ne surestimons pas notre rôle. Nous accompagnons un vaste mouvement populaire et historique. Il y a aussi internet et les réseaux sociaux qui changent la donne. Je me souviens d’un match Algérie-Russie, pendant la Coupe du monde au Brésil, où des supporters ont tout cassé. L’AFP parlait de « quelques petits incidents », alors que des images de voitures brûlées et de destructions circulaient. Le système médiatique, même de gauche, est obligé d’être un peu plus proche de la réalité des Français.

Il faudrait aussi évoquer le réveil des catholiques.

Ils étaient méprisés, hors des écrans radar médiatiques, mais ils étaient déjà là, je vous signale ! La Manif pour tous a fait émerger des cadres. Il y a aussi la jeunesse de la France rurale et périphérique qui a vu ses usines et ses services publics disparaître et qui a le sentiment d’être invisible pour Paris. Cela fabrique moins de cadres, mais beaucoup d’électeurs pour le RN.

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Alors qu’un parti plus proche de vos idées pourrait accéder au pouvoir, craignez-vous de vous retrouver « embedded » ?

Je me bats pour des idées, pas pour un parti. L’important, c’est le pluralisme. On accuse le Figaro de « droitisation », un crime odieux, mais nous n’avons jamais été aussi ouverts aux auteurs de gauche. C’est dans nos pages que Mélenchon s’est exprimé après les européennes…

Donc, vous ne craignez pas que le politiquement correct passe à droite ?

C’est un risque, mais nous n’en sommes pas là ! Il reste France TV, le Festival d’Avignon, les intermittents du spectacle. Il faut travailler et ne jamais penser par slogans.

Verrez-vous la fin de l’hégémonie culturelle de la gauche ?

Je ne sais pas si la Manif pour tous a été le Mai 68 des conservateurs, mais nous assistons à un basculement culturel et historique. Aujourd’hui, les baby-boomers tiennent les grands médias, mais ils vont prendre leur retraite. L’alternance qui s’annonce va aussi se traduire par davantage de pluralisme. Le pays médiatique rejoindra le pays réel…

La gauche accuse CNews d’exciter les gens. Est-ce qu’au contraire, cela ne les apaise pas d’avoir un média qui parle de ce qu’ils vivent ?

Entièrement d’accord. C’est cathartique. Ce qui rend les gens fous, c’est qu’on leur dise qu’ils ne vivent pas ce qu’ils vivent. Si on voulait créer une réaction violente, on ne ferait pas autrement.

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Personnellement, comment vous définissez-vous ?

Après Les Nouveaux Enfants du siècle, j’ai écrit un autre livre, Recomposition : le nouveau monde populiste, dans lequel je présentais le populisme comme la possibilité d’un sursaut démocratique. Je crois à une forme de populisme décent pour combler le fossé actuel entre les élites et le peuple. On a besoin d’une élite davantage connectée aux préoccupations populaires. Je ne veux pas d’une République des technos.

Beaucoup de Français pensent que tout est foutu. Et vous ?

Non, sinon je ne ferais pas ce métier. Le paysage médiatique change, le paysage politique aussi. Une recomposition portée par les classes populaires s’opère dans la plupart des démocraties occidentales. Il ne s’agit pas d’un repli « fascisant », mais au contraire d’une demande de démocratie. Nous devons en finir avec la pensée unique qui s’est érigée en cercle de la raison. Les mouvements « populistes » qui ont pris le pouvoir ces dernières années n’ont pas forcément trouvé leur forme aboutie. Mais la bonne nouvelle, c’est que les peuples occidentaux ne veulent pas mourir et ont décidé de prendre leur destin.

Les Nouveaux Enfants du siècle, « Lexio », Le Cerf, 2024.

Les nouveaux enfants du siècle

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Attal prend le large, le Nouveau Front populaire l’eau…

Alors que la naïveté collective du Nouveau Front populaire empêche pour l’instant la désignation d’un candidat de gauche pour Matignon, le communiste Chassaigne est proposé au perchoir à l’Assemblée, et c’est l’heure des grandes manœuvres politiciennes autour de Attal, Darmanin, Bertrand ou Philippe…


On n’a jamais connu une période politique comme celle-ci. De tous côtés, c’est l’inquiétude, la sarabande, les ambitions enfin délivrées de leur gangue présidentielle, le progressisme affiché volant en éclats, le président de la République continuant à parler comme s’il était écouté, Gabriel Attal et Gérald Darmanin s’ébrouant dans des sens différents et avec des stratégies opposées, le Nouveau Front Populaire (NFP), bas du front, pas du tout nouveau et absolument pas populaire, confronté, après l’exaltation factice, à la dure loi des rapports de force, le Rassemblement national volé hier, électoralement parlant, par des désistements contre-nature et sans doute spolié à l’Assemblée nationale par un cordon prétendu sanitaire, une démocratie globalement mise à mal…

Gabriel Attal se rappelle qu’il était socialiste

Il est intéressant de voir comme Gabriel Attal et Gérald Darmanin en effet, prennent le large. Le premier, à la hussarde selon le président, étant candidat unique s’est fait élire à la tête du Groupe parlementaire « Ensemble » dont, durant la campagne, grâce à son énergie et à son talent, il a sauvé une part importante de députés.

Le second, enlevant sa cravate de manière ostentatoire à la sortie du Conseil des ministres et manifestant ainsi que c’en était fini du Gérald sous la coupe de quiconque, s’oppose à M. Attal en soutenant qu’avant toute chose il faut décider si le projet politique – le futur du macronisme – sera ancré à droite ou à gauche. Pour lui, il est clair que son avenir est à droite dans une alliance avec la droite républicaine dont le « pacte législatif » est inspiré par le même esprit.

C’est évidemment une pierre jetée dans le jardin de Gabriel Attal qui, durant la campagne des législatives, s’est souvenu de ses origines socialistes en préférant LFI au RN et, Premier ministre chargé des affaires courantes, a validé un cordon sanitaire excluant LFI et le RN à l’Assemblée nationale. On peut regretter ces fluctuations démocratiques qui n’admettent pas que tous les députés présents dans l’hémicycle, sont, en principe et en dignité, égaux et que c’est une insupportable discrimination que d’en ostraciser certains.

A lire aussi, Didier Desrimais: La gauche «victorieuse» avoue des connivences politico-médiatiques et tolère un racisme anti-blanc décomplexé

Au-delà de cette bataille qui les confrontera directement en 2027, ou par rivaux interposés, il est passionnant de comparer leur personnalité et leur rapport à la politique. Le paradoxe est que, si Gabriel Attal s’est émancipé vite et assez brutalement d’Emmanuel Macron, il a sans doute plus à voir avec certains aspects de ce dernier que Gérald Darmanin.

Gabriel Attal est un séducteur, un vibrion brillant sûr de ses dons et de ses facilités, constituant sa rapidité et son efficacité comme l’opportunité d’autant de coups d’éclat. Tandis que Gérald Darmanin qui n’est pas non plus dénué de verve et de brio est sérieux, travailleur, réaliste, pragmatique, enraciné quand l’autre s’est fait élire dans une circonscription imperdable. Gabriel Attal, malgré les apparences, est un solitaire soutenu par un quatuor d’inconditionnels. Il semble si désireux de donner de lui-même l’impression la plus favorable, la plus immédiatement active et réactive, que je ne l’imagine pas en charge d’un courant populaire qui impose au moins de feindre de s’oublier et d’approuver ce à quoi on ne croit pourtant pas: que le pluriel est plus efficace que le singulier et le collectif que l’élan individuel et créatif.

En ordre dispersé

À peine ai-je esquissé cette analyse que je me souviens de l’accueil qui lui avait été réservé comme ministre de l’Éducation nationale et encore plus comme Premier ministre, après qu’il avait été un excellent porte-parole du gouvernement : une attente sympathique mais un peu inquiète face à de possibles risques de légèreté et de superficialité. Depuis la dissolution et son rapport abîmé avec le président – il n’a pas supporté de n’en avoir pas été informé -, on ne peut contester qu’il a pris une densité ne le rendant plus du tout ridicule pour 2027 s’il se mettait, lui aussi, sur les rangs.

MM. Attal et Darmanin ne vont pas emprunter les mêmes chemins. En tout cas ils s’éloignent, le premier en mettant la main sur le groupe et en s’assurant des fidèles pour demain, le second en s’appuyant sur un bilan estimable – il a fait tout ce qu’il a pu au sein d’une mansuétude régalienne – et en proposant une droite populaire « à la Sarkozy ».

A lire aussi, Céline Pina: À gauche, la soupe à l’union

Et Édouard Philippe et Bruno Le Maire sont déjà loin, eux aussi. Et Laurent Wauquiez, absent quand son parti avait besoin de lui mais présent quand il a besoin du parti. Et David Lisnard qu’on n’oubliera pas à Cannes. Et Xavier Bertrand aspirant à être le Premier ministre compatible avec le président et avec la situation d’aujourd’hui. Il faudra juste, s’il le devient, qu’il cesse d’insulter les 11 millions de citoyens ayant voté pour le RN qui n’est ni fasciste ni nazi mais largement aussi républicain que LFI…

Du rififi sans fin dans la bande des quatre

Le Nouveau Front Populaire prend l’eau chaque jour davantage. Malgré les cris d’effroi de Marine Tondelier et de Sandrine Rousseau. On a enfin – le 17 juillet – son candidat unique pour la présidence de l’Assemblée nationale : le communiste André Chassaigne. On n’a toujours pas le nom du Premier ministre qui doit être validé par la bande des quatre ! Entre LFI et le PS, c’est à qui montrera le plus ses muscles avec de surcroît une divergence fondamentale : Olivier Faure et le PS veulent gouverner tandis que Jean-Luc Mélenchon et les Soumis à Mélenchon (SAM, sigle suggéré par Gilles-William Goldnadel) n’y tiennent pas, désireux de garder au chaud le premier pour 2027 !

Je n’ai pas envie de me moquer de la naïveté collective de ce NFP. Qui pouvait lucidement croire que ces quatre structures, ces personnalités, ces rivalités, ces rapports de force, ces divergences, ces inégalités de courage et de caractère n’allaient pas faire éclater en morceaux le succès artificiel, relatif, dû aux voltes indécentes de leurs opposants de toujours ! Comme l’a très bien dit François Ruffin, ce désordre et ces atermoiements valident ce que le président de la République attendait du NFP : la démonstration d’un chaos et d’une impuissance.

De la place pour une droite revigorée ?

Tour: debout les forçats de la route, c’est la lutte finale

Le vainqueur du Tour de France 2024 sera… sera…


Il ne pouvait pas être plus clair, Jonas Vingegaard, L’Humble mais aussi L’Obstiné du peloton. A peine remis de ses graves blessures sur le Tour du Pays basque (fracture de la clavicule, côtes cassées, contusions pulmonaires dont rien de moins qu’un pneumothorax – ce qui aurait valu à n’importe quel quidam une longue convalescence), il ne s’est pas aligné sur 111ème édition de la Grande boucle pour faire de la figuration, montrer son maillot et susciter la compassion. Logiquement, sa saison aurait dû s’arrêter de l’autre côté des Pyrénées…

Mais la vie n’ayant pas été tendre avec lui avant de remporter deux Tours consécutifs, la compassion à son endroit l’indiffère. Quatre ans avant de remporter son premier Tour, en 2022, il travaillait encore à dépecer de nuit des poissons dans une conserverie dans son pays natal, le Danemark, pour se consacrer le jour au vélo. S’il a pris le départ à Florence, c’est pour la gagne, et rien que pour ça, n’a-t-il eu de cesse de dire et redire.

« Je ne suis pas venu ici pour viser la deuxième place, a-t-il répété sans ambages, lundi dernier, deuxième jour de repos. Je ferai tout ce qui est possible et je continuerai à me battre avec l’objectif d’essayer de gagner ». Dès lors, les trois ultimes étapes s’annoncent cruciales. Debout le forçat de la route, c’est la lutte finale qu’il a proclamée. Du passé, des 18 étapes précédentes à celle de demain vendredi (Embrun-Isola 2000, 144,6 km), qui conduira le peloton bigarré à franchir le point culminant de cette édition, le col de la Bonette (2802 m, 22,9 km d’ascension à 6,9% de moyenne), hors catégorie, il compte bien faire table rase… « Ce sera l’éruption de la fin »… Debout, debout sur les pédales, ce sera tout ou rien, le triomphe ou la déroute.

L’étape de samedi (Nice-Col de la Couillole, 12,8km), si la guillotine n’a pas fait son œuvre fatale la veille, peut trancher dans le vif dans la tête du général. « Aussi courte que difficile », selon un coureur du coin, Clément Champoussin (Arkéa-BBhôtels), plus directement dit « courte mais assassine ». La défaillance monumentale peut s’abattre sur l’un des deux rivaux (et pourquoi pas sur les deux à la fois, ce qui serait une sacrée première), s’ils sont toujours en lice. Ce fut ce qui advint au Flamboyant, parfois inutilement arrogant, tout en restant tout-sourire, Pogacar, quand il avait été laminé, l’an dernier, lors de la 17ème à l’issue de laquelle il s’était retrouvé relégué à 7 mn de Vingegaard au général et avait concédé déjà la veille dans un contre la montre de 22,4 km 1’36.  

Si ce final très rude de trois étapes totalisant un dénivelé de 15 000 m (deux fois l’altitude de l’Himalaya, en gros), ne sonne pas le glas pour l’un des deux grands aspirants à la victoire finale, si un troisième larron ne profite pas de leur rivalité qui les conduirait à se neutraliser, ce sera donc le chrono individuel des 33,7 km qui se terminera sur la Promenade des Anglais à Nice qui jettera son dévolu : le vainqueur du Tour 2024 est… est…

Certes, dans les deux étapes pyrénéennes, Pogacar a été dominateur mais pas impérial. Une avance de 3’09, « ce n’est rien en montagne », comme l’ont dit et redit Laurent Jalabert et Thomas Voeckler, tous deux ayant une expérience de l’art cycliste et du coup de pompe qui vous laisse sans jambes, et reconvertis dans l’expertise cyclopédiste. Ils ne manquent de compétences, n’en déplaise à d’aucuns à l’humeur toujours grincheuse…

Néanmoins, si Pogacar « reste à ce niveau, il sera difficile à battre, admet Frans Maassen, directeur sportif de l’épique de Vingegaard, Visma-lease a bike, ainsi que l’a rapporté Armel Le Bescon, l’envoyé spécial du Figaro. Mais, je reste persuadé qu’il a encore une chance de gagner le Tour. Ce n’est pas terminé car ces deux dernières années, Tadej (Pogacar) a eu des mauvais jours ». Et ces mauvais jours ne sont pas encore manifestés, si tant est qu’ils aient l’intention de se manifester.

Précision : la démonstration de Pogacar et Vingegaard sur les pentes du Plateau de Bielle, le 14 juillet, a relancé la récurrente et sempiternelle suspicion de dopage qui n’a pas toujours été infondée, donc est légitime. Le cas Armstrong, septuple vainqueur, qui avait déjoué tous les – pourtant très stricts – contrôles (aucun sport n’est soumis à pareille rigueur, pourtant, et pourtant… ???) nourrit ce doute. Les apparences sont souvent trompeuses, dans les deux sens : on peut paraître coupable et être innocent et vice-versa. Nous y reviendrons, en racontant l’histoire du dopage qui est consubstantiel au cyclisme, même si le premier dopé qui s’est fait pincer a été un nageur. Le premier dopage dans le vélo a été le vin Mariani, un gros rouge, lui, dopé à la cocaïne, et qui a inspiré un pharmacien américain pour créer le plus fameux soda du monde, le Coca Cola, dont le premier composant qui a fait sa gloire provenait de la feuille de… Coca, plante andine stimulante.

