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Approved by Hezbollah

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En surfant un peu au hasard dans les archives de Pajamas Media (une sorte de cousin d’Amérique multimillionnaire de Causeur), je suis tombé sur une histoire que je ne connaissais pas. Après quelques coups de fils, j’ai constaté que personne autour de moi n’en avait entendu parler. Et pourtant, elle vaut la peine d’être connue.

En 2006, le photographe libanais indépendant Adnan Hajj travaille déjà depuis plus de dix ans pour l’agence Reuters au Proche-Orient. Dès le début de l’intervention israélienne au Liban, il fait partie du pool déployé par Reuters pour couvrir le conflit.

Au début du mois d’août 2006, plusieurs clichés de ce photographe sont mis en cause par le site néoréac américain Little Green Footballs (qui fait partie du réseau Pajamas) pour cause de trucage informatique (doctored pictures), de mensonges sur l’origine réelle des images ou bien de mises en scène délibérées.

L’attention de Charles Johnson de LGF est d’abord attirée par deux clichés du même immeuble, datés respectivement par Reuters du 24 juillet et du 5 août 2006, qui sont censés représenter chacun, d’après le commentaire de l’agence, « un immeuble de Beyrouth détruit la nuit précédente par un raid israélien ».

Dans le même registre, deux autres photos entament sérieusement la crédibilité du photographe libanais et celle de son agence. Elles représentent, en date du 22 juillet puis du 5 août 2006, la même femme – identiquement vêtue ! – qui pleure devant sa maison que viennent à peine de détruire les bombardements israéliens.

D’autres photos signées Adnan Hajj semblent assez clairement avoir subi des retouches pour accentuer leur caractère dramatique. Sur la première, des missiles censés avoir été lancés par un F-16 israélien ont été astucieusement rajoutés par ordinateur. Sur la seconde photo, de monstrueux panaches de fumée noire ont été rajoutés – là, assez maladroitement – toujours au moyen d’un logiciel de retouche d’images ; cette photo montre un quartier de Beyrouth après une attaque aérienne.

Photos avant et après retouches.

Après la mise en évidence de ces « anomalies » par Little Green Footballs, Reuters a tout d’abord refusé de réagir, puis s’est contenté de retirer les clichés incriminés et a fini par admettre que certaines photos avaient subi des modifications.

Le 6 août, Reuters radiait de ses effectifs Adnan Hajj qui s’était défendu en expliquant avoir voulu seulement retirer quelques traces de poussière sur les originaux et que ses difficiles conditions de travail, dans un lieu mal éclairé, étaient seules responsables de ces regrettables erreurs.

Le 7 août, l’intégralité des clichés d’Adna Hajj (920 photos) est supprimée du catalogue de Reuters.

Cette histoire édifiante pourrait s’arrêter là, mais non. Car Adna Hajj est aussi mêlé à une autre histoire – elle aussi méconnue chez nous, mais qui a provoqué de forts remous au Royaume-Uni, aux USA et en Allemagne. Elle est connue dans ces pays sous le nom de Green Helmet (Casque vert). Elle a pour contexte le même conflit au Liban et plus précisément le bombardement de la ville de Cana par l’armée israélienne. Elle est hélas beaucoup plus tragique que les précédentes supercheries, puisqu’elle met en scène des enfants libanais réellement morts. L’expression « met en scène » n’est pas innocente ici, c’est bien de ça qu’il s’agit. Dès le lendemain du drame, la presse du monde entier diffusait des dizaines de photos comme celles-ci :

Ces images, prises le 30 juillet 2006 par les photographes de Reuters, de l’AFP, de l’AP ou d’autres agences de moindre importance montraient toutes la détresse, l’impuissance et la colère des sauveteurs face au massacre des innocents.

Gomorra

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On ne prétendra pas que le film Gomorra a été exécuté par la critique : une bonne partie de la profession l’a défendu. Mais tous, laudateurs et contempteurs unanimes, ont formulé le même reproche : ce film sur la mafia manque de propos. Des tranches de vie, des caractères, des situations : c’est bien, mais c’est peu, trop peu. Le film de Matteo Garrone, lui-même tiré de l’ouvrage éponyme de Roberto Saviano, se noie dans l’anecdote et ne nous apprendrait en définitive rien du mystère des profondeurs – des secrets de l’Organisation.

Soutenons l’inverse : Gomorra dit l’essentiel. Et met un terme à une illusion. Car jusqu’à présent, la mafia se rangeait dans l’imaginaire collectif quelque part entre Star Wars et le IIIe Reich. Détestable ? Soit, mais tellement fascinant. Le Mal étincelant. Pour le paumé de banlieue comme pour le mytho des beaux quartiers, la mafia c’était tout à la fois la virilité d’Al Pacino – qu’il campe Michaël Corleone ou Tony Montana – la classe absolue du padrino Brando (dont la voix renvoyait celle de Barry White à l’école de fans) et le glam’ du fric, de la puissance et d’un destin qui pour être tragique n’en était pas moins épique. Gomorra déchire le voile : non seulement la mafia est peuplée de salauds mais aussi, mais surtout, de ploucs, d’abrutis et de loosers. Elle est le royaume du malheur, de la misère et de la déréliction.

Il y a un an, pour un reportage, j’étais allé m’installer dans le berceau des parrains les plus sanguinaires de Cosa Nostra : Corleone. Durant tout le trajet – deux heures de route depuis Palerme, sous un soleil libyen, deux heures de lacets et de rocailles à vous retourner l’estomac –, je n’avais cessé de penser à mon inquiétante destination. L’épicentre d’une guerre criminelle sans précédent dans les années 1970 : trois mille morts, femmes et enfants compris, parmi lesquels policiers, prêtres et juges figuraient en bonne place, massacrés à l’arme blanche, désintégrés dans l’acide ou lors d’attentats dignes d’Al-Qaida. Corleone, ce n’était pas seulement un nom de légende, mais aussi un décor à couper le souffle : pitons, canyons et terres brûlées à perte de vue. Death Valley en haute Sicile. Sur la petite place principale, le comité d’accueil était conforme aux attentes : seniors silencieux assis en terrasse, dos au mur. Gavé de films, je m’étais vêtu pour la circonstance – lin blanc et gomina. J’ai bien vite compris le malentendu. Le dress code à Corleone ? Claquettes et bermuda. Celui des Bidochons.

La question qui explosait était la même qu’à Palerme ou à Naples : un siècle de crimes, de bains de sang, une jeunesse sacrifiée, pour arriver à cela ? A cette bourgade où règnent le PVC et les maisons Leroy Merlin inachevées ; où l’on pomponne sa petite Punto quand il ne fait pas trop chaud ; à ce centre ville ceinturé de petits HLM, sans âme ni style, qui évoquent le soir, quand le soleil est retourné en Afrique, n’importe quelle banlieue de Montpellier et ses chômeurs déprimés ? Gomorra ne montre rien d’autre. Des gamins déscolarisés, intoxiqués de légendes hollywoodiennes, des adultes beaufs, pataugeant dans le meurtre et la médiocrité. Immeubles crades, gains dérisoires pour 99 % des affranchis, espérance de vie réduite – et encore quelle vie ! Minable, gorgée de trouille, de mensonges et de trahisons – dans un univers où le « code de l’honneur » est une sinistre plaisanterie.