Sur la piste du vrai Indiana Jones: Voyage au bout d'un mythe

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Temu, l’autre cybermenace chinoise?

Cybersécurité. Les soupçons se multiplient contre le site e-commerce qui dépense des fortunes pour vous envoyer des articles bas de gamme à vil prix. Une petite jupe à prix cassé ou le gros lot d’une tombola méritent-ils vraiment de partager ses données personnelles avec les Chinois?


Le fracas médiatique des campagnes européennes, puis législatives a éclipsé une bien étrange nouvelle, d’intérêt national. Le classement des sites de e-commerce les plus visités en France, publié le 5 mai, a vu un nouveau nom y faire son apparition : Temu. Encore inconnue il y a un an, la marque se hisse pourtant à la 5e place et couvrirait 26,4% de la population française, gagnant deux places par rapport au trimestre précédent. L’audience du site chinois de e-commerce dépasse désormais celle des enseignes à bas prix tricolores Cdiscount et Lidl, mais également celle des champions du hard discount comme Shein ou encore Aliexpress. Comment expliquer ce succès aussi foudroyant, dans un secteur qui semblait saturé par des marques toujours plus discount, aux panels d’articles toujours plus étendu, répondant à tous les désirs du consommateur dans la minute ?

Bienvenue sur Temu, où les prix cassés défient toute concurrence

Des grilles de barbecue à 1,77 euros, un jean’s à 16,63 euros, ou un tapis de bain à 2,27 euros… on trouve de tout sur Temu. S’ajoutent à cela des réductions, soldes (- 90 %), primes au parrainage et tirages au sort quotidien pour obtenir encore plus de réductions.

Des prix jamais vus jusqu’alors, et des techniques de vente qui donnent au client l’impression de faire l’affaire du siècle à chaque clic. Leur slogan : « shop like a billionaire » cherche à provoquer les achats compulsifs des consommateurs aux plus petits budgets. Pour couronner le tout, la livraison des articles est gratuite depuis la Chine. Trop beau pour être vrai ?

Temu : un mauvais acteur économique qui s’offre le luxe de ne pas être rentable

Chez Temu le client est pourtant très loin d’être roi. Produits de qualité médiocre, photos parfois mensongères, mauvaise réception des colis, roue de loterie douteuse, refus de remboursement… de très nombreux consommateurs sont déçus lorsqu’ils découvrent leurs achats. En témoignent les nombreux commentaires de clients mécontents sur le site Trustpilot : « Les délais de livraison peuvent aller jusqu’à 3 semaines voire plus. Argent gaspillé pour de la pacotille (…) » écrit Dabih Albireo dans un commentaire en date du 28 mai. Ou encore « J’ai gagné 120 euros sur la roue, temu dit que suite à 3 achats vous aurez 120 euros sur déductions malheureusement mon achat de 220 euros n’a pas été déduit » témoignait Mehmet Coskun quatre jours plus tard. Les clients ne sont pas les seuls à pointer du doigt la qualité des marchandises et des services de Temu. De plus en plus d’associations de consommateurs portent plainte contre les pratiques du géant chinois. C’est le cas d’UFC-Que Choisir, qui a déposé une plainte conjointe avec le Bureau européen des unions de consommateurs et seize autres associations auprès de la Commission européenne, dénonçant notamment des « pratiques commerciales déloyales » et alertant sur la non-conformité de nombreux produits vendus sur la plate-forme chinoise.

Malgré l’explosion du nombre de ses ventes, cette stratégie ultra-low-cost se révélerait pourtant… déficitaire. En effet, selon la société financière China Merchants Securities, Temu perdrait entre 588 et 954 millions de dollars par an. Une analyse des coûts de la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise réalisée par le magazine Wired en mai 2023 révèle que Temu perdrait en moyenne 30 dollars par commande ! À l’origine de ce modèle déficitaire, des campagnes de publicité onéreuses et un coût du transport élevé, à la charge des prestataires de la marque. Où se trouvent alors les bénéfices de Temu ?

Le prix de Temu : nos données personnelles ?

Si le modèle économique de la marque chinoise est structurellement déficitaire, Temu se paierait avec nos données personnelles. L’hypothèse d’une captation massive et d’une utilisation frauduleuse des données personnelles des clients de Temu a été documentée. 

La plate-forme chinoise possèderait en effet toutes les caractéristiques des formes les plus agressives de logiciels malveillants ou spywares. L’application disposerait de fonctions cachées permettant une exfiltration étendue de données à l’insu des utilisateurs, donnant potentiellement aux acteurs malveillants un accès à presque toutes les données sur les appareils mobiles des clients. C’est ce que révèlait le rapport du think tank américain Grizzly Research publié en septembre 2023. Aux États-Unis, plusieurs voix s’élèvent pour protéger les utilisateurs des vols de données. Il y a quelques semaines, le procureur général de l’Arkansas a même accusé l’entreprise chinoise de « vol de données ». Ces pratiques de collecte de données personnelles ont fait l’objet d’un procès intenté aux Etats-Unis par des utilisateurs de Temu l’année dernière, les plaignants affirmant que l’application avait accès à l’intégralité du contenu de leurs téléphones et soupçonnant le transfert de leurs données au gouvernement chinois. Une inquiétude légitime, quand on sait que les entreprises chinoises ne peuvent fonctionner que si l’intégralité de leurs bases de données est accessible aux agences gouvernementales chinoises.

Temu, le nouveau cheval de Troie ?

Le 8 avril, cybeshack.com rapportait ces propos du professeur Asha Rao, expert en cybersécurité à la School of Science du RMIT, à propos de Temu : « Il est important de se demander si nous souhaitons que nos données soient utilisées dans des lieux et par des entités que nous n’avons pas autorisées. Sommes-nous en train de sacrifier notre vie privée pour une trancheuse d’avocat bon marché ? ».

Une première réponse a été apportée, moins d’un mois plus tard. Le 14 mai, le gouverneur Greg Gianforte a été le premier homme politique à inclure Temu dans une liste de technologies « liées à des adversaires étrangers » et à demander son interdiction dans le Montana. On peut légitimement s’interroger sur les réelles intentions de Temu à l’égard de ses clients. Si les coûts des articles y sont si bas, quand et comment en paierons-nous le prix ? Face à cet instrument soupçonné d’espionnage de masse déguisé en plate-forme de commerce en ligne que serait Temu, qu’attend le Vieux Continent pour réagir ?

Exit Benoît Duteurtre

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Le romancier et chroniqueur de radio est décédé d’une crise cardiaque le 16 juillet. La ministre de la Culture salue « une personnalité lumineuse, d’un humour sans pareil ».


Auteur d’essais iconoclastes (Requiem pour une avant-garde) et de romans (La Rebelle), Benoît Duteurtre avait naguère signé Chemins de fer, un récit aux allures de pamphlet, dont le thème principal était le démantèlement de la SNCF, service public converti de force aux dogmes de la flexibilité et du profit, pour lequel il n’y a plus ni usagers ni voyageurs, mais des clients.

Duteurtre disait bien, et avec humour, comment l’ancienne civilisation paysanne et industrielle, celle des fermes, des gares et des écoles où l’on apprend, disparaît, rayée de la carte par un système high tech, celui des « espaces propreté », des bases TGV pareilles à des stations orbitales et des 4×4 pour néo-ruraux. Avec lucidité, il décrivait la disparition des restes de l’ancien monde et l’avènement d’un tiers-monde délabré, souillé (tags et autocollants en volapük), à l’apartheid impitoyable. L’utopie rose bonbon d’une société paresseuse et libertaire cède la place à une réalité moins champêtre : une « économie d’escroquerie » justifiant les nouvelles servitudes au nom de l’idéologie du mouvement à tout prix.

Il récidivait tout récemment avec Le Grand Rafraîchissement, un amusant roman satirique sur notre postmodernité, et qui, à la suite de son décès aussi brutal que prématuré à 64 ans, devient une sorte de testament. Pince-sans-rire, Duteurtre imaginait que, après des années de canicules torrides censées faire payer à l’Occident un impardonnable péché d’orgueil, les températures repartent à la baisse. Nié dans un premier temps par les « experts », ce phénomène crée, par effet domino, toute une série de marches arrière.

Non sans courage, il s’attaquait, mine de rien, aux dogmes du « vivre ensemble ». Subtile, parfois hilarant, Benoît Duteurtre usait d’un style limpide pour décrire un monde qui marche sur la tête. Que la terre lui soit légère !

Requiem pour une avant-garde

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Le Grand Rafraîchissement

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Révélations sur le spectacle qui ouvrira les Jeux Olympiques de Paris

C’est Anne Hidalgo qui doit être impatiente! Thomas Jolly, Patrick Boucheron, Leïla Slimani et tous leurs amis nous promettent une cérémonie d’ouverture «inédite, festive et inclusive». Au secours… Ces génies, qui n’en reviennent toujours pas de préparer un spectacle qui sera visionné par «1 milliard de téléspectateurs» dans 10 jours, ont en revanche eu très peur de voir Bardella présent, découvrait-on hier dans Le Monde.


Le Monde[1] du 17 juillet nous apprend que, pour préparer la cérémonie d’ouverture des prochains Jeux Olympiques, le metteur en scène Thomas Jolly[2] a travaillé « dans la plus grande discrétion » avec des personnalités venues d’horizons divers : la romancière Leïla Slimani, la scénariste Fanny Herrero, le metteur en scène Damien Gabriac et… l’historien Patrick Boucheron.
« Si la cérémonie d’ouverture des JO 2024 n’est là que pour produire de l’éclat éphémère, quel intérêt ? » prévient carrément d’emblée M. Jolly.

Optimisme retrouvé

En plus de tenir le même discours lénifiant sur la générosité, la joie, le bonheur d’être ensemble et l’envie de partager des valeurs, toute l’équipe est d’accord sur le fait que le spectacle concocté par ses soins est « tout sauf une reconstitution à la manière du Puy du Fou ». On s’en doutait un peu.

A lire aussi, du même auteur: La gauche «victorieuse» avoue des connivences politico-médiatiques et tolère un racisme anti-blanc décomplexé

Patrick Boucheron, historien obsédé par l’idée d’un métissage mondial remontant à la préhistoire, avoue avoir été inspiré par la cérémonie de Jean-Paul Goude pour le bicentenaire de la Révolution française: « Le défilé déjouait les stéréotypes nationaux et ne craignait pas de prôner le “métissage planétaire” avec un optimisme que nous avons aujourd’hui perdu. » Cela ne pouvait que combler de plaisir le coordinateur d’une Histoire mondiale de la France qui prétendait décrire une « France d’avant la France qui se dissout dans les prémices d’une humanité métisse et migrante ». Au contraire de la cérémonie d’ouverture de Pékin en 2008, celle de Paris ne sera pas une « leçon d’histoire adressée au monde » ou une « ode à la grandeur », affirme le professeur au Collège de France qui désire surtout « parler du monde à la France et de la France au monde ». De son côté, Leïla Slimani espère que transparaîtra l’envie d’un « récit très généreux » et « pas seulement ces fameuses valeurs philosophiques traditionnelles que la France exhibe volontiers avec parfois trop d’assurance ». Sur le site officiel de Paris 2024, les organisateurs promettent une « cérémonie inédite, festive et inclusive ».

Le cauchemar Bardella

La fête a pourtant failli être gâchée. « On n’a pas bien dormi ces derniers jours », rapporte Patrick Boucheron. Tous les concepteurs du spectacle ont d’ailleurs été « fébriles » durant quelque temps. Des cauchemars horribles, emplis de bruits de bottes et de chorégraphies au pas de l’oie, hantaient leurs nuits. Un sombre nuage en forme de moustache hitlérienne flottait au-dessus de leurs ouvrages. Les sondages pour les élections législatives laissaient en effet présager le pire. Heureusement, « ça n’a pas eu lieu », soupire Leïla Slimani. De toute manière, si « l’extrême droite » avait pris le pouvoir, le spectacle serait devenu « une sorte de cérémonie de résistance », déclare au Monde Thomas Jolly en tentant de gonfler ses muscles. La menace s’est éloignée et, assure Mme Slimani, grâce à ce spectacle, « on sera tous là, vivants, dans le monde, en même temps ».

A lire aussi: Thomas Jolly, « mi-homme mi-coffre fort »

Je me vois dans l’obligation de contredire la romancière : moi, je n’y serai pas – et, par conséquent, je serai plus vivant et plus près du monde que tous les zombies qui s’esbaudiront devant cet étalage de progressisme faisandé, cette ribambelle d’exhibitions wokes, d’attractions métissées et de divertissements déconstructionnistes. Pour être clair, je ne participerai d’aucune manière aux festivités célébrant le déclin de la France !


[1] https://www.lemonde.fr/sport/article/2024/07/16/si-la-ceremonie-d-ouverture-des-jo-2024-n-est-la-que-pour-produire-de-l-eclat-ephemere-quel-interet_6250808_3242.html

[2] Relire https://www.causeur.fr/thomas-jolly-de-shakespeare-aux-jo-ou-la-culture-a-l-heure-de-la-deconstruction-269454

Un petit Balzac, pour l’été, pourquoi pas?

Balzac traite, dans cette nouvelle énigmatique, de la sexualité dans le mariage, de l’incompatibilité des êtres, de la passion, avec une netteté et un tact salutaires sans aucun des clichés crus voire pornos dont nous abreuvent nos romans contemporains. Et ce roman est très mystérieux. Qui est Honorine ? Peut-être, rien du tout, une construction mentale? En tout cas, ce roman est d’une sobriété classique éblouissante.


Au bord de la mer, à Gênes, une soirée de mai 1836, le consul de France, Maurice de l’Hostal, marié à une belle Génoise, Onorina, reçoit des amis sur la terrasse de sa villa. On parle littérature et la conversation en vient à l’adultère de la femme dans le mariage. On disait alors « la faute ». C’est alors que le consul revient sur son passé quand, âgé de vingt ans, il était, à Paris, le secrétaire du comte Octave, un homme politique puissant.

Tout pour s’entendre, mais…

Elle s’appelle Honorine. Elle a épousé le comte, plus âgé qu’elle, qu’elle a quitté au bout d’un an et demi pour un amant qui l’abandonne. Elle vit désormais d’un commerce de fleurs sans se douter que c’est son mari qui pourvoit à tout. Le comte a pris pour secrétaire le fils d’un ami, Maurice, qu’il charge de veiller sur sa femme, et de la ramener à lui. Maurice accepte le rôle de go between et d’espion. Sur cette trame romanesque, Balzac construit un récit encadré, sobre et énigmatique.

Honorine et Octave ont tout pour s’entendre : un amour réciproque, le sens du devoir, une belle âme, le même goût ardent du plaisir. Lui est un haut magistrat. Honorine, une jeune fille de son époque, faite pour le mariage sans l’avoir vraiment désiré. Quant à Maurice, étudiant en droit, romantique, épris de littérature, il accepte le rôle « d’oiseleur » au risque de tomber amoureux d’Honorine —ce qui arrive.

Rendu fou par le départ d’Honorine, amoureux fou de sa femme, le comte lui a pardonné et attend son retour. Elle, vit dans le souvenir de sa passion. Fous donc de passion l’un et l’autre mais non l’un de l’autre, les deux époux ont en partage une faculté d’analyse d’eux-mêmes peu commune dont témoignent leurs lettres respectives et leurs entretiens avec Maurice. Mais plus l’analyse s’enrichit, plus s’accroît le mystère d’Honorine.

On ne connaît que son prénom. Poétisée par son mari qui l’a connue enfant, puis érotisée et fétichisée par lui. Sublimée par Maurice qui voit en elle une beauté fascinante et troublante, elle est pour le lecteur une énigme. Une femme libre ? Une courtisane ? Un fantasme ? Même si elle a le sens de l’honneur en partage avec Octave, le trou noir des années avec son amant dont on ne connaît rien, crée un mystère jamais éclairci.

Cœur mystérieux

Loin des lieux balzaciens du pouvoir ou de l’argent et de ce qui aurait pu être un mélo à trois, Balzac fait un roman qui a la rigueur d’une tragédie. On pense à La princesse de Clèves et à Bérénice. Le drame est formulé clairement par chacun des époux : « Il m’est impossible de pénétrer dans ce cœur. La citadelle est à moi et je n’y puis entrer » dit Octave, et Honorine : « Je ne puis pas aimer le comte. Tout est là, voyez-vous.» On l’aura compris, Balzac pose explicitement le sujet de la mésentente sexuelle dans le mariage. Honorine ne supporte pas l’amour physique avec son mari : le sujet est audacieux.

Le début est une ouverture au sens musical. Puis la narration fait alterner des conversations sur l’adultère —qui reflètent à merveille la société— des lettres et des descriptions. L’austérité de l’hôtel du Marais contraste avec le jardin de la rue Saint-Maur, la mer ouvre un espace voluptueux à ces lieux clos. C’est Camille Maupin, alias George Sand, qui dit la morale de l’histoire en parlant de Maurice : « Il n’a pas encore deviné qu’Honorine l’aurait aimé. » Honorine, dont Maurice vient de dire qu’elle était « un beau cadavre à disséquer. »

Si Honorine se sacrifie au devoir et à la religion, gardons-nous d’en faire une féministe. Et de faire du comte un malade possessif voire un machiste. Admirons plutôt comme un romancier entre dans l’intériorité d’une femme et le mystère des êtres. Dans Sarrasine, Balzac posait déjà cette question : l’amour peut-il subsister dans le mariage en dehors d’une sexualité réussie ? Ce n’est pas nouveau chez lui : il suffit de lire Mémoires de deux jeunes mariées ainsi que Beatrix, qu’il écrivait en même temps qu’Honorine.

Balzac dit avoir écrit cette nouvelle en trois jours. Qu’il y ait mis tout lui-même est une évidence dont témoigne le prénom de l’héroïne. Roman ou nouvelle, en tout cas, c’est un chef-d’œuvre de sobriété et de mystère. Et lisons les autres nouvelles de Balzac, toutes disponibles en GF, qui sont de vraies perles.

224 pages.

Honorine

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Venise: quand l’art se fait identitaire

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La nouvelle édition de la grande exposition d’art contemporain a un titre explicite: « Étrangers partout »1. Et les organisateurs semblent convaincus que l’art a pour mission de changer les réalités des rapports humains dans le monde réel. Quitte à enfermer les artistes dans des cadres réducteurs ?


Tous les deux ans, pendant près de six mois, il est possible de visiter l’Exposition internationale d’art contemporain de la Biennale de Venise dans les Giardini bucoliques de la Sérénissime, jardins où chaque pays invité dispose d’un pavillon propre qu’il confie à un artiste ou à un collectif le temps de l’événement.

Les pays qui n’y sont pas représentés exposent aussi, mais ailleurs dans la ville – à l’Arsenal, dans les églises, les galeries privées ou certains musées…

L’art contemporain s’immisce partout, dialogue parfois harmonieusement avec le legs architectural et pictural de la Renaissance, s’y heurte souvent. La Biennale d’art contemporain de Venise est un événement culturel majeur ; à ce titre, elle révèle quelque chose de notre époque.

Être né quelque part, dans un corps

Pour assurer la curation de cette 60e édition, la direction de la Biennale a choisi – pour son « regard étranger » – le Brésilien Adriano Pedrosa, commissaire d’exposition et conservateur du Musée d’art de São Paulo (MASP) depuis 2014. Pedrosa est connu pour sa programmation engagée, programmation qui fait la part belle aux thématiques identitaro-communautaires : les sexualités, les féminismes, la condition afro-atlantique. Pour la Biennale, il ne déroge pas à cet engagement en choisissant de traiter de la beauté « marginalisée, exclue, oppressée, effacée par les matrices dominantes de la géo-pensée ». L’objectif est clairement affiché : il s’agit de « cannibaliser les cultures postcoloniales hégémoniques », de l’aveu même du directeur de l’événement à l’origine du choix de Pedrosa. Se présentant comme queer, il revendique le fait d’assumer la dimension politique de sa sélection. Quant au jury, il est présidé par Julia Bryan-Wilson, professeur d’histoire de l’art « LGBTQ+ » à l’Institut pour l’Étude de la Sexualité et du Genre de l’Université de Columbia.

A relire, Elisabeth Lévy: La fin du monde commence à Venise

Cette Biennale porte le titre explicite « Stranieri Ovunque – Foreigners Everywhere – Etrangers partout ». Elle ambitionne de questionner le phénomène de la migration, de problématiser l’extranéité culturelle, géographique et de genre. Par souci de « visibilisation », elle a ostensiblement évincé les artistes qui n’appartiennent pas à des groupes minoritaires.

Les trois écueils de l’art identitaire

Il n’y a, en soi, pas de thème que l’art devrait éviter. Celui de la condition de l’étranger et de notre rapport à lui – étant entendu que nous sommes aussi, dans une certaine mesure, les étrangers d’autrui – est parfaitement légitime, là n’est pas le sujet. Si la politisation du discours artistique peut affaiblir ou contraindre celui-ci, elle lui a souvent été corrélative. On peut même affirmer que l’art peut avoir une fonction politique, sans le réduire à cela.

Ce qui interpelle ici, c’est à notre sens la conjonction de trois tentations anti-artistiques, voire anti-sociales : le littéralisme simplificateur, l’inversion discriminatoire et le fixisme argumentatif. La première a trait à l’un des paradoxes de la pensée néo-progressiste, que l’on retrouve poussé à l’extrême dans la doxa woke, à savoir celui d’une fascination pour le registre métaphorique couplée à une susceptibilité extrême au texte – ainsi un simple mot peut-il, sans nuance, constituer une violence aussi grave qu’une agression physique. L’inversion discriminatoire est, en quelque sorte, l’aboutissement du processus de discrimination dite « positive » ; elle ne se contente pas de promouvoir arbitrairement un individu au détriment d’un autre sur le fondement de considérations identitaires, mais agit délibérément de manière à exclure l’autre pour ce qu’il est, en l’essentialisant. Enfin, le fixisme argumentatif correspond à la sclérose de la pensée, où, au lieu d’évoluer avec l’exercice dialectique démocratique, l’argumentation se fige et se réduit en injonctions morales quasi-religieuses. Une grande partie de la « recherche » post-coloniale et de genre ne fournit plus de savoir scientifique et se contente d’exemplifier à l’envie, d’illustrer un propos axiomatique.

Le délitement du mérite

Le Lion d’Or a été attribué cette année au Pavillon australien. L’artiste aborigène Archie Moore y évoque les effets de la colonisation et des conditions de vies douloureuses subies par les Premières nations autochtones. Un gigantesque tableau généalogique lacunaire tracé à la craie environne des archives juridiques recensant des innombrables morts indigènes ordonnées avec la froideur des registres administratifs. Le Pavillon kosovar a été récompensé pour avoir su saisir le jury par son « activisme féministe ». Quant au collectif Mataaho de Nouvelle-Zélande, également lauréat, il n’a pas manqué d’exprimer sa gratitude à Pedrosa pour son action en faveur des communautés autochtones et des minorités de genre. Les prix spéciaux sont à l’avenant : l’artiste palestinienne engagée Samia Halaby a dédié son prix aux jeunes journalistes gazaouis ; l’artiste queer La Chola Poblete s’oppose pour sa part à l’exotisation des corps et des vécus sud-américains.

A lire aussi, Jonathan Siksou: Se jouer des Jeux

Tous ces travaux ont une valeur artistique, mais la qualité réelle de celle-ci tend à disparaître sous le poids des obsessions communautaires de ceux qui ont la charge de les juger. Voilà l’un des écueils majeurs de l’identitarisme : en valorisant, il dévalorise ; ses célébrations sont conflictuelles et non plus joyeuses ; l’universalité de la condition humaine est, par lui, en tous points déniée.

Le statistiquement correct

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  1. Voir https://www.labiennale.org/it ↩︎

À gauche, la soupe à l’union

Construire une gauche «de gouvernement» à l’ombre de Jean-Luc Mélenchon relève de l’utopie. Trop de divergences séparent LFI des classiques socialistes et communistes. Les chefs disent «faire barrage au RN» mais les militants sont-ils prêts à toutes les compromissions ? Qu’elle soit cocue ou prise en otage, la gauche est dans l’impasse.


Le 9 juin, quand tombe à 20 heures le résultat des européennes, les socialistes sont les rois du pétrole. Avec leurs 14 %, ils sont en tête des forces de gauche. « Quand on a vu ça, on s’est dit qu’on pouvait rêver de mener à nouveau la bataille pour l’hégémonie, se souvient un proche d’Hélène Geoffroy, maire socialiste de Vaulx-en-Velin. Faire renaître une gauche réformiste qui s’oppose à la gauche de rupture. »

Et puis, patatras !, dans l’heure qui suit, Emmanuel Macron annonce la dissolution et l’organisation de législatives. « À partir de ce moment-là, on a disparu des écrans radar, enrage cet ancien élu socialiste. Olivier Faure nous a sacrifiés. Et LFI a pris immédiatement le leadership. »

Quand on regarde en replay la manière dont le numéro un du PS s’est comporté ce soir-là sur le plateau TF1, la rapidité avec laquelle il s’est couché au pied de Mathilde Panot, on est en effet confondu. « Par sa reddition en direct face à LFI, Faure a cassé la dynamique que portait la candidature de Raphaël Glucksmann », ne décolère pas notre correspondant.

Impasse

Pourtant, selon ce fin observateur de la vie politique, beaucoup d’élus et d’électeurs du PS pensent que l’alliance avec LFI est une impasse. Non seulement parce que les Insoumis évacuent le logiciel réformiste au profit d’un populisme qui n’a rien à envier à celui de droite, mais aussi parce qu’ils investissent sur un électorat minoritaire et communautarisé, celui des banlieues, qu’ils réduisent à l’électorat musulman et plus particulièrement à celui qui adhère à l’influence islamiste. Le problème est que celui-ci, très conservateur et religieux, ne partage aucune des références historiques de la gauche.

Même le rapport au statut d’exploité n’est pas le même. À gauche, reconnaître l’injustice conduit, en théorie, à la lutte pour l’égalité. Mais dans le logiciel communautariste, la victimisation débouche sur l’appel à la vengeance, donc à l’inversion de la domination. Pour les multiculturalistes, l’égalité n’est pas un objectif, au contraire c’est un leurre, un moyen pour les dominants d’échapper à la punition, de ne pas rendre de comptes.

À lire aussi, Pierre Vermeren: Carte d’identités

Quelle solution alors quand on se retrouve dans une telle impasse ? « Accepter de prendre sa perte et reconstruire une offre politique en lien avec notre histoire », pense un élu de gauche républicaine dans une commune de banlieue parisienne, représentatif en cela de beaucoup d’anciens électeurs socialistes.

Mais pour une autre militante PS, collaboratrice d’élue et bonne connaisseuse des instances socialistes, que nous avons interrogée, Faure nourrit un autre projet : empêcher toute reconstruction d’un courant ouvriériste et social-démocrate. « Il a tout fait pour tuer dans l’œuf ce regain,analyse-t-elle. L’arrivée de nouveaux adhérents attirés par l’image de Glucksmann l’aurait menacé directement pour les congrès à venir, en désavouant sa stratégie d’alliance. Il préfère rester le gestionnaire d’un syndic de faillite plutôt que prendre son risque. »

Bien sûr, tout le monde au PS n’est pas aussi dur envers Faure. Pour un membre du conseil national, qui nous a demandé l’anonymat, les fautes sont à chercher ailleurs : « Il y a eu des efforts au sein de la Nupes pour empêcher que LFI ne soit la force dominante, rappelle-t-il. Mais encore faudrait-il pouvoir compter sur les écologistes. Or ils sont structurellement et idéologiquement plus proches de LFI que de la gauche à l’ancienne, et reconstruire une offre réformiste ne les intéresse pas. Et puis du point de vue de leur boutique, le calcul a été bon : en misant sur le Nouveau Front populaire et en réduisant la question des législatives à la lutte contre le RN, le mauvais score de Marine Tondelier aux européennes a été effacé. » De fait, celle-ci, qui commençait à être contestée, a sauvé son poste. Le congrès extraordinaire, qui devait tenter de lui faire la peau, a été annulé.

Même constat amer s’agissant du Parti communiste. « Ceux qui y incarnent la tradition marxiste ont presque entièrement disparu, regrette notre cacique socialiste. Les Elsa Faucillon et compagnie partagent plus de choses avec Rima Hassan qu’avec Fabien Roussel. » Mais alors, à quoi bon faire alliance, au sein du Nouveau Front populaire, avec des formations qui sont toutes sous l’influence plus ou moins directe de Jean-Luc Mélenchon ? Pour une raison simple. Sur ce point-là, tous nos interlocuteurs sont d’accord : l’union à gauche n’est pas une posture, c’est un mythe. Ce mythe est d’une telle puissance qu’il est impossible de se prononcer contre, sans se mettre à dos ses propres électeurs. L’union, c’est à la fois le but et le chemin, le combat et la victoire.

Dans ce cadre, la marge de manœuvre de Faure est étroite. Selon un ancien élu qui le connaît bien, « Olivier n’est pas un homme qui peut refonder un récit. Il est le décalque de François Hollande, il en a les failles, mais en possède aussi le principal atout. Il faut savoir reconnaître que si cet homme a gagné trois congrès, c’est qu’il sait manœuvrer. Il possède un sens aigu du point d’équilibre dans le rapport de forces. Il comprend où sont les points de bascule et comment en faisant bouger un mec, tu fais tomber toute la ligne des dominos. »

Subtilités

Mais sur le terrain, ce genre de subtilités est de plus en plus mal compris. Propos entendu lors d’une discussion avec une militante de longue date : « S’allier avec des populistes pour sortir des populistes, ça ne fait pas sens. Le réflexe de faire barrage au RN est sain, mais concrètement les gens ont du mal à croire qu’en votant pour un David Guiraud, qui qualifie le Hamas de mouvement de résistance, ils combattent l’extrême droite. Cela joue sur les reports de voix. »

Un constat partagé seulement en partie par les huiles du parti : « La stratégie de LFI dérange, mais il n’empêche qu’elle a payé, remarque le membre du Conseil national du PS cité plus haut. Ils sont passés de 6 à plus de 9 % aux européennes en prenant le clou Gaza/génocide et en l’enfonçant dans le mur de l’information jusqu’à le fracturer. Aujourd’hui, il leur suffit d’exhiber Rima Hassan pour mobiliser l’électorat des banlieues. » Alors certes, la question de la promotion virulente de l’antisémitisme gêne aux entournures. Mais selon nos témoins, candidats et électeurs la résolvent très vite en opérant des distinctions au sein de LFI.

Ainsi Jean-Luc Mélenchon cristallise la colère et le ressentiment de beaucoup d’électeurs de gauche mais paradoxalement, en les fixant sur sa personne, il permet d’épargner son mouvement. François Ruffin est ainsi mis en avant pour rendre les Insoumis fréquentables. Si les socialistes voient bien que Jean-Luc Mélenchon veut rejouer le baiser de la mort donné par Mitterrand au PC, avec Olivier Faure dans le rôle de Georges Marchais, ils n’ont guère d’autre choix que la soumission. Une partie de leurs fiefs, notamment en région parisienne, reposent sur la mobilisation des quartiers, or aujourd’hui ce sont LFI et ses alliés islamistes qui donnent le ton, ils n’ont donc plus les moyens de se payer une conscience.