Plus important, Gomorra donne la clef du triomphe de la mafia : l’effacement de l’Etat. En Sicile, structurée de façon verticale, Cosa Nostra était devenue un Etat parallèle. A Naples, la Camorra, organisation horizontale, agglomérat de tribus et de gangs, le remplace un peu à la manière dont les islamistes font leur trou : « assistance » aux démunis, embrigadement des marmots, « emplois » mieux rémunérés que ceux offerts par un marché du travail déglingué. Mais, au total, un contrat social morbide, qui n’offre que la mort ou la prison comme horizon aux populations qu’il régit. Alors oui, Gomorra est ennuyeux comme un documentaire d’entomologiste. Il n’offre ni le final hystérique de Scarface, ni la lente dérive shakespearienne des Parrain. Mais il dévoile enfin la vérité de la mafia, la réalité crue de ce monde de haine et de peur, de ce monde de défaite complète. En ce sens, Gomorra est l’œuvre la plus aboutie sur la mafia. Celle qui, sans doute, fera le plus de mal à sa présomptueuse réputation.

Gomorra: Dans l'empire de la camorra

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Mesures en gestation

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La présidence française de l’Union, ça a du bon ! Réunissant à Paris les vingt-sept ministres européens de la famille, le commissaire Vladimir Spidla entend porter la durée minimale du congé de maternité de quatorze à dix-huit semaines dans l’Union. Pour l’heure, le commissaire européen n’entend pas modifier la durée légale de la grossesse, qui resterait fixée à neuf mois dans tous les pays de l’Union.

L’entrain des sénateurs

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Tous comptes faits, on devrait dans la vie se contenter de joies simples et ne pas chercher son plaisir dans la complication. Un petit rien égaie l’existence : le rire d’un enfant, le soleil d’automne réchauffant un convoi funèbre qui s’ébranle lentement sur une route bordée de peupliers au feuillage mordoré, un combat de vieux. Comme il faut se lever de bonne heure pour apprécier à leur juste valeur les chiards et les intersaisons, le commun affiche le plus clair du temps sa préférence pour les senile battle.

A l’heure qu’il est, les Français sont servis. Friands d’assister à des crêpages de chignons peroxydés, ils guettent avec ravissement le spectacle qui s’offre à eux derrière les hauts murs du Palais du Luxembourg. Depuis quelques jours, à la nuit tombée, le passant qui emprunte la rue de Vaugirard distingue, sortant du Sénat, des râles étouffés, le bruit sourd de bandes molletières qu’on arrache, de déambulateurs qui s’entrechoquent et de charentaises projetées avec une violence telle qu’elles provoquent un fracas feutré en retombant.

Dans un combat de vieux, il n’y a pas, à proprement parler, de mise à mort – à cet âge-là, on n’est plus à un ou deux mois près. Il y a juste des dommages collatéraux qui peuvent se révéler funestes : bris de sonotone, jet de dentier, claquage de prostate, rupture de pacemaker ou, plus grave encore car elle ne pardonne pas, fracture du coccyx. On ne peut pas dire que les combattants ne retiennent pas leurs coups fatals, mais, Parkinson aidant, personne n’est à l’abri d’un mouvement brusque.

Les choses se sont envenimées ces temps-ci et le combat de vieux a gagné en dureté ce qu’il a perdu en élégance. En d’autres temps pas si reculés qu’on pourrait le croire, il avait suffi à Christian Poncelet d’attendre les bras croisés dans le noir[1. Si Henri Guaino me lit, qu’il sache que ce ne sont pas là des indications pour son prochain discours de Dakar.] pendant vingt-cinq ans pour accéder à la présidence du Sénat. Les sénateurs s’aperçurent alors qu’ils venaient d’élire l’homme qui parlait plus vite que son ombre. Puis, ayant pris bonne note que leur nouveau président prononçait la fin d’une phrase avant de l’avoir commencée, ils se rendormirent.

Les temps ont changé : désormais, le Sénat est une assemblée de gauchistes. Le couteau qu’ils serrent entre les dents laisse présager qu’ils mangent des enfants[2. Certes, il faut relativiser : un sénateur de gauche n’est jamais qu’un sénateur qui se contente de demander la diminution de l’impôt sur la fortune quand il pourrait en réclamer la suppression.]. Ou plutôt qu’ils les mâchonnent. Pire encore, la Haute Assemblée compte dans ses rangs Jean-Pierre Chevènement. L’homme est craint dans tout le palais du Luxembourg. C’est qu’il a une longueur d’avance sur les sénateurs les plus aguerris, lui qui a déjà vu la mort quand ses collègues l’attendent encore.

Ragaillardis par l’arrivée du miraculé de Belfort, les sénateurs gauchistes font montre d’une cruauté inégalée. Alors que la tradition veut que, quand il y a combat de vieux, chacun, à droite comme à gauche, distribue son content de gnons, les séniles de progrès ont décidé de regarder la baston sans y participer. La perspective de voir les varices éclater leur suffit.

Et quelle baston ! Battling Larcher, Fighting Raffarin et Beating Marini. Les deux premiers sont des candidats de poids – près de trois cents kilos d’intelligence à eux deux –, tandis que le troisième demeure de loin le plus crédible : il porte quasiment le nom d’un apéro. On a beau se dire que c’est du catch et que le match est joué d’avance, on reste ébaubi par l’ardeur déployée par les trois candidats. L’un a fait une émission sur France 3 Charente-Poitou, le deuxième a interrompu une sieste pour déjeuner avec Jean-Pierre Elkabbach afin de négocier la diffusion de l’intégrale de Derrick sur Public Sénat, le troisième a suivi un média training éprouvant avec Gérard Carreyrou pour préparer un entretien exclusif à Notre Temps.

Pourquoi tant de hargne à conquérir cette présidence ? Certes, c’est mieux chauffé que l’hospice, il y a de la lumière et les infirmières évitent de frapper le président du Sénat à coups de ceinturon. Mais ce ne sont là que des raisons accessoires. Le vrai mobile est connu : chacun des candidats souhaite accéder au plateau[3. Le plateau est au Sénat ce que le perchoir est à l’Assemblée nationale.] pour exercer un jour l’intérim à l’Elysée. Foi de sénateur, un type de 53 ans qui ne boit pas et fait du sport, ça n’a jamais fait de vieux os.

Vive l’Etat providentiel…

Les parents racontent vraiment n’importe quoi à leurs enfants : ce n’est pas fonctionnaire qu’il faut faire, mais banquier. Banquier international. En matière de rentabilité et de sécurité, croyez-moi, il n’y a rien de mieux : les profits, vous les gardez ; les pertes, vous les partagez. Et en cas de grosse, grosse boulette, la sauvegarde de votre affaire deviendra cause nationale. Et même internationale.

On vient ainsi d’annoncer à l’opinion américaine qu’elle contribuera, via l’impôt, au sauvetage d’un secteur bancaire au bord de l’effondrement pour avoir pris des risques inconsidérés. C’est cela, nous dit l’inénarrable George W. Bush, ou bien alors l’extension de la crise. Comme en 1929.