Les socialistes sont-ils condamnés à cheminer avec LFI ? « Pas forcément, répond un cadre du PS. On ne le crie pas sur les toits, mais le résultat du Nouveau Front populaire au premier tour des législatives est décevant. En pourcentage de voix, on a fait moins que l’addition des scores de la gauche aux européennes. La vérité est qu’il n’y a pas eu d’élan dans les votes, à cause d’un positionnement de LFI qui fait fuir une partie des électeurs. »

La radicalité de Jean-Luc Mélenchon ne laisse d’interroger. « Il pense sincèrement que la période est prérévolutionnaire et qu’une prise de pouvoir sans les urnes est possible,s’inquiète une ancienne élue socialiste. Il n’a aucun intérêt à faire gagner la gauche. D’où ses sorties ambiguës sur le poste de Premier ministre, son jeu avec Rima Hassan, ses discours enflammés sur la Palestine. Mélenchon s’est lepenisé. »

Discours de Jean-Luc Mélenchon lors de la soirée électorale de La France insoumise, à l’annonce des résultats provisoires du premier tour des élections législatives, Paris, 30 juin 2024. ISA HARSIN/SIPA

À l’heure où ces lignes sont écrites, soit à la veille du second tour des législatives, un bruit court dans tout Paris. Grâce à la mécanique des désistements entre carpes et lapins, les gaullistes, la Macronie et la gauche espèrent bien priver le RN et ses alliés de la majorité absolue et seraient en train de négocier la constitution d’un gouvernement de large alliance, dont le premier acte serait le rétablissement de l’impôt sur la fortune. D’autres parient plutôt sur une coalition allant seulement, si l’on ose dire, du PC à LR, excluant donc à la fois le RN et LFI.

Il s’agit en somme de fabriquer un gouvernement incarnant le cercle de la raison. Une perspective qui décontenance nos interlocuteurs, embarrassés par le scénario de l’élection volée, mais soulagés de gagner un peu de temps, même s’ils savent que c’est pour cinq minutes ou trois ans monsieur le bourreau. « Existe-t-il encore un commun qui permette de donner un sens à cette forme d’union nationale ? » se demande l’un d’entre eux. Une question que personne n’ose poser à voix haute. Parce qu’elle contient la réponse.

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Docteur Iman Sanzeux: chic, mon médecin porte le hijab!

L’entrisme et le séparatisme islamistes à l’hopital progressent. Plongée inquiétante dans l’univers des soignants d’Instagram, alliés de l’OMAS et des Frères Musulmans…


Dans un entretien donné au Figaro[1] sur l’influence des Frères Musulmans en France, Monsieur Bertrand Chamoulaud, Directeur National du Renseignement Territorial, déclare : « Nous suivons aussi de près l’Organisation Musulmane des Acteurs de la Santé (OMAS), qui tente de faire entrer l’islam dans les hôpitaux, notamment pour que les infirmières soient voilées. Ou que les patientes soient soignées par une femme. ». Quelle est cette association qui diffuse l’idéologie des Frères Musulmans, activement surveillée par la Police Nationale ?

La menace de l’OMAS

Dans sa déclaration à la préfecture, l’OMAS prône vouloir « fédérer l’ensemble des acteurs de santé afin de proposer de nouvelles avancées et une autre conception de notre métier, inspirées de valeurs musulmanes […] à la lumière des principes de l’Islam. » Avec une première création en préfecture en 2015 (année funeste des attentats) dans la banlieue lyonnaise, l’OMAS ouvre successivement des succursales à Paris et en Normandie. Bien que très active sur les réseaux sociaux, l’OMAS offre le paradoxe d’être relativement opaque sur ses membres et ses financements. À peine, en épluchant les réseaux sociaux, découvrons-nous que le président actuel est le Docteur Mehdi Mhatli, chirurgien ORL du Centre Hospitalier de Draguignan.

Sur le compte Facebook de cette association, des sympathisants musulmans laissent des commentaires où ils sont en recherche de réponses sur le port du voile à l’hôpital (« Salam Aleykhoum. Je cherche des personnes au CHU de Tours […] pour quelques questions, surtout question hijab ») ou en quête d’un soignant qui pratique la médecine prophétique (« Est-ce qu’il y a parmi vous des psychiatres qui auraient à la fois un référentiel religieux et psy pour un avis. »).

A lire aussi: Geox: une employée qui ne respirait pas la franchise

Sur Instagram, l’OMAS se veut le porte-parole d’évènements centrés autour de la religion musulmane, d’activités universitaires ou de soutien à la cause palestinienne. Dans une story, l’OMAS incite ses followers qui sont étudiants en médecine à l’USPN de Bobigny à voter pour des jeunes acquis aux idées des Frères Musulmans, lors des élections d’associations étudiantes (notamment l’AESP13), pour « renforcer notre respect au sein de la faculté. Si nous négligeons cette responsabilité, les conséquences pourraient être néfastes ». Une autre story fait la promotion de « notre sponsor 570easi sur les finances islamiques ». Une autre story, encore, invite ses followers à un week-end de formation au Château de Vallery, dans l’Yonne, pour assister à une table ronde humanitaire en présence d’associations telles que Palmed, Kebchi, Ummanité, le Collectif des Blouses Blanches pour Gaza, De l’Eau pour Tous. Un rapport, disponible sur Internet, désigne Palmed comme « l’exemple le plus significatif d’un réseau européen affilé aux Frères Musulmans, structuré comme un syndicat professionnel »[2]. L’association Kebchi, quant à elle, propose à ses adhérents le sacrifice d’un mouton en Afrique : « Une fois votre mouton immolé, vous pourrez découvrir votre sacrifice en photo »[3] et en vidéo. On s’étonne que des soignants français, dont l’engagement est d’être au service de la vie, puisse faire la promotion d’une association qui diffuse à ses adhérents du contenu audiovisuel de bêtes égorgées. Mais continuons.

Le Dr Iman Sanzeux, fondatrice de l’OMAS et influenceuse sur Instagram

Parmi les membres fondateurs de cette association rattachée aux Frères Musulmans (qu’elle assure, depuis, avoir quitté) : le Dr Iman Sanzeux (pseudonyme utilisé par le Dr Nour El Iman Kaddouri, médecin généraliste de 32 ans qui exerce dans les Hauts-de-France chez SOS Médecins) aux 11,6 K de followers sur Instagram. Avant d’être active sur Instagram, le Dr Kaddouri utilisait également le pseudo de « The Hijabi-doc-to-be » sur Facebook ; interne en médecine générale, elle livrait publiquement son vécu d’étudiante voilée ou rédigeait des billets d’humeur sur le thème de la santé. Si le Dr Sanzeux a quitté l’OMAS, en a-t-elle pour autant quitté l’idéologie frériste ?

En 2019, alors qu’elle était encore interne, le Dr Sanzeux militait contre la législation en matière de laïcité pour les agents du service public, qu’elle vit comme « une humiliation » l’empêchant de garder le voile : « Tant que la loi impose cette neutralité et cette laïcité, […] on n’aura pas de moyen de pression pour y faire face et on continuera à subir ce « dévoilage » forcé. » Elle s’insurge : « Où sont nos instances, où sont nos représentants pour faire bouger les choses à l’échelle nationale ? »

Aujourd’hui diplômée, elle livre sur son compte Instagram, qu’elle prône être une vitrine de son activité médicale, des récits de sa vie privée mais aussi des conseils en matière de religion musulmane, de port du voile et de médecine prophétique. Le Dr Sanzeux évoque son propre retour à l’Islam avec le port du voile à 19 ans, après avoir grandi « dans un environnement exclusivement français « de souche » ». Sur sa conception de la médecine, elle écrit qu’« Allah est le guérisseur, tout le reste n’est que sabab » (« la cause », en arabe). À une follower qui la sollicite pour des conseils matrimoniaux, le Dr Sanzeux lui répond de veiller « à la religiosité du frère » ; à une autre follower qui lui demande son avis sur la Hijama (un outil de la médecine prophétique, à base de ventouses), le Dr Sanzeux approuve cette « sunna prophétique recommandée ». Pourtant, les conséquences délétères de cette pseudoscience islamique ont été régulièrement étiquetées par les autorités scientifiques. À de jeunes étudiantes qui s’inquiètent qu’on leur demande de retirer le hijab à l’hôpital pour des raisons de laïcité, le Dr Sanzeux fustige « la hagra qu’on vit », conseille d’« accepter que c’est temporaire » et de s’installer ensuite en libéral où il n’y a « aucun problème, tu fais ce que tu veux […] mâcha allah ».

A lire aussi, Julien Odoul: «Pour faire reculer l’islamisme, il faut interdire son uniforme dans le cadre scolaire»

Un article du Ouest-France du 4 juillet dernier[4] relaie l’indignation du Dr Sanzeux au soir du premier tour des élections législatives, qui fustige le succès du Rassemblement national dans sa région. Dans une diatribe vis-à-vis de sa patientèle, à laquelle elle reproche d’avoir élue Marine Le Pen comme députée, elle affirme avoir pris la décision de partir en représailles de ces résultats : « Allez, il est grand temps de songer aller soigner d’autres cœurs ailleurs, moins malades des autres. ». Pourtant, déjà en 2021 (donc, sans aucun rapport avec les législatives), le Dr Sanzeux critiquait dans une story la région de ses patients : du Nord, elle écrit que « c’est vraiment un cadre de vie nul » et qu’elle avait, en revanche, « beaucoup aimé le Qatar ». En 2021, toujours, à une internaute qui lui demande « Tu as un pouvoir, améliorer la situation d’un pays dans le monde, lequel choisiriez-vous ? » (sic), le DSanzeux répond spontanément l’Algérie car « c’est un peuple et un pays incroyables ». Dans une publication où elle livre son analyse du livre Rester barbare de Louisa Yousfi, le DSanzeux s’interroge sur les blancs (« on se demande alors mais qu’attendre des blancs ? »), les fustige (« ces blancs […] enfermés dans leur bienpensance, nous n’avons que faire de leur sollicitude […] », eux qui ont pour projet de « mieux asseoir leur domination ») ; appelle à la violence envers les blancs (« la seule manière de repousser le néant, c’est par la violence qui devient alors le seul moyen d’entrer en communication avec les blancs ») et revendique d’être barbare (« vous le terminerez [ce livre] en voulant tatouer barbare sur votre front »). Que les patients nordistes du Dr Sanzeux (ou plutôt, du Dr Kaddouri) se rassurent donc : avec ou sans Marine Le Pen, la France et ses habitants (à la peau blanche) n’ont jamais eu la faveur de leur généraliste.

Mais le Dr Sanzeux ne s’arrête pas là et, depuis les attentats du 7 octobre, partage à ses followers ses points de vue en matière de géopolitique sur son compte Instagram. Nous y voyons fleurir des tags pro-palestiniens (#wearepalestine, #freepalestine, #withgaza), des appels au boycott « des entreprises qui soutiennent l’occupation » et des incitations à « occuper l’espace public » au sujet de la Palestine. Cet hiver, le Dr Sanzeux publie une vidéo où elle annonce avoir blacklisté une patiente de la structure où elle exerce, sous le motif que cette dernière aurait informé le secrétariat qu’elle souhaitait être soignée par un médecin qui ne soit ni le Dr Sanzeux, ni un autre de ses confrères (qui aurait lui aussi un nom d’origine maghrébine). Le Dr Sanzeux poursuit, « on lui a dit qu’il était impensable de choisir son médecin et encore moins selon des critères ethniques ». C’est, d’une part, bafouer l’article 6 du Code de Déontologie des Médecins (« Le médecin doit respecter le droit que possède toute personne de choisir librement son médecin ») ; d’autre part, en l’absence de contexte plus élargi, diffamer bien vite qu’il s’agit d’un choix à caractère discriminatoire. Dans les commentaires, à une internaute qui réagit en postant un commentaire à caractère antisioniste au sujet de cette patiente (« Je suis sûre qu’elle aime trop Israël et la betterave cette conne »), le Dr Sanzeux approuve avec un like et ajoute un commentaire dans lequel elle s’esclaffe.

Dans le Coran, un hadith du Prophète enseigne : « Soyez bienveillants avec votre prochain et Celui qui est dans les Cieux sera miséricordieux envers vous. » Pour le Dr Sanzeux, co-fondatrice de l’OMAS, la bienveillance enseignée par le Prophète semble s’être arrêtée aux portes de la charte de la laïcité, des blancs et des Israéliens.

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[1] Christophe Cornevin et Jean Chichizola. « Islamisme, ultragauche, écologie radicale… les nombreux défis du patron du renseignement territorial. », Le Figaro, N°24811, Édition du 31 mai 2024, p. 2

[2] « Islamist Organizations », https://jcpa.org/the-spiders-web/chapter-i-delegitimization-in-germany/islamist-organizations/, Consulté le 12 juillet 2024.

[3] « Kebchi Solidarity », https://kebchi.fr/notre-concept.html, Consulté le 12 juillet 2024.

[4] Mélissa Boufigi. « Iman, femme médecin voilée en territoire RN », https://www.ouest-france.fr/societe/racisme/temoignage-cest-un-centre-communautaire-iman-femme-medecin-voilee-en-territoire-rn-097ee6a6-394d-11ef-9f2b-c38da737f062, Consulté le 12 juillet 2024.

« Je crois à un populisme décent »

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Alexandre Devecchio © Hannah Assouline

À la tête du Figaro Vox, il anime les pages Idées les plus pluralistes et les plus lues de la presse française. Mais Alexandre Devecchio est aussi un homme de convictions sans fausse pudeur. Avec une telle franchise – et un tel pouvoir–, pas étonnant qu’il soit respecté à droite comme à gauche.


Causeur. Vous êtes le représentant et le chroniqueur d’une nouvelle génération politique et intellectuelle de droite qui a produit d’éminents journalistes et changé le rapport de forces, notamment en intervenant sur CNews. Peut-on parler de « génération Bolloré » ?

Alexandre Devecchio. C’est la thèse de la gauche. Pour elle, cette nouvelle génération est le produit d’un écosystème médiatique (CNews, Figaro Vox, C8), donc du combat culturel – et de la Manif pour tous. Dans L’Extrême Droite, nouvelle génération, Marylou Magal et Nicolas Massol insistent beaucoup sur les réseaux. On dirait un livre d’extrême droite qui voit la main des francs-maçons partout. Pour moi, c’est l’Histoire qui a accouché de cette génération. Elle a vécu très jeune le 11-Septembre, les émeutes de banlieue, puis les attentats de 2015. Moi qui suis un peu plus âgé, j’ai connu la fin de l’illusion black-blanc-beur et La Marseillaise sifflée lors du match France-Algérie de 2001. J’ai vu monter la pression identitaire. Après le 11-Septembre, j’ai entendu « Vive Ben Laden » au lycée, j’ai vu les voiles apparaître. Bardella n’est pas l’enfant de Maurras, mais celui des émeutes de 2005 en Seine-Saint-Denis, de la haine des Blancs. La réislamisation de la jeunesse des banlieues et, à gauche, le tournant Terra Nova, qui aboutira à l’islamo-gauchisme, engendrent en réaction une jeunesse nationaliste, patriote, qui réclame la protection de la nation. C’est la génération de l’« identité malheureuse » ou de la mondialisation malheureuse. Et aussi celle du basculement démographique. À Épinay, où j’ai grandi, dans la galerie commerciale, il n’y a plus que des boucheries halal et des types qui vendent des burqas.

C’est aussi une génération eurosceptique…

En effet, le référendum sur la Constitution européenne de 2005 est la première campagne dont se souviennent les jeunes que j’ai interrogés dans mon livre. Le clivage sur la souveraineté et l’identité devient structurant.

À lire aussi : Carte d’identités

Mais à gauche, ce tournant ne produit ni journalistes ni penseurs brillants…

C’est vrai, rappelez-vous la une du Nouvel Obs  sur « les intellos 100 % sans Finkielkraut et Zemmour » : il n’y avait que des inconnus sans œuvre et sans pensée. Cependant, il y a un courant woke. On peut le trouver très pauvre, mais il existe…

Des sous-chercheurs appointés. Revenons à la jeune garde de droite. Elle se forme dans le combat contre l’hégémonie culturelle.

Hégémonie qui se mesure au fossé entre l’opinion médiatique et l’opinion populaire. En 2012, je suis au CFJ, on organise un vote présidentiel : Sarkozy et Le Pen n’ont aucune voix, Dupont-Aignan en a une, la mienne, et tout le monde pense que c’est une blague. Il y a une chape de plomb sur le journalisme. Quand j’arrive au Figaro Vox, je découvre de jeunes intellectuels qui n’ont aucun complexe, se moquent du politiquement correct : Eugénie Bastié, qui est ma stagiaire, Bellamy, etc., il y a une émulation, on se voit le soir. Et puis, il y a la génération précédente, ceux qu’on appelés les néo-réacs, avec Zemmour qu’on a tous regardé dans « On n’est pas couché ». Il a eu une influence considérable. Moi, je ne voulais pas être journaliste, je voulais être Zemmour ou Polony.

Finalement, votre génération fait exploser le plafond de verre idéologique.

Ne surestimons pas notre rôle. Nous accompagnons un vaste mouvement populaire et historique. Il y a aussi internet et les réseaux sociaux qui changent la donne. Je me souviens d’un match Algérie-Russie, pendant la Coupe du monde au Brésil, où des supporters ont tout cassé. L’AFP parlait de « quelques petits incidents », alors que des images de voitures brûlées et de destructions circulaient. Le système médiatique, même de gauche, est obligé d’être un peu plus proche de la réalité des Français.

Il faudrait aussi évoquer le réveil des catholiques.

Ils étaient méprisés, hors des écrans radar médiatiques, mais ils étaient déjà là, je vous signale ! La Manif pour tous a fait émerger des cadres. Il y a aussi la jeunesse de la France rurale et périphérique qui a vu ses usines et ses services publics disparaître et qui a le sentiment d’être invisible pour Paris. Cela fabrique moins de cadres, mais beaucoup d’électeurs pour le RN.

A lire aussi : Message aux Français qui ont peur et qui pourraient faire une bêtise

Alors qu’un parti plus proche de vos idées pourrait accéder au pouvoir, craignez-vous de vous retrouver « embedded » ?

Je me bats pour des idées, pas pour un parti. L’important, c’est le pluralisme. On accuse le Figaro de « droitisation », un crime odieux, mais nous n’avons jamais été aussi ouverts aux auteurs de gauche. C’est dans nos pages que Mélenchon s’est exprimé après les européennes…

Donc, vous ne craignez pas que le politiquement correct passe à droite ?

C’est un risque, mais nous n’en sommes pas là ! Il reste France TV, le Festival d’Avignon, les intermittents du spectacle. Il faut travailler et ne jamais penser par slogans.

Verrez-vous la fin de l’hégémonie culturelle de la gauche ?

Je ne sais pas si la Manif pour tous a été le Mai 68 des conservateurs, mais nous assistons à un basculement culturel et historique. Aujourd’hui, les baby-boomers tiennent les grands médias, mais ils vont prendre leur retraite. L’alternance qui s’annonce va aussi se traduire par davantage de pluralisme. Le pays médiatique rejoindra le pays réel…

La gauche accuse CNews d’exciter les gens. Est-ce qu’au contraire, cela ne les apaise pas d’avoir un média qui parle de ce qu’ils vivent ?

Entièrement d’accord. C’est cathartique. Ce qui rend les gens fous, c’est qu’on leur dise qu’ils ne vivent pas ce qu’ils vivent. Si on voulait créer une réaction violente, on ne ferait pas autrement.

A lire aussi : À gauche, la soupe à l’union

Personnellement, comment vous définissez-vous ?

Après Les Nouveaux Enfants du siècle, j’ai écrit un autre livre, Recomposition : le nouveau monde populiste, dans lequel je présentais le populisme comme la possibilité d’un sursaut démocratique. Je crois à une forme de populisme décent pour combler le fossé actuel entre les élites et le peuple. On a besoin d’une élite davantage connectée aux préoccupations populaires. Je ne veux pas d’une République des technos.

Beaucoup de Français pensent que tout est foutu. Et vous ?

Non, sinon je ne ferais pas ce métier. Le paysage médiatique change, le paysage politique aussi. Une recomposition portée par les classes populaires s’opère dans la plupart des démocraties occidentales. Il ne s’agit pas d’un repli « fascisant », mais au contraire d’une demande de démocratie. Nous devons en finir avec la pensée unique qui s’est érigée en cercle de la raison. Les mouvements « populistes » qui ont pris le pouvoir ces dernières années n’ont pas forcément trouvé leur forme aboutie. Mais la bonne nouvelle, c’est que les peuples occidentaux ne veulent pas mourir et ont décidé de prendre leur destin.

Les Nouveaux Enfants du siècle, « Lexio », Le Cerf, 2024.

Les nouveaux enfants du siècle

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Attal prend le large, le Nouveau Front populaire l’eau…

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Gérald Darmanin et Gabriel Attal, image d'archive © Gonzalo Fuentes/AP/SIPA

Alors que la naïveté collective du Nouveau Front populaire empêche pour l’instant la désignation d’un candidat de gauche pour Matignon, le communiste Chassaigne est proposé au perchoir à l’Assemblée, et c’est l’heure des grandes manœuvres politiciennes autour de Attal, Darmanin, Bertrand ou Philippe…


On n’a jamais connu une période politique comme celle-ci. De tous côtés, c’est l’inquiétude, la sarabande, les ambitions enfin délivrées de leur gangue présidentielle, le progressisme affiché volant en éclats, le président de la République continuant à parler comme s’il était écouté, Gabriel Attal et Gérald Darmanin s’ébrouant dans des sens différents et avec des stratégies opposées, le Nouveau Front Populaire (NFP), bas du front, pas du tout nouveau et absolument pas populaire, confronté, après l’exaltation factice, à la dure loi des rapports de force, le Rassemblement national volé hier, électoralement parlant, par des désistements contre-nature et sans doute spolié à l’Assemblée nationale par un cordon prétendu sanitaire, une démocratie globalement mise à mal…

Gabriel Attal se rappelle qu’il était socialiste

Il est intéressant de voir comme Gabriel Attal et Gérald Darmanin en effet, prennent le large. Le premier, à la hussarde selon le président, étant candidat unique s’est fait élire à la tête du Groupe parlementaire « Ensemble » dont, durant la campagne, grâce à son énergie et à son talent, il a sauvé une part importante de députés.

Le second, enlevant sa cravate de manière ostentatoire à la sortie du Conseil des ministres et manifestant ainsi que c’en était fini du Gérald sous la coupe de quiconque, s’oppose à M. Attal en soutenant qu’avant toute chose il faut décider si le projet politique – le futur du macronisme – sera ancré à droite ou à gauche. Pour lui, il est clair que son avenir est à droite dans une alliance avec la droite républicaine dont le « pacte législatif » est inspiré par le même esprit.

C’est évidemment une pierre jetée dans le jardin de Gabriel Attal qui, durant la campagne des législatives, s’est souvenu de ses origines socialistes en préférant LFI au RN et, Premier ministre chargé des affaires courantes, a validé un cordon sanitaire excluant LFI et le RN à l’Assemblée nationale. On peut regretter ces fluctuations démocratiques qui n’admettent pas que tous les députés présents dans l’hémicycle, sont, en principe et en dignité, égaux et que c’est une insupportable discrimination que d’en ostraciser certains.

A lire aussi, Didier Desrimais: La gauche «victorieuse» avoue des connivences politico-médiatiques et tolère un racisme anti-blanc décomplexé

Au-delà de cette bataille qui les confrontera directement en 2027, ou par rivaux interposés, il est passionnant de comparer leur personnalité et leur rapport à la politique. Le paradoxe est que, si Gabriel Attal s’est émancipé vite et assez brutalement d’Emmanuel Macron, il a sans doute plus à voir avec certains aspects de ce dernier que Gérald Darmanin.

Gabriel Attal est un séducteur, un vibrion brillant sûr de ses dons et de ses facilités, constituant sa rapidité et son efficacité comme l’opportunité d’autant de coups d’éclat. Tandis que Gérald Darmanin qui n’est pas non plus dénué de verve et de brio est sérieux, travailleur, réaliste, pragmatique, enraciné quand l’autre s’est fait élire dans une circonscription imperdable. Gabriel Attal, malgré les apparences, est un solitaire soutenu par un quatuor d’inconditionnels. Il semble si désireux de donner de lui-même l’impression la plus favorable, la plus immédiatement active et réactive, que je ne l’imagine pas en charge d’un courant populaire qui impose au moins de feindre de s’oublier et d’approuver ce à quoi on ne croit pourtant pas: que le pluriel est plus efficace que le singulier et le collectif que l’élan individuel et créatif.

En ordre dispersé

À peine ai-je esquissé cette analyse que je me souviens de l’accueil qui lui avait été réservé comme ministre de l’Éducation nationale et encore plus comme Premier ministre, après qu’il avait été un excellent porte-parole du gouvernement : une attente sympathique mais un peu inquiète face à de possibles risques de légèreté et de superficialité. Depuis la dissolution et son rapport abîmé avec le président – il n’a pas supporté de n’en avoir pas été informé -, on ne peut contester qu’il a pris une densité ne le rendant plus du tout ridicule pour 2027 s’il se mettait, lui aussi, sur les rangs.

MM. Attal et Darmanin ne vont pas emprunter les mêmes chemins. En tout cas ils s’éloignent, le premier en mettant la main sur le groupe et en s’assurant des fidèles pour demain, le second en s’appuyant sur un bilan estimable – il a fait tout ce qu’il a pu au sein d’une mansuétude régalienne – et en proposant une droite populaire « à la Sarkozy ».

A lire aussi, Céline Pina: À gauche, la soupe à l’union

Et Édouard Philippe et Bruno Le Maire sont déjà loin, eux aussi. Et Laurent Wauquiez, absent quand son parti avait besoin de lui mais présent quand il a besoin du parti. Et David Lisnard qu’on n’oubliera pas à Cannes. Et Xavier Bertrand aspirant à être le Premier ministre compatible avec le président et avec la situation d’aujourd’hui. Il faudra juste, s’il le devient, qu’il cesse d’insulter les 11 millions de citoyens ayant voté pour le RN qui n’est ni fasciste ni nazi mais largement aussi républicain que LFI…

Du rififi sans fin dans la bande des quatre

Le Nouveau Front Populaire prend l’eau chaque jour davantage. Malgré les cris d’effroi de Marine Tondelier et de Sandrine Rousseau. On a enfin – le 17 juillet – son candidat unique pour la présidence de l’Assemblée nationale : le communiste André Chassaigne. On n’a toujours pas le nom du Premier ministre qui doit être validé par la bande des quatre ! Entre LFI et le PS, c’est à qui montrera le plus ses muscles avec de surcroît une divergence fondamentale : Olivier Faure et le PS veulent gouverner tandis que Jean-Luc Mélenchon et les Soumis à Mélenchon (SAM, sigle suggéré par Gilles-William Goldnadel) n’y tiennent pas, désireux de garder au chaud le premier pour 2027 !

Je n’ai pas envie de me moquer de la naïveté collective de ce NFP. Qui pouvait lucidement croire que ces quatre structures, ces personnalités, ces rivalités, ces rapports de force, ces divergences, ces inégalités de courage et de caractère n’allaient pas faire éclater en morceaux le succès artificiel, relatif, dû aux voltes indécentes de leurs opposants de toujours ! Comme l’a très bien dit François Ruffin, ce désordre et ces atermoiements valident ce que le président de la République attendait du NFP : la démonstration d’un chaos et d’une impuissance.

De la place pour une droite revigorée ?

Tour: debout les forçats de la route, c’est la lutte finale

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Le Solèvène Tadej Pogacar (à gauche) et le Danois Jonas Vingegaard, Aurillac, 11 juillet 2024 © Daniel Cole/AP/SIPA

Le vainqueur du Tour de France 2024 sera… sera…


Il ne pouvait pas être plus clair, Jonas Vingegaard, L’Humble mais aussi L’Obstiné du peloton. A peine remis de ses graves blessures sur le Tour du Pays basque (fracture de la clavicule, côtes cassées, contusions pulmonaires dont rien de moins qu’un pneumothorax – ce qui aurait valu à n’importe quel quidam une longue convalescence), il ne s’est pas aligné sur 111ème édition de la Grande boucle pour faire de la figuration, montrer son maillot et susciter la compassion. Logiquement, sa saison aurait dû s’arrêter de l’autre côté des Pyrénées…

Mais la vie n’ayant pas été tendre avec lui avant de remporter deux Tours consécutifs, la compassion à son endroit l’indiffère. Quatre ans avant de remporter son premier Tour, en 2022, il travaillait encore à dépecer de nuit des poissons dans une conserverie dans son pays natal, le Danemark, pour se consacrer le jour au vélo. S’il a pris le départ à Florence, c’est pour la gagne, et rien que pour ça, n’a-t-il eu de cesse de dire et redire.

« Je ne suis pas venu ici pour viser la deuxième place, a-t-il répété sans ambages, lundi dernier, deuxième jour de repos. Je ferai tout ce qui est possible et je continuerai à me battre avec l’objectif d’essayer de gagner ». Dès lors, les trois ultimes étapes s’annoncent cruciales. Debout le forçat de la route, c’est la lutte finale qu’il a proclamée. Du passé, des 18 étapes précédentes à celle de demain vendredi (Embrun-Isola 2000, 144,6 km), qui conduira le peloton bigarré à franchir le point culminant de cette édition, le col de la Bonette (2802 m, 22,9 km d’ascension à 6,9% de moyenne), hors catégorie, il compte bien faire table rase… « Ce sera l’éruption de la fin »… Debout, debout sur les pédales, ce sera tout ou rien, le triomphe ou la déroute.

L’étape de samedi (Nice-Col de la Couillole, 12,8km), si la guillotine n’a pas fait son œuvre fatale la veille, peut trancher dans le vif dans la tête du général. « Aussi courte que difficile », selon un coureur du coin, Clément Champoussin (Arkéa-BBhôtels), plus directement dit « courte mais assassine ». La défaillance monumentale peut s’abattre sur l’un des deux rivaux (et pourquoi pas sur les deux à la fois, ce qui serait une sacrée première), s’ils sont toujours en lice. Ce fut ce qui advint au Flamboyant, parfois inutilement arrogant, tout en restant tout-sourire, Pogacar, quand il avait été laminé, l’an dernier, lors de la 17ème à l’issue de laquelle il s’était retrouvé relégué à 7 mn de Vingegaard au général et avait concédé déjà la veille dans un contre la montre de 22,4 km 1’36.  