Difficile à avaler. Pour le démocrate, bien sûr, qui se souvient que des deux côtés de l’Atlantique, on fit des révolutions pour contrôler l’impôt – son calcul, sa levée, son affectation. Or voici qu’un Président sur le départ décrète que de l’argent public – pour la somme de 700 milliards de dollars ! – viendra réparer l’imprudence et l’incompétence de ses amis banquiers… Le libéral a lui aussi du mal à déglutir : voilà une profession de zozos à Black Berry, qui brame son nietzschéisme à longueur d’année (« La mondialisation, c’est chacun pour sa gueule ! T’as vu mon gros bonus !? ») et vient, toute honte bue, couiner dans les jupes de l’Etat et implorer l’impôt salvateur ! Impardonnable faiblesse des pouvoirs publics, hier dans l’encadrement, aujourd’hui dans le châtiment : dans la banque, bien davantage que dans la fonction publique, on saura désormais que l’on peut faire à peu près n’importe quoi.

Car non seulement l’Etat va contribuer à sauver de la faillite une corporation tragiquement nulle, mais il semble même décidé à empêcher que d’autres agents économiques la « massacrent », comme on dit dans le jargon des traders. Depuis ce lundi, en effet, la vente à découvert des valeurs financières a été interdite partout en Occident pour « au moins trois mois ».

La vente à découvert ? Le principe est simple : gagner de l’argent sur une action qui s’effondre. Vous estimez qu’une entreprise est mal gérée, corrompue, rudement concurrencée, bref que son cours va baisser et vous décidez de vendre un paquet de ses actions pour profiter de sa dégringolade en bourse. Vous cédez mille actions (que vous n’avez pas) à 100 euros, en vous engageant à les livrer à la fin du mois (ou « liquidation », en franco-boursier). Le moment venu de la livraison de ces actions à leur acheteur, vous vous empressez de les acquérir : comme vous aviez vu juste, leur cours a plongé et vous les ramassez à 33 euros… Les sociétés en difficulté redoutent évidemment plus que tout la vente à découvert, qui est souvent pour elles le signal d’un cycle infernal : la défiance pousse à la vente, la vente à la baisse des cours, la baisse des cours à la vente, etc. Mais voilà, désormais, la vente à découvert étant interdite pour les valeurs « financières » américaines et européennes, elles seront protégées contre tous ceux qui anticipent leur baisse. Un système bancaire non plus seulement à l’abri de la banqueroute mais aussi de la spéculation : amusant, non ?

Stimulant, tout compte fait. Car il nous faut exiger que ce système rassurant et confortable soit étendu à toutes les professions, à tous les états, à toutes les situations. Pour ma part, et pour lancer le concours, je propose donc la mesure suivante : à compter de ce jour, il sera légalement interdit de spéculer à la baisse sur la valeur de mon appartement ; le jour venu, son prix de vente ne pourra être qu’égal ou supérieur à son prix d’achat (en euros constants) ; et comme il en va de la pérennité de mon système financier personnel, le défaut d’acheteur sera pallié par l’intervention de l’Etat.

La bonne affaire des fiches

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Ficher des gens, ça rapporte. Avec une fortune estimée à 1,5 milliard de dollars, Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, vient de faire son entrée dans le classement Forbes des 400 Américains les plus riches. Créateur d’Edvige, Brice Hortefeux aura eu moins de fortune…

Dialogue de sourds à la française

Les “forts en thème” savaient gouverner la France par temps calme. Maintenant qu’elle prend le vent de l’Histoire en pleine face, ils sont perdus. Et nous avec.

La crise française est-elle d’abord une crise des élites ?
Elle l’est pour une part essentielle. La situation n’est pas propre à la France, mais elle est plus vivement ressentie en France qu’ailleurs, en raison du poids que notre histoire et notre modèle politique ont donné à ces élites dans la vie du pays.

Diriez-vous qu’elle affecte les élites toutes catégories confondues ou seulement les élites intellectuelles ?
La particularité des élites françaises est leur forte homogénéité, qui tient largement à leur système de formation. Le vrai régime français, c’est « la république des bons élèves » fabriquée par cette colonne de distillation méritocratique qu’est le système des grandes écoles. Certes, si l’on réunit un professeur de sociologie à la Sorbonne passé par l’Ecole normale supérieure, l’un des ses cothurnes affidés sorti de l’ENA et devenu directeur dans un ministère, un autre énarque de même rang mais pur produit de Sciences Po, et un quatrième, polytechnicien, passé dans le privé après une carrière dans des cabinets ministériels, ils n’auront pas tout à fait la même vision de choses. Il n’en est pas moins vrai que le moule de formation, les modes de pensée et la manière de se situer dans la société française sont remarquablement convergents. S’il est un pays où la notion d’élite au sens intégré du terme fonctionne, c’est la France. C’est beaucoup moins vrai dans d’autres pays où le personnel dirigeant diffère fortement selon les secteurs d’activités – l’économie, la politique, l’administration. Chez nous, tout communique et se mêle. Observez la trajectoire d’un certain nombre de gens : ils ont tout fait, sont passés par toutes les cases de l’échiquier. De ce point de vue, Denis Olivennes, qui a officié dans des cabinets ministériels, le secteur privé et s’apprête à prendre les rênes du Nouvel Observateur, est un cas d’école : il est polyvalent. Tous ne le sont pas, mais cette polyvalence fait la force du modèle.

Alors pourquoi ce modèle est-il en panne ? Que s’est-il passé ?
Le mécanisme est dépassé par les événements. Et cela a engendré un divorce entre élites et citoyens, qui s’explique, assez naturellement je crois, par les limites inhérentes à ce système de recrutement. Par définition, les bons élèves sont très compétents dans l’exposition, l’application ou la mise en œuvre, mais, hors du bagage qu’ils ont reçu, il ne faut pas leur demander d’être créatifs. En conséquence, ils sont incapables de répondre à des situations inattendues ou extraordinaires. Si les élites françaises ont connu leur heure de gloire entre 1945 et 1975, c’est parce qu’elles disposaient d’une vision relativement consensuelle de la modernisation et de la régulation, sédimentée au cours des décennies précédentes, et qui se trouvait correspondre, de surcroît, au génie politique et historique du pays. Avec ce qu’ils avaient appris à l’école, nos « forts en thème » ont fait merveille sur le terrain. En revanche, à partir de 1975, quand il aurait fallu qu’ils s’adaptent à la nouvelle donne mondiale qui était en train de se mettre en place, ils ont raté le coche avec constance. Il n’y avait nulle part d’explication disponible ni de recette sûre. Il fallait les inventer et ça, ils ne savaient pas faire. Tout ce qui était dans leurs moyens, c’était de suivre le mouvement.

Au lieu de quoi ils ont béatement adhéré au dogme de la mondialisation heureuse et de la-seule-politique-possible, ce qui a été fort mal ressenti par tous ceux que cette mondialisation laissait sur le bord de la route.
En effet, faute de discours propre, les bons élèves se mettent alors à l’école de la vulgate internationale qui se propage partout par le biais de l’Europe et des organisations internationales. En très peu de temps, elle s’impose dans les systèmes de formation des élites et avec elle une vision strictement économique du fonctionnement collectif qui se substitue à la formation classique à la française, fondée sur le Droit et les Humanités. Résultat, ces « technos » perdent le contact avec la société française, car cette fois, la tendance générale prend à contrepied l’héritage historique du pays et l’isole dans sa pente naturelle.

Mauvaise pioche

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Soucieux d’échapper aux enlèvements politiques ou crapuleux, de nombreux Colombiens choisissent l’expatriation. C’est ainsi que deux ingénieurs de Bogota avaient décidé d’aller superviser les travaux sur un gazoduc au Yémen, en plein désert, à 800 km de la capitale Sanaa. Un désert pas si désert, puisqu’il s’est quand même trouvé une tribu locale pour les kidnapper.