Si ce final très rude de trois étapes totalisant un dénivelé de 15 000 m (deux fois l’altitude de l’Himalaya, en gros), ne sonne pas le glas pour l’un des deux grands aspirants à la victoire finale, si un troisième larron ne profite pas de leur rivalité qui les conduirait à se neutraliser, ce sera donc le chrono individuel des 33,7 km qui se terminera sur la Promenade des Anglais à Nice qui jettera son dévolu : le vainqueur du Tour 2024 est… est…

Certes, dans les deux étapes pyrénéennes, Pogacar a été dominateur mais pas impérial. Une avance de 3’09, « ce n’est rien en montagne », comme l’ont dit et redit Laurent Jalabert et Thomas Voeckler, tous deux ayant une expérience de l’art cycliste et du coup de pompe qui vous laisse sans jambes, et reconvertis dans l’expertise cyclopédiste. Ils ne manquent de compétences, n’en déplaise à d’aucuns à l’humeur toujours grincheuse…

Néanmoins, si Pogacar « reste à ce niveau, il sera difficile à battre, admet Frans Maassen, directeur sportif de l’épique de Vingegaard, Visma-lease a bike, ainsi que l’a rapporté Armel Le Bescon, l’envoyé spécial du Figaro. Mais, je reste persuadé qu’il a encore une chance de gagner le Tour. Ce n’est pas terminé car ces deux dernières années, Tadej (Pogacar) a eu des mauvais jours ». Et ces mauvais jours ne sont pas encore manifestés, si tant est qu’ils aient l’intention de se manifester.

Précision : la démonstration de Pogacar et Vingegaard sur les pentes du Plateau de Bielle, le 14 juillet, a relancé la récurrente et sempiternelle suspicion de dopage qui n’a pas toujours été infondée, donc est légitime. Le cas Armstrong, septuple vainqueur, qui avait déjoué tous les – pourtant très stricts – contrôles (aucun sport n’est soumis à pareille rigueur, pourtant, et pourtant… ???) nourrit ce doute. Les apparences sont souvent trompeuses, dans les deux sens : on peut paraître coupable et être innocent et vice-versa. Nous y reviendrons, en racontant l’histoire du dopage qui est consubstantiel au cyclisme, même si le premier dopé qui s’est fait pincer a été un nageur. Le premier dopage dans le vélo a été le vin Mariani, un gros rouge, lui, dopé à la cocaïne, et qui a inspiré un pharmacien américain pour créer le plus fameux soda du monde, le Coca Cola, dont le premier composant qui a fait sa gloire provenait de la feuille de… Coca, plante andine stimulante.

Sur la piste du vrai Indiana Jones: Voyage au bout d'un mythe

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Temu, l’autre cybermenace chinoise?

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© Taidgh Barron/ZUMA Press Wire/Sh/SIPA

Cybersécurité. Les soupçons se multiplient contre le site e-commerce qui dépense des fortunes pour vous envoyer des articles bas de gamme à vil prix. Une petite jupe à prix cassé ou le gros lot d’une tombola méritent-ils vraiment de partager ses données personnelles avec les Chinois?


Le fracas médiatique des campagnes européennes, puis législatives a éclipsé une bien étrange nouvelle, d’intérêt national. Le classement des sites de e-commerce les plus visités en France, publié le 5 mai, a vu un nouveau nom y faire son apparition : Temu. Encore inconnue il y a un an, la marque se hisse pourtant à la 5e place et couvrirait 26,4% de la population française, gagnant deux places par rapport au trimestre précédent. L’audience du site chinois de e-commerce dépasse désormais celle des enseignes à bas prix tricolores Cdiscount et Lidl, mais également celle des champions du hard discount comme Shein ou encore Aliexpress. Comment expliquer ce succès aussi foudroyant, dans un secteur qui semblait saturé par des marques toujours plus discount, aux panels d’articles toujours plus étendu, répondant à tous les désirs du consommateur dans la minute ?

Bienvenue sur Temu, où les prix cassés défient toute concurrence

Des grilles de barbecue à 1,77 euros, un jean’s à 16,63 euros, ou un tapis de bain à 2,27 euros… on trouve de tout sur Temu. S’ajoutent à cela des réductions, soldes (- 90 %), primes au parrainage et tirages au sort quotidien pour obtenir encore plus de réductions.

Des prix jamais vus jusqu’alors, et des techniques de vente qui donnent au client l’impression de faire l’affaire du siècle à chaque clic. Leur slogan : « shop like a billionaire » cherche à provoquer les achats compulsifs des consommateurs aux plus petits budgets. Pour couronner le tout, la livraison des articles est gratuite depuis la Chine. Trop beau pour être vrai ?

Temu : un mauvais acteur économique qui s’offre le luxe de ne pas être rentable

Chez Temu le client est pourtant très loin d’être roi. Produits de qualité médiocre, photos parfois mensongères, mauvaise réception des colis, roue de loterie douteuse, refus de remboursement… de très nombreux consommateurs sont déçus lorsqu’ils découvrent leurs achats. En témoignent les nombreux commentaires de clients mécontents sur le site Trustpilot : « Les délais de livraison peuvent aller jusqu’à 3 semaines voire plus. Argent gaspillé pour de la pacotille (…) » écrit Dabih Albireo dans un commentaire en date du 28 mai. Ou encore « J’ai gagné 120 euros sur la roue, temu dit que suite à 3 achats vous aurez 120 euros sur déductions malheureusement mon achat de 220 euros n’a pas été déduit » témoignait Mehmet Coskun quatre jours plus tard. Les clients ne sont pas les seuls à pointer du doigt la qualité des marchandises et des services de Temu. De plus en plus d’associations de consommateurs portent plainte contre les pratiques du géant chinois. C’est le cas d’UFC-Que Choisir, qui a déposé une plainte conjointe avec le Bureau européen des unions de consommateurs et seize autres associations auprès de la Commission européenne, dénonçant notamment des « pratiques commerciales déloyales » et alertant sur la non-conformité de nombreux produits vendus sur la plate-forme chinoise.

Malgré l’explosion du nombre de ses ventes, cette stratégie ultra-low-cost se révélerait pourtant… déficitaire. En effet, selon la société financière China Merchants Securities, Temu perdrait entre 588 et 954 millions de dollars par an. Une analyse des coûts de la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise réalisée par le magazine Wired en mai 2023 révèle que Temu perdrait en moyenne 30 dollars par commande ! À l’origine de ce modèle déficitaire, des campagnes de publicité onéreuses et un coût du transport élevé, à la charge des prestataires de la marque. Où se trouvent alors les bénéfices de Temu ?

Le prix de Temu : nos données personnelles ?

Si le modèle économique de la marque chinoise est structurellement déficitaire, Temu se paierait avec nos données personnelles. L’hypothèse d’une captation massive et d’une utilisation frauduleuse des données personnelles des clients de Temu a été documentée. 

La plate-forme chinoise possèderait en effet toutes les caractéristiques des formes les plus agressives de logiciels malveillants ou spywares. L’application disposerait de fonctions cachées permettant une exfiltration étendue de données à l’insu des utilisateurs, donnant potentiellement aux acteurs malveillants un accès à presque toutes les données sur les appareils mobiles des clients. C’est ce que révèlait le rapport du think tank américain Grizzly Research publié en septembre 2023. Aux États-Unis, plusieurs voix s’élèvent pour protéger les utilisateurs des vols de données. Il y a quelques semaines, le procureur général de l’Arkansas a même accusé l’entreprise chinoise de « vol de données ». Ces pratiques de collecte de données personnelles ont fait l’objet d’un procès intenté aux Etats-Unis par des utilisateurs de Temu l’année dernière, les plaignants affirmant que l’application avait accès à l’intégralité du contenu de leurs téléphones et soupçonnant le transfert de leurs données au gouvernement chinois. Une inquiétude légitime, quand on sait que les entreprises chinoises ne peuvent fonctionner que si l’intégralité de leurs bases de données est accessible aux agences gouvernementales chinoises.

Temu, le nouveau cheval de Troie ?

Le 8 avril, cybeshack.com rapportait ces propos du professeur Asha Rao, expert en cybersécurité à la School of Science du RMIT, à propos de Temu : « Il est important de se demander si nous souhaitons que nos données soient utilisées dans des lieux et par des entités que nous n’avons pas autorisées. Sommes-nous en train de sacrifier notre vie privée pour une trancheuse d’avocat bon marché ? ».

Une première réponse a été apportée, moins d’un mois plus tard. Le 14 mai, le gouverneur Greg Gianforte a été le premier homme politique à inclure Temu dans une liste de technologies « liées à des adversaires étrangers » et à demander son interdiction dans le Montana. On peut légitimement s’interroger sur les réelles intentions de Temu à l’égard de ses clients. Si les coûts des articles y sont si bas, quand et comment en paierons-nous le prix ? Face à cet instrument soupçonné d’espionnage de masse déguisé en plate-forme de commerce en ligne que serait Temu, qu’attend le Vieux Continent pour réagir ?

Exit Benoît Duteurtre

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L'écrivain Benoît Duteurtre © Hannah Assouline

Le romancier et chroniqueur de radio est décédé d’une crise cardiaque le 16 juillet. La ministre de la Culture salue « une personnalité lumineuse, d’un humour sans pareil ».


Auteur d’essais iconoclastes (Requiem pour une avant-garde) et de romans (La Rebelle), Benoît Duteurtre avait naguère signé Chemins de fer, un récit aux allures de pamphlet, dont le thème principal était le démantèlement de la SNCF, service public converti de force aux dogmes de la flexibilité et du profit, pour lequel il n’y a plus ni usagers ni voyageurs, mais des clients.

Duteurtre disait bien, et avec humour, comment l’ancienne civilisation paysanne et industrielle, celle des fermes, des gares et des écoles où l’on apprend, disparaît, rayée de la carte par un système high tech, celui des « espaces propreté », des bases TGV pareilles à des stations orbitales et des 4×4 pour néo-ruraux. Avec lucidité, il décrivait la disparition des restes de l’ancien monde et l’avènement d’un tiers-monde délabré, souillé (tags et autocollants en volapük), à l’apartheid impitoyable. L’utopie rose bonbon d’une société paresseuse et libertaire cède la place à une réalité moins champêtre : une « économie d’escroquerie » justifiant les nouvelles servitudes au nom de l’idéologie du mouvement à tout prix.

Il récidivait tout récemment avec Le Grand Rafraîchissement, un amusant roman satirique sur notre postmodernité, et qui, à la suite de son décès aussi brutal que prématuré à 64 ans, devient une sorte de testament. Pince-sans-rire, Duteurtre imaginait que, après des années de canicules torrides censées faire payer à l’Occident un impardonnable péché d’orgueil, les températures repartent à la baisse. Nié dans un premier temps par les « experts », ce phénomène crée, par effet domino, toute une série de marches arrière.

Non sans courage, il s’attaquait, mine de rien, aux dogmes du « vivre ensemble ». Subtile, parfois hilarant, Benoît Duteurtre usait d’un style limpide pour décrire un monde qui marche sur la tête. Que la terre lui soit légère !

Chemins de fer

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Requiem pour une avant-garde

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Le Grand Rafraîchissement

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Révélations sur le spectacle qui ouvrira les Jeux Olympiques de Paris

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© Mario Fourmy/SIPA

C’est Anne Hidalgo qui doit être impatiente! Thomas Jolly, Patrick Boucheron, Leïla Slimani et tous leurs amis nous promettent une cérémonie d’ouverture «inédite, festive et inclusive». Au secours… Ces génies, qui n’en reviennent toujours pas de préparer un spectacle qui sera visionné par «1 milliard de téléspectateurs» dans 10 jours, ont en revanche eu très peur de voir Bardella présent, découvrait-on hier dans Le Monde.


Le Monde[1] du 17 juillet nous apprend que, pour préparer la cérémonie d’ouverture des prochains Jeux Olympiques, le metteur en scène Thomas Jolly[2] a travaillé « dans la plus grande discrétion » avec des personnalités venues d’horizons divers : la romancière Leïla Slimani, la scénariste Fanny Herrero, le metteur en scène Damien Gabriac et… l’historien Patrick Boucheron.
« Si la cérémonie d’ouverture des JO 2024 n’est là que pour produire de l’éclat éphémère, quel intérêt ? » prévient carrément d’emblée M. Jolly.

Optimisme retrouvé

En plus de tenir le même discours lénifiant sur la générosité, la joie, le bonheur d’être ensemble et l’envie de partager des valeurs, toute l’équipe est d’accord sur le fait que le spectacle concocté par ses soins est « tout sauf une reconstitution à la manière du Puy du Fou ». On s’en doutait un peu.

A lire aussi, du même auteur: La gauche «victorieuse» avoue des connivences politico-médiatiques et tolère un racisme anti-blanc décomplexé

Patrick Boucheron, historien obsédé par l’idée d’un métissage mondial remontant à la préhistoire, avoue avoir été inspiré par la cérémonie de Jean-Paul Goude pour le bicentenaire de la Révolution française: « Le défilé déjouait les stéréotypes nationaux et ne craignait pas de prôner le “métissage planétaire” avec un optimisme que nous avons aujourd’hui perdu. » Cela ne pouvait que combler de plaisir le coordinateur d’une Histoire mondiale de la France qui prétendait décrire une « France d’avant la France qui se dissout dans les prémices d’une humanité métisse et migrante ». Au contraire de la cérémonie d’ouverture de Pékin en 2008, celle de Paris ne sera pas une « leçon d’histoire adressée au monde » ou une « ode à la grandeur », affirme le professeur au Collège de France qui désire surtout « parler du monde à la France et de la France au monde ». De son côté, Leïla Slimani espère que transparaîtra l’envie d’un « récit très généreux » et « pas seulement ces fameuses valeurs philosophiques traditionnelles que la France exhibe volontiers avec parfois trop d’assurance ». Sur le site officiel de Paris 2024, les organisateurs promettent une « cérémonie inédite, festive et inclusive ».

Le cauchemar Bardella

La fête a pourtant failli être gâchée. « On n’a pas bien dormi ces derniers jours », rapporte Patrick Boucheron. Tous les concepteurs du spectacle ont d’ailleurs été « fébriles » durant quelque temps. Des cauchemars horribles, emplis de bruits de bottes et de chorégraphies au pas de l’oie, hantaient leurs nuits. Un sombre nuage en forme de moustache hitlérienne flottait au-dessus de leurs ouvrages. Les sondages pour les élections législatives laissaient en effet présager le pire. Heureusement, « ça n’a pas eu lieu », soupire Leïla Slimani. De toute manière, si « l’extrême droite » avait pris le pouvoir, le spectacle serait devenu « une sorte de cérémonie de résistance », déclare au Monde Thomas Jolly en tentant de gonfler ses muscles. La menace s’est éloignée et, assure Mme Slimani, grâce à ce spectacle, « on sera tous là, vivants, dans le monde, en même temps ».

A lire aussi: Thomas Jolly, « mi-homme mi-coffre fort »

Je me vois dans l’obligation de contredire la romancière : moi, je n’y serai pas – et, par conséquent, je serai plus vivant et plus près du monde que tous les zombies qui s’esbaudiront devant cet étalage de progressisme faisandé, cette ribambelle d’exhibitions wokes, d’attractions métissées et de divertissements déconstructionnistes. Pour être clair, je ne participerai d’aucune manière aux festivités célébrant le déclin de la France !


[1] https://www.lemonde.fr/sport/article/2024/07/16/si-la-ceremonie-d-ouverture-des-jo-2024-n-est-la-que-pour-produire-de-l-eclat-ephemere-quel-interet_6250808_3242.html

[2] Relire https://www.causeur.fr/thomas-jolly-de-shakespeare-aux-jo-ou-la-culture-a-l-heure-de-la-deconstruction-269454

Un petit Balzac, pour l’été, pourquoi pas?

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Honorine et Maurice, illustration de Édouard Toudouze, 1897. DR.

Balzac traite, dans cette nouvelle énigmatique, de la sexualité dans le mariage, de l’incompatibilité des êtres, de la passion, avec une netteté et un tact salutaires sans aucun des clichés crus voire pornos dont nous abreuvent nos romans contemporains. Et ce roman est très mystérieux. Qui est Honorine ? Peut-être, rien du tout, une construction mentale? En tout cas, ce roman est d’une sobriété classique éblouissante.


Au bord de la mer, à Gênes, une soirée de mai 1836, le consul de France, Maurice de l’Hostal, marié à une belle Génoise, Onorina, reçoit des amis sur la terrasse de sa villa. On parle littérature et la conversation en vient à l’adultère de la femme dans le mariage. On disait alors « la faute ». C’est alors que le consul revient sur son passé quand, âgé de vingt ans, il était, à Paris, le secrétaire du comte Octave, un homme politique puissant.

Tout pour s’entendre, mais…

Elle s’appelle Honorine. Elle a épousé le comte, plus âgé qu’elle, qu’elle a quitté au bout d’un an et demi pour un amant qui l’abandonne. Elle vit désormais d’un commerce de fleurs sans se douter que c’est son mari qui pourvoit à tout. Le comte a pris pour secrétaire le fils d’un ami, Maurice, qu’il charge de veiller sur sa femme, et de la ramener à lui. Maurice accepte le rôle de go between et d’espion. Sur cette trame romanesque, Balzac construit un récit encadré, sobre et énigmatique.

Honorine et Octave ont tout pour s’entendre : un amour réciproque, le sens du devoir, une belle âme, le même goût ardent du plaisir. Lui est un haut magistrat. Honorine, une jeune fille de son époque, faite pour le mariage sans l’avoir vraiment désiré. Quant à Maurice, étudiant en droit, romantique, épris de littérature, il accepte le rôle « d’oiseleur » au risque de tomber amoureux d’Honorine —ce qui arrive.

Rendu fou par le départ d’Honorine, amoureux fou de sa femme, le comte lui a pardonné et attend son retour. Elle, vit dans le souvenir de sa passion. Fous donc de passion l’un et l’autre mais non l’un de l’autre, les deux époux ont en partage une faculté d’analyse d’eux-mêmes peu commune dont témoignent leurs lettres respectives et leurs entretiens avec Maurice. Mais plus l’analyse s’enrichit, plus s’accroît le mystère d’Honorine.

On ne connaît que son prénom. Poétisée par son mari qui l’a connue enfant, puis érotisée et fétichisée par lui. Sublimée par Maurice qui voit en elle une beauté fascinante et troublante, elle est pour le lecteur une énigme. Une femme libre ? Une courtisane ? Un fantasme ? Même si elle a le sens de l’honneur en partage avec Octave, le trou noir des années avec son amant dont on ne connaît rien, crée un mystère jamais éclairci.

Cœur mystérieux

Loin des lieux balzaciens du pouvoir ou de l’argent et de ce qui aurait pu être un mélo à trois, Balzac fait un roman qui a la rigueur d’une tragédie. On pense à La princesse de Clèves et à Bérénice. Le drame est formulé clairement par chacun des époux : « Il m’est impossible de pénétrer dans ce cœur. La citadelle est à moi et je n’y puis entrer » dit Octave, et Honorine : « Je ne puis pas aimer le comte. Tout est là, voyez-vous.» On l’aura compris, Balzac pose explicitement le sujet de la mésentente sexuelle dans le mariage. Honorine ne supporte pas l’amour physique avec son mari : le sujet est audacieux.

Le début est une ouverture au sens musical. Puis la narration fait alterner des conversations sur l’adultère —qui reflètent à merveille la société— des lettres et des descriptions. L’austérité de l’hôtel du Marais contraste avec le jardin de la rue Saint-Maur, la mer ouvre un espace voluptueux à ces lieux clos. C’est Camille Maupin, alias George Sand, qui dit la morale de l’histoire en parlant de Maurice : « Il n’a pas encore deviné qu’Honorine l’aurait aimé. » Honorine, dont Maurice vient de dire qu’elle était « un beau cadavre à disséquer. »

Si Honorine se sacrifie au devoir et à la religion, gardons-nous d’en faire une féministe. Et de faire du comte un malade possessif voire un machiste. Admirons plutôt comme un romancier entre dans l’intériorité d’une femme et le mystère des êtres. Dans Sarrasine, Balzac posait déjà cette question : l’amour peut-il subsister dans le mariage en dehors d’une sexualité réussie ? Ce n’est pas nouveau chez lui : il suffit de lire Mémoires de deux jeunes mariées ainsi que Beatrix, qu’il écrivait en même temps qu’Honorine.

Balzac dit avoir écrit cette nouvelle en trois jours. Qu’il y ait mis tout lui-même est une évidence dont témoigne le prénom de l’héroïne. Roman ou nouvelle, en tout cas, c’est un chef-d’œuvre de sobriété et de mystère. Et lisons les autres nouvelles de Balzac, toutes disponibles en GF, qui sont de vraies perles.

224 pages.

Honorine

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Venise: quand l’art se fait identitaire

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© ALFONSO CATALANO/Shutterstock/SIPA

La nouvelle édition de la grande exposition d’art contemporain a un titre explicite: « Étrangers partout »1. Et les organisateurs semblent convaincus que l’art a pour mission de changer les réalités des rapports humains dans le monde réel. Quitte à enfermer les artistes dans des cadres réducteurs ?


Tous les deux ans, pendant près de six mois, il est possible de visiter l’Exposition internationale d’art contemporain de la Biennale de Venise dans les Giardini bucoliques de la Sérénissime, jardins où chaque pays invité dispose d’un pavillon propre qu’il confie à un artiste ou à un collectif le temps de l’événement.

Les pays qui n’y sont pas représentés exposent aussi, mais ailleurs dans la ville – à l’Arsenal, dans les églises, les galeries privées ou certains musées…

L’art contemporain s’immisce partout, dialogue parfois harmonieusement avec le legs architectural et pictural de la Renaissance, s’y heurte souvent. La Biennale d’art contemporain de Venise est un événement culturel majeur ; à ce titre, elle révèle quelque chose de notre époque.

Être né quelque part, dans un corps

Pour assurer la curation de cette 60e édition, la direction de la Biennale a choisi – pour son « regard étranger » – le Brésilien Adriano Pedrosa, commissaire d’exposition et conservateur du Musée d’art de São Paulo (MASP) depuis 2014. Pedrosa est connu pour sa programmation engagée, programmation qui fait la part belle aux thématiques identitaro-communautaires : les sexualités, les féminismes, la condition afro-atlantique. Pour la Biennale, il ne déroge pas à cet engagement en choisissant de traiter de la beauté « marginalisée, exclue, oppressée, effacée par les matrices dominantes de la géo-pensée ». L’objectif est clairement affiché : il s’agit de « cannibaliser les cultures postcoloniales hégémoniques », de l’aveu même du directeur de l’événement à l’origine du choix de Pedrosa. Se présentant comme queer, il revendique le fait d’assumer la dimension politique de sa sélection. Quant au jury, il est présidé par Julia Bryan-Wilson, professeur d’histoire de l’art « LGBTQ+ » à l’Institut pour l’Étude de la Sexualité et du Genre de l’Université de Columbia.

A relire, Elisabeth Lévy: La fin du monde commence à Venise

Cette Biennale porte le titre explicite « Stranieri Ovunque – Foreigners Everywhere – Etrangers partout ». Elle ambitionne de questionner le phénomène de la migration, de problématiser l’extranéité culturelle, géographique et de genre. Par souci de « visibilisation », elle a ostensiblement évincé les artistes qui n’appartiennent pas à des groupes minoritaires.

Les trois écueils de l’art identitaire

Il n’y a, en soi, pas de thème que l’art devrait éviter. Celui de la condition de l’étranger et de notre rapport à lui – étant entendu que nous sommes aussi, dans une certaine mesure, les étrangers d’autrui – est parfaitement légitime, là n’est pas le sujet. Si la politisation du discours artistique peut affaiblir ou contraindre celui-ci, elle lui a souvent été corrélative. On peut même affirmer que l’art peut avoir une fonction politique, sans le réduire à cela.

Ce qui interpelle ici, c’est à notre sens la conjonction de trois tentations anti-artistiques, voire anti-sociales : le littéralisme simplificateur, l’inversion discriminatoire et le fixisme argumentatif. La première a trait à l’un des paradoxes de la pensée néo-progressiste, que l’on retrouve poussé à l’extrême dans la doxa woke, à savoir celui d’une fascination pour le registre métaphorique couplée à une susceptibilité extrême au texte – ainsi un simple mot peut-il, sans nuance, constituer une violence aussi grave qu’une agression physique. L’inversion discriminatoire est, en quelque sorte, l’aboutissement du processus de discrimination dite « positive » ; elle ne se contente pas de promouvoir arbitrairement un individu au détriment d’un autre sur le fondement de considérations identitaires, mais agit délibérément de manière à exclure l’autre pour ce qu’il est, en l’essentialisant. Enfin, le fixisme argumentatif correspond à la sclérose de la pensée, où, au lieu d’évoluer avec l’exercice dialectique démocratique, l’argumentation se fige et se réduit en injonctions morales quasi-religieuses. Une grande partie de la « recherche » post-coloniale et de genre ne fournit plus de savoir scientifique et se contente d’exemplifier à l’envie, d’illustrer un propos axiomatique.

Le délitement du mérite

Le Lion d’Or a été attribué cette année au Pavillon australien. L’artiste aborigène Archie Moore y évoque les effets de la colonisation et des conditions de vies douloureuses subies par les Premières nations autochtones. Un gigantesque tableau généalogique lacunaire tracé à la craie environne des archives juridiques recensant des innombrables morts indigènes ordonnées avec la froideur des registres administratifs. Le Pavillon kosovar a été récompensé pour avoir su saisir le jury par son « activisme féministe ». Quant au collectif Mataaho de Nouvelle-Zélande, également lauréat, il n’a pas manqué d’exprimer sa gratitude à Pedrosa pour son action en faveur des communautés autochtones et des minorités de genre. Les prix spéciaux sont à l’avenant : l’artiste palestinienne engagée Samia Halaby a dédié son prix aux jeunes journalistes gazaouis ; l’artiste queer La Chola Poblete s’oppose pour sa part à l’exotisation des corps et des vécus sud-américains.

A lire aussi, Jonathan Siksou: Se jouer des Jeux

Tous ces travaux ont une valeur artistique, mais la qualité réelle de celle-ci tend à disparaître sous le poids des obsessions communautaires de ceux qui ont la charge de les juger. Voilà l’un des écueils majeurs de l’identitarisme : en valorisant, il dévalorise ; ses célébrations sont conflictuelles et non plus joyeuses ; l’universalité de la condition humaine est, par lui, en tous points déniée.

Le statistiquement correct

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  1. Voir https://www.labiennale.org/it ↩︎

À gauche, la soupe à l’union

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Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, appelle à « faire barrage » au Rassemblement national dans un discours place de la République à Paris, après l’annonce des résultats du premier tour des élections législatives, 30 juin 2024 © ISA HARSIN/SIPA

Construire une gauche «de gouvernement» à l’ombre de Jean-Luc Mélenchon relève de l’utopie. Trop de divergences séparent LFI des classiques socialistes et communistes. Les chefs disent «faire barrage au RN» mais les militants sont-ils prêts à toutes les compromissions ? Qu’elle soit cocue ou prise en otage, la gauche est dans l’impasse.


Le 9 juin, quand tombe à 20 heures le résultat des européennes, les socialistes sont les rois du pétrole. Avec leurs 14 %, ils sont en tête des forces de gauche. « Quand on a vu ça, on s’est dit qu’on pouvait rêver de mener à nouveau la bataille pour l’hégémonie, se souvient un proche d’Hélène Geoffroy, maire socialiste de Vaulx-en-Velin. Faire renaître une gauche réformiste qui s’oppose à la gauche de rupture. »

Et puis, patatras !, dans l’heure qui suit, Emmanuel Macron annonce la dissolution et l’organisation de législatives. « À partir de ce moment-là, on a disparu des écrans radar, enrage cet ancien élu socialiste. Olivier Faure nous a sacrifiés. Et LFI a pris immédiatement le leadership. »

Quand on regarde en replay la manière dont le numéro un du PS s’est comporté ce soir-là sur le plateau TF1, la rapidité avec laquelle il s’est couché au pied de Mathilde Panot, on est en effet confondu. « Par sa reddition en direct face à LFI, Faure a cassé la dynamique que portait la candidature de Raphaël Glucksmann », ne décolère pas notre correspondant.

Impasse

Pourtant, selon ce fin observateur de la vie politique, beaucoup d’élus et d’électeurs du PS pensent que l’alliance avec LFI est une impasse. Non seulement parce que les Insoumis évacuent le logiciel réformiste au profit d’un populisme qui n’a rien à envier à celui de droite, mais aussi parce qu’ils investissent sur un électorat minoritaire et communautarisé, celui des banlieues, qu’ils réduisent à l’électorat musulman et plus particulièrement à celui qui adhère à l’influence islamiste. Le problème est que celui-ci, très conservateur et religieux, ne partage aucune des références historiques de la gauche.

Même le rapport au statut d’exploité n’est pas le même. À gauche, reconnaître l’injustice conduit, en théorie, à la lutte pour l’égalité. Mais dans le logiciel communautariste, la victimisation débouche sur l’appel à la vengeance, donc à l’inversion de la domination. Pour les multiculturalistes, l’égalité n’est pas un objectif, au contraire c’est un leurre, un moyen pour les dominants d’échapper à la punition, de ne pas rendre de comptes.

À lire aussi, Pierre Vermeren: Carte d’identités

Quelle solution alors quand on se retrouve dans une telle impasse ? « Accepter de prendre sa perte et reconstruire une offre politique en lien avec notre histoire », pense un élu de gauche républicaine dans une commune de banlieue parisienne, représentatif en cela de beaucoup d’anciens électeurs socialistes.

Mais pour une autre militante PS, collaboratrice d’élue et bonne connaisseuse des instances socialistes, que nous avons interrogée, Faure nourrit un autre projet : empêcher toute reconstruction d’un courant ouvriériste et social-démocrate. « Il a tout fait pour tuer dans l’œuf ce regain,analyse-t-elle. L’arrivée de nouveaux adhérents attirés par l’image de Glucksmann l’aurait menacé directement pour les congrès à venir, en désavouant sa stratégie d’alliance. Il préfère rester le gestionnaire d’un syndic de faillite plutôt que prendre son risque. »

Bien sûr, tout le monde au PS n’est pas aussi dur envers Faure. Pour un membre du conseil national, qui nous a demandé l’anonymat, les fautes sont à chercher ailleurs : « Il y a eu des efforts au sein de la Nupes pour empêcher que LFI ne soit la force dominante, rappelle-t-il. Mais encore faudrait-il pouvoir compter sur les écologistes. Or ils sont structurellement et idéologiquement plus proches de LFI que de la gauche à l’ancienne, et reconstruire une offre réformiste ne les intéresse pas. Et puis du point de vue de leur boutique, le calcul a été bon : en misant sur le Nouveau Front populaire et en réduisant la question des législatives à la lutte contre le RN, le mauvais score de Marine Tondelier aux européennes a été effacé. » De fait, celle-ci, qui commençait à être contestée, a sauvé son poste. Le congrès extraordinaire, qui devait tenter de lui faire la peau, a été annulé.

Même constat amer s’agissant du Parti communiste. « Ceux qui y incarnent la tradition marxiste ont presque entièrement disparu, regrette notre cacique socialiste. Les Elsa Faucillon et compagnie partagent plus de choses avec Rima Hassan qu’avec Fabien Roussel. » Mais alors, à quoi bon faire alliance, au sein du Nouveau Front populaire, avec des formations qui sont toutes sous l’influence plus ou moins directe de Jean-Luc Mélenchon ? Pour une raison simple. Sur ce point-là, tous nos interlocuteurs sont d’accord : l’union à gauche n’est pas une posture, c’est un mythe. Ce mythe est d’une telle puissance qu’il est impossible de se prononcer contre, sans se mettre à dos ses propres électeurs. L’union, c’est à la fois le but et le chemin, le combat et la victoire.