Borloo renvoyé à sa niche écologique

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Dans un entretien donné à Libération samedi dernier, Nicolas Hulot a critiqué vertement la fiscalité verte qui virait, selon l’animateur TV à du « grand n’importe quoi ». Heureusement, depuis, le gouvernement a décidé de recycler en compost les mesures Borloo. Plus question donc de taxer les emballages en plastique jetable des gels douche Ushuaïa.

Nous sommes tous des musulmans allemands

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Du braillard altermondialiste à l’expert propre sur lui, beaucoup de gens s’accordent ces jours-ci à qualifier « d’islamophobe » l’actuelle mobilisation des habitants de Cologne contre la construction d’une mosquée géante chez eux. Ils appuient leur démonstration (ou le plus souvent son absence) sur la présence de nombreux groupuscules « néo-nazis » au congrès anti-islamique qui s’est tenu ce week-end dans la cité rhénane à l’initiative de l’association « Pro Köln ».

N’étant pas un spécialiste de la vie politique allemande, je ne sais pas si ce congrès est effectivement « islamophobe », notamment dans sa dimension phobique de peur panique injustifiée. Je ne sais même pas si « Pro Köln » est hostile en bloc à l’Islam, ou bien uniquement à l’islamisation, ou alors seulement adversaire de l’islamisme. Ce que je sais c’est que « Pro Köln » n’a sûrement rien à voir avec le nazisme, en tout cas avec le vrai nazisme, qui lui, a toujours été islamophile : on ne laissait pas entrer n’importe qui dans la Waffen SS.

Un vrai néonazi ne pouvant décemment être islamophobe, cette peur maladive de la religion du Prophète est forcément à chercher ailleurs, donc chez ceux qui, bien que ne pouvant même pas être qualifiés de fachos par un antiraciste stagiaire, n’en distillent pas moins l’insidieux poison de l’islamophobie.

Islamophobe hélas, le cardinal Joachim Meisner, archevêque de Cologne quand il déclare : « Nous devons prendre garde à ce que ce lieu ne se transforme pas en zone où s’applique la charia. »

Islamophobe sans doute, Mgr Mixa, l’évêque d’Augsbourg, qui pourtant en mars dernier, au retour d’une visite en Israël et en Cisjordanie avait, entre autres, dénoncé des faits relevant « du racisme ou presque » à l’encontre des Palestiniens . Cela ne l’a pas empêché de poser la question des édifices religieux en termes de réciprocité : « Dans les pays et cultures majoritairement musulmans, a-t-il rappelé, les chrétiens n’ont à ce jour quasiment pas le droit d’exister. En Allemagne, on serait en droit de dire aux musulmans, en toute amitié : il n’y a pas lieu d’avoir de grandes mosquées, d’aspect ostentatoire, avec de hauts minarets, car il devrait suffire pour les musulmans dans un pays de tradition et de culture chrétienne d’avoir des lieux de prière modestes. »

Islamophobe, encore , la sociologue allemande d’origine turque Necla Kelek qui, le 5 juin 2007, se montrait pour le moins réservée sur le projet dans les colonnes de la Frankfurter Allgemeine Zeitung : « Pour les musulmans, les mosquées ne sont pas des lieux sacrés comme les églises ou les synagogues, mais des « bâtiments multifonctions. » L’islam ne se perçoit pas seulement comme une vision spirituelle du monde. La vie quotidienne, la politique et la foi, sont perçues comme un tout indissociable. Ainsi, de nombreuses associations musulmanes en Allemagne jouent le rôle d’un parti religieux et représentent des intérêts politiques. C’est pourquoi la construction de la mosquée n’est pas une question de liberté de culte, mais une question politique. »

Islamophobe de fait – au grand dam de toute la gauche citoyenne allemande –, le journaliste Gunther Wallraff, mondialement célèbre depuis son livre d’enquête des années 80 Tête de Turc pour lequel il avait passé deux ans dans la peau d’un travailleur immigré. Soucieux de réconcilier les deux communautés, Wallraff, qui vit à Cologne, avait proposé de venir lire dans l’actuelle mosquée des extraits des Versets sataniques de son ami Salman Rushdie, expliquant que ce serait une occasion idéale pour les musulmans tolérants d’envoyer « un signal fort contre l’islamisme ». Hélas, le signal fort, c’est lui-même qui l’a reçu : pour l’association Ditib, qui gère la mosquée de Cologne « une lecture dans l’espace d’une mosquée est hors de question », sa proposition est une provocation qui « blesserait bien sûr le sentiment religieux des musulmans ».

Islamophobe enfin, l’écrivain juif allemand Ralph Giordano, 84 ans, survivant de la Shoah. Giordano est un romancier unanimement reconnu outre-Rhin. C’est aussi une autorité morale, qui depuis trente ans ne cesse d’interpeller les gouvernements allemands pour leur passivité face à la violence des groupuscules néonazis et notamment celle exercée à l’encontre des étrangers. Oui, mais voilà, ces mêmes idéaux humanistes ont récemment conduit le même Giordano à franchir la ligne jaune. Lors d’un débat télévisé l’an dernier, interrogé sur le fameux projet de mosquée, il n’y est pas allé par quatre chemins : « Certains affirment que la construction de cette mosquée serait le symbole d’une meilleure intégration. Je réponds non, trois fois non : les mosquées sont le symbole même du développement d’un monde parallèle. »

Et pour être sûr d’être bien compris, il a été encore plus clair : « Je ne veux pas voir des femmes portant la burqa dans la rue. Je me sens insulté quand je vois cela. Pas par les femmes elles-mêmes, mais par ceux qui les ont transformées en pingouins humains. » On s’en doute de telles déclaration ont valu à leur auteur un lynchage généralisé. D’ailleurs, la preuve que le gentil survivant était devenu un monstrueux islamophobe, c’est que l’extrême droite avait applaudi à ses propos. Manque de bol, là encore Giordano refuse de se laisser dicter sa façon de voir par les vigilants. Sa réponse, sèche, est à la hauteur de l’injure et du procès en collusion avec la Bête immonde : « Il est détestable qu’un faux allié tente de venir vous taper sur l’épaule, mais il ne faut pas pour autant se laisser museler. Et puis zut, il n’est pas nécessaire d’être un survivant de l’Holocauste pour faire front, avec civisme et courage, face aux illusionnistes multiculturels, aux borgnes xénophiles et aux doctrinaires de l’apaisement qui se cachent encore derrière des schémas de pensée de gauche. Personne ne devrait se laisser intimider par la diffamation politique, qu’elle soit le fait des Allemands ou des musulmans. »

C’est donc un peu grâce à la conjonctions de toutes ces islamophobies que l’infâme rassemblement anti-mosquée de ce week-end a pu avoir lieu – ou presque : à la suite de violentes manifestations d’extrême gauche, le congrès prévu pour durer jusqu’à dimanche soir, a finalement été écourté par une interdiction décidée samedi par les autorités allemandes, tout comme a été interdit le défilé anti-mosquée qui devait l’accompagner. Une décision tardive, mais qui comble de joie l’ensemble de la gauche et les associations musulmanes qui depuis des mois, avaient réclamé en vain une telle mesure. Une interdiction qu’avait exigée aussi, très officiellement le Ministère iranien des Affaires étrangères et, plus précisément, son «Département des droits de l’Homme ».

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304

En surfant un peu au hasard dans les archives de Pajamas Media (une sorte de cousin d’Amérique multimillionnaire de Causeur), je suis tombé sur une histoire que je ne connaissais pas. Après quelques coups de fils, j’ai constaté que personne autour de moi n’en avait entendu parler. Et pourtant, elle vaut la peine d’être connue.

En 2006, le photographe libanais indépendant Adnan Hajj travaille déjà depuis plus de dix ans pour l’agence Reuters au Proche-Orient. Dès le début de l’intervention israélienne au Liban, il fait partie du pool déployé par Reuters pour couvrir le conflit.

Au début du mois d’août 2006, plusieurs clichés de ce photographe sont mis en cause par le site néoréac américain Little Green Footballs (qui fait partie du réseau Pajamas) pour cause de trucage informatique (doctored pictures), de mensonges sur l’origine réelle des images ou bien de mises en scène délibérées.

L’attention de Charles Johnson de LGF est d’abord attirée par deux clichés du même immeuble, datés respectivement par Reuters du 24 juillet et du 5 août 2006, qui sont censés représenter chacun, d’après le commentaire de l’agence, « un immeuble de Beyrouth détruit la nuit précédente par un raid israélien ».

Dans le même registre, deux autres photos entament sérieusement la crédibilité du photographe libanais et celle de son agence. Elles représentent, en date du 22 juillet puis du 5 août 2006, la même femme – identiquement vêtue ! – qui pleure devant sa maison que viennent à peine de détruire les bombardements israéliens.

D’autres photos signées Adnan Hajj semblent assez clairement avoir subi des retouches pour accentuer leur caractère dramatique. Sur la première, des missiles censés avoir été lancés par un F-16 israélien ont été astucieusement rajoutés par ordinateur. Sur la seconde photo, de monstrueux panaches de fumée noire ont été rajoutés – là, assez maladroitement – toujours au moyen d’un logiciel de retouche d’images ; cette photo montre un quartier de Beyrouth après une attaque aérienne.

Photos avant et après retouches.

Après la mise en évidence de ces « anomalies » par Little Green Footballs, Reuters a tout d’abord refusé de réagir, puis s’est contenté de retirer les clichés incriminés et a fini par admettre que certaines photos avaient subi des modifications.

Le 6 août, Reuters radiait de ses effectifs Adnan Hajj qui s’était défendu en expliquant avoir voulu seulement retirer quelques traces de poussière sur les originaux et que ses difficiles conditions de travail, dans un lieu mal éclairé, étaient seules responsables de ces regrettables erreurs.

Le 7 août, l’intégralité des clichés d’Adna Hajj (920 photos) est supprimée du catalogue de Reuters.

Cette histoire édifiante pourrait s’arrêter là, mais non. Car Adna Hajj est aussi mêlé à une autre histoire – elle aussi méconnue chez nous, mais qui a provoqué de forts remous au Royaume-Uni, aux USA et en Allemagne. Elle est connue dans ces pays sous le nom de Green Helmet (Casque vert). Elle a pour contexte le même conflit au Liban et plus précisément le bombardement de la ville de Cana par l’armée israélienne. Elle est hélas beaucoup plus tragique que les précédentes supercheries, puisqu’elle met en scène des enfants libanais réellement morts. L’expression « met en scène » n’est pas innocente ici, c’est bien de ça qu’il s’agit. Dès le lendemain du drame, la presse du monde entier diffusait des dizaines de photos comme celles-ci :

Ces images, prises le 30 juillet 2006 par les photographes de Reuters, de l’AFP, de l’AP ou d’autres agences de moindre importance montraient toutes la détresse, l’impuissance et la colère des sauveteurs face au massacre des innocents.

Gomorra

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On ne prétendra pas que le film Gomorra a été exécuté par la critique : une bonne partie de la profession l’a défendu. Mais tous, laudateurs et contempteurs unanimes, ont formulé le même reproche : ce film sur la mafia manque de propos. Des tranches de vie, des caractères, des situations : c’est bien, mais c’est peu, trop peu. Le film de Matteo Garrone, lui-même tiré de l’ouvrage éponyme de Roberto Saviano, se noie dans l’anecdote et ne nous apprendrait en définitive rien du mystère des profondeurs – des secrets de l’Organisation.

Soutenons l’inverse : Gomorra dit l’essentiel. Et met un terme à une illusion. Car jusqu’à présent, la mafia se rangeait dans l’imaginaire collectif quelque part entre Star Wars et le IIIe Reich. Détestable ? Soit, mais tellement fascinant. Le Mal étincelant. Pour le paumé de banlieue comme pour le mytho des beaux quartiers, la mafia c’était tout à la fois la virilité d’Al Pacino – qu’il campe Michaël Corleone ou Tony Montana – la classe absolue du padrino Brando (dont la voix renvoyait celle de Barry White à l’école de fans) et le glam’ du fric, de la puissance et d’un destin qui pour être tragique n’en était pas moins épique. Gomorra déchire le voile : non seulement la mafia est peuplée de salauds mais aussi, mais surtout, de ploucs, d’abrutis et de loosers. Elle est le royaume du malheur, de la misère et de la déréliction.

Il y a un an, pour un reportage, j’étais allé m’installer dans le berceau des parrains les plus sanguinaires de Cosa Nostra : Corleone. Durant tout le trajet – deux heures de route depuis Palerme, sous un soleil libyen, deux heures de lacets et de rocailles à vous retourner l’estomac –, je n’avais cessé de penser à mon inquiétante destination. L’épicentre d’une guerre criminelle sans précédent dans les années 1970 : trois mille morts, femmes et enfants compris, parmi lesquels policiers, prêtres et juges figuraient en bonne place, massacrés à l’arme blanche, désintégrés dans l’acide ou lors d’attentats dignes d’Al-Qaida. Corleone, ce n’était pas seulement un nom de légende, mais aussi un décor à couper le souffle : pitons, canyons et terres brûlées à perte de vue. Death Valley en haute Sicile. Sur la petite place principale, le comité d’accueil était conforme aux attentes : seniors silencieux assis en terrasse, dos au mur. Gavé de films, je m’étais vêtu pour la circonstance – lin blanc et gomina. J’ai bien vite compris le malentendu. Le dress code à Corleone ? Claquettes et bermuda. Celui des Bidochons.

La question qui explosait était la même qu’à Palerme ou à Naples : un siècle de crimes, de bains de sang, une jeunesse sacrifiée, pour arriver à cela ? A cette bourgade où règnent le PVC et les maisons Leroy Merlin inachevées ; où l’on pomponne sa petite Punto quand il ne fait pas trop chaud ; à ce centre ville ceinturé de petits HLM, sans âme ni style, qui évoquent le soir, quand le soleil est retourné en Afrique, n’importe quelle banlieue de Montpellier et ses chômeurs déprimés ? Gomorra ne montre rien d’autre. Des gamins déscolarisés, intoxiqués de légendes hollywoodiennes, des adultes beaufs, pataugeant dans le meurtre et la médiocrité. Immeubles crades, gains dérisoires pour 99 % des affranchis, espérance de vie réduite – et encore quelle vie ! Minable, gorgée de trouille, de mensonges et de trahisons – dans un univers où le « code de l’honneur » est une sinistre plaisanterie.

Plus important, Gomorra donne la clef du triomphe de la mafia : l’effacement de l’Etat. En Sicile, structurée de façon verticale, Cosa Nostra était devenue un Etat parallèle. A Naples, la Camorra, organisation horizontale, agglomérat de tribus et de gangs, le remplace un peu à la manière dont les islamistes font leur trou : « assistance » aux démunis, embrigadement des marmots, « emplois » mieux rémunérés que ceux offerts par un marché du travail déglingué. Mais, au total, un contrat social morbide, qui n’offre que la mort ou la prison comme horizon aux populations qu’il régit. Alors oui, Gomorra est ennuyeux comme un documentaire d’entomologiste. Il n’offre ni le final hystérique de Scarface, ni la lente dérive shakespearienne des Parrain. Mais il dévoile enfin la vérité de la mafia, la réalité crue de ce monde de haine et de peur, de ce monde de défaite complète. En ce sens, Gomorra est l’œuvre la plus aboutie sur la mafia. Celle qui, sans doute, fera le plus de mal à sa présomptueuse réputation.

Gomorra: Dans l'empire de la camorra

Prix: 22,00 €

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Mesures en gestation

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La présidence française de l’Union, ça a du bon ! Réunissant à Paris les vingt-sept ministres européens de la famille, le commissaire Vladimir Spidla entend porter la durée minimale du congé de maternité de quatorze à dix-huit semaines dans l’Union. Pour l’heure, le commissaire européen n’entend pas modifier la durée légale de la grossesse, qui resterait fixée à neuf mois dans tous les pays de l’Union.

L’entrain des sénateurs

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Tous comptes faits, on devrait dans la vie se contenter de joies simples et ne pas chercher son plaisir dans la complication. Un petit rien égaie l’existence : le rire d’un enfant, le soleil d’automne réchauffant un convoi funèbre qui s’ébranle lentement sur une route bordée de peupliers au feuillage mordoré, un combat de vieux. Comme il faut se lever de bonne heure pour apprécier à leur juste valeur les chiards et les intersaisons, le commun affiche le plus clair du temps sa préférence pour les senile battle.

A l’heure qu’il est, les Français sont servis. Friands d’assister à des crêpages de chignons peroxydés, ils guettent avec ravissement le spectacle qui s’offre à eux derrière les hauts murs du Palais du Luxembourg. Depuis quelques jours, à la nuit tombée, le passant qui emprunte la rue de Vaugirard distingue, sortant du Sénat, des râles étouffés, le bruit sourd de bandes molletières qu’on arrache, de déambulateurs qui s’entrechoquent et de charentaises projetées avec une violence telle qu’elles provoquent un fracas feutré en retombant.

Dans un combat de vieux, il n’y a pas, à proprement parler, de mise à mort – à cet âge-là, on n’est plus à un ou deux mois près. Il y a juste des dommages collatéraux qui peuvent se révéler funestes : bris de sonotone, jet de dentier, claquage de prostate, rupture de pacemaker ou, plus grave encore car elle ne pardonne pas, fracture du coccyx. On ne peut pas dire que les combattants ne retiennent pas leurs coups fatals, mais, Parkinson aidant, personne n’est à l’abri d’un mouvement brusque.

Les choses se sont envenimées ces temps-ci et le combat de vieux a gagné en dureté ce qu’il a perdu en élégance. En d’autres temps pas si reculés qu’on pourrait le croire, il avait suffi à Christian Poncelet d’attendre les bras croisés dans le noir[1. Si Henri Guaino me lit, qu’il sache que ce ne sont pas là des indications pour son prochain discours de Dakar.] pendant vingt-cinq ans pour accéder à la présidence du Sénat. Les sénateurs s’aperçurent alors qu’ils venaient d’élire l’homme qui parlait plus vite que son ombre. Puis, ayant pris bonne note que leur nouveau président prononçait la fin d’une phrase avant de l’avoir commencée, ils se rendormirent.

Les temps ont changé : désormais, le Sénat est une assemblée de gauchistes. Le couteau qu’ils serrent entre les dents laisse présager qu’ils mangent des enfants[2. Certes, il faut relativiser : un sénateur de gauche n’est jamais qu’un sénateur qui se contente de demander la diminution de l’impôt sur la fortune quand il pourrait en réclamer la suppression.]. Ou plutôt qu’ils les mâchonnent. Pire encore, la Haute Assemblée compte dans ses rangs Jean-Pierre Chevènement. L’homme est craint dans tout le palais du Luxembourg. C’est qu’il a une longueur d’avance sur les sénateurs les plus aguerris, lui qui a déjà vu la mort quand ses collègues l’attendent encore.

Ragaillardis par l’arrivée du miraculé de Belfort, les sénateurs gauchistes font montre d’une cruauté inégalée. Alors que la tradition veut que, quand il y a combat de vieux, chacun, à droite comme à gauche, distribue son content de gnons, les séniles de progrès ont décidé de regarder la baston sans y participer. La perspective de voir les varices éclater leur suffit.

Et quelle baston ! Battling Larcher, Fighting Raffarin et Beating Marini. Les deux premiers sont des candidats de poids – près de trois cents kilos d’intelligence à eux deux –, tandis que le troisième demeure de loin le plus crédible : il porte quasiment le nom d’un apéro. On a beau se dire que c’est du catch et que le match est joué d’avance, on reste ébaubi par l’ardeur déployée par les trois candidats. L’un a fait une émission sur France 3 Charente-Poitou, le deuxième a interrompu une sieste pour déjeuner avec Jean-Pierre Elkabbach afin de négocier la diffusion de l’intégrale de Derrick sur Public Sénat, le troisième a suivi un média training éprouvant avec Gérard Carreyrou pour préparer un entretien exclusif à Notre Temps.

Pourquoi tant de hargne à conquérir cette présidence ? Certes, c’est mieux chauffé que l’hospice, il y a de la lumière et les infirmières évitent de frapper le président du Sénat à coups de ceinturon. Mais ce ne sont là que des raisons accessoires. Le vrai mobile est connu : chacun des candidats souhaite accéder au plateau[3. Le plateau est au Sénat ce que le perchoir est à l’Assemblée nationale.] pour exercer un jour l’intérim à l’Elysée. Foi de sénateur, un type de 53 ans qui ne boit pas et fait du sport, ça n’a jamais fait de vieux os.

Vive l’Etat providentiel…

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Les parents racontent vraiment n’importe quoi à leurs enfants : ce n’est pas fonctionnaire qu’il faut faire, mais banquier. Banquier international. En matière de rentabilité et de sécurité, croyez-moi, il n’y a rien de mieux : les profits, vous les gardez ; les pertes, vous les partagez. Et en cas de grosse, grosse boulette, la sauvegarde de votre affaire deviendra cause nationale. Et même internationale.

On vient ainsi d’annoncer à l’opinion américaine qu’elle contribuera, via l’impôt, au sauvetage d’un secteur bancaire au bord de l’effondrement pour avoir pris des risques inconsidérés. C’est cela, nous dit l’inénarrable George W. Bush, ou bien alors l’extension de la crise. Comme en 1929.

Difficile à avaler. Pour le démocrate, bien sûr, qui se souvient que des deux côtés de l’Atlantique, on fit des révolutions pour contrôler l’impôt – son calcul, sa levée, son affectation. Or voici qu’un Président sur le départ décrète que de l’argent public – pour la somme de 700 milliards de dollars ! – viendra réparer l’imprudence et l’incompétence de ses amis banquiers… Le libéral a lui aussi du mal à déglutir : voilà une profession de zozos à Black Berry, qui brame son nietzschéisme à longueur d’année (« La mondialisation, c’est chacun pour sa gueule ! T’as vu mon gros bonus !? ») et vient, toute honte bue, couiner dans les jupes de l’Etat et implorer l’impôt salvateur ! Impardonnable faiblesse des pouvoirs publics, hier dans l’encadrement, aujourd’hui dans le châtiment : dans la banque, bien davantage que dans la fonction publique, on saura désormais que l’on peut faire à peu près n’importe quoi.

Car non seulement l’Etat va contribuer à sauver de la faillite une corporation tragiquement nulle, mais il semble même décidé à empêcher que d’autres agents économiques la « massacrent », comme on dit dans le jargon des traders. Depuis ce lundi, en effet, la vente à découvert des valeurs financières a été interdite partout en Occident pour « au moins trois mois ».

La vente à découvert ? Le principe est simple : gagner de l’argent sur une action qui s’effondre. Vous estimez qu’une entreprise est mal gérée, corrompue, rudement concurrencée, bref que son cours va baisser et vous décidez de vendre un paquet de ses actions pour profiter de sa dégringolade en bourse. Vous cédez mille actions (que vous n’avez pas) à 100 euros, en vous engageant à les livrer à la fin du mois (ou « liquidation », en franco-boursier). Le moment venu de la livraison de ces actions à leur acheteur, vous vous empressez de les acquérir : comme vous aviez vu juste, leur cours a plongé et vous les ramassez à 33 euros… Les sociétés en difficulté redoutent évidemment plus que tout la vente à découvert, qui est souvent pour elles le signal d’un cycle infernal : la défiance pousse à la vente, la vente à la baisse des cours, la baisse des cours à la vente, etc. Mais voilà, désormais, la vente à découvert étant interdite pour les valeurs « financières » américaines et européennes, elles seront protégées contre tous ceux qui anticipent leur baisse. Un système bancaire non plus seulement à l’abri de la banqueroute mais aussi de la spéculation : amusant, non ?

Stimulant, tout compte fait. Car il nous faut exiger que ce système rassurant et confortable soit étendu à toutes les professions, à tous les états, à toutes les situations. Pour ma part, et pour lancer le concours, je propose donc la mesure suivante : à compter de ce jour, il sera légalement interdit de spéculer à la baisse sur la valeur de mon appartement ; le jour venu, son prix de vente ne pourra être qu’égal ou supérieur à son prix d’achat (en euros constants) ; et comme il en va de la pérennité de mon système financier personnel, le défaut d’acheteur sera pallié par l’intervention de l’Etat.

La bonne affaire des fiches

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Ficher des gens, ça rapporte. Avec une fortune estimée à 1,5 milliard de dollars, Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, vient de faire son entrée dans le classement Forbes des 400 Américains les plus riches. Créateur d’Edvige, Brice Hortefeux aura eu moins de fortune…

Dialogue de sourds à la française

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Les “forts en thème” savaient gouverner la France par temps calme. Maintenant qu’elle prend le vent de l’Histoire en pleine face, ils sont perdus. Et nous avec.

La crise française est-elle d’abord une crise des élites ?
Elle l’est pour une part essentielle. La situation n’est pas propre à la France, mais elle est plus vivement ressentie en France qu’ailleurs, en raison du poids que notre histoire et notre modèle politique ont donné à ces élites dans la vie du pays.

Diriez-vous qu’elle affecte les élites toutes catégories confondues ou seulement les élites intellectuelles ?
La particularité des élites françaises est leur forte homogénéité, qui tient largement à leur système de formation. Le vrai régime français, c’est « la république des bons élèves » fabriquée par cette colonne de distillation méritocratique qu’est le système des grandes écoles. Certes, si l’on réunit un professeur de sociologie à la Sorbonne passé par l’Ecole normale supérieure, l’un des ses cothurnes affidés sorti de l’ENA et devenu directeur dans un ministère, un autre énarque de même rang mais pur produit de Sciences Po, et un quatrième, polytechnicien, passé dans le privé après une carrière dans des cabinets ministériels, ils n’auront pas tout à fait la même vision de choses. Il n’en est pas moins vrai que le moule de formation, les modes de pensée et la manière de se situer dans la société française sont remarquablement convergents. S’il est un pays où la notion d’élite au sens intégré du terme fonctionne, c’est la France. C’est beaucoup moins vrai dans d’autres pays où le personnel dirigeant diffère fortement selon les secteurs d’activités – l’économie, la politique, l’administration. Chez nous, tout communique et se mêle. Observez la trajectoire d’un certain nombre de gens : ils ont tout fait, sont passés par toutes les cases de l’échiquier. De ce point de vue, Denis Olivennes, qui a officié dans des cabinets ministériels, le secteur privé et s’apprête à prendre les rênes du Nouvel Observateur, est un cas d’école : il est polyvalent. Tous ne le sont pas, mais cette polyvalence fait la force du modèle.

Alors pourquoi ce modèle est-il en panne ? Que s’est-il passé ?
Le mécanisme est dépassé par les événements. Et cela a engendré un divorce entre élites et citoyens, qui s’explique, assez naturellement je crois, par les limites inhérentes à ce système de recrutement. Par définition, les bons élèves sont très compétents dans l’exposition, l’application ou la mise en œuvre, mais, hors du bagage qu’ils ont reçu, il ne faut pas leur demander d’être créatifs. En conséquence, ils sont incapables de répondre à des situations inattendues ou extraordinaires. Si les élites françaises ont connu leur heure de gloire entre 1945 et 1975, c’est parce qu’elles disposaient d’une vision relativement consensuelle de la modernisation et de la régulation, sédimentée au cours des décennies précédentes, et qui se trouvait correspondre, de surcroît, au génie politique et historique du pays. Avec ce qu’ils avaient appris à l’école, nos « forts en thème » ont fait merveille sur le terrain. En revanche, à partir de 1975, quand il aurait fallu qu’ils s’adaptent à la nouvelle donne mondiale qui était en train de se mettre en place, ils ont raté le coche avec constance. Il n’y avait nulle part d’explication disponible ni de recette sûre. Il fallait les inventer et ça, ils ne savaient pas faire. Tout ce qui était dans leurs moyens, c’était de suivre le mouvement.

Au lieu de quoi ils ont béatement adhéré au dogme de la mondialisation heureuse et de la-seule-politique-possible, ce qui a été fort mal ressenti par tous ceux que cette mondialisation laissait sur le bord de la route.
En effet, faute de discours propre, les bons élèves se mettent alors à l’école de la vulgate internationale qui se propage partout par le biais de l’Europe et des organisations internationales. En très peu de temps, elle s’impose dans les systèmes de formation des élites et avec elle une vision strictement économique du fonctionnement collectif qui se substitue à la formation classique à la française, fondée sur le Droit et les Humanités. Résultat, ces « technos » perdent le contact avec la société française, car cette fois, la tendance générale prend à contrepied l’héritage historique du pays et l’isole dans sa pente naturelle.

Mauvaise pioche

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Soucieux d’échapper aux enlèvements politiques ou crapuleux, de nombreux Colombiens choisissent l’expatriation. C’est ainsi que deux ingénieurs de Bogota avaient décidé d’aller superviser les travaux sur un gazoduc au Yémen, en plein désert, à 800 km de la capitale Sanaa. Un désert pas si désert, puisqu’il s’est quand même trouvé une tribu locale pour les kidnapper.

Borloo renvoyé à sa niche écologique

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Dans un entretien donné à Libération samedi dernier, Nicolas Hulot a critiqué vertement la fiscalité verte qui virait, selon l’animateur TV à du « grand n’importe quoi ». Heureusement, depuis, le gouvernement a décidé de recycler en compost les mesures Borloo. Plus question donc de taxer les emballages en plastique jetable des gels douche Ushuaïa.

Nous sommes tous des musulmans allemands

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Du braillard altermondialiste à l’expert propre sur lui, beaucoup de gens s’accordent ces jours-ci à qualifier « d’islamophobe » l’actuelle mobilisation des habitants de Cologne contre la construction d’une mosquée géante chez eux. Ils appuient leur démonstration (ou le plus souvent son absence) sur la présence de nombreux groupuscules « néo-nazis » au congrès anti-islamique qui s’est tenu ce week-end dans la cité rhénane à l’initiative de l’association « Pro Köln ».

N’étant pas un spécialiste de la vie politique allemande, je ne sais pas si ce congrès est effectivement « islamophobe », notamment dans sa dimension phobique de peur panique injustifiée. Je ne sais même pas si « Pro Köln » est hostile en bloc à l’Islam, ou bien uniquement à l’islamisation, ou alors seulement adversaire de l’islamisme. Ce que je sais c’est que « Pro Köln » n’a sûrement rien à voir avec le nazisme, en tout cas avec le vrai nazisme, qui lui, a toujours été islamophile : on ne laissait pas entrer n’importe qui dans la Waffen SS.

Un vrai néonazi ne pouvant décemment être islamophobe, cette peur maladive de la religion du Prophète est forcément à chercher ailleurs, donc chez ceux qui, bien que ne pouvant même pas être qualifiés de fachos par un antiraciste stagiaire, n’en distillent pas moins l’insidieux poison de l’islamophobie.

Islamophobe hélas, le cardinal Joachim Meisner, archevêque de Cologne quand il déclare : « Nous devons prendre garde à ce que ce lieu ne se transforme pas en zone où s’applique la charia. »

Islamophobe sans doute, Mgr Mixa, l’évêque d’Augsbourg, qui pourtant en mars dernier, au retour d’une visite en Israël et en Cisjordanie avait, entre autres, dénoncé des faits relevant « du racisme ou presque » à l’encontre des Palestiniens . Cela ne l’a pas empêché de poser la question des édifices religieux en termes de réciprocité : « Dans les pays et cultures majoritairement musulmans, a-t-il rappelé, les chrétiens n’ont à ce jour quasiment pas le droit d’exister. En Allemagne, on serait en droit de dire aux musulmans, en toute amitié : il n’y a pas lieu d’avoir de grandes mosquées, d’aspect ostentatoire, avec de hauts minarets, car il devrait suffire pour les musulmans dans un pays de tradition et de culture chrétienne d’avoir des lieux de prière modestes. »

Islamophobe, encore , la sociologue allemande d’origine turque Necla Kelek qui, le 5 juin 2007, se montrait pour le moins réservée sur le projet dans les colonnes de la Frankfurter Allgemeine Zeitung : « Pour les musulmans, les mosquées ne sont pas des lieux sacrés comme les églises ou les synagogues, mais des « bâtiments multifonctions. » L’islam ne se perçoit pas seulement comme une vision spirituelle du monde. La vie quotidienne, la politique et la foi, sont perçues comme un tout indissociable. Ainsi, de nombreuses associations musulmanes en Allemagne jouent le rôle d’un parti religieux et représentent des intérêts politiques. C’est pourquoi la construction de la mosquée n’est pas une question de liberté de culte, mais une question politique. »

Islamophobe de fait – au grand dam de toute la gauche citoyenne allemande –, le journaliste Gunther Wallraff, mondialement célèbre depuis son livre d’enquête des années 80 Tête de Turc pour lequel il avait passé deux ans dans la peau d’un travailleur immigré. Soucieux de réconcilier les deux communautés, Wallraff, qui vit à Cologne, avait proposé de venir lire dans l’actuelle mosquée des extraits des Versets sataniques de son ami Salman Rushdie, expliquant que ce serait une occasion idéale pour les musulmans tolérants d’envoyer « un signal fort contre l’islamisme ». Hélas, le signal fort, c’est lui-même qui l’a reçu : pour l’association Ditib, qui gère la mosquée de Cologne « une lecture dans l’espace d’une mosquée est hors de question », sa proposition est une provocation qui « blesserait bien sûr le sentiment religieux des musulmans ».

Islamophobe enfin, l’écrivain juif allemand Ralph Giordano, 84 ans, survivant de la Shoah. Giordano est un romancier unanimement reconnu outre-Rhin. C’est aussi une autorité morale, qui depuis trente ans ne cesse d’interpeller les gouvernements allemands pour leur passivité face à la violence des groupuscules néonazis et notamment celle exercée à l’encontre des étrangers. Oui, mais voilà, ces mêmes idéaux humanistes ont récemment conduit le même Giordano à franchir la ligne jaune. Lors d’un débat télévisé l’an dernier, interrogé sur le fameux projet de mosquée, il n’y est pas allé par quatre chemins : « Certains affirment que la construction de cette mosquée serait le symbole d’une meilleure intégration. Je réponds non, trois fois non : les mosquées sont le symbole même du développement d’un monde parallèle. »

Et pour être sûr d’être bien compris, il a été encore plus clair : « Je ne veux pas voir des femmes portant la burqa dans la rue. Je me sens insulté quand je vois cela. Pas par les femmes elles-mêmes, mais par ceux qui les ont transformées en pingouins humains. » On s’en doute de telles déclaration ont valu à leur auteur un lynchage généralisé. D’ailleurs, la preuve que le gentil survivant était devenu un monstrueux islamophobe, c’est que l’extrême droite avait applaudi à ses propos. Manque de bol, là encore Giordano refuse de se laisser dicter sa façon de voir par les vigilants. Sa réponse, sèche, est à la hauteur de l’injure et du procès en collusion avec la Bête immonde : « Il est détestable qu’un faux allié tente de venir vous taper sur l’épaule, mais il ne faut pas pour autant se laisser museler. Et puis zut, il n’est pas nécessaire d’être un survivant de l’Holocauste pour faire front, avec civisme et courage, face aux illusionnistes multiculturels, aux borgnes xénophiles et aux doctrinaires de l’apaisement qui se cachent encore derrière des schémas de pensée de gauche. Personne ne devrait se laisser intimider par la diffamation politique, qu’elle soit le fait des Allemands ou des musulmans. »

C’est donc un peu grâce à la conjonctions de toutes ces islamophobies que l’infâme rassemblement anti-mosquée de ce week-end a pu avoir lieu – ou presque : à la suite de violentes manifestations d’extrême gauche, le congrès prévu pour durer jusqu’à dimanche soir, a finalement été écourté par une interdiction décidée samedi par les autorités allemandes, tout comme a été interdit le défilé anti-mosquée qui devait l’accompagner. Une décision tardive, mais qui comble de joie l’ensemble de la gauche et les associations musulmanes qui depuis des mois, avaient réclamé en vain une telle mesure. Une interdiction qu’avait exigée aussi, très officiellement le Ministère iranien des Affaires étrangères et, plus précisément, son «Département des droits de l’Homme ».