Dans ce cadre, la marge de manœuvre de Faure est étroite. Selon un ancien élu qui le connaît bien, « Olivier n’est pas un homme qui peut refonder un récit. Il est le décalque de François Hollande, il en a les failles, mais en possède aussi le principal atout. Il faut savoir reconnaître que si cet homme a gagné trois congrès, c’est qu’il sait manœuvrer. Il possède un sens aigu du point d’équilibre dans le rapport de forces. Il comprend où sont les points de bascule et comment en faisant bouger un mec, tu fais tomber toute la ligne des dominos. »

Subtilités

Mais sur le terrain, ce genre de subtilités est de plus en plus mal compris. Propos entendu lors d’une discussion avec une militante de longue date : « S’allier avec des populistes pour sortir des populistes, ça ne fait pas sens. Le réflexe de faire barrage au RN est sain, mais concrètement les gens ont du mal à croire qu’en votant pour un David Guiraud, qui qualifie le Hamas de mouvement de résistance, ils combattent l’extrême droite. Cela joue sur les reports de voix. »

Un constat partagé seulement en partie par les huiles du parti : « La stratégie de LFI dérange, mais il n’empêche qu’elle a payé, remarque le membre du Conseil national du PS cité plus haut. Ils sont passés de 6 à plus de 9 % aux européennes en prenant le clou Gaza/génocide et en l’enfonçant dans le mur de l’information jusqu’à le fracturer. Aujourd’hui, il leur suffit d’exhiber Rima Hassan pour mobiliser l’électorat des banlieues. » Alors certes, la question de la promotion virulente de l’antisémitisme gêne aux entournures. Mais selon nos témoins, candidats et électeurs la résolvent très vite en opérant des distinctions au sein de LFI.

Ainsi Jean-Luc Mélenchon cristallise la colère et le ressentiment de beaucoup d’électeurs de gauche mais paradoxalement, en les fixant sur sa personne, il permet d’épargner son mouvement. François Ruffin est ainsi mis en avant pour rendre les Insoumis fréquentables. Si les socialistes voient bien que Jean-Luc Mélenchon veut rejouer le baiser de la mort donné par Mitterrand au PC, avec Olivier Faure dans le rôle de Georges Marchais, ils n’ont guère d’autre choix que la soumission. Une partie de leurs fiefs, notamment en région parisienne, reposent sur la mobilisation des quartiers, or aujourd’hui ce sont LFI et ses alliés islamistes qui donnent le ton, ils n’ont donc plus les moyens de se payer une conscience.

Les socialistes sont-ils condamnés à cheminer avec LFI ? « Pas forcément, répond un cadre du PS. On ne le crie pas sur les toits, mais le résultat du Nouveau Front populaire au premier tour des législatives est décevant. En pourcentage de voix, on a fait moins que l’addition des scores de la gauche aux européennes. La vérité est qu’il n’y a pas eu d’élan dans les votes, à cause d’un positionnement de LFI qui fait fuir une partie des électeurs. »

La radicalité de Jean-Luc Mélenchon ne laisse d’interroger. « Il pense sincèrement que la période est prérévolutionnaire et qu’une prise de pouvoir sans les urnes est possible,s’inquiète une ancienne élue socialiste. Il n’a aucun intérêt à faire gagner la gauche. D’où ses sorties ambiguës sur le poste de Premier ministre, son jeu avec Rima Hassan, ses discours enflammés sur la Palestine. Mélenchon s’est lepenisé. »

Discours de Jean-Luc Mélenchon lors de la soirée électorale de La France insoumise, à l’annonce des résultats provisoires du premier tour des élections législatives, Paris, 30 juin 2024. ISA HARSIN/SIPA

À l’heure où ces lignes sont écrites, soit à la veille du second tour des législatives, un bruit court dans tout Paris. Grâce à la mécanique des désistements entre carpes et lapins, les gaullistes, la Macronie et la gauche espèrent bien priver le RN et ses alliés de la majorité absolue et seraient en train de négocier la constitution d’un gouvernement de large alliance, dont le premier acte serait le rétablissement de l’impôt sur la fortune. D’autres parient plutôt sur une coalition allant seulement, si l’on ose dire, du PC à LR, excluant donc à la fois le RN et LFI.

Il s’agit en somme de fabriquer un gouvernement incarnant le cercle de la raison. Une perspective qui décontenance nos interlocuteurs, embarrassés par le scénario de l’élection volée, mais soulagés de gagner un peu de temps, même s’ils savent que c’est pour cinq minutes ou trois ans monsieur le bourreau. « Existe-t-il encore un commun qui permette de donner un sens à cette forme d’union nationale ? » se demande l’un d’entre eux. Une question que personne n’ose poser à voix haute. Parce qu’elle contient la réponse.

Ces biens essentiels

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Docteur Iman Sanzeux: chic, mon médecin porte le hijab!

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L’entrisme et le séparatisme islamistes à l’hopital progressent. Plongée inquiétante dans l’univers des soignants d’Instagram, alliés de l’OMAS et des Frères Musulmans…


Dans un entretien donné au Figaro[1] sur l’influence des Frères Musulmans en France, Monsieur Bertrand Chamoulaud, Directeur National du Renseignement Territorial, déclare : « Nous suivons aussi de près l’Organisation Musulmane des Acteurs de la Santé (OMAS), qui tente de faire entrer l’islam dans les hôpitaux, notamment pour que les infirmières soient voilées. Ou que les patientes soient soignées par une femme. ». Quelle est cette association qui diffuse l’idéologie des Frères Musulmans, activement surveillée par la Police Nationale ?

La menace de l’OMAS

Dans sa déclaration à la préfecture, l’OMAS prône vouloir « fédérer l’ensemble des acteurs de santé afin de proposer de nouvelles avancées et une autre conception de notre métier, inspirées de valeurs musulmanes […] à la lumière des principes de l’Islam. » Avec une première création en préfecture en 2015 (année funeste des attentats) dans la banlieue lyonnaise, l’OMAS ouvre successivement des succursales à Paris et en Normandie. Bien que très active sur les réseaux sociaux, l’OMAS offre le paradoxe d’être relativement opaque sur ses membres et ses financements. À peine, en épluchant les réseaux sociaux, découvrons-nous que le président actuel est le Docteur Mehdi Mhatli, chirurgien ORL du Centre Hospitalier de Draguignan.

Sur le compte Facebook de cette association, des sympathisants musulmans laissent des commentaires où ils sont en recherche de réponses sur le port du voile à l’hôpital (« Salam Aleykhoum. Je cherche des personnes au CHU de Tours […] pour quelques questions, surtout question hijab ») ou en quête d’un soignant qui pratique la médecine prophétique (« Est-ce qu’il y a parmi vous des psychiatres qui auraient à la fois un référentiel religieux et psy pour un avis. »).

A lire aussi: Geox: une employée qui ne respirait pas la franchise

Sur Instagram, l’OMAS se veut le porte-parole d’évènements centrés autour de la religion musulmane, d’activités universitaires ou de soutien à la cause palestinienne. Dans une story, l’OMAS incite ses followers qui sont étudiants en médecine à l’USPN de Bobigny à voter pour des jeunes acquis aux idées des Frères Musulmans, lors des élections d’associations étudiantes (notamment l’AESP13), pour « renforcer notre respect au sein de la faculté. Si nous négligeons cette responsabilité, les conséquences pourraient être néfastes ». Une autre story fait la promotion de « notre sponsor 570easi sur les finances islamiques ». Une autre story, encore, invite ses followers à un week-end de formation au Château de Vallery, dans l’Yonne, pour assister à une table ronde humanitaire en présence d’associations telles que Palmed, Kebchi, Ummanité, le Collectif des Blouses Blanches pour Gaza, De l’Eau pour Tous. Un rapport, disponible sur Internet, désigne Palmed comme « l’exemple le plus significatif d’un réseau européen affilé aux Frères Musulmans, structuré comme un syndicat professionnel »[2]. L’association Kebchi, quant à elle, propose à ses adhérents le sacrifice d’un mouton en Afrique : « Une fois votre mouton immolé, vous pourrez découvrir votre sacrifice en photo »[3] et en vidéo. On s’étonne que des soignants français, dont l’engagement est d’être au service de la vie, puisse faire la promotion d’une association qui diffuse à ses adhérents du contenu audiovisuel de bêtes égorgées. Mais continuons.

Le Dr Iman Sanzeux, fondatrice de l’OMAS et influenceuse sur Instagram

Parmi les membres fondateurs de cette association rattachée aux Frères Musulmans (qu’elle assure, depuis, avoir quitté) : le Dr Iman Sanzeux (pseudonyme utilisé par le Dr Nour El Iman Kaddouri, médecin généraliste de 32 ans qui exerce dans les Hauts-de-France chez SOS Médecins) aux 11,6 K de followers sur Instagram. Avant d’être active sur Instagram, le Dr Kaddouri utilisait également le pseudo de « The Hijabi-doc-to-be » sur Facebook ; interne en médecine générale, elle livrait publiquement son vécu d’étudiante voilée ou rédigeait des billets d’humeur sur le thème de la santé. Si le Dr Sanzeux a quitté l’OMAS, en a-t-elle pour autant quitté l’idéologie frériste ?

En 2019, alors qu’elle était encore interne, le Dr Sanzeux militait contre la législation en matière de laïcité pour les agents du service public, qu’elle vit comme « une humiliation » l’empêchant de garder le voile : « Tant que la loi impose cette neutralité et cette laïcité, […] on n’aura pas de moyen de pression pour y faire face et on continuera à subir ce « dévoilage » forcé. » Elle s’insurge : « Où sont nos instances, où sont nos représentants pour faire bouger les choses à l’échelle nationale ? »

Aujourd’hui diplômée, elle livre sur son compte Instagram, qu’elle prône être une vitrine de son activité médicale, des récits de sa vie privée mais aussi des conseils en matière de religion musulmane, de port du voile et de médecine prophétique. Le Dr Sanzeux évoque son propre retour à l’Islam avec le port du voile à 19 ans, après avoir grandi « dans un environnement exclusivement français « de souche » ». Sur sa conception de la médecine, elle écrit qu’« Allah est le guérisseur, tout le reste n’est que sabab » (« la cause », en arabe). À une follower qui la sollicite pour des conseils matrimoniaux, le Dr Sanzeux lui répond de veiller « à la religiosité du frère » ; à une autre follower qui lui demande son avis sur la Hijama (un outil de la médecine prophétique, à base de ventouses), le Dr Sanzeux approuve cette « sunna prophétique recommandée ». Pourtant, les conséquences délétères de cette pseudoscience islamique ont été régulièrement étiquetées par les autorités scientifiques. À de jeunes étudiantes qui s’inquiètent qu’on leur demande de retirer le hijab à l’hôpital pour des raisons de laïcité, le Dr Sanzeux fustige « la hagra qu’on vit », conseille d’« accepter que c’est temporaire » et de s’installer ensuite en libéral où il n’y a « aucun problème, tu fais ce que tu veux […] mâcha allah ».

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Un article du Ouest-France du 4 juillet dernier[4] relaie l’indignation du Dr Sanzeux au soir du premier tour des élections législatives, qui fustige le succès du Rassemblement national dans sa région. Dans une diatribe vis-à-vis de sa patientèle, à laquelle elle reproche d’avoir élue Marine Le Pen comme députée, elle affirme avoir pris la décision de partir en représailles de ces résultats : « Allez, il est grand temps de songer aller soigner d’autres cœurs ailleurs, moins malades des autres. ». Pourtant, déjà en 2021 (donc, sans aucun rapport avec les législatives), le Dr Sanzeux critiquait dans une story la région de ses patients : du Nord, elle écrit que « c’est vraiment un cadre de vie nul » et qu’elle avait, en revanche, « beaucoup aimé le Qatar ». En 2021, toujours, à une internaute qui lui demande « Tu as un pouvoir, améliorer la situation d’un pays dans le monde, lequel choisiriez-vous ? » (sic), le DSanzeux répond spontanément l’Algérie car « c’est un peuple et un pays incroyables ». Dans une publication où elle livre son analyse du livre Rester barbare de Louisa Yousfi, le DSanzeux s’interroge sur les blancs (« on se demande alors mais qu’attendre des blancs ? »), les fustige (« ces blancs […] enfermés dans leur bienpensance, nous n’avons que faire de leur sollicitude […] », eux qui ont pour projet de « mieux asseoir leur domination ») ; appelle à la violence envers les blancs (« la seule manière de repousser le néant, c’est par la violence qui devient alors le seul moyen d’entrer en communication avec les blancs ») et revendique d’être barbare (« vous le terminerez [ce livre] en voulant tatouer barbare sur votre front »). Que les patients nordistes du Dr Sanzeux (ou plutôt, du Dr Kaddouri) se rassurent donc : avec ou sans Marine Le Pen, la France et ses habitants (à la peau blanche) n’ont jamais eu la faveur de leur généraliste.

Mais le Dr Sanzeux ne s’arrête pas là et, depuis les attentats du 7 octobre, partage à ses followers ses points de vue en matière de géopolitique sur son compte Instagram. Nous y voyons fleurir des tags pro-palestiniens (#wearepalestine, #freepalestine, #withgaza), des appels au boycott « des entreprises qui soutiennent l’occupation » et des incitations à « occuper l’espace public » au sujet de la Palestine. Cet hiver, le Dr Sanzeux publie une vidéo où elle annonce avoir blacklisté une patiente de la structure où elle exerce, sous le motif que cette dernière aurait informé le secrétariat qu’elle souhaitait être soignée par un médecin qui ne soit ni le Dr Sanzeux, ni un autre de ses confrères (qui aurait lui aussi un nom d’origine maghrébine). Le Dr Sanzeux poursuit, « on lui a dit qu’il était impensable de choisir son médecin et encore moins selon des critères ethniques ». C’est, d’une part, bafouer l’article 6 du Code de Déontologie des Médecins (« Le médecin doit respecter le droit que possède toute personne de choisir librement son médecin ») ; d’autre part, en l’absence de contexte plus élargi, diffamer bien vite qu’il s’agit d’un choix à caractère discriminatoire. Dans les commentaires, à une internaute qui réagit en postant un commentaire à caractère antisioniste au sujet de cette patiente (« Je suis sûre qu’elle aime trop Israël et la betterave cette conne »), le Dr Sanzeux approuve avec un like et ajoute un commentaire dans lequel elle s’esclaffe.

Dans le Coran, un hadith du Prophète enseigne : « Soyez bienveillants avec votre prochain et Celui qui est dans les Cieux sera miséricordieux envers vous. » Pour le Dr Sanzeux, co-fondatrice de l’OMAS, la bienveillance enseignée par le Prophète semble s’être arrêtée aux portes de la charte de la laïcité, des blancs et des Israéliens.

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[1] Christophe Cornevin et Jean Chichizola. « Islamisme, ultragauche, écologie radicale… les nombreux défis du patron du renseignement territorial. », Le Figaro, N°24811, Édition du 31 mai 2024, p. 2

[2] « Islamist Organizations », https://jcpa.org/the-spiders-web/chapter-i-delegitimization-in-germany/islamist-organizations/, Consulté le 12 juillet 2024.

[3] « Kebchi Solidarity », https://kebchi.fr/notre-concept.html, Consulté le 12 juillet 2024.

[4] Mélissa Boufigi. « Iman, femme médecin voilée en territoire RN », https://www.ouest-france.fr/societe/racisme/temoignage-cest-un-centre-communautaire-iman-femme-medecin-voilee-en-territoire-rn-097ee6a6-394d-11ef-9f2b-c38da737f062, Consulté le 12 juillet 2024